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Les nouveaux chiens de garde

15
02-2013

Si vous n’avez pas encore vu Les Nouveaux chiens de garde, réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, il faut vite vous rattraper. Ce documentaire, sorti en salle en janvier 2012, est disponible en DVD depuis le mois de décembre. Malgré une diffusion militante limitée à quelques salles, il a connu un gros succès, avec plus de 200 000 entrées.

Ce film s’inspire du livre éponyme de Serge Halimi, sorti en 1997, dans lequel il dénonçait les collusions entre les pouvoirs médiatiques, politiques et économiques, et qui se référait lui-même au pamphlet Les chiens de garde, écrit en 1932 par l’intellectuel et militant communiste Paul Nizan.

Le documentaire apporte une illustration édifiante de ces collusions, de nos jours. Il met en évidence les intérêts de classe qui se cachent derrière cette poignée de journalistes et d’experts soi-disant « libres » et « indépendants », mais qui sont en réalité soumis au pouvoir capitaliste, sans lequel ils ne pourraient exercer leur fonction.

Dans le film, on entend par exemple Laurent Joffrin (ex-patron de Libération, actuel patron du Nouvel Obs) expliquer qu’« il est logique que le propriétaire [du média] fixe une orientation », ou bien Franz-Olivier Giesbert (Le Point, France télévision) affirmer « qu’il est normal que tout propriétaire ait des droits sur son journal. Il a le pouvoir. Le vrai pouvoir stable, c’est le pouvoir du capital ». En conséquence, l’information est délivrée en fonction des intérêts de ce pouvoir.

Les diners du « Siècle »

Le début du documentaire met en avant le « journalisme de révérence », soulignant les accointances entre certains journalistes et les hommes politiques dont ils prétendent commenter l’action « objectivement ». Tout au long du film, on voit tous ces journalistes qui viennent du même milieu que la classe dirigeante se rendre aux réunions mensuelles du Siècle, ce club privé où se retrouve, copains comme cochons, tout le gratin du pouvoir politique et économique : patrons de presse, administrateurs de banque, ministres, etc.

Les Nouveaux chiens de garde démontre la toute-puissance des grands groupes industriels et financiers, propriétaires d’un nombre important de journaux. Si ces investisseurs ont dépensé de l’argent dans la presse, ce n’est pas pour qu’elle nuise à leurs intérêts ! Tous ces journalistes, comme par exemple Christine Ockrent, font par ailleurs ce qu’ils appellent des « ménages », c’est-à-dire des prestations publiques pour le compte d’entreprises privées. Cachet : 10 à 20 000 euros la prestation, selon la notoriété du journaliste.

Les « experts »

Le documentaire met en lumière le rôle de ces soi-disant experts, une trentaine de spécialistes qui, tels Michel Godet ou Alain Minc, occupent l’espace médiatique et distillent les mêmes idées depuis des décennies. Ils sont souvent rémunérés par des grands groupes, siègent dans leur conseil d’administration et nous expliquent en permanence qu’il faut faire des « réformes » dans l’intérêt de ces mêmes groupes : suppression du SMIC, libéralisation du travail, etc. C’est Alain Minc, comme ses acolytes, qui deux mois avant le début de la crise de 2008, nous expliquait les vertus d’un marché capable de se « réguler lui-même »…

Tout au long des années 90, on nous a vendu le modèle de l’économie britannique et de ses vertus libérales, sans jamais formuler une seule critique. Pourtant, le documentaire nous montre une autre facette de ce modèle. L’universitaire britannique Michael Marmot, jamais invité à la télé, explique : « notre modèle économique, d’une certaine manière, nous disait « les inégalités, c’est pas grave ! ». Le résultat, par exemple, c’est qu’à Glasgow, la différence entre l’espérance de vie des plus riches et celle des plus pauvres était de 28 ans. Pour les hommes, l’espérance de vie dans les quartiers les plus pauvres est de 54 ans – et de 82 ans pour les plus riches. 54 ans, c’est 8 ans de moins que la moyenne en Inde ».

Le documentaire conclut : « Après 30 ans de renoncement à un service public de l’information indépendant et de qualité », « de soutien à l’appropriation par de grands groupes industriels et financiers, d’une bonne partie de la presse écrite, des radios et des télévisions, à un service public de l’information indépendant et de qualité, faudra-t-il encore 30 ans pour faire de l’appropriation réellement démocratique des médias une étape indispensable de la transformation économique et sociale ? » Espérons que non. Mais pour que les médias soient appropriés démocratiquement, il faudrait d’abord les débarrasser de leurs propriétaires. L’expropriation des grands groupes médiatiques est la condition d’une démocratisation des médias.


Le site internet du film : lesnouveauxchiensdegarde.com


Hubert Prévaud


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