
La mobilisation massive des jeunes et des travailleurs tunisiens a arraché une première victoire. Ben Ali et sa famille, qui ont pillé le pays pendant des décennies, sont partis. Les réactionnaires au pouvoir en Algérie, au Maroc, en Libye, en Egypte, en Jordanie et en Arabie Saoudite ont suivi avec terreur les événements en Tunisie. Ils ont de bonnes raisons de trembler. A travers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, la même oppression et la même pauvreté existent. La colère monte partout, au point qu’il pourrait suffire d’un incident pour mettre le feu aux poudres, comme ce fut le cas en Tunisie avec le suicide de jeunes poussés à bout par la misère et l’injustice. Tôt ou tard, dans tous ces pays, les mêmes causes produiront les mêmes effets.
Le départ en toute hâte de Ben Ali a donné lieu à des scènes de liesse. Mais la fête sera de courte durée. Car la vérité, c’est qu’aucun des problèmes fondamentaux n’est vraiment résolu. Actuellement, ceux qui faisaient partie du régime aux côtés de Ben Ali, dont les chefs de l’armée et de la police, sont engagés dans des manœuvres visant à conserver le pouvoir et faire en sorte que le peuple – qu’ils craignent plus que tout – reste bien à la place que lui attribuaient le régime de Ben Ali et le système capitaliste dont il n’était que le couronnement.
Lorsque le soulèvement se répandait à travers le pays, Ben Ali pensait pouvoir s’en sortir par une combinaison de promesses creuses et de répression sanglante. Mais les chefs militaires sentaient le sol se dérober sous leurs pieds. Des scènes de fraternisation entre les soldats et les manifestants se multipliaient. Ici et là, les soldats protégeaient les manifestants de la police. Pour l’Etat-major, il est apparu que la seule façon de conserver le contrôle des forces armées était de pousser Ben Ali à l’exil. Lâché par les chefs militaires, ce dernier n’avait d’autre choix que de fuir.
Mohamed Ghannouchi, le Premier ministre, avait annoncé que l’absence de Ben Ali serait « temporaire ». Le croyait-il vraiment ? Peu importe. Dans les conditions actuelles, le retour de Ben Ali provoquerait une insurrection de masse. Il n’empêche que le régime qu’il dirigeait est toujours au pouvoir et n’a aucune intention d’y renoncer. Les opérations militaires en cours n’ont rien à voir avec une « transition » vers la démocratie. Le régime tente de stabiliser la situation en sa faveur. Il veut neutraliser les fanatiques qui nourrissent encore l’espoir de ramener Ben Ali au pouvoir, tout en maintenant la législation répressive dirigée contre le peuple. L’Etat d’urgence est maintenu, tout comme le couvre-feu et l’interdiction des rassemblements et des manifestations. En participant au « gouvernement d’union nationale », les partis et personnalités de l’« opposition légale » – c’est-à-dire de l’opposition loyale – ont redoré la façade de la même machine gouvernementale qui, avec ou sans Ben Ali, restera au service des mêmes intérêts capitalistes, avec essentiellement les mêmes méthodes dictatoriales.
Ces « opposants » n’étaient tolérés, sous Ben Ali, que parce qu’ils ne représentaient aucune menace pour le régime en place. C’était une opposition de façade, un faire-valoir « démocratique » de la dictature. Le gouvernement d’union nationale concrétise la collaboration de cette pseudo-opposition avec tous ceux qui ont le sang du peuple sur les mains. Ghannouchi conserve son poste de Premier ministre, de même que les ministres de la Défense, de l’Intérieur, des Finances et des Affaires étrangères. Trois anciens « opposants » intègrent le gouvernement : Najib Chebbi, qui dirige Parti Démocratique Progressiste (ministre du Développement régional), Moustapha Ben Jaafar (Forum démocratique pour le travail et la liberté) et Ahmed Ibrahim (Ettajdid).
Sarkozy et les gouvernements occidentaux accompagnent cette mascarade. Au passage, ils atteignent les sommets de l’hypocrisie et de la perfidie. Sarkozy, comme Chirac avant lui, a toujours accordé un soutien inconditionnel au régime de Ben Ali. Ce dernier avait aussi de fervents adeptes au sein de la « gauche », comme par exemple Strauss-Kahn – entre autres. L’attitude de la droite a été bien résumée par Alliot-Marie, qui, par réflexe, a publiquement proposé d’aider Ben Ali à réprimer les manifestations. Depuis toujours, la France a massivement contribué à l’arsenal répressif du régime. Les capitalistes français profitaient directement des bas salaires, des mauvaises conditions de travail et de l’absence de droits démocratiques en Tunisie. La préoccupation du gouvernement Sarkozy est la même que celui du nouveau gouvernement tunisien. Derrière quelques changements de façade, il lui importe avant tout que les intérêts des capitalistes qui ont profité de la dictature pendant des décennies soient pleinement protégés. Il s’agit de rétablir l’ordre ancien sous une couverture « démocratique ».
Seule une intervention massive et énergique des travailleurs tunisiens pourrait déjouer cette manœuvre réactionnaire. Il faut une grève générale pour mettre fin à l’Etat d’urgence, pour le droit de rassemblement, le droit de se syndiquer, la liberté d’expression pleine et entière et la levée de l’interdiction du Parti Communiste. Les soldats et les policiers qui n’épousent pas la cause de la révolution doivent être désarmés. Les travailleurs et les jeunes devraient se doter des moyens de se défendre contre toute tentative de commettre de nouveaux massacres. Les tortionnaires doivent être arrêtés.
Les travailleurs devraient prendre le contrôle et la direction de l’UGTT. Les dirigeants de ce syndicat étaient notoirement complices du régime de Ben Ali. Il faut les remplacer par des militants éprouvés et entièrement dévoués à la cause des travailleurs. Pour préparer la grève générale et lui donner un cadre organisationnel à la hauteur des circonstances, il faut former des comités de coordination aux niveaux local, régional et national. Pour effectuer un véritable changement démocratique, il faut mobiliser la masse de la population, désarmer la réaction et frapper un coup décisif contre les intérêts économiques des exploiteurs capitalistes qui ont soutenu la dictature. Tous les échelons de l’administration publique et tous les piliers de l’économie nationale, les ressources naturelles de la Tunisie, ses banques et son industrie devraient être arrachés du contrôle des capitalistes et placés fermement sous le contrôle démocratique du peuple. La Tunisie ne sera véritablement libre que lorsqu’elle sera socialiste. Dans le contexte international actuel, une Tunisie socialiste ne resterait pas seule. Pour les pays du Maghreb, et bien au-delà, y compris pour les travailleurs de France, elle serait un exemple, une inspiration, un encouragement à la résistance et à la révolution contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression.
Greg Oxley (PCF Paris 10e)
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Tunisie : le piège de l’« union nationale »
Le 18 janvier 2011, par Francisco Martin-GomezEntièrement d’accord et sur toute la ligne ! Il ne faut absolument pas laisser les chacals qui rôdent encore parmi les ruines de l’incarnat « Ben Ali » prendre le contrôle de ce pays et étouffé dans l’œuf cette révolte populaire. Nous sommes, je suis, solidaire du peuple tunisien : qu’ils s’en aillent tous !
A ce titre, il ne faut surtout pas précipiter les élections, qui resteront sinon des « pièges à cons » évidents, piètres mais suffisantes gesticulations des héritiers du cycle précédents. Tous les partis, toutes les organisations de gauche, et le parti communiste tunisien en premier lieu, doivent obtenir l’accès à la place publique et être rétablis dans leur légitimité la plus complète ! Sans cela, les opportunités de gains démocratiques et d’émancipation seront réduites à zéro par le choix même qui sera proposé à la population tunisienne. Et si les occupants transitoires rechignent, alors il faudra au peuple tunisien une autre dose de courage et d’abnégation en posant un rapport de force total et entier. La grève générale est un bon début. Les assemblées spontanées malgré les couvre-feux en sont un autre. Reprendre le pouvoir signifie toujours ne pas attendre qu’on nous le donne…
Un patient et assez long travail de reconstruction de la scène politique doit donc être accompli. Personnellement, je ne vois pas comment mettre ne place des élections pluralistes avec des organisations de gauche capables de jouer leur rôle d’alternatives crédibles avant au moins 6 mois. Ces mois, ces semaines, ces jours, seront les plus longs. Le peuple tunisien a trop longtemps été tenu à l’écart, et, on le comprend, a envie de valider les efforts et les risques qu’il a encourus pour se libérer du pantin répressif. Et si je n’ai jamais connu la sourde et glaciale menace d’un fusil dans mon dos (je n’imagine même pas la frustration et la peur concomitante), je sais cependant qu’il est désormais de notre devoir de veiller sur notre gouvernement, à nous militant de la gauche, pour qu’il permette la bonne tenue de ces délais. Sans ingérence, sans leçon. Fraternellement…
Francisco Martin-Gomez
PG33
Tunisie : le piège de l’« union nationale »
Le 19 janvier 2011, par BrunoAujourd’hui le parti communiste Tunisien doit jouer son rôle de moteur de la révolution et l’amener à l’objectif clair du Socialisme. Aucune autre perspective n’est possible pour résoudre les problèmes de la Tunisie. Ce ne sont ni le FMI, ni L’ONU, ni la CEE qui ont encensé Ben Ali, et qui ont développé en Tunisie Tourisme, hôpitaux de luxe pour les étrangers, Centres d’appel à bas coûts, usines de textiles aux bas salaires qui vont changer quoi que ce soit !
Seule une Tunisie Socialiste peux changer son destin, ouvrir une perspective au Maghreb et améliorer les conditions sociales de ses habitants.
Parti communiste l’avenir est entre tes mains !
Tunisie : le piège de l’« union nationale »
Le 23 janvier 2011Il n’y a pas de parti communiste en Tunisie. Le PC traditionnel a changé de nom et est devenue une organisation d’opposition légale de centre-gauche, sous Ben Ali. Un peu comme en Italie. Il existe par contre le Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie, de Hammam Hammami.
A laquelle de ces deux organisations La Riposte fait référence dans son article ?
Tunisie : le piège de l’« union nationale »
L’article fait référence au PCOT.