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La guerre civile en Syrie

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05-2012

Le désastre social provoqué par le rétablissement du capitalisme en Syrie, ces deux dernières décennies, forme l’arrière-plan de la tentative révolutionnaire qui s’est produite dans ce pays. Les révolutions en Tunisie et en Egypte ont fourni l’étincelle qui a mis le feu aux poudres.

En 1965, le gouvernement baathiste a nationalisé plus d’une centaine de banques et d’entreprises industrielles et commerciales. Les capitalistes ont tenté de résister, mais le gouvernement a fait appel aux travailleurs et aux paysans pour vaincre la contre-révolution. Le capitalisme a été éradiqué. Avec l’arrivée au pouvoir de Hafez Al-Assad, un régime dictatorial s’est mis en place, à l’image de celui qui a existé en URSS. Le contrôle de l’armée, de l’administration civile et de l’économie était concentré entre les mains d’une caste militaire et bureaucratique. Toute tentative de créer des organisations représentatives des travailleurs était réprimée. Les communistes ont été persécutés et massacrés.

Malgré le caractère dictatorial du régime, la planification de l’économie avait permis une amélioration importante des conditions de vie de la population. Mais dans les années 90, Hafez a entamé une politique de « libéralisation » économique, ouvrant un espace de plus en plus grand aux investisseurs capitalistes et aux banques privées. Cette orientation était renforcée par l’effondrement de l’URSS et des autres dictatures bureaucratiques en Europe Centrale. A sa mort, en 2000, Hafez a été remplacé par son fils Bashar Al-Assad, et le processus de restauration capitaliste s’est accéléré. Des entreprises ont été privatisées au profit des milieux dirigeants du régime, tandis que le niveau de vie de la majorité s’est nettement détérioré. Aujourd’hui, selon diverses estimations, entre 30 et 45 % de la population vit dans la pénurie et environ 13 % dans une extrême pauvreté. Le taux de chômage est de l’ordre de 20 %.

L’impact de la révolution arabe

Le renversement de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Egypte a donné une puissante impulsion à des mouvements de révolte à travers l’Afrique du Nord, au Proche-Orient et dans le Golfe Persique (Bahreïn). La jeunesse des milieux populaires, les ouvriers et tous les opprimés y voyaient une preuve que des régimes dictatoriaux et les moyens de répression à leur disposition n’étaient pas invincibles. Mais l’expérience de ces tentatives d’émulation révolutionnaire a démontré que les régimes en place n’étaient pas toujours aussi fragiles que ceux de la Tunisie et de l’Egypte. Les mouvements visant à renverser des dictatures n’ont pas connu partout une ampleur suffisante au regard de la tâche qu’ils se sont donnée. En Libye, par exemple, le régime de Kadhafi aurait sans doute réussi à se maintenir – au moyen d’une répression implacable – bien plus longtemps sans l’intervention militaire des puissances impérialistes. Cette intervention n’avait rien à voir avec la révolution libyenne, mais visait à imposer un régime pro-impérialiste. Dès le départ, le Conseil National de Libération libyen était essentiellement composé d’agents des grandes puissances et d’anciens kadhafistes. Il n’avait rien de « révolutionnaire ».

Une situation similaire, à bien des égards, s’est développée en Syrie. Des centaines de milliers de jeunes et de travailleurs se sont mobilisés pour en finir avec la dictature de Bashar Al-Assad. Mais le mouvement n’a pas acquis le caractère de masse qui aurait permis de renverser le régime. La vaste majorité de l’armée syrienne – forte de 500 000 hommes – n’a pas fait défection. Par une combinaison de concessions et de répression, Assad a pu contenir la contestation, même si son régime a été sérieusement fragilisé. Les structures mises en place pour organiser le mouvement populaire n’ont pas pu être maintenues.

Alors que des grandes puissances impérialistes – dont les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne – sont intervenues militairement en Libye, ils rechignent à le faire en Syrie. Ils se limitent à l’envoi de quelques « observateurs ». Leur réticence s’explique par plusieurs facteurs. Premièrement, les grandes puissances mondiales sont divisées sur la question. Pour la Russie, la chute d’Assad se traduirait par un recul de son influence dans la région. Aussi s’oppose-t-elle catégoriquement à toute intervention susceptible d’affaiblir davantage le régime en place. Cette opposition prive les impérialistes de la possibilité d’agir au nom de la « communauté internationale », via l’ONU. Mais le blocage russe n’est pas le seul problème. Les puissances occidentales elles-mêmes ne sont pas certaines que la chute d’Assad soit dans leurs intérêts, car ils risqueraient fort de n’avoir aucune prise sérieuse sur la situation politique qui en résulterait.

Milices réactionnaires

L’espace laissé par le recul du mouvement populaire a été rempli par une multitude de fractions et de milices réactionnaires. On a généreusement attribué le titre d’Armée Syrienne Libre aux unités disparates des forces armées qui ont fait défection, mais celles-ci ne semblent pas reconnaître un seul commandement et n’ont nulle part réussi – ni même sérieusement tenté – à prendre le contrôle d’une partie significative du territoire. En conséquence, les impérialistes pourraient difficilement justifier la protection d’une zone prétendument « libérée ».

L’une des factions armées actives sur le terrain est celle des Frères Musulmans qui, avec d’autres groupements réactionnaires et liés aux différentes puissances régionales ou occidentales, constituent le noyau du Conseil National Syrien (SNC), qui siège à Istanbul, en Turquie. D’autres fractions seraient liées à Al-Qaïda. L’Arabie Saoudite et le Qatar, qui veulent la chute d’Assad pour affaiblir l’Iran, acheminent des armes vers des groupes agissant pour leur compte. Des organisations kurdes – sunnites, alawites, chrétiennes – sont également impliquées dans les combats, surtout dans le nord-est du pays. Dans ces conditions, si l’Etat syrien s’effondre, le résultat n’en sera pas l’installation d’un gouvernement sous l’emprise des puissances occidentales. La population sera livrée à la violence, au pillage et l’extorsion des différentes factions armées de l’« opposition ». La Syrie sombrera dans le chaos et sera divisée en plusieurs enclaves, sans que les puissances occidentales n’aient de prise sur l’évolution de situation. La seule chose dont les impérialistes peuvent être certains, c’est que la chute du régime syrien aggraverait considérablement l’instabilité politique, sociale et économique de toute la région.

Nous devons nous opposer résolument à toute ingérence impérialiste en Syrie. Les intérêts des gouvernements occidentaux – comme ceux de la Russie ou de la Chine – sont diamétralement opposés à ceux des travailleurs syriens. La seule motivation des impérialistes, quelle que soit leur position sur la survie du régime, est de faciliter le pillage des ressources du pays et de renforcer leurs dispositifs militaires dans la région. C’est à la classe ouvrière syrienne que revient la tâche de renverser la dictature. Dans l’immédiat, le reflux des révolutions en Tunisie et en Egypte, ainsi que le détournement de la révolution libyenne au profit des impérialistes, sont au désavantage des travailleurs syriens. La réaction a relevé la tête à travers la région. Mais cette situation ne durera pas éternellement. Une deuxième vague révolutionnaire se produira, à terme, ouvrant des perspectives nouvelles à la lutte pour la démocratie et le socialisme en Syrie, dans l’ensemble du Proche-Orient et dans les Etats nord-africains.

La Riposte


Vos réactions...

La guerre civile en Syrie

Le 26 mai 2012, par Un libertaire

Je ne connais pas particulièrement l’histoire de la Syrie, mais je ne pense pas que j’irai dans votre sens de louanger la régime parce qu’il a nationalisé d’importants secteurs de l’économie et planifier celle-ci. Car à ma connaissance les parti Baas ne sont pas experts en matière d’internationalisme et de lutte contre le népotisme. Ce régime doit impérativement tomber, car il fait preuve d’une cruauté extrême envers les classes laborieuses.
En revanche le fait que l’avenir révolutionnaire dépende du reste du monde arabe est totalement logique. Cela a toujours été vrai, depuis les guerres d’indépendance. Mais quand vous dites que le mouvement n’a pas été de masse, je refuse. Depuis le 15 mars 2011, plusieurs grèves générales ont été organisées, et des manifestations à Homs ou Idleb ont compté plus de 500 000 personnes.

Sur la question d’une intervention impérialiste, c’est une pure hypocrisie que le prétexte des "lois internationales" et c’est se moquer du monde d’envoyer quelques émissaires onusiens sur le territoire, émissaires qui ne servent strictement à rien. Le KKE grec a raison quand il déclare que ces lois servent le grand capital et les impérialistes. Mais si jamais une telle avait lieu, cela aurait des conséquences terribles pour la Syrie, mais en plus pour toute la région. Et c’est là que nous évoquons les brigades réactionnaires qui résistent à Bachar el-Assad. Il y a cette ASL, financée et entraînée par les impérialistes eux-mêmes, et les milices islamistes soutenues par les régimes réactionnaires du Qatar et de l’Arabie saoudite. Comme vous l’avez dit, les conséquences seraient régionales. Toutes ces bandes s’affronteraient entre elles, et les islamistes s’en prendraient aux chrétiens, comme c’est déjà le cas actuellement, et les pays limitrophes seraient impliqués dans ces luttes. Le Liban connaît déjà certains troubles comme des fusillades meurtrières dans la capitale entre chiites et alouites. L’Iran verrait dans cette intervention une agression indirecte, et serait poussé à accélérer la construction de l’arme atomique, ce qui mettrait sur la défensive l’État hébreu. Aux conséquences nationales et régionales, s’ajouteraient celles internationales. Une guerre comme celle-ci diviserait les puissances capitalistes, et ces dernières seraient haïes par les peuples arabes, alimentant les réseaux islamistes.
C’est pour ces raisons qu’il faut fermement s’opposer à une guerre impérialiste en Syrie qui serait une véritable catastrophe pour de très nombreux peuples.

Il y a tout de même un point que je voudrais retenir. Il est certain que la majorité des travailleurs et des jeunes veulent reverser el-Assad. Mais les masses existent aussi dans l’autre camp, celles-ci se manifestant par crainte d’une guerre civile incontrôlable. Je ne sais que dire sur cette catégorie-là des Syriens.

Pour mettre un terme à tout cela, l’internationalisme semble être votre hypothèse. Elle est la mienne aussi. Tous les partis communistes doivent soutenir la lutte de la classe ouvrière et de la jeunesse de Syrie, tout en combattant les œuvres de l’impérialisme. C’est acquis pour le premier point, sur le second seul le KKE est extrêmement clair.

Malgré tout je reste assez pessimiste sur l’avenir de la révolution arabe, les élections en Égypte consacrant les militaires et les islamistes.


La guerre civile en Syrie

Le 27 mai 2012, par Greg Oxley

Camarades et lecteurs,

En réponse au commentaire ci-dessus, deux précisions sont nécessaires. La Riposte ne « louange » pas le régime syrien « parce qu’il a nationalisé d’importants secteurs de l’économie ». L’article dit seulement que la nationalisation de l’économie avait permis une amélioration importante des conditions de vie de la population. Ceci est un fait. Grâce à la planification de l’économie – même si celle-ci a été réalisée par une caste militaire et bureaucratique – avait radicalement transformé la société syrienne.

Deuxièmement, il est vrai que le mouvement populaire a pris des proportions massives. L’article parle de « centaines de milliers » de participants. Nous disons simplement que l’ampleur du mouvement n’était pas assez grande pour renverser le régime, à la différence de ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte. Il est vrai aussi que, pour le moment, ce mouvement de masse est en repli, comme c’est le cas, également, en Tunisie et en Egypte.

Fraternellement,

Greg Oxley


La guerre civile en Syrie

Le 3 juin 2012, par Un libertaire

Sur l’essoufflement de la révolution arabe, nous assistons ces derniers jours à de nouveaux rebondissements.

Premièrement l’élection présidentielle en Égypte, qui a amené le Frère musulman Mohamed Morsi et le candidat de l’ancien régime Ahmed Chafiq, au second tour. mais en allant au-delà de ce fait, le seul rapporté par les médias bourgeois, deux constats sont à établir.
Les Frères musulmans sont certes en tête, avec 25%, mais ce succès est extrêmement relatif. En effet, aux législatives, ce même parti faisait 45%, et avec les salafistes le camp islamiste atteignait 60%. Aujourd’hui Morsi et Fotouh, candidat dissident des FM, ne font même pas 45%.
Aux législatives, les islamistes étaient majoritaires au Caire, à Alexandrie, Port-Saïd, et d’importants gouvernorats. Les islamistes étaient même à 70% à Alexandrie. Mais un grand retournement a eu lieu, et c’est l’autre fait marquant : dans toutes les grandes villes c’est le candidat de gauche, socialiste nasserien, Hamdeen Sabbahi qui est en tête, candidat qui a porté tout le long de la campagne un programme social favorable aux plus pauvres. Ainsi est montré que c’est les plus démunis qui ont voté islamiste précédemment, et que déçus des députés, leur regard s’est porté sur le socialisme.Les trois candidats que l’on peut vraiment dire révolutionnaire, Sabbahi, Ali et el-Hariri font ensemble 22%. Plus que le candidat des militaires ! Le seul camp qui a significativement progressé à ce moment, ce n’est ni l’Armée, li les islamiste, mais le camp révolutionnaire.
Le deuxième évènement qui remet en marche la révolution arabe est le procès de Moubarak et des assasins des révolutionnaires de la place Tahrir. Le premier est condamné à la prison à vie et six employés de l’Intérieur et les fils Moubarak sont acquittés. Maintenant le camp révolutionnaire se remobilise pour changer ce verdict, et cela prouve que les troupes restent mobilisés.

Maintenant l’avenir de la révolution a arabe dépend de deux choses : la chute de Bachar el-Assad, et la victoire de Mohamed Morsi. Le premier fait est évident, car si les Syriens échouent, ce sera un coup de massue pour les peuples arabes. Après pour un libertaire socialiste que je suis, demandé la victoire d’un islamiste peut paraître paradoxal, mais les électeur islamistes ont déjà commencés à regarder vers le socialisme, alors si un FM arrive au pouvoir, toute leur nature pro-capitaliste sera prouvé, et le camp véritablement révolutionnaire aura de larges réserves pour relancer le mouvement. Et une victoire du Premier ministre lors de la bataille des chameaux serait un énorme frein à la révolution.

La Méditerranée va connaître d’importants évènements révolutionnaires dans les mois qui viennent. Trois épicentres : l’Égypte, la Grèce et l’Espagne.


La guerre civile en Syrie

Le 29 juillet 2012, par Andersen René

C’est par "accident" que je tombe sur votre site.Je voudrais vous dire que sans épouser à 100% votre texte sur la Syrie que c’est tout de même un des meilleur que je lis ces derniéres semaines.J’ai tendance à trouver votre critique du régime un peu dure .je dis bien un peu.Pour affiner mon jugement il me faudrait y être ou y avoir vécu.


La guerre civile en Syrie

Le 9 mars 2013, par stephanie

Comme beaucoup je ne suis pas specialiste de la Syrie. Je trouve cependant etranges les evenements qui assaillent certains pays en ce moment..
Pourquoi la France s’empresse-telle de reconnaitre la legitimité représentative d’un groupe qui, tout comme cela a été le cas en Lybie, n’a AUCUNE legitimité electorale (nous les champions de la legitimité démocratique pourtant !quand les français font un choix par voie de referendum, ce choix est bafoué quelques mois plus tard) ? si on se met a reconnaitre tous les mouvements rebels, pourquoi ne pas reconnaitre les kurdes en Turquie ou les tamouls au sri lanka ?Pourquoi les medias n’ont rien mentionné sur les mouvements au Bareihn si nous sommes tant attachés que cela aux revendications sociales ? ces deux poids deux mesures doivent interroger.si je ne m’abuse il y a eu en mai 2012 des elections ou le parti baas n’etait pas le seul à se presenter.Je suis toujours tres amusee de nous entendre decerner les prix des bonnes elections et des mauvaises. Je crois mes amis que trop d’interets etrangers sont en jeu dans cette zone, qui ouvrent ses porte a de nouveaux partenaires commerciaux -la chine par exemple- pour que nous nous laissions bernés sans plus de reflexion que notre bon coeur larmoyant. il est urgent de se renseigner serieusement et d’entendre au moins ce que les deux camps disent, car tout cela n’est pas tres clair.


La guerre militaire en Syrie -septembre 2013

Le 9 septembre 2013, par patrick

je suis très attentivement ce qui se passe en Syrie depuis 2 ans.
Il est vrai que de nombreux groupes confessionnels (allaouites,frères musulmans, djiadistes, chrétiens, évangélistes, coptes ...)mais aussi des groupes terroristes existent et veulent renverser Hassad.
Mais François Hollande, a pratiquement depuis 1 an et demi était le seul dirigeant occidental a vouloir lui-aussi renverser le pouvoir syrien. Il a aussi été le premier à recevoir les opposants syriens réfugiés à Istanbul. Tout le monde sait bien que si la Russie et l’Iran d&fendent et arment le gouvernement, la Turquie, le Quatar, l’Arabie Saoudite arment les opposants avec des armes américaines et françaises.
Hier et aujourd’hui le Président Obama accordent des interviews aux 6 grandes chaines de télévision américaines et diffusent en boucle des images des massacres chimiques du 21 aout dans le pays.
Ils mentent tous gravement sur les cibles (qui de quelques dizaines sont passées à plus de 1.000), sur l’ampleur (qui de locale devient nationale) et surtout sur la durée (qui de 3 jours est passée à 3 semaines !)
La seule solution n’est pas militaire mais politique.
Il suffirait d’organiser une conférence de Genève 2 pour préparer dans les six mois la préparation d’un referendum constitutionnel autorisant des élections libres d’un Parlement syrien,
Celui-ci serait ouvert à tout groupe politique présentant plus de 10.000 signatures pour pouvoir présenter des candidats.
Le scrutin serait soit proportionnel avec un minimum de 3 % soit uninominal à 2 tours avec des circonscriptions ou fédérales (par régions) ou nationales.
La soumission absolue du pouvoir militaire au pouvoir politique serait inscrite dans la constitution et tous les actes pris par les militaires seuls seraient nuls en droit (cf cas de la Syrie).
Merci de votre a&vis sur ces quelques idées.

Patrick
Lundi 9 semptembre 2013



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