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La crise de l’UE et la tentation nationaliste

24
10-2011

Dans le PCF, des divergences se sont exprimées sur la question européenne. André Gerin (député de Vénissieux) et Emmanuel Dang Tran (Paris 15e) demandent que le PCF se prononce pour le retrait de la France de l’Union Européenne et pour le rétablissement du franc français en lieu et place de l’euro. Notons aussi que Jacques Nikonoff (M’PEP) défend la même politique. Citons Gerin : « L’instauration d’un nouveau Franc par le levier d’une dévaluation abaisserait le coût de nos productions à l’étranger, favoriserait les exportations. » Ainsi, le retour au franc et la dévaluation de la monnaie nationale sont présentés comme un moyen de lutter contre la crise. Cette approche pourrait séduire un certain nombre de travailleurs – le Front National, qui avance les mêmes mots d’ordre, l’a bien compris ! – et même quelques militants communistes, en réaction à la crise qui sévit en Europe et à ses conséquences extrêmement graves.

Dans la période qui a précédé l’introduction de la monnaie unique, les partis et médias capitalistes ont mené une puissante campagne de propagande visant à convaincre les travailleurs que le traité de Maastricht et l’euro seraient des gages de stabilité et de croissance économique, dans une Europe « sociale » et harmonieuse. La direction du PS avait repris entièrement à son compte cette propagande mensongère.

En réalité, l’euro visait à protéger les intérêts des capitalistes – et surtout des plus puissants d’entre eux –, notamment en éliminant les risques inhérents aux fluctuations monétaires sur le marché européen. Il fallait s’opposer au traité de Maastricht et à l’introduction de l’euro, qui ne pouvaient rien apporter de bon aux travailleurs de France et d’Europe. Un simple changement monétaire de ce genre ne pouvait ni éradiquer, ni même atténuer les inégalités, le chaos économique, le chômage de masse et la régression sociale qui caractérisent le capitalisme. Cependant, précisément pour les mêmes raisons, le retour à une monnaie nationale ne produirait absolument aucune amélioration des conditions de vie des travailleurs. Imaginer le contraire, c’est commettre la même erreur, dans le sens inverse, que ceux qui acceptaient la propagande destinée à promouvoir l’euro, à l’époque.

Le traité de Maastricht était taillé sur mesure dans l’intérêt des capitalistes. Mais il ne faudrait pas lui attribuer un rôle exagéré dans la crise actuelle. Celle-ci n’est pas seulement européenne. Elle est internationale. Toutes les caractéristiques de la crise européenne existent également aux Etats-Unis, par exemple. Ce qui se passe en Europe n’est que l’expression de l’impasse du capitalisme à l’échelle mondiale. On ne doit pas chercher les causes de la crise dans tel ou tel traité, ou dans l’adoption de l’euro, en imaginant que si l’on revenait sur ces dispositions, les choses iraient forcément mieux.

Protectionnisme

L’avantage d’un retour au franc, nous dit-on, serait que la France pourrait procéder à des dévaluations compétitives pour rendre les importations plus chères et donc moins compétitives, tout en donnant un avantage aux exportations françaises à l’étranger. Mais les choses ne sont pas si simples. On ne peut pas couper la France du monde. En conséquence d’une dévaluation, les produits importés deviendraient plus chers dans les mêmes proportions. Cela entraînerait aussi une augmentation massive de la dette publique, dont une partie importante doit être remboursée en devises étrangères. Et ce n’est pas tout. Cette approche protectionniste provoquerait inéluctablement des mesures de rétorsion de la part des pays ainsi pénalisés, et notamment de la part de l’Allemagne, des Etats-Unis et de la Chine. Sous le coup de mesures et de contre-mesures protectionnistes, les emplois et les « productions nationales », loin d’être sauvegardés, seraient détruits à une échelle encore plus vaste qu’à présent.

Les communistes auraient tort de prôner cette politique pour une autre raison très importante. L’objectif d’une dévaluation, c’est de vendre davantage de produits français, tout en bloquant la vente de produits allemands, espagnols, etc. Autrement dit, c’est un programme d’exportation du chômage. Prôner le protectionnisme, c’est placer les travailleurs dans une démarche nationaliste, dans une guerre commerciale contre les travailleurs d’autres pays. Ceci est en contradiction directe avec nos principes communistes et internationalistes.

Il n’est pas difficile de comprendre les implications néfastes du nationalisme pour le mouvement communiste européen. Actuellement, la direction du Parti Communiste grec (KKE) exige un retour à l’ancienne monnaie grecque, la drachme, suivi d’une dévaluation importante, dans le but de limiter les importations étrangères – dont, par exemple, des produits fabriqués en France. Gerin et Dang Tran nous invitent à faire de même, avec un franc dévalué, pour limiter les importations – dont celles qui viennent de Grèce ! On se retrouverait ainsi embarqués dans une guerre commerciale où les communistes de chaque pays voudraient protéger l’emploi chez eux et infliger du chômage à leurs camarades d’autres pays. Si cette politique était mise en application à l’échelle européenne, toutes les « dévaluations compétitives » tendraient à s’annuler réciproquement, au détriment de tous, puisque la contraction du commerce international entraînerait inéluctablement une baisse générale de la production.

L’Union Européenne est un arrangement entre capitalistes, pour les capitalistes. Il faut en finir avec le capitalisme, en France et en Europe, ce qui signifie, nécessairement, en finir avec l’Union Européenne. Mais dans ce combat, il faut souligner constamment les intérêts communs de tous les travailleurs dans une lutte commune contre les capitalistes. Sortir de l’UE sur la base du capitalisme et du protectionnisme ne résoudrait rien. Il ne faut pas proposer de fausses solutions et des leurres aux travailleurs, mais fixer leur attention sur le vrai problème, à savoir la propriété capitaliste. Cette remarque s’applique également à la direction du PCF, dont le mot d’ordre d’« Europe sociale » – là encore, sur la base du capitalisme – est complètement illusoire. Tant que les capitalistes conserveront le contrôle des banques, de l’industrie et du commerce, il n’y aura pas de solution aux problèmes des travailleurs. Notre devoir communiste, c’est d’expliquer cette vérité, patiemment et inlassablement. Le problème n’est pas le système monétaire, mais les rapports de propriété !

La Riposte


Vos réactions...

La crise de l’UE et la tentation nationaliste

Le 24 octobre 2011, par Alain Brachet

Bonjour,

Petits commentaires :

Nikonoff n’est plus à ATTAC, mais au M’PEP.

J’ai bien examiné l’argumentation du M’PEP. Son but principal n’est pas la"dévaluation compétitive", comme vous le dites, mais la possibilité pour la France d’avoir une politique nationale indépendante et décidée par les citoyens français. Par exemple, pour combattre concrètement le capitalisme, il faut, entre autre choses, nationaliser les banques, les "grands moyens de production et d’échange" (si le peuple français en a décidé). Ce n’est plus possible par une voie pacifique et démocratique, dans le cadre de l’UE où la France s’est installée. Il faudra donc "désobéir" à l’UE. Pour avoir une politique monétaire non bridée par les critères de Mastricht... on en viendra tôt ou tard à une monnaie nationale. C’est cela le fond du raisonnement. En ayant une politique nationale indépendante, on ne s’oppose pas aux peuples voisins, on n’est pas d’infâmes nationalistes : on est au contraire internationalistes ; on donne l’exemple,comme un Chavez, par sa politique nationale, a impulsé un mouvement d’émancipation parmi les peuples de l’Amérique du Sud, et comme, en d’autres temps (1789), la révolution de la nation française a été le moteur d’autres révolutions en Europe, ou en 1917 la Russie par sa révolution (nationale)a malheureusement échoué à provoquer une révolution mondiale, mais a été le ferment du développement d’un mouvement communiste mondial...


La crise de l’UE et la tentation nationaliste

Le 24 octobre 2011, par GB

Une petite correction en premier lieu : Jacques Nikonoff n’est plus membre d’ATTAC depuis quelques temps. Il dirige le M’PEP.

Sur le fond, la nécessité de sortie de l’UE est indispensable. Il est fatigant au nom d’un internationalisme mal utilisé, de refuser cette nécessité. Rappelons :
- que le MEDEF a rappelé, avec le patronat allemand, son attachement à l’Euro
- la phrase d’A Touraine : "En France, le mot libéralisme était imprononçable, alors on en a inventé un autre : Europe"
- celle d’A Madelin : "L’Europe est une assurance vie contre le retour du socialisme"

Après, on n’est pas obligé d’être d’accord avec la dévaluation. Des droits de douane seraient préférables, modulés selon le niveau de salaires de nos différents partenaires. En outre, une telle mesure ne saurait être isolée : il faut la coupler avec un contrôle des changes (fixation du taux de change par la banque centrale), réindustrialisation et il faudrait en ajouter d’autres.
Sortir de l’Europe, c’est aussi prendre en compte la réalité selon laquelle tous les peuples ne sont pas dans la même trajectoire historique, politique et économique et que beaucoup trouvent leur compte dans l’UE (notamment les ex-pays du bloc soviétique).

En outre, dévaluer, c’est aussi faire perdre de la valeur à la dette détenue par les capitalistes étrangers, même s’il serait préférable de l’annuler complètement.

Dernier point, de bon sens : Mélenchon se présente à une élection en France ; il doit donc proposer un programme pour notre pays. Et sortir de l’Europe sera indispensable pour accomplir son programme. Si l’on pense qu’il ne faut agir qu’au niveau européen (voire mondial), alors on ne se présente pas aux élections françaises !


La crise de l’UE et la tentation nationaliste

Le 25 octobre 2011, par RASPOUTINE

A constater aujourd’hui le niveau de déficit atteint par la balance commerciale de notre pays du fait des politiques financières de délocalisations industrielles et intellectuelles, l’idée même de retour au franc et de dévaluations "compétitives" est une absurdité totale.


La crise de l’UE et la tentation nationaliste

Le 25 octobre 2011

Bonjour camarades,

Moi je trouve l’article très clair.

L’important n’est pas en soi la sortie de l’euro.
De plus, la crise n’est pas concentrée uniquement à la zone euro.
Et faire croire aux gens que le retour au franc résoudrait tous les problèmes - ou même en partie - est tout simplement mensonger.

La sortie de l’euro ne permet pas de changer le système économique qui reste de fait le capitalisme. C’est donc bien là la racine du problème. On ne pourra rien espérer sous le capitalisme, là est la vérité que nous devons répéter avec patience aux masses.

Encore une fois, en tant que communistes révolutionnaires nous devons nous placer au-dessus de ce débat de forme en attaquant sur le fond : le système capitaliste avec ou sans l’euro reste le système capitaliste camarades !

Fraternellement,
Salama


La crise de l’UE et la tentation nationaliste

Le 25 octobre 2011, par Laurent

Salut camarades,

J’ai trouvé cet article qui répond à des idées fausses et dangeureuses dans le PCF mais aussi dans le mouvement ouvrier en général, très pertinent, les communistes doivent regarder les conditions objectives en face d’un point de vu internationaliste et marxiste, combattre résolument toute forme de nationalisme, La Riposte fait cela merci...

Salutations Communistes,
Laurent


La crise de l’UE et la tentation nationaliste

Le 25 octobre 2011, par La Riposte

Chers lecteurs,

Nous avons corrigé l’article pour tenir compte des remarques de nos lecteurs sur le statut politique de Nikonoff.

La Riposte


La crise de l’UE et la tentation nationaliste

Le 26 octobre 2011, par moricio

Plus d’Europe, certes, mais que celle des peuples ! On se doit d’être européen mais aussi contre le système de l’UE, de même qu’il y eut un vote du Non de gauche pour des raisons partagées, (et évidemment un vote non du Fn) il devrait y avoir une résistance et un refus de cette UE, de gauche , et ne pas laisser le terrain libre à la Marine par une gauche qui reprend les mêmes arguments que Sarko, bien que celui ci va plus loin en disant que ceux qui veulent que la France sorte de la zone euro, se préparent à une guerre en Europe !
Ne nous laissons pas berner par ces épouventails, le Front de Gauche sortirait grandi vis à vis des français à avancer une politique économique réalisable de rupture avec entre autres mesures un protectionisme de Gauche , équitable entre pays , même avec ceux qui resteront dans la zone Euro !
De même j’ai pu voir à la Fête de l’Huma un appel à référendum pour sortir le traité de Lisbonne de la constitution française , bonne idée qui séduit et dont devrait s’emparer le parti, pour faire appel au peuple d’un soutien populaire qui lui manque .
On avait bien lancé un référendum pour la Poste avec succès, bien que le résultat fut nul devant ce pouvoir !
or si la gauche de gauche arrive au pouvoir, ce ne sera pas j’espère pour épouser les thèses néo libérales du PS qui lui s’accommode bien de l’UE, ne voulant que l’améliorer !
De l’audace camarades récalcitrants !


La crise de l’UE et la tentation nationaliste

Le 3 novembre 2011, par genestie

""On se retrouverait ainsi embarqués dans une guerre commerciale où les communistes de chaque pays voudraient protéger l’emploi chez eux et infliger du chômage à leurs camarades d’autres pays."""

Le contraire camarades, c’est la concurrence libre et non faussée, C’est la mondialisation,vous êtes dans le bon camps !!! CELUI DES CAPITALISTES.


La crise de l’UE et la tentation nationaliste

Le 13 décembre 2011, par Gautier WEINMANN, PCF Leforest

Chers camarades,

Je me lance à nouveau, au risque d’être caricaturé sans droit de réponse (La Riposte pratique la "modération"...).

Je suis d’accord, commençons par là, avec l’affirmation selon laquelle les problèmes engendrés par le capitalisme ne se règleront pas fondamentalement à coups de dévaluations compétitives ou de barrières douanières.

Par contre, je m’interroge à la lecture de certaines phrases.

"une monnaie nationale ne produirait absolument aucune amélioration des conditions de vie des travailleurs".

Avoir une Banque de France auprès de laquelle l’État pourrait emprunter gratuitement, sans intérêt, au lieu de passer par les marchés financiers, comme c’est imposé par les Traités européens, serait un sacré avantage.

Cela réduirait notre dépendance aux marchés financiers, finit le couperet du fameux AAA des agences de notation !

Or, cette "monétisation de la dette" nécessite de sortir de l’euro et du Système européen des banques centrales (la BCE, en somme).

La monnaie mondiale de coopération est à étudier, il faut bien noter qu’elle existe déjà au niveau de l’ALBA. Elle s’appelle le sucre.

" Cela entraînerait aussi une augmentation massive de la dette publique, dont une partie importante doit être remboursée en devises étrangères ."

La Riposte admet donc que la dette publique "doit être remboursée" ?

Mais qu’ont fait Lénine et les bolchéviques dès leur arrivée au pouvoir si ce n’est NE PAS rembourser la dette russe ?

La dette est l’instrument majeur du capitalisme, pour transférer de l’argent des couches populaires vers les rentiers. L’ardoise provient entièrement de la crise du capitalisme, des marchés financiers et des exonérations du capital et des plus riches. L’État dépense 50 milliards par an par la rente, est-ce qu’il faut continuer à payer ?

Non. Un communiste ne peut pas proposer ça, d’ailleurs, la direction du Parti s’interroge justement sur l’origine de la dette française et sur la part qu’il faudrait nécessairement annuler.

Pas La Riposte, apparemment.

"Prôner le protectionnisme, c’est placer les travailleurs dans une démarche nationaliste, dans une guerre commerciale contre les travailleurs d’autres pays. Ceci est en contradiction directe avec nos principes communistes et internationalistes."

Pourquoi, dans ce cas, La Riposte se fait le chantre de l’ALBA ? Qu’est-ce que l’ALBA ? Une simple recherche Internet suffira.

Il n’y a pas une contradiction dans La Riposte entre la théorie et certains mots d’ordres politiques ?

Fidel Castro, a pris l’initiative de mettre en place l’Alternative bolivarienne des Amériques (ALBA), ce vaste cartel de nations progressistes qui échangent à égalité, entre peuples souverains, sans se livrer à la « concurrence libre et non faussée » prescrite par l’Union européenne dont le seul but est de casser les droits sociaux.

"Produire en France" est un magnifique mot d’ordre, à même de renouer avec les ouvriers français mais aussi ceux du monde entier. Chacun doit pouvoir produire, exister, vivre, sans nuire au voisin.

Comment Chávez aurait-il pu entamer la construction du socialisme sans reconquérir la souveraineté nationale de son pays ?

Dans notre texte du 34ème congrès du PCF, nous disions : « depuis quelques années, le socialisme refait surface dans différents points du globe. Ainsi, plusieurs pays d’Amérique Latine se sont engagés dans des expériences progressistes. Elles reposent toutes sur la reconquête de la souveraineté nationale grâce à la nationalisation des banques et des grands secteurs de l’économie ».

La référence reste d’actualité.

Fraternellement,

Gautier Weinmann, PCF Leforest (62)



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