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Mélenchon candidat du Front de gauche – Quelle campagne, sur quel programme ?

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06-2011

La désignation de Jean-Luc Mélenchon comme candidat du Front de gauche, suite au vote des communistes, met un terme à plus de deux ans de travail de la direction du PCF pour parvenir à ce résultat. Cette volonté s’était dévoilée dès la fin de l’année 2008, lorsque Mélenchon a quitté le PS et que la direction du PCF a annoncé, dans la foulée, la création du Front de gauche – auquel le PG s’est immédiatement rallié. Cependant, la direction du parti a longtemps fait mine de n’avoir aucune position déterminée sur la question de la candidature à la présidentielle. Elle voulait prendre la base du parti par surprise et de vitesse. Le 36e congrès a été reporté à 2012. Puis, moins de deux mois avant la Conférence Nationale, la direction du parti a exprimé sa préférence pour Mélenchon, a rapidement annoncé les bases d’un accord législatif – et a finalement expliqué : « nous n’avons plus le choix, plus le temps. Il y a qu’un seul accord, qu’une seule voie sûre : Mélenchon ».

Ces manœuvres ne sont pas passées inaperçues, y compris chez les camarades qui ont voté pour Mélenchon. Elles auront des conséquences au sein du parti. Des camarades, sans doute, refuseront de faire campagne. Mais la grande majorité des militants communistes fera la campagne, non seulement dans le but de réaliser le meilleur score possible, mais surtout dans le but de construire le parti. Telle sera également la démarche de La Riposte. L’enjeu principal de cette campagne, c’est la nécessité de défendre et de populariser une alternative au capitalisme en crise, en renforçant le PCF sur cette base. La Riposte, comme beaucoup de camarades, a milité pour une candidature issue du parti. Mais le choix de Mélenchon n’empêchera pas les militants communistes de mener une vigoureuse campagne pour développer le parti et son influence.

Le programme

Le débat sur les candidatures étant clos, l’attention des communistes va davantage se concentrer sur le programme. C’est une très bonne chose, car le programme est la question décisive. Cependant, il y a d’emblée un problème de méthode. Avant de discuter d’un programme commun ou « partagé » avec d’autres organisations, le PCF aurait dû sérieusement discuter de son programme, qui aurait dû être soumis au débat démocratique de ses militants. Ce n’est pas ce qui s’est passé avec l’élaboration du « Programme populaire et partagé » (PPP).

Quelques semaines avant la Conférence Nationale, les militants communistes ont reçu un document intitulé Ce que nous voulons, qui était présenté comme la contribution du PCF au PPP. Mais ce texte n’était pas ouvert aux amendements. Les militants communistes n’avaient aucun moyen d’en modifier le contenu. D’ailleurs, ils n’ont même pas eu le temps de vraiment le discuter, dans les sections et les cellules, car il a été très vite remplacé par la « dernière version » du PPP. Celui-ci avait été annoncé, de longue date, comme une œuvre collective devant impliquer de larges couches de jeunes et de travailleurs. Un programme « issu des masses », en quelque sorte. Mais la participation des masses à l’élaboration du PPP est restée toute théorique, comme c’était prévisible. Au passage, les militants communistes ont été privés de la possibilité de modifier le contenu du PPP, faute de mécanismes établis à cet effet. Le report du congrès, qui aurait au moins permis d’amender le programme, allait dans ce sens. Au final, le programme « issu des masses » a été exclusivement élaboré par des dirigeants du PCF et du PG, sur la base de « commissions » dont le travail n’est connu que d’une toute petite minorité de camarades.

Voilà pour la méthode. Sur le fond, le PPP est à l’image de ce que défend la direction du parti depuis des années. C’est un programme réformiste, qui convient donc parfaitement à Jean-Luc Mélenchon. Comme le programme officiel du PCF, le radicalisme verbal de Mélenchon s’arrête aux frontières de la propriété capitaliste. Son projet de « révolution citoyenne » laisse les principaux leviers de l’économie entre les mains d’une poignée de grands capitalistes. L’objectif, semble-t-il, est d’imprimer au capitalisme une logique « anti-capitaliste ».

En l’absence de mesures visant la propriété capitaliste, les chances de succès d’une telle « révolution » nous semblent nulles. Nous reviendrions plus en détail, dans un autre article, sur le contenu du PPP. Soulignons dans l’immédiat que la partie consacrée à la politique internationale – intitulée La France pour changer le cours de la mondialisation – est particulièrement faible. Par exemple, la Libye et la Côte d’Ivoire n’y sont pas mentionnées. Ce sont pourtant les deux dernières interventions majeures de l’impérialisme français. La Côte d’Ivoire est complètement déstabilisée, depuis des décennies, par l’action des impérialistes. La guerre en Libye se poursuit, avec son cortège de morts, de destruction et ses milliards dépensés (pendant que les gouvernements taillent dans les budgets sociaux). De tout ceci, le PPP ne dit absolument rien. Il se contente de vagues formules pour la « paix » et contre la « Françafrique ». Il faut d’urgence corriger cette sérieuse carence, qui porte atteinte à la crédibilité du programme dans son ensemble. Le PCF doit mener campagne pour l’arrêt de l’intervention impérialiste en Libye et pour le retrait des troupes françaises de Côte d’Ivoire (comme de toute l’Afrique noire). Et nous devons exiger que ces revendications figurent dans le PPP.

Le silence du PPP sur la guerre en Libye est le prolongement de la confusion qui a régné, au sein du Front de gauche et du PCF, lors du déclenchement de cette intervention impérialiste. Jean-Luc Mélenchon avait pris position pour l’intervention, sous prétexte qu’elle avait l’aval de l’ONU. On a également appris, sous la plume de Mélenchon, que Pierre Laurent et les députés européens du PCF soutenaient cette position. Mais dans le même temps, d’autres dirigeants du PCF prenaient position contre cette guerre, dans L’Humanité, qui depuis dénonce régulièrement le caractère impérialiste de cette intervention. Quelle est la position officielle du parti ? On ne sait pas. Résultat : alors que la grande majorité des militants communistes étaient contre cette guerre, dès le début, la position de Mélenchon a été présentée dans les grands médias comme celle de tout le Front de gauche, communistes compris. Ceci doit nous servir de leçon pour les autres grandes questions politiques qui se poseront au cours de la campagne. La candidature de Mélenchon ne doit en aucun cas signifier un soutien du PCF à toutes les idées que défendra le dirigeant du PG.

Le Front de gauche

La grande majorité des militants communistes soutient la démarche du Front de gauche. Mais ces dernières semaines, il est apparu assez clairement que la désignation de Mélenchon était une condition sine qua non de l’existence du Front de gauche. A la veille du vote des militants, les dirigeants du parti ont expliqué : « soit on désigne Mélenchon, soit le Front de gauche éclate ». Des camarades ont relevé et critiqué ce qui s’apparentait à une forme de chantage.

Le fait est que des conceptions très différentes du Front de gauche cohabitent au sein du parti. La plupart des militants communistes y voient une alliance qui doit contribuer à renforcer le PCF. Ils s’opposent à la transformation du Front de gauche en un nouveau parti, comme le proposent les dirigeants du PG et de la Gauche Unitaire. Mais au sommet du PCF, bien des dirigeants voient dans le Front de gauche un moyen de mettre le PCF au second plan. En juin 2010, ils avaient appuyé l’idée de créer une « association des partisans du Front de gauche », à laquelle on pourrait adhérer directement, sans adhérer aux partis constituant le Front. Cela a provoqué une levée de boucliers, à la base du parti, et ce projet n’a pas pu réellement se concrétiser. Mais il ne fait aucun doute que cette proposition reviendra à l’ordre du jour. L’objectif de nombreux dirigeants du parti est de transformer le PCF en une simple « composante » du Front de gauche, lequel aurait ses militants, sa direction, son appareil, ses congrès – bref, deviendrait un parti.

Les communistes espagnols ont connu ce scénario avec le développement de la « Gauche Unie », dans les années 80 et 90. Le Parti Communiste Espagnol en est sorti très affaibli. Au départ, la Gauche Unie n’était qu’une coalition électorale. Puis elle s’est transformée en une force politique à part entière. Le PCE s’est transformé en un « courant » de cette nouvelle force réformiste, dont il constituait à l’origine l’écrasante majorité. L’effacement du PCE dans la Gauche Unie s’est traduit par une chute de ses effectifs et une dislocation générale de son organisation. Nous avons tout intérêt à méditer cette expérience de nos camarades espagnols.

Bien des camarades voient dans le Front de gauche un moyen d’enrayer le déclin du PCF. Or cela ne va pas forcément de soi. L’union fait la force, bien sûr. Mais d’une part, la direction du parti a son idée de l’avenir du PCF et du Front de gauche. D’autre part, comme nous l’écrivions récemment, « la clé du redressement du parti ne réside pas, en premier lieu, dans des formes d’alliance ou de rassemblement, mais dans un retour aux idées fondamentales du communisme : les idées du marxisme […] La question centrale qui se pose au parti, c’est la nécessité de mobiliser la jeunesse et les travailleurs autour d’un programme qui vise à remplacer le capitalisme par une autre société, une société socialiste, fondée sur la propriété publique des banques et des grands moyens de production. C’est à la fois la seule alternative au capitalisme en crise et la seule garantie d’un redressement durable du PCF. »

La Riposte


Vos réactions...

Mélenchon candidat du Front de gauche – Quelle campagne, sur quel programme ?

Le 22 juin 2011

Merci pour cet article, pour la clarté des idées qui définit la position marxiste... et donc de La Riposte.

J’espère qu’il y aura un article plus approfondi sur l’expérience espagnole dont vous parlez, car elle m’est totalement inconnue - comme à la plupart des militants je pense.

Fraternellement
Salama


Mélenchon candidat du Front de gauche – Quelle campagne, sur quel programme ?

Le 22 juin 2011, par francinet 13

Comment voulez-vous que les communistes qui savent que la marque « FRONT DE GAUCHE » appartient au Parti de Gauche alors que c’est le Parti Communiste Français qui en est l’auteur puisse faire campagne avec et pour ce logo ?
Dans ces conditions, il m’est absolument impossible de faire confiance au Front de Gauche et bien entendu je ne prendrais pas le risque de faire campagne pour cette marque puisque le PCF n’a aucun droit juridique.

De plus, c’est à plus de 90 % grâce aux militants communistes dont je suis que le Front de Gauche progresse et lorsqu’il aura atteint une bonne audience, le Parti de Gauche aura tous les droits de nous interdire d’utiliser la marque pour présenter les candidats sous le logo Front de gauche.

Pour quelles raisons le Front de Gauche n’est-il pas la propriété collective des trois partis ?
Pour quelles raisons le PCF a t-il déposé 8 mois après soit le 23 mars 2010 la marque non utilisée :
FRONT POPULAIRE DE GAUCHE ?

Pour information : Le Déposant de la marque FRONT DE GAUCHE est Gabriel AMARD, 63 Avenue de la République, 75011 PARIS (même adresse que celle du Parti de Gauche).

Enfin toutes ces informations peuvent être vérifiées sur le site officiel de L’I N P I ( Institut National de la Propriété Industrielle ).

Cordialement.


Mélenchon candidat du Front de gauche – Quelle campagne, sur quel programme ?

Le 23 juin 2011, par Alain Brachet

Je suis globalement d’accord avec votre analyse, et notamment comme vous, persuadé que la Direction du PCF continue à travailler à la « dilution » du PCF dans une structure du type Die Linke à la française. Ce qui se fait d’ailleurs en ménageant, du côté PS, la possibilité de conserver un maximum d’élus territoriaux à différents niveaux, pour les dirigeants et les édiles du PC. Ce qui explique la confusion, le double langage de la Direction du PC : ne pas critiquer le PS d’un côté, en laissant ce soin à Mélenchon ; élaborer (avec les « masses », comme vous le dites) un PPP compatible avec les propositions fumeuses du PS. C’est-à-dire, finalement, un PPP particulièrement vide. Il est clair qu’ainsi celui-ci ne mobilisera guère les foules populaires, donc une grosse partie des abstentionnistes.

Je suis également d’accord avec vous quant au fait que le PCF devrait se mobiliser en interne pour élaborer d’abord, au lieu d’attendre que les « masses » lui disent ce qu’elles proposent, donc ce qu’il a à faire, un programme d’avenir allant vers un « socialisme du 21ème Siècle pour la France » (formulation qui est la mienne, et peut-être pas tout à fait la vôtre). En tout cas, un projet qui offre une perspective réelle et crédible de changement pour les « masses ». C’est pourquoi, a contrario, je ne vous suis pas tout à fait quant au rôle d’un Front de Gauche dans ce contexte. Ce qui mérite évidemment explications…

Pour moi, la société française (la société d’un pays parmi les plus avancés, en termes d’institutions, d’organismes sociaux, de tissu industriel, d’organisation économique, de niveau d’éducation et de recherche, et même de niveau de vie moyen, etc…) est le siège d’une lutte des classes de plus en plus intense, mais aussi de plus en plus complexe. En schématisant, je dirais qu’il y a une classe exploiteuse (le grand Capital et ses serviteurs proches). Elle est numériquement peu nombreuse. Elle exploite une immense classe exploitée. Mais exploitée de différentes façons et avec des intensités d’exploitation variées. Il y a d’abord des « exploités totaux » (ouvriers, employés subalternes, etc… auxquels s’ajoutent désormais tous les « sans travail »). Ils constituent toujours la fraction majoritaire de la population. Et il y a aussi des « exploités partiels », catégorie dans laquelle on peut distinguer (je simplifie) deux variantes principales : des « exploités-exploiteurs » (cadres, ingénieurs, etc…) ; des « exploiteurs-exploités » (patrons de l’agriculture, de la pêche, de PME, etc…). Ils représentent une proportion importante dans un pays comme le nôtre…mais ne sont pas numériquement majoritaires. Tout ceci fait de cette classe des exploités en tous genres et de toutes intensités d’exploitation, un ensemble peu homogène. Si on peut la nommer « classe des exploités », on ne peut plus la qualifier uniquement de « classe ouvrière » au sens strict. D’autant plus que cette définition « objective » de « classe en soi » doit être complétée par celle de « classe pour soi », c’est-à-dire de « conscience de classe ». Terminologie qui vise à caractériser comment les exploités prennent conscience de leur exploitation, et donc de leur solidarité de combat contre leur « ennemi commun » : le grand Capital.

Les exploités partiels constituent l’essentiel de ce que l’on nomme les « couches moyennes » (le terme de classe moyenne généralement utilisé sème la confusion, c’est pourquoi je ne l’utilise pas). C’est si vrai que des sondages d’opinion et des études sociologiques récentes que l’Huma a résumés il y a peu, montrent que la proportion de travailleurs qui se considèrent au sein de la classe ouvrière ne cesse de décroître au fil du temps depuis une trentaine d’années (elle serait aujourd’hui de l’ordre de 30%). Or il est clair qu’en termes de classe en soi, en tant qu’exploités totaux ou partiels, ils sont objectivement beaucoup plus nombreux. C’est donc la « conscience de classe » qui est en perte de vitesse. Une des raisons (que je ne développerai pas car cela mènerait trop loin) est que l’absence de perspective collective crédible pour les exploités, ne leur laisse qu’une solution individuelle pour améliorer leur sort, solution individuelle qui favorise le repli sur soi, l’individualisme, la lutte de tous contre tous… C’est la responsabilité des forces politiques de gauche d’ouvrir d’autres perspectives.

Si l’on veut, démocratiquement (et je pense qu’il ne peut en être autrement en France, notamment) unir tous ces exploités « totaux ou partiels », il faut utiliser ce qui peut les unir, ce qu’ils ont en commun : l’exploitation « totale ou partielle » qu’ils subissent et dont ils ne sont plus nécessairement et naturellement conscients. Il faut donc les aider à ce travail intellectuel, d’une part. D’autre part, il faut prendre en compte le fait que leurs diverses situations peuvent les amener à une diversité de prises de conscience, plus ou moins combatives quant à la cause de leurs difficultés et aux objectifs à poursuivre. On ne peut plus se contenter de ne rassembler que les plus exploités (les exploités totaux, la classe ouvrière au sens strict) pour aller vers une autre société, ou pour simplement prendre le pouvoir d’état dans la perspective d’accélérer l’édification d’une telle société( à travers des élections, par exemple). Il faut rassembler en un même mouvement tous les exploités (partiels ou totaux). Ce qui n’est évidemment pas facile ; les études sociologiques ci-dessus citées, en témoignent ; la multiplicité des organisations politiques de gauche, des syndicats, des organisations du mouvement social, le confirme également. En simplifiant, pour ce qui est des organisations politiques, leur structuration à gauche s’est depuis longtemps cristallisée autour de deux pôles principaux : le PS pour les couches moyennes, c’est-à-dire pour les exploités partiels, principalement. Le PCF pour les plus exploités (la classe ouvrière » au sens large), mais aussi pour des exploités partiels (j’en suis un exemple, mais je ne suis pas le seul) qui ont pris conscience de la nécessité du combat commun. Cette structuration n’est pas nouvelle ; elle est ancrée dans l’histoire du peuple français. On ne peut pas l’ignorer et faire comme si elle n’existait pas. Encore moins, désormais, dire que c’est aux seuls exploités totaux, parce qu’ils sont les plus concernés par l’abolition du capitalisme et la construction d’une société socialiste, qu’ils doivent imposer les modalités de la lutte. On ne peut pas, non plus, comme le PS s’y emploie, dire que c’est aux couches moyennes d’imposer les modalités de la lutte et se comporter de manière hégémonique, vis-à-vis des autres catégories d’exploités.

Il se trouve que cette dernière situation est, malheureusement, celle qui prévaut aujourd’hui. Le PS a abandonné sa vision de classe, pour ne voir les choses qu’à travers une hégémonie des couches moyennes qu’ils représentent en quelque sorte. Pire, il s’est laissé phagocyter en interne par une catégorie particulière d’exploités partiels (les énarques et assimilés), c’est-à-dire par les moins exploités de la catégorie…c’est-à-dire par les plus exploiteurs, ou tout au moins ceux qui souffrent le moins de l’exploitation et dans une certaine mesure s’en accommodent…pour peu qu’elle ne les concerne pas trop ! Ainsi, ces dirigeants-là, ont réussi à imposer leurs vues aux plus exploités : couches moyennes inférieures, couches populaires qui aspirent à se ranger parmi celles-ci, car elles redoutent un « déclassement » vers les laissés-pour-compte… Le PS a réussi ce tour de force de s’imposer à gauche, en mobilisant derrière lui non seulement ceux qui constituent ses troupes habituelles (les couches moyennes) mais aussi une partie des couches populaires…

Heureusement, si l’on peut dire, avec le déchaînement de la crise et des forces du grand Capital qui exploitent de plus en plus tous les exploités, émergent des forces politiques qui se distinguent du schéma précédent. Le Parti de Gauche, qui a rompu avec le PS, gangrené par cette forme de collaboration de classe qu’est le « social-libéralisme, en est une. C’est l’amorce d’une rupture dans la vision social-démocrate et dans l’hégémonie du PS et plus généralement du réformisme. Il faut s’en réjouir et même sauter sur l’occasion, c’est-à-dire l’encourager. Il ne faut pas demander la lune : l’hégémonie du PS battue en brèche, n’amènera pas d’emblée ceux qui s’en dégagent à rejoindre les rangs d’un Parti Communiste de classe, d’abolition du capitalisme et de construction d’une société socialiste. Le chemin sera long… D’autant plus qu’il faut que ce Parti Communiste « authentique » existe !

Pour prendre en compte cette situation tant du côté PG que du côté PC, comment faire ?

Pour ma part, je ne vois actuellement que les lignes d’action suivantes à conduire simultanément :

1) que le PCF, fort d’une analyse de classe actualisée (je veux dire par là une analyse des classes de la France d’aujourd’hui, s’inspirant peut-être de celle que j’ai esquissée ci-dessus avec les concepts d’exploitation totale et partielle, ou plus généralement de classes complexifiées et multiformes) se pose de manière volontariste en leader du rassemblement de ces exploités-là.

2) plus généralement, que le PCF, toujours sur la base d’une telle analyse, soit la cheville ouvrière du rassemblement des force politiques (et autres) aujourd’hui dispersées, et travaille à les unir à partir de ses analyses et pour la construction d’une autre société (que je nomme socialisme du 21ème Siècle)

3) c’est-à-dire que ce PC soit à l’initiative d’un Front de forces politiques (et autres) qui dans leur diversité, voire leurs contradictions, travaillent ensemble à l’avènement d’un tel projet

4) le Front de Gauche dans son état actuel peut être l’embryon d’un tel rassemblement. C’est pourquoi il ne peut être en l’état qu’un cartel d’organisations et non pas un Die Linke à la française, même si certains, au PCF, au PG, à la FASE, ou ailleurs, pensent le contraire…

Dans ce cartel, le PCF ne se diluerait pas, comme le redoutent nombre de communistes de base. Au contraire, ayant le plus d’atouts initiaux (nombre de militants, nombre d’élus territoriaux) il devrait en être le fer de lance. A une condition supplémentaire toutefois (je me répète) :

Qu’il se donne tous les moyens théoriques (redevenir pleinement marxiste), organisationnels (retrouver une démarche de « véritable centralisme démocratique ») et moraux (avoir la volonté de « changer le monde », c’est-à-dire de bâtir une société de remplacement du capitalisme)…


Mélenchon candidat du Front de gauche – Quelle campagne, sur quel programme ?

Le 29 juin 2011, par ROCH Sylvain

Cher Alain,
Je ne répondrais pas en totalité à l’ensemble des arguments que tu avance et qui sont intéressants.
Mais tout d’abord la chose primordial c’est que le marxisme ne différencie pas les classe en fonction d’un degré d’exploitation mais plutôt de possession des moyens de production, ce qui est différent !!!
Sur ta « graduation » de l’exploitation et sa répercussion sur le développement de la lutte de classe, je te ferais remarquer que, certes, les ingénieurs, chef, sous-chef et autres catégories professionnelles qui pourraient se considérer en dehors de la classe prolétaire (celui qui ne possède que sa force de travail à vendre) peut être un frein à la « conscientisation » des masses.
Je ne minimise pas son importance dans la « canalisation » des aspirations « ouvrières » (étant donné qu’elle fut, entre autres crée pour cela), mais la base du PS restait le vote « ouvrier », sans lui le PS ne peut prétendre à remporter une quelconque élection.
Le nombre de cette « sous-classe » de « moins exploité » n’explique pas à elle seule la baisse de l’intensité de la lutte de classe, c’est plutôt la capacité qu’a eu le capitalisme en pleine essor de créer (entre autres) cette sous-classe tampon en lui faisant croire que ces intérêts divergé de ceux de leur « subalternes ».
C’est aussi le développement du capitalisme qui a permis à celui-ci d’accepter des aménagements refroidissant la lutte de classe qui pointait son nez régulièrement (organisme sociaux, éducation, santé, service public etc).
La réalité d’aujourd’hui c’est que même cette sous-classe tampon ne peut plus être maintenu à un niveau qui lui permette de freiner activement la lutte !!!
Quant à ton analyse du FdG, je te ferrais remarquer que La Riposte n’a jamais prétendu être contre des alliances stratégique (notamment aux moments des élections) avec d’autres mouvements, même si ta vision du PG est surement trop idéalisé, je ne suis pas contre travailler avec eux, comme avec le PS, seulement la condition première est notre indépendance et la possibilité (obligation même !!) d’un soutien critique !!.
Quand tu nous dis que c’est une bonne chose qu’une partie du PS c’est détaché de la ligne social-libéral des directions du PS, vue comme ça je suis d’accord, cela montre qu’au sein du PS tout n’est pas perdu !! Mais je reste méfiant quand aux objectifs réels de Mélenchon, il a toujours était très fort pour critiquer ses petits camarades (même en étant au sein de la direction du PS), mais il a toujours monnayé son ralliement en échange de bon poste !! Son calcul est peut-être d’espérer des postes encore meilleur en étant à l’extérieur et en apportant une « caution » de « gauche » encore plus crédible qu’à l’intérieur.
J’admets que tout cela n’est qu’hypothèse mais elle semble crédible, non ?
Fraternellement
ROCH Sylvain


Mélenchon candidat du Front de gauche – Quelle campagne, sur quel programme ?

Le 13 juillet 2011

Bonjour Sylvain,
J’ai lu avec intérêt les remarques que tu as faites sur mon commentaire antérieur. J’apprécie leur contenu et le ton fraternel qui est le tien.

Je dois dire que j’ai souvent tenté sur divers sites politiques (AlternativeForge, ouvert par le PC lors de ses 34ème et 35ème Congrès, Bellaciao, la Riposte, etc…) d’amorcer un dialogue avec des contributeurs qui développaient des idées que je trouvais intéressantes. La plupart du temps sans bien réussir à enclencher le débat… Les gens lancent des « bouteilles à la mer »…mais n’attendent pas de réactions ou les ignorent. C’est un problème, car je pense que l’on fait progresser la réflexion surtout par la traditionnelle (et marxiste) démarche de thèse, antithèse, synthèse. Démarche qui ne fonctionne bien que collectivement : l’un émet une idée, un autre renchérit ou critique, un troisième en tire une conclusion, etc… En outre c’est le meilleur moyen de propager petit à petit des idées auprès des autres et, pourquoi pas, auprès d’une majorité de gens qui peuvent alors agir en commun pour changer les choses.
Ceci dit, et pour appliquer la méthode, je réagis donc à tes remarques de manière constructive.

Tu dis : « le marxisme ne différencie pas les classes en fonction d’un degré d’exploitation mais par la possession des moyens de production ». Je pense qu’il faut impérativement se situer en termes d’exploitation. Elle est la cause et le moteur de la lutte des classes. Le milliardaire américain Warren Buffet le dit très bien : « La lutte des classes existe, c’est ma classe (celle des capitalistes) qui (pour l’instant) la gagne ». De son côté le Manifeste communiste de Marx et Engels de 1848 disait : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours (malheureusement jusqu’à maintenant !) n’a été que l’histoire des luttes de classes ».Evidemment, les parenthèses en italiques sont de moi !

Par classes ont entend : groupe humain exploiteur d’un autre groupe humain (c’est l’exploitation de l’homme par l’homme). Les classes sont objectivement antagonistes. Mais les individus qui les composent peuvent en être conscients ou non (en tout cas Warren Buffet en est tout à fait conscient !), ce n’est pas aussi évident pour les exploités ! J’y reviendrai.

De nos jours, sous le règne du capitalisme, même s’il est passé à un stade nouveau, celui du capitalisme mondialisé et financiarisé, l’exploiteur demeure bien le propriétaire des moyens de production, c’est-à-dire le capitaliste, appuyé sur tout un ensemble d’associés, de serviteurs plus ou moins zélés, qu’on peut amalgamer sous la dénomination de capitalistes au sens large, et que pour simplifier on appellera : le Capital.
Dans ce système, ce qui caractérise objectivement l’exploiteur de l’exploité (Marx dixit) c’est qu’il s’approprie aux dépens de l’exploité ce que Marx nomme la « plus-value » ou la « survaleur ». C’est (sous une forme sonnante et trébuchante) une quantité de travail fournie par l’exploité, dont celui-ci est dépouillé « à l’insu de son plein gré ». Cette notion de survaleur est ainsi le critère objectif qui permet de classer quelqu’un du côté des exploiteurs ou du côté des exploités dans la société capitaliste qui est la nôtre. L’artifice qui permet l’escroquerie réside dans la propriété (considérée comme parfaitement légale) des moyens de production par le capitaliste (nous en sommes d’accord), le plus souvent en copropriété, par l’artifice de l’actionnariat et de quelques autres subtilités de « l’ingénierie financière »… A partir de l’examen de la destination de la survaleur, on peut savoir qui est notre frère de classe ou notre ennemi de classe… Mais, de nos jours, cette extraction de survaleur par le Capital est devenue très complexe, multiforme, dissimulée sous des terminologies à l’allure savante. Elle ne se situe pas uniquement au niveau de l’entreprise, entre le patron et ses employés. Mais à d’autres niveaux : consommateur, usager des services publics, contribuable, etc… A ces niveaux, on n’a pas nécessairement confrontation directe entre l’exploiteur et l’exploité, comme dans l’entreprise traditionnelle, modèle 19ème siècle ou début du 20ème. Mais confrontation, par exemple lors de fermeture ou délocalisation d’usines, entre les employés et des cadres serviteurs zélés des directions, quand ce ne sont pas des porte-serviettes d’on ne sait pas trop quels holdings ou fonds de pension ou d’investissement. En outre, ce monde du Capital se dissimule et agit derrière des instances insaisissables comme l’Etat, l’UE, le FMI, l’OMC, et même l’OTAN et l’ONU (voir le comportement de l’ONU, à propos de la Lybie)…Tout cela rend le décryptage souvent difficile. Mais le concept marxiste de survaleur est fondamental si l’on veut comprendre quelque chose aux difficultés en tous genres qui assaillent le monde du travail, et sa prise en compte permet de s’y retrouver dans la jungle du système capitaliste d’aujourd’hui.

C’est pourquoi je pars de ce concept pour remarquer qu’en pratique, à la multiplicité des voies d’appropriation de la survaleur par le Capital se superposent différentes intensités d’exploitation. Donc, finalement, différentes sortes d’exploités (multiplicité des voies et des intensités). J’ai développé ces idées plus en détail dans toute une série de contributions sur les sites rappelés plus haut. Je résume. Il y a des « exploités totaux » : ceux qui, comme tu le dis « n’ont que leur force de travail à vendre », les prolétaires, les ouvriers et employés du bas de l’échelle. Des « exploités partiels » qui, bien que globalement exploités, récupèrent d’une manière ou d’une autre une fraction de la survaleur fournie par le monde du travail, dont eux-mêmes.

Pourquoi couper ainsi les cheveux en quatre ? Eh bien ! Parce que dans un pays comme la France de nos jours il y a beaucoup d’exploités partiels. Il en est ainsi, par exemple, au sein des salariés, qui représentent 80% des travailleurs dans un pays comme la France, population dans laquelle les cadres, ingénieurs, certains techniciens (exploités partiels dans ma terminologie) sont très nombreux. Si l’on veut rassembler la grande majorité de notre peuple pour mettre un terme à l’exploitation, pour renverser ce monde capitaliste qui l’engendre en causant des souffrances de plus en plus grandes, il faut bien arriver à faire converger les combats de tous ces gens. C’est-à-dire des exploités totaux et partiels. Ce qui est théoriquement possible, puisqu’ils ont tous, en commun, quelque chose à récupérer qui leur a été dérobé (une part plus ou moins grande de survaleur). Ils ont tous un intérêt à devenir anticapitalistes (ce que certains sondages d’opinion actuels tendent à montrer) ! Mais pour s’unir dans ce but encore faut-il qu’ils aient conscience de cette situation. Et, alors, qu’ils choisissent de se ranger du côté, pour certains, de plus exploités qu’eux, pour d’autres de moins exploités qu’eux. Ce qui n’est pas si simple ! C’est à mon avis le problème essentiel de notre époque : la « conscience de classe » est en perte de vitesse, alors que, au contraire, l’exploitation (le prélèvement de survaleur) est de plus en plus généralisé et féroce, pour toutes ces catégories d’exploités (totaux ou partiels).
Il y a un travail pédagogique énorme à développer pour aider tous ces exploités à se « conscientiser », comme tu le dis, pour s’unir afin de « briser leurs chaînes ». C’est à mon avis le travail d’un parti politique de classe, c’est-à-dire d’un PCF.

Malheureusement (je me répète) notre PCF a abandonné ce combat et celui qui en découle de travailler à l’abolition du capitalisme pour construire une autre société non capitaliste : une société socialiste. Voilà actuellement où le bât blesse !
Ceci dit, si un PCF « authentique » s’attelait de nouveau à ces objectifs tout seul dans son coin, il peinerait à la tâche. Car son abandon des fondamentaux de lutte des classes pèse depuis maintenant une vingtaine d’années. La pente est dure à remonter, d’autant plus que la nature ayant horreur du vide, d’autres forces politiques ont profité de la situation. C’est évidemment le cas du PS qui a réussi à devenir, à gauche, le parti des exploités partiels, des couches moyennes. D’un autre côté, celui des plus exploités principalement, l’absence d’une issue à leurs difficultés grandissantes, de perspective crédible d’un monde meilleur (ce socialisme dont j’ai parlé) les confine dans le désarroi, dans la recherche impossible d’un débouché individuel, voire individualiste : ils ne vont plus voter, ils votent Le Pen, et pour certains, une faible minorité, ils se tournent vers une extrême gauche, impuissante à changer quoique se soit, dans son splendide isolement… mais qui offre l’illusion d’une révolution éternellement possible pour le lendemain : une fuite dans le rêve en somme !...

Par chance, si l’on peut dire, l’approfondissement de la crise, de la violence du Capital pour la faire payer par ses exploités, fait réfléchir certains exploités, et notamment des exploités partiels : en témoignent la création du PG, par Mélenchon, celle de GU, par Piquet, des divergences fortes au sein du NPA quant aux alliances nécessaires, des scissions au sein d’organisations du mouvement social (par exemple la création du M’PEP à partir d’ATTAC), des clivages idéologiques au sein même de syndicats de masse, comme la CGT, etc… La matérialisation concrète de ce mouvement en gestation, c’est le Front de Gauche. Il est l’amorce actuelle de cette union nécessaire des exploités en tous genres, vers un même but. Même si ce but n’est pas encore très clair, mais c’est aux plus conscients, aux plus déterminés, à impulser la démarche. Là-encore, je me répète, ce devrait être « l’ardente obligation » d’un PCF qui enfin et à nouveau prend toutes ses responsabilités.

Mais il est certain qu’il n’en est pas encore ainsi. Et c’est ce qui explique en partie l’attitude réticente de nombreux communistes, à la base, de s’engager à fond dans la démarche du FdG. Ils redoutent que le PC s’y dilue, y disparaisse. En fait, plus ou moins consciemment, ils intègrent l’idée que le PC, tout en étant encore la principale force politique « à gauche de la gauche », par ses effectifs en militants, en élus, en sympathisants, n’est plus la force idéologique principale pour analyser le monde et le transformer. Leur complexe d’infériorité, en termes de théorie, les paralyse. Au lieu de s’attaquer à remettre à niveau le PC, sur ce plan, « ils cassent le thermomètre pour faire tomber la fièvre », ils ostracisent, comme ont dit, le « populiste » Mélenchon. De cette manière, ils se tirent une balle dans le pied ; ils détruisent de l’intérieur les chances pour que ce mouvement unitaire entre tous les exploités, se dynamise, se développe jusqu’à être majoritaire à gauche, devant le PS. Or il est certain que tant que le rapport des forces à gauche n’aura pas basculé du PS vers la gauche de gauche, des conditions favorables à tous les exploités resteront faibles.

C’est pour cela, qu’en ce qui me concerne, je milite comme je peux (par exemple par la parole ou des écrits comme celui-ci) pour que les plus engagés des communistes, les plus révolutionnaires, les plus marxistes, etc… s’unissent enfin pour sortir de l’ornière…


Mélenchon candidat du Front de gauche – Quelle campagne, sur quel programme ?

Le 13 juillet 2011, par Alain Brachet

Suite à fausse manoeuvre, je précise que le précédent message est de moi-même : Alain Brachet. Toutes mes excuses. Salutations.


Mélenchon candidat du Front de gauche – Quelle campagne, sur quel programme ?

Le 26 juillet 2011, par ROCH Sylvain

Bonjour Alain,
Je crois que La Riposte montre régulièrement son intérêt pour le débat franc et fraternel, il n’y a pas à me remercier tout communiste sait combien le débat est nécessaire à une approche la plus juste possible.
Quand tu me dis qu’il faut penser en terme d’exploitation, je ne te dis pas que tu as tort, je dis juste qu’il faut lutter contre les raisons de cette exploitation, et c’est bien le fait d’être propriétaire ou non des moyens de production qui octroie « le droit » (bourgeois !) d’exploiter ou pas.
D’ailleurs tu nous dit : « Par classes ont entend : groupe humain exploiteur d’un autre groupe humain (c’est l’exploitation de l’homme par l’homme). Les classes sont objectivement antagonistes. » ta définition de classe donne bien raison à ce que j’avançais !

Quand tu continue en arguant que l’exploitation serait plus caché, moins franche et moins ouverte qu’auparavant, je veux bien admettre cela, mais le fond de la question est donc bien toujours qui détient le capital et qui l’exploite !!!
Ton analyse de l’exploitation te pousse à cette vision : « Si l’on veut rassembler la grande majorité de notre peuple pour mettre un terme à l’exploitation, pour renverser ce monde capitaliste qui l’engendre en causant des souffrances de plus en plus grandes, il faut bien arriver à faire converger les combats de tous ces gens. C’est-à-dire des exploités totaux et partiels. Ce qui est théoriquement possible, puisqu’ils ont tous, en commun, quelque chose à récupérer qui leur a été dérobé (une part plus ou moins grande de survaleur). Ils ont tous un intérêt à devenir anticapitalistes (ce que certains sondages d’opinion actuels tendent à montrer)  », déjà quand utilise le mot « peuple » tu fais en partie erreur, notre objectif ne doit pas être rassemblé notre « peuple », mais plutôt les salariés, détails important car si la majorité de la population active est salarié, « le peuple » est une vision quasi-mystqiue où toutes les classes se trouveraient comme sublimer par l’appartenance à une « force » supérieur : « LE PEUPLE ».
Ensuite ton utilisation des termes « rassembler la grande majorité » tendrait à nous faire croire que c’est seulement après le rassemblement de la majorité du « peuple » qu’on pourrait envisager le renversement du capitalisme, pourquoi attendre une sorte de « consensus » pré-requis à un changement de système ? C’est tout à fait le genre d’argument aux quels ont eu à faire les révolutionnaires du monde entier, tout les bien-pensants, les pacifiques sentimentalistes, les défenseurs des « droit de l’homme » et de la Démocratie (bourgeoise cela va de soi) s’opposer à une prise du pouvoir d’une « minorité » (bolchévique en russe, si je ne m’abuse !) agissante.
Ce genre d’argument est l’alpha et l’oméga de tout les sociaux-démocrates qui refuse un changement brusque de système et y préfère un changement lent et progressif, sans heurts, pouvant entrainer « la majorité » derrière des réformes.
Je ne dis pas que tu penses cela, Alain, mais ton obstination à voir des intérêts divergents au sein de la classe salarié pourrait le laisser croire !!
Je crois, au contraire, que c’est voulant trop plaire à cette couche de salarié « moins exploités » que le parti s’est fourvoyé, en courant après une couche qui était forcément plus enclin au changement doux dans la continuité d’un système leur permettant de s’en sortir, somme toute, mieux que leurs co-exploités.
Cette couche, crée pour cela entre autres !, ce sentait « supérieur » à ceux plus exploité et croyaient à une divergence d’intérêt.
Mais la crise actuelle le prouve bien le contraire, non ?
Le rôle du parti n’est pas d’affadir son discours, de ce modéré pour plaire à cette couche (qui en plus est minoritaire au sein des salariés) mais au contraire de leur montrer tout l’aveuglement qu’ils auraient à défendre un système qui les pressure de plus en plus.
Il est clair que l’économie a besoin d’une couche de salarié « dirigeant », mais il est aussi clair que le rôle centrale des salariés « de base » est bien plus crucial que le leur !!
Je le dis d’autant plus facilement que, selon tes critères, je suis l’un de ces cadres et techniciens !!
Mais j’ai constaté que c’est la mobilisation des salariés de « terrain » qui permet la lutte, certes le renfort de quelques cadres et techniciens renforcent le sentiment de force des salariés mais n’est qu’un plus pas un nécessaire !!
De plus ces cadres et techniciens, du fait de leur proximité avec le capital ne choisiront leur camp définitivement que lorsqu’il seront sur que le mouvement ira jusqu’au bout, que la direction de celui-ci montre tout les signes de courage et de conviction nécessaires à une lutte à mort !!
Pour ton approche sur le front de gauche, je te rejoints sur le fait que les mouvements s’opérant au sein du PS, du PC ou du NPA (pour ne citer que les plus grands), montre bien la recrudescence d’une lutte idéologique résultant de l’accroissement de la lutte de classe, je te rejoints aussi sur le fait que le PCF est pauvre idéologiquement et la peur que tu attribue aux militants est une réalité, la pauvreté théorique du PCF le rendrait complètement perméable (et l’est déjà un peu) à toute sortes d’idéologies néfastes aux mouvements (social-démocratie, écologie-sociale, etc et même pire : décroissance !).
Nous serons, donc, tout les deux d’accord pour dire que l’urgence au PC c’est bien le retour à une théorie qui arme les militants pour la lutte contre le capitalisme et pour en finir avec ce système qui va à l’encontre du progrès humain.
Et cette théorie ne peut être que le marxisme !
Quant au FdG, encore une fois, si cela n’est qu’une alliance électorale et un rassemblement pour la lutte, aucun problème, mais le PCF doit porter la parole Marxiste !!!

Fraternellement
Sylvain


Mélenchon candidat du Front de gauche – Quelle campagne, sur quel programme ?

Le 9 août 2011, par Alain Brachet

Rebonjour Sylvain,

Dans ton commentaire précédent, tu dis de ne pas te remercier pour ta réponse au mien, car le dialogue s’impose entre combattants d’une même cause (ce qui est le cas, même si des divergences ou des nuances peuvent se manifester entre eux). Eh bien ! Je pense que ce n’est malheureusement pas si naturel. Trois preuves à ce constat : j’ai déjà dit qu’en son temps, j’ai participé au Forum AlternativeForge que le PCF avait ouvert pour ses 34ème et 35ème Congrès ; les « bouteilles à la mer » lancées par les uns et les autres (dont moi et, peut-être toi, si mes souvenirs sont exacts ?) ne trouvaient pas souvent de réponses. Ni d’autres internautes, ni des dirigeants du Parti, qui assénaient leurs vérités, sans écouter ceux dont ils sollicitaient des réflexions. Aujourd’hui, as-tu tenté de faire « partager » tes réflexions au sujet du Programme Populaire et Partagé sur un site du PC ? Je n’en n’ai pas trouvé l’entrée ! Enfin, si je dois donner acte à La Riposte de ce qu’un tel dialogue peut avoir lieu sur son site…je déplore tout de même que ses animateurs n’y participent pas, pour l’instant.

Or, il me semble que le sujet qui nous préoccupe est fondamental aujourd’hui. En effet, de quoi s’agit-il ? De tenter de définir ou préciser ce qu’est le combat de classe au 21ème Siècle, dans un pays comme la France, pour contrer (abolir ?) ce capitalisme devenu furieux, sous sa forme mondialisée et financiarisée, en pleine crise. Ce n’est tout de même pas rien ! Je pense que tout repose à la base sur cette problématique du combat de classes.

Je vais peut-être me répéter, mais la difficulté principale de nos jours résulte du fait que si l’exploitation capitaliste « de l’homme par l’homme » n’a jamais été aussi forte et généralisée, la classe des exploités n’a jamais été aussi complexe et diversifiée. Elle ne se limite plus aux seuls ouvriers (la « classe ouvrière » originelle), ni même aux seuls salariés, qui pourtant représentent 80% des travailleurs, mais à une panoplie de groupes sociologiques, dont évidemment les ouvriers, mais aussi les employés, les cadres et quelques autres encore. C’est pourquoi j’ai cherché, en m’inspirant de ce que je connais de Marx et du marxisme, ce qui objectivement caractérise l’exploitation aujourd’hui. Je pense que c’est toujours le concept « marxien » de « survaleur ». Sur cette base qui caractérise l’exploitation capitaliste (le capitaliste s’approprie la survaleur créée par l’exploité, qui en est dépossédé), on constate qu’il existe toute une gamme d’exploités en termes sociologiques et d’exploités plus ou moins totaux en termes d’intensité d’exploitation. Cette donnée me semble indiscutable. Il faut faire avec la complexité du monde, même si cela ne simplifie pas les choses… De plus, on sait, depuis Marx, qu’il ne suffit pas d’être objectivement exploité (concept de classe en soi) et a fortiori, partiellement exploité, pour agir en vue de « briser ses chaînes », mais qu’il faut être conscient de cette nécessité (concept de classe pour soi). Et que même si l’on est conscient de l’exploitation, il faut encore franchir un pas pour « combattre avec ses frères de classe », pour travailler concrètement à abattre ce capitalisme qui a la vie dure. La diversité et la complexité de la « classe des exploités » rend leur union difficile à bâtir. C’est le rôle d’un PCF d’assumer cette difficile tâche : aider à la prise de conscience pas à pas, catégorie par catégorie, revendication par revendication… Tant qu’on en restera à la vision quasi unique d’une seule « classe ouvrière » chargée de faire tout le travail, on se privera de l’appui des autres catégories sociologiques, plus ou moins exploitées, mais qu’il faut à tout prix associer. Si on ne le fait pas, d’autres le feront à notre place et s’attacheront à briser l’union possible. Les uns, par intérêt de classe (les exploiteurs, la droite, qui a toujours su diviser pour régner), les autres par intérêt catégoriel (le PS, parti des couches moyennes plutôt hautes, cf leurs dirigeants énarques pour la plupart, c’est-à-dire « grands serviteurs de l’état », donc du Capital, et pour certains d’entre eux, DSK par exemple, faisant partie en outre du Gotha des riches et des puissants… ), pour d’autres encore (les forces d’extrême droite à la Le PEN) ils tenteront de manière démagogique d’attirer à eux les plus exploités, les laissés à l’abandon, à la merci de médias voués à la défense des puissants, sans perspectives d’amélioration de leur sort. Convaincre ces exploités en tous genres ne se fera pas tout seul, surtout dans ce contexte de division entretenu par les forces liées au Capital, directement ou indirectement (via le PS, par exemple).

C’est pourquoi je pense qu’il faut être réaliste, ne pas rêver et enregistrer tout les faits positifs que l’on rencontre et les exploiter au mieux. Parmi ceux-ci, la création sous la forme du PG, d’une variante de socio-démocrates qui se détachent du flot représenté par le PS, qui recherchent l’union à leur gauche en somme, c’est-à-dire du côté des forces politiques plus authentiquement « de classe », est un de ces faits positifs. Il ne faut pas l’ignorer, et surtout le « snober » au nom d’une radicalité insuffisante de leur part. Si on les repousse ils iront ailleurs…par exemple dans le giron de « la vieille maison »… Evidemment, ce Front de Gauche doit coopter d’autres forces politiques (NPA, LO, etc…) et du mouvement social (syndicats, ONG…). Il y faut de la patience et de la bonne volonté, et surtout de l’opiniâtreté ! En est-il ainsi au PCF actuellement (je me répète toujours !) ?

Voilà ma façon de voir.

Je note au passage qu’elle ne semble pas être exactement la tienne ? Dont tu dis qu’elle serait celle de La Riposte (j’aimerai, voir plus haut, que ses animateurs le confirment). En tout cas, au risque de me tromper, me référant par ailleurs à ce que je connais du trotskysme, je comprends tes positions de la façon suivante :
Dans le combat à mener actuellement pour abattre le capitalisme, le rôle majeur est toujours celui de la classe ouvrière (qui reste confondue pratiquement avec la catégorie sociologique des ouvriers ou plutôt des salariés). Dans cette extension du concept, les salariés du haut de l’échelle des salaires sont inclus, mais il importe de ne pas leur faire une totale confiance… Le combat résolu de la fraction des salariés les plus exploités (dans ma terminologie) suffirait à « faire la révolution ». En entendant par cela le fait de prendre le pouvoir d’état, avec si possible l’appui des masses (usage de la grève générale par exemple). La prise du pouvoir n’étant pas nécessairement obtenue par voie électorale. Le mouvement d’ensemble serait impulsé par un parti politique guide, qui se trouverait ainsi propulsé au pouvoir… C’est en somme le schéma de la révolution d’octobre 1917 en Russie, celui de la Chine, du Viet Nam, de Cuba, de la Corée du Nord… et même du Cambodge ! A cette prise du pouvoir succèderait l’édification d’une nouvelle société, dénommée habituellement socialiste. Les conditions de la prise du pouvoir par une minorité agissante (le parti-guide) conditionneraient l’évolution ultérieure des choses… C’est bien ce que l’on a observé dans le passé avec les exemples ci-dessus. L’ensemble de ces conditions (de prise du pouvoir et de maintien de ce pouvoir) étaient adaptées aux cas considérés…puisqu’elles ont réussi ! Toutefois, l’expérience montre aussi que le maintien du pouvoir dans ces conditions n’a pas été une sinécure ! L’URSS a tenu 70 ans et s’est effondrée, le Cambodge s’est effondré dans la douleur (Pol Pot), Cuba tient le coup mais en bave, la Chine et le Viet Nam ont pris un virage que certains désignent comme un retour au capitalisme, et que, pour ma part, je définirais comme une NEP (par analogie à la NEP soviétique initiée par Lénine), mais je suis peut-être optimiste (attendons pour en savoir plus !...). Que conclure de tout cela ?

1) Prendre le pouvoir selon le schéma précédent a été possible dans les conditions particulières de l’époque et de ces pays. Je ne vois aucune de celles-ci (je ne les détaille pas, ce serait nous emmener trop loin) possibles aujourd’hui dans un pays comme la France. En mai 68, alors que les conditions d’une telle prise du pouvoir étaient crédibles : grève générale, PCF et CGT puissantes, état affaibli, ni la CGT, ni le PCF, n’ont pensé possible une telle révolution. On s’est limité aux accords de Grenelle pour qu’il reste un acquis (temporaire, malheureusement) d’un tel mouvement de masse… J’ai vécu cette période et je suis convaincu que la position de la CGT et du PCF étaient alors « raisonnables »… Il est vrai que cette position a été fortement contestée alors à l’extrême gauche… mais je pense qu’elle rêvait. Ce qui s’est passé aujourd’hui dans les pays arabes (Tunisie, Egypte, Yemen…) me semble conforter cette vision : on ne déboulonne pas si facilement le pouvoir du Capital !

2) Garder le pouvoir, non pas pour lui-même, mais pour en faire l’outil d’édification d’un socialisme du 21èmè Siècle pour la France, est encore un challenge, comme on dit, d’une autre dimension. Je ne pense pas qu’aujourd’hui un parti-guide tout seul dans son coin suffira à mobiliser toutes les catégories sociales dans le sens souhaitées. Il faut, à tout prix, que l’objectif de ce socialisme soit devenu l’affaire de la majorité du peuple. Car il y aura des opposants en tous genres en interne (en France) et à l’extérieur. Il faut que la majorité du peuple tienne le choc, déjoue les pièges, se batte, peut-être même physiquement. Donc que cette majorité pense que le jeu en vaut la chandelle… Si elle est résolue elle déclenchera une dynamique, elle entraînera les hésitants dans la foulée. Compte tenu de la diversité des intéressés au changement, il ne faut pas espérer d’emblée une adhésion massive, voire un esprit de sacrifice généralisé à « la cause ». Le processus d’édification de cette nouvelle société ne peut être que progressif, pour que chacun y trouve des avantages, et comprenne les étapes nécessaires, voire les hésitations, les erreurs, les stagnations et peut-être les retours en arrière momentanés. Je ne vois pas possible de progresser en forçant les étapes, en faisant taire les opposants éventuels par la force uniquement (on ne peut plus comme en 1893 user de la Terreur !). Mais il faudra sûrement être ferme vis-à-vis des forces du Capital qui utiliseront tous les moyens pour torpiller le mouvement. Pour les mater, il faudra la conviction d’une majorité. Ce qui, d’ailleurs, la rendra légitime.

Dans l’état actuel de notre pays, je pense que l’opportunité qui se présente sous les meilleurs auspices, c’est de conquérir le pouvoir par les urnes, car le calendrier en est fixé. Si, à l’image des « indignés » en Grèce, en Espagne, et ailleurs on démarrait un grand mouvement populaire type Mai 68, plus on aura préparé l’opinion à aller du côté d’une « transformation sociale » profonde par les urnes, plus la conjonction de « la rue » et des « urnes » aura des chances de déboucher…

Alors, en attendant l’éventualité d’un mouvement social décisif et pour le préparer et en préparer la suite, travaillons à convaincre notre peuple, c’est-à-dire tous les exploités, qu’il y a une solution, ce socialisme du 21ème Siècle. Travaillons à le définir aussi bien que possible et en y associant le maximum de monde. Allons aux urnes avec ce projet comme objectif. Montrons qu’il est « partagé » avec d’autres, ou en voie d’être partagé, en tous cas travaillons à cet objectif, en associant au fil du temps tous les exploités du Capital…

C’est de l’impulsion d’une telle démarche que j’espère un résultat. Elle passe par un PCF acquis à cette vision et animant dans cette perspective le Front de Gauche qui préfigure la force majoritaire à édifier.


Mélenchon candidat du Front de gauche – Quelle campagne, sur quel programme ?

Le 11 août 2011, par ROCH Sylvain

Bonjour Alain,
Et oui, désolé ce n’est que moi qui te répond, mais excuse moi si je me considère aussi comme animateur de La Riposte, je n’en suis pas la figure de « proue » mais notre association considère que tout ses membres l’ « anime », apparemment ceux que tu considère comme les « animateurs » doivent penser que, pour l’instant, j’ »anime » pas si mal face à tes remarques !!!
Pour tes remarques sur le débat au sein du PCF et des canaux mis en place par la direction, je suis tout comme toi conscient que soit il n’existe pas, soit ils sont tellement mal foutue que le débat n’a jamais vraiment lieu !!
Mais contraire à toi je ne suis pas surpris, bien au contraire !!, imagine que les militants rejettent de façon clair un des points du programme parfois insipide du parti ? Du genre des crédits bonifiés pour les patrons qui seraient gentils, par exemple ? La direction perdrait toute légitimité !! Déjà qu’elle n’est pas au mieux !! Alors rien d’étonnant que tout les canaux du débat soit pipés pour permettre à la direction de se survivre !!

Pour ce qui est de ton acharnement à vouloir différencier chaque salariés au sein de la classe pour y adapter un discours, tu fais la même erreur que je faisais il y a 5-6 ans, je voyais, tout comme toi, comme première nécessité de convaincre les couches « moins exploités » pour permettre qu’une « majorité » de salarié face avancée les choses. J’étais persuadé que l’important était de convaincre les cadres et technicien que leur intérêts était le même que celui des salariés « de dessous ». Je me demandais comment serait-il possible de construire une société sur de nouvelle base sans « l’encadrement » nécessaire à la marche en avant de l’économie !! J’en étais même arrivé à penser que l’important était de convaincre cette couche, car, pensais-je faussement, cette couche aurait un grand rôle à jouer lors de la révolution !! Je crois deviner la même réflexion chez toi !
Mais mon expérience concrète est venu se mettre en travers de cette théorie, la réalité me sauta aux yeux !! On me disait souvent que les grèves était des moments à part où l’esprit humain évolue rapidement, j’en est fait l’expérience et ma vision en fut radicalement bouleversé ! J’étais cadre responsable dans une société, j’étais engagé politiquement et n’hésitais pas à défendre mes idées sur mon lieu de travail avec mes collègues, je prônais un changement de système économique, par exemple la gestion public de l’eau (domaine où j’exerçais), mes collègues m’écouter dénoncer la direction, les conditions de travail, etc etc
Mais une grève se préparait, une étincelle mit le feu aux poudres accumulées pendant de longues années, la direction voulait changer le système d’astreinte, empêchant certains d’en faire et augmentant le nombre pour les autres, ceux privaient perdant plus de 100 euros par moi sur leur salaire ! Toutes les rancœurs, toutes les conditions de travail médiocre, les petites humiliations quotidiennes furent autant de matières explosives accumulées et prêtes à explosées !!
Je fus mis en face de mon dilemme, je préconisais la grève comme arme de combat contre la direction que je ne cessais de dénoncer comme la représentante du système face à nous, et de l’autre ma position « hiérarchique » me faisait être une partie de cette même direction !!
Je savais que si je m’engageais avec mes collègues, si je devenais un « camarade », je risquais de perdre gros, surement jusqu’à mon poste, et si je baissais la tête et me cacher, tout les beaux discours passerait pour de piètre rêverie de lâche !!
Mes convictions étant assez forte je me lançais dans le combat, en aillant conscience que ma vie aller changer !! La grève fut un succès chez les gars de terrain (quasiment 100%) pour les responsables nous étions que 2 (l’autres étant un fonctionnaire territoriales détaché), la grève ne dura que 6 jours mais elle fut intense (occupation médiatisation, soutien politique etc), nous eûmes gain de cause en partie, mais le mouvement laissa des traces, un fossé s’était comblé entre les gars terrain, un autre s’était ouvert avec les responsables (peu après on me fit comprendre que je devais partir sinon on s’en chargerait !).
Je ne te donne pas cet exemple pour me faire plaindre ou me faire passer pour plus courageux que je ne suis, c’est juste l’expérience qui me prouva que ce sont les « gars terrain », c’est-à-dire les ouvriers, les employés qui sont directement à la production, l’encadrement est un plus quand il s’engage, mais vu les risques qu’ils croient prendre en s’engageant, il faut qu’il soit sur que le mouvement ne lâchera pas au premier coup de vent !!
Aux vues de ce que tu me marques, je pense que tu as vécu nombre de mouvements, je ne pense pas me tromper sur ce point ?
Je me répète, mais toute cette « hiérarchie » fut crée pour maintenir les salariés sous le joug des patrons, elle a toujours bénéficié d’avantage supérieur aux autres dans ce but d’en faire un agent de stabilisation des luttes sociales !. A titre d’exemple, mon arrière grand-père était contremaitre dans une fonderie, bien avant 36 il avait le droit à 1 semaine de congés payés et à être payé au moi, entre autres avantages !Aux dires de nombre de syndicalistes qui on vécut Mai 68, et beaucoup m’ont dit qu’un des faits marquant fut le ralliement des « cols blancs » au mouvement !! Et pourquoi sont-ils venus ? Parce qu’ils ont senti que le mouvement était sérieux, d’ailleurs ils l’ont rejoint (pour la plupart) lorsqu’il a pris de l’ampleur, pas avant !!

Pour ton laïus sur l’exploitation, d’abord première remarque qu’est-ce qu’un concept « marxien » ?? Le concept marxiste de la plus value je connais un peu (enfin du niveau d’un simple militant de La Riposte, pas d’un animateur bien sur !), mais le concept « marxien » beaucoup moins !! Nous serait-il descendu de sphère invisible à l’œil nu ???
Plus sérieusement, tes différenciation d’exploitation ne sont pas totalement fusse (je l’ai déjà dit plus haut !!), juste une remarque les exploités « totaux » c’est quoi ? parcequ’on arrive encore à arracher de plus en plus de plus value aux salariés, alors je ne pense pas que l’exploitation totale soit un concept bien défini non ? L’exploité total, ne pourrait être que l’esclave, je pense !! Donc nous sommes tous des exploités partiels !!
De plus tu nous dit, à juste titre, que le rôle du PCF est de faire prendre « conscience » aux salariés qu’il faut qu’ils soient unit dans la lutte, alors pourquoi vouloir à ce point les différencier ?? Tu parles « aider à la prise de conscience pas à pas, catégorie par catégorie, revendication par revendication », cela ne veut pas dire que nos revendications doivent « s’adapter » à chaque catégorie !! Bien au contraire, en syndicaliste débutant j’ai toujours en mémoire la phrase d’un camarade d’expérience de la CGT qui dit la CGT « c’est partir du carreaux cassé dans l’atelier pour arriver au renversement du capitalisme », qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’il est du rôle d’un syndicaliste de partir de revendications concrètes, réelles, frappant le salarié directement, revendications souvent sectorielles (parfois même différente au sein d’une même entité de production !) pour montrer qu’elles sont une conséquence direct de l’exploitation capitaliste !! Donc nous nous devons de toujours relier le particulier au général et chercher la convergence des luttes et non la juxtaposition de celles-ci, comme le fait trop souvent la direction. Donc l’idée n’est pas d’avoir une seule et même revendication mais bien de les adapter à chaque secteur, à chaque usine, mais toujours avec le même but, faire prendre conscience aux salariés que l’origine de tout ses maux n’a qu’une seule cause : le capitalisme !!
Sorti de ça, il est clair que nous devons nous adressé en priorité aux salariés qui sont dans des conditions qui favorise une prise de conscience rapide de cela, ce sont les salariés déjà syndicalisé, qui ont une « culture » de lutte, salarié souvent les plus exposé au capitalisme, donc, d’après tes schéma, aux plus « exploités » ! Cela ne veut pas dire que l’on ne s’adresse pas aux autres, mais plutôt que si les premiers sont convaincus les autres suivront !!

Tu nous parle ensuite de révolution et de « parti guide », je ne connais pas très bien les révolution du vietnam et de corée, mais un peu celle d’URSS , de Chine et de Cuba.
Ta vision linéaire des chose fait un peu peur, pour tout te dire !! Tu relie directement la révolution d’Octobre 1917 à la fin du régime dans les années 90 !! Le raccourci est un peu rapide non ? Quand on parle de la révolution russe il faudrait peut-être voir en quoi, justement, le mauvais usage de la théorie, les conditions objectives de celle-ci, et les hommes qui l’ont mené et défaite ont influé pour en arrivé à la restauration du capitalisme 70 ans plus tard !! relié d’un coup de plume Lénine, Trotski et tout les bolchévique de 17 avec Gorbatchev semble bien trop simpliste !! (Pour tout cela il y a de très bons articles dans la Riposte, et je te conseille la lecture de la révolution trahie qui donne une bonne explication !), on noteras, tout de même, que la révolution de 17 fut possible malgré le faible nombre de bolchévique avant 17 et une classe ouvrière (salarié !) loin d’être majoritaire en Russie !! Pourtant elle vaincu le Tsar, les armées blanches et les expéditions occidentales !!
Pour la Chine, on pourrait parler du premier temps où l’international communiste à plus freiné la révolution plus qu’encourager, quand, malgré tout, le socialisme y fut crée les bases théoriques souffraient du maux de cette époque « le socialisme dans un seul pays », décliné par un socialisme pour chaque pays !! Résultat, tout comme en Russie, l’absence de révolution mondiale, et le bureaucratisme permirent (entre autre) la restauration du capitalisme !!
Ce « socialisme pour chaque pays » si chère à Staline (car lui permettant tout les arrangements avec les bourgeoisies occidentales et la mise au pas des revendications à l’Est) est aussi responsable de l’échec que constitue pour toi l’issue « raisonnable » de Mai 68 !!
Tu dis que ni la CGT ni le PCF ne pensait une révolution possible, je pense surtout qu’il n’en voulait pas !! Ce mouvement était marqué par la volonté de construire directement une nouvelle société, elle dépassa les directions syndicales et politiques, même De Gaulle a dit « ça y est le PCF est au pouvoir », les salariés avait le pouvoir dans la main et « raisonnablement » la CGT et le PCF l’ont remis à De Gaulle !!!!
Le PCF fut un frein, pas une locomotive !! Comme en 36, comme en 45 (avec les comité de libération) le PCF avait une telle peur des salarié qu’il savait (sa direction s’entend) que la base le dépasserait, en plus Moscou aurait vu d’un mauvais œil se développer une société socialiste loin d’elle et de son contrôle, l’économie de la France n’était pas celle de Cuba, elle aurait pu se passer de l’aide direct de Moscou, sans compter que cela aurait été un formidable exemple pour l’ensemble de la classe ouvrière européenne (Italie, Espagne, RU etc) et un signal fort pour les salariés de l’Est de plus en plus haineux face au stalinisme !!.

Tu prends, après, pour défendre l’idée que la France n’était pas prête en 68 (d’ailleurs à écouter certains la France n’était pas prêt pour une révolution socialiste en 68, mais aussi en 45, en 36, en 1871, bref la France n’y sera jamais prête !!), tu nous parle de la Tunisie, de l’Egypte etc
Déjà tu pars du principe que ces révolutions seraient finis !! C’en est loin !!! Regarde les manifs et leur slogan en ce moment même pendant le procès des Ben Ali !! Regarde les troubles en Egypte !!! La révolution dans ces pays est à peine commencer, nous sommes dans la première phase (février 17 en quelques sortes !), celle des revendications purement politique et de démocratie bourgeoise (liberté de la presse, élection pluralistes etc), mais déjà certains manifestants sentent bien que les liens entre politique et économique sont tels que les revendications politiques ne pourront aboutir qu’avec un pendant économique !! Les tunisiens exécraient Ben Ali, mais ce sont les conditions économiques qui ont précipité sa chute !! (D’ailleurs qui aurait dit que la Tunisie était prête à la révolution démocratique !! La « raison » voudrait, aussi, que les tunisiens acceptent que les restes du pouvoir Ben Ali cohabitent un peu avec la nouvelle démocratie, pourtant ils s’y refusent !!).
Mais je suis d’accord avec toi, le capitalisme ne se laisse pas déboulonner facilement !! D’où l’importance d’un parti révolutionnaire fort et avec une stratégie issue d’une théorie la mieux à même de répondre à la réalité (donc marxiste !), c’est d’ailleurs l’un des problèmes de ces révolutions, le manque de parti révolutionnaire, qui risque de les plonger dans les affres du réformisme !!

Après ces références tu retournes à la seule voix qui a un sens à tes yeux en France : LES URNES, au passage tu oublies bien vite que le manque d’élection en Tunisie n’a pas empêché la révolution et que les égyptiens n’ont pas attendu sagement les élections pour se lever !!
Mais bon, nous ne sommes pas opposés aux élections, à condition que l’on s’en serve comme d’une tribune pour convaincre, pas la majorité (il y a peu de chance que la majorité des français passent de l’apathie politique, de la confiance dans la possibilité de réformer à une volonté de prendre directement le pouvoir !!), mais ceux qui sont le moteur de cette lutte de classe que certains oublient !!
Il faut les convaincre que ce ne sont pas les élections la solution à tout leur maux, mais l’action volontaire et décider, la prise en main direct de leur destin !! Voilà notre rôle !!!
On devrait dire, soutenons les réformes qui vont dans le bon sens (par exemple augmentation des salaires, nationalisation du secteur bancaire etc) et pour cela n’hésitons pas à nous mettre en grève pour faire appliquer NOS revendications (c’est qu’on fait les salariés en 36 !!), je résume un peu vite j’en conviens mais l’idée est là, convaincre les leaders du mouvement salariés que l’issue est dans le renversement du capitalisme !!

Dernière remarque, tu nous dit : « Travaillons à le définir aussi bien que possible et en y associant le maximum de monde. Allons aux urnes avec ce projet comme objectif. Montrons qu’il est « partagé » avec d’autres, ou en voie d’être partagé, en tous cas travaillons à cet objectif, en associant au fil du temps tous les exploités du Capital… », Mais toi-même plus haut tu te plaints que même militant au parti tu ne peus pas débattre et « partager » sur un programme, comment veux-tu que les autres croient pouvoir influé sur le programme quand un adhérent ne peut pas !! Alors c’est pas en se noyant dans le FDG qu’on va y arriver !! On en sera encore moins crédible !!!

En conclusion, je pense qu’à force de vouloir noyer notre discours en en changeant le contenu pour plaire à de soi-disant couches différentes, à force de se noyer à chercher un pale consensus avec 2 pelés et trois tondu, à force de voir en les élections le seul détonateur possible à un changement de système, à force de repousser aux calendes grecs le moment où la France sera « prête » à changer de système, on en vient à accepter, ce qui faisait la différence profonde entre sociaux démocrates et communistes, que le changement de système peut se faire par étape, pacifiquement, réforme après réforme !!
C’est faux !! Et toute l’histoire nous le prouve !!
Vive la révolution
Fraternellement
Sylvain (un bien modeste contributeur au débat !)

PS : veuillez excusez les redit et les détours pris, j’ai essayé de répondre à Alain d’une seule traite sans fil conducteur trop précis, excusez moi pour l’air délité et plein de fautes d’orthographe de ce message !


Mélenchon candidat du Front de gauche – Quelle campagne, sur quel programme ?

Le 6 septembre 2011, par Alain Brachet

Bonjour Sylvain
J’ai bien lu ton dernier texte. J’aurais beaucoup de commentaires à y faire, mais je pense qu’il nous faut conclure (provisoirement) notre dialogue. Dans la mesure où il n’est pas repris par d’autres, nous finirons par tourner en rond. D’autant plus que, malgré des convergences de vue sur certains aspects, il reste beaucoup de divergences à surmonter. Nous avons fait œuvre utile, si ceux qui nous lisent peut-être, en se taisant, n’en pensent pas moins !...
Une ou deux réflexions pour finir.
J’ai apprécié l’exposé de ton expérience concrète de lutte, au sein de ton entreprise, en tant que « membre de la hiérarchie ». Je comprends qu’elle ait compté pour toi et ton appréciation du combat de classe. A mon tour de te faire part d’une expérience similaire qui est la mienne, et qui a compté aussi dans ma vision politique ultérieure.
J’ai 77 ans. En mai 68 j’étais encore un jeune ingénieur dans une grande entreprise nationalisée. J’étais un « petit chef » d’une « petite équipe ». Je me suis rangé auprès de « la base » lors du mouvement. Il m’en a coûté un « déroulement de carrière » sensiblement ralenti. Mais, parce que j’étais agent d’une entreprise nationalisée, dotée d’un statut du personnel de haut niveau, avec une CGT puissante, je ne me suis pas trouvé à la rue, ni même véritablement dans un « placard ». On m’a simplement muté d’un poste dit opérationnel (de commandement) vers un poste dit fonctionnel (d’expert, de chargé de mission, etc…). J’ai eu dans cette fonction une activité souvent intéressante et utile à l’entreprise en question. Qu’en serait-il aujourd’hui, dans la même entreprise en voie de privatisation totale ?
Cette expérience (et quelques autres) m’ont fait beaucoup réfléchir à cette question de « luttes des classes », dans un pays comme la France, question dont nous avons déjà bien débattu. Elle se résume pour moi à cet aspect essentiel : comment unir les différentes catégories d’exploités du Capital ? J’ai trouvé un élément de réponse dans cette théorie de la « survaleur » ou de la « plus-value » que l’on doit à Marx. C’est pour moi la base des raisonnements à développer. Et je persiste à penser qu’un PCF a fondamentalement pour tâche d’unir les exploités pour réussir à abolir le capitalisme et construire le socialisme (un socialisme du 21ème Siècle pour la France… en attendant de faire mieux, ce qui serait déjà pas mal !)
En conclusion : je suis content des échanges que nous avons pu avoir. Notre débat est sûrement utile même si on reste à mi-chemin d’une convergence totale. Il faut encore travailler la question (et quelques autres !). Car nos désaccords partiels sont certainement exemplaires d’une des raisons qui freinent cette union des exploités contre le Capital, objectif qui est incontestablement le nôtre.
Salut et à un de ces jours sans doute…



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