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Le massacre de mineurs grévistes en Afrique du Sud

03
10-2012

La fusillade de la mine de Marikana le 16 août dernier, près de Johannesburg, où 34 mineurs ont péri, a suscité une immense vague d’indignation. Le groupe de grévistes abattu froidement par la police nous renvoie à l’époque de l’apartheid, du massacre de Sharpeville, des émeutes de Soweto et des luttes des années 1980.

Avant ce massacre, dix autres personnes avaient été tuées. 234 ont été arrêtées. Malgré plusieurs mois de grève, la direction de la mine refusait de négocier, attisant la frustration des travailleurs. Des centaines de policiers lourdement armés ont encerclé la mine. Ils effectuaient des patrouilles dans des petits convois de véhicules et maintenaient une surveillance aérienne par hélicoptère.

La multinationale Lonmin, propriétaire de la mine, est le 3e producteur mondial de platine. Lorsque les 3 000 mineurs ont commencé leur grève, la direction de Lonmin a menacé de les licencier s’ils ne reprenaient pas immédiatement le travail. Malgré cet ultimatum, les trois quarts des mineurs ont poursuivi la grève. Ils exigeaient (et exigent toujours) une augmentation salariale – de 4 000 rands (377 euros) à 12 500 rands par mois.

Suite au massacre, le gréviste Kaizer Madiba explique  : «  Des gens sont morts, donc nous n’avons plus rien à perdre. Nous allons continuer à nous battre pour ce que nous estimons être un combat légitime : des salaires décents. Nous préférons mourir, comme nos camarades, plutôt que de reprendre le travail ».

Mécontentement croissant

Derrière la grève se livre une bataille entre les deux syndicats de mineurs : la modérée Union Nationale des Mineurs (UNM) et son rival plus militant, l’AMCU, créé par des membres exclus de l’UNM. L’AMCU accuse les dirigeants de l’UNM de s’occuper davantage de leur carrière politique et de leur enrichissement personnel que des mineurs. Et en effet, l’UNM a déjà fourni toute une série de dirigeants à l’ANC, le parti au pouvoir. Par exemple, Cyril Ramaphosa, ancien dirigeant de l’UNM et de l’ANC, est désormais un homme d’affaires richissime qui siège au conseil d’administration de... Lonmin.

A l’heure où ces lignes sont écrites, les familles de mineurs enterrent leurs morts et la grève se poursuit. Elle va certainement porter un coup sévère à l’ANC et à ses alliés. Elle souligne les inégalités persistantes dans la plus importante économie d’Afrique. La fin de l’apartheid et les gouvernements successifs de l’ANC n’ont pas résolu les problèmes des masses. A ce jour, 40 % de la population vit avec moins de 2,5 dollars par jour.

Julius Malema, un jeune dirigeant récemment exclu de l’ANC, est devenu un symbole de l’opposition de gauche au gouvernement. Il a été acclamé par les mineurs lors d’un meeting, à Marikana, où il expliquait que le président Zuma préfère protéger les patrons de la mine que les mineurs. Malema a été exclu de l’ANC lorsqu’il dirigeait son organisation de jeunesse et accusait le président Zuma de complaisance à l’égard des grands capitalistes blancs.

« Le président Zuma a demandé à la police d’agir de la façon la plus ferme à l’égard des grévistes », explique Julius Malema. « Il est responsable du meurtre de nos frères et donc il doit démissionner. Même sous l’apartheid, aucun gouvernement n’a tué autant de gens. A partir d’aujourd’hui, si on vous demande qui est votre président, vous devez répondre : je n’ai pas de président ».

Le mécontentement ne cesse de croître, dans le pays, et les déclarations de Malema en faveur de la nationalisation des mines ont gagné du terrain, surtout depuis le massacre de Marikana. Scandaleusement, les dirigeants du syndicat COSATU et du Parti Communiste Sud-Africain n’ont pas condamné la violence de l’Etat – mais plutôt le comportement du syndicat « scissionniste » AMCU. Le Parti Communiste est même allé jusqu’à réclamer l’arrestation de ses membres !

Nous devons condamner sans réserve cette attaque brutale et meurtrière de l’Etat Sud-Africain contre les mineurs en grève. Nous devons aussi leur apporter notre soutien dans leur lutte pour un salaire décent et pour la nationalisation des mines, premier pas vers la nationalisation des grands leviers de l’économie. C’était d’ailleurs la politique de la « Charte de Liberté » de l’ANC. Il est grand temps que l’ANC et ses dirigeants mettent en pratique cette Charte – au lieu de plier le genou devant les grandes multinationales.

La Riposte


Vos réactions...

Le massacre de mineurs grévistes en Afrique du Sud

Le 7 octobre 2012, par Tom-Meursault

Ce massacre aura permis de montrer à tous les travailleurs d’Afrique du Sud que la bourgeoisie n’hésitera pas à utiliser la violence contre eux, dès qu’ils lutteront. De plus que cette violence vient de leurs partis, l’ANC et le SACP, ainsi que de leurs syndicats. Ils peuvent voir leur caractères de classe, leur imprégnation totale au système bourgeois. Sans néanmoins les abandonner purement et simplement. Ils peuvent y trouver des éléments révolutionnaires, comme Julius Malema ou la branche COSATU des métallurgistes se réclamant de Marx et Lénine. Il y a d’immense opportunités, il faut les saisir. La jeunesse de l’ANC et les ouvriers en général sont très sensibles au discours de Malema, sur la nationalisation des mines. Leur programme, c’est celui de l’ANC d’avant l’apartheid. Les tâches de la révolution socialiste, en somme.

A travers cette épreuve, ils savent aussi qu’ils doivent mener une lutte sans merci et que rien ne leur sera épargné. Comme le licenciement de 12 000 mineurs d’un coup d’un seul. Mais que la bourgeoisie reste prudente, car déjà elle a fait une concession en augmentant les salaires de mineurs de Marikana. Maintenant les travailleurs de toute l’Afrique du Sud, et même de tout le continent, ont des exemples d’abnégation et de courage. Ils sauront les suivre avec honneur.

Cependant j’ai une remarque à faire : Julius Malema a beau avoir été expulsé par Jacob Zuma de l’ANC, à cause de sa promotion de la nationalisation des mines et de soutien à la grève, je ne veux pas un faire un modèle. Cet homme parle aussi souvent de classe que de race. Or les travailleurs blancs d’Afrique du Sud doivent eux aussi faire partie du processus révolutionnaire à venir, même s’ils sont bien moins nombreux que les Noirs.



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