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Les esclaves cachés qui font la fortune des "grandes marques"

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09-2001

Sous la pression des organisations syndicales et des associations de consommateurs américains, le groupe Nike, dirigé par Philip Knight, a dû reconnaître, dans un rapport officiel publié par le groupe, les conditions de travail déplorables et l’exploitation brutale que subissent les salariés dans les usines de ses sous-traitants, en Indonésie. Selon les termes du rapport, dont les révélations sont certainement en dessous de la réalité, "2,5% des salariés ont déclaré avoir été victimes d’attouchements sexuels" et "3% ont déclarés avoir été victimes d’abus physiques de la part de leur hiérarchie".

Nike, soucieux de redorer son image, a créé, en partenariat avec la Banque Mondiale, une institution prétendument "indépendante" pour étudier les conditions de travail chez ses sous-traitants. Chez Nike, au Salvador, la semaine de travail s’élève à 60 heures par semaine. Les femmes sont soumises à un test obligatoire pour vérifier qu’elles ne sont pas enceintes. Si le test s’avère positif, elles sont refusées. Des heures supplémentaires sans solde sont imposées, sous peine d’être renvoyé. Mais Nike est loin d’être le seul groupe à profiter des régimes dictatoriaux et des conditions sociales misérables du tiers-monde pour augmenter ses profits. Les entreprises comme Disney, Adidas, Calvin Klein, Benetton, Lévi Strauss, Gap et Wal-Mart, dont la publicité s’efforce d’associer leurs marques respectives aux notions de bien-être, de progrès et de rêves heureux, imposent des conditions de travail et de rémunération qui font d’elles de véritables esclavagistes des temps modernes.

Prenons par exemple le rapport rédigé en 2000 par le très respectable Comité Chrétien de l’Industrie (CCI), que l’on ne peut guère soupçonner d’arrière-pensées révolutionnaires, sur les conditions de travail dans les usines sous-traitantes qui fabriquent des produits Disney dans la province de Guangdong, en Chine. Les produits (jouets, vêtements, accessoires, montres etc.) sont ensuite exportés aux États-Unis ou en Europe, où ils sont vendus, par exemple à la boutique Disney, sur les Champs-Élysées, ou à Disneyland Paris, à Marne-la-Vallée. Nous citons ci-dessus des extraits du résumé de ce rapport très édifiant.

" La grande majorité des ouvriers dans les 12 usines sont jeunes, célibataires, de sexe féminin, migrants des zones rurales des provinces intérieures. La plupart ont entre 18 et 30 ans, bien que certains aient à peine 16 ans.

1. Salaires. La plupart des ouvriers interrogés recevaient entre 49 et 85 dollars américains par mois, y compris les heures supplémentaires. Étant donné la longueur de leur journée de travail, c’était moins que le salaire légal minimum. Dans les fabriques de jouets, la plupart des ouvriers étaient payés de 37 à 61 dollars par mois. Beaucoup étaient payés à la pièce et la plupart de leurs heures supplémentaires n’était pas payées intégralement. Plusieurs usines ne donnaient pas de fiches de paye, et dans celles où ils en donnaient la manière dont la paye était calculée n’était pas claire. Il est courant pour les usines de payer les ouvriers avec un mois de retard. Certaines ont 2 mois de retard. En octobre 2000, plus de la moitié des employés d’une usine ont été obligés de se mettre en congé sans solde. Selon les ouvriers interrogés, c’est la même chose qu’être renvoyé. Lorsque les nouvelles commandes arrivent, la direction écrit aux ouvriers pour soi-disant leur demander de reprendre le travail ; cependant, ils sont alors traités comme les nouvelles recrues. Dans une autre usine, les employés signalent que si une ouvrière démissionne, elle doit faire une croix sur les salaires dus et n’est pas autorisée à récupérer ses affaires personnelles dans le dortoir.

2. Horaires de travail. En période de pointe, les horaires de travail vont de 13 à 17 heures par jour, 7 jours sur 7, d’une seule traite pendant des mois. Dans quelques usines, on fait pression sur les ouvriers pour imposer le travail de nuit. Les ouvriers ne peuvent pas refuser les heures supplémentaires. Dans une usine, un ouvrier interrogé en août dit qu’excepté les vacances de 4 jours du Nouvel An chinois, il a eu cette année seulement 2 jours de repos.

3. Nourriture et logement. Les dortoirs surpeuplés, partagés par 10, 12 ou 14 ouvriers et ouvrières dans une seule chambre, sont courants. Dans une usine, 21 à 24 ouvriers partageaient une chambre pour une personne, dormant sur des lits superposés à trois étages. Dans certains dortoirs, le couloir entre deux rangées de lits ne laisse pas assez de place à deux personnes pour se croiser. Le surpeuplement crée un sérieux risque en cas d’incendie. Les plaintes à propos de la nourriture des cantines des usines sont courantes. Dans une usine, les ouvriers ont dit que leur nourriture était "pire que de la nourriture pour les cochons" .

4. Santé et sécurité. Les ouvriers ne sont généralement pas au courant des thèmes de santé et de sécurité, mais certains se sont plaints que la direction distribuait des gants et des masques seulement quand les visiteurs venaient à l’usine. Plusieurs ouvriers se sont plaints de maux de gorge fréquents. Dans une usine, les ouvriers se sont plaints de la mauvaise odeur des peintures dans la section aérosols.

5. Amendes et frais. Les ouvriers ont déclaré qu’ils ont des amendes pour : parler au travail, arriver en retard, sortir sans permission, oublier d’éteindre les lumières des dortoirs pendant la journée, jeter des papiers dans la cantine, etc. Dans une usine, les ouvriers ont dit que s’ils étaient pris en train de fumer pendant la période de pointe de la production, ils avaient une amende à payer, et qu’en basse saison, pour la même "faute", ils avaient une amende et étaient renvoyés. Dans une usine, des ouvriers doivent payer, quand ils commencent à travailler, les frais d’une carte temporaire de résidant ainsi que leur uniforme. Dans une autre, ils doivent payer leurs outils, leurs uniformes et la carte d’identité de l’usine.

6. Sécurité sociale. En violation de la loi chinoise, la plupart des usines ne participent pas au système de sécurité sociale en vigueur, déniant ainsi aux ouvriers les bénéfices auxquels ils ont droit en cas de retraite ou d’accident du travail.

7. Liberté d’association. Il n’y avait de syndicat dans aucune des usines soumises à l’enquête. Dans une usine, les ouvriers ont signalé qu’il y avait eu une grève au printemps à cause des arriérés de salaires non payés. A la fin, la direction a payé les salaires dus, mais tous les ouvriers qui avaient participé à la grève ont été licenciés. Dans une autre usine, les ouvriers signalent qu’il y a eu plusieurs grèves, la plupart pour des retards dans le paiement des salaires. En dépit du nombre de grèves qui avaient eu lieu dans l’usine, les ouvriers interrogés ne savaient pas ce qu’était un syndicat et pensaient que le mot "union" pouvait signifier une assemblée, le matin. Dans une troisième usine, un vigile qui faisait circuler une pétition pour protester contre la mauvaise qualité de la nourriture a été immédiatement licencié."

Le groupe Benetton aime séduire les consommateurs par des affiches montrant des enfants du tiers monde, la main dans la main avec d’autres, bien blancs, et tous unis dans le bonheur. Mais le Bureau International du Travail a révélé que ce même groupe fait travailler en Turquie, dans des conditions absolument affreuses, des enfants âgés de 11 à 13 ans (Rapport du BIT 1998). Le groupe Adidas est implanté, entre autres, en Indonésie, où il réprime toute tentative d’organisation syndicale, paie des salaires de misère, c’est-à-dire bien en dessous du salaire minimum local, et impose des heures supplémentaires obligatoires et dépassant largement la durée maximale de travail stipulée par la loi. De nombreux témoignages font état de harcèlement sexuel à l’encontre des jeunes travailleuses. Dans les usines Adidas, au Salvador, (Formosa, Evergreen) environ 1000 femmes travaillent de 60 à 70 heures par semaine pour un salaire mensuel de 133 dollars américains, soit environ 890 francs.

Les Iles Marianne du Nord, un territoire proche des Philippines et rattaché aux États-Unis, sont devenues un paradis capitaliste particulièrement apprécié des "grandes marques". Levi Strauss en profite en imposant des "contrats de l’ombre" aux salariés qui travaillent dans ses usines. Ces contrats stipulent la renonciation des salariés à leurs droits démocratiques fondamentaux, et notamment au droit de se syndiquer. Ils travaillent jusqu’à 12 heures par jour, 7 jours par semaine. Même régime chez Calvin Klein et Gap, deux groupes également implantés aux Iles Marianne. En Honduras, Gap paie 4 dollars par jours, soit un tiers de ce qui assurerait un minimum vital aux salariés concernés. Dans une usine Gap, au Salvador, il suffit d’adresser la parole à un représentant syndical pour se faire renvoyer sur-le-champ. Toujours chez Gap, en Russie, une enquête du BIT (1999) fait état d’un salaire horaire de seulement 0,65 francs. Enfin, la firme américaine Wal-Mart (grande distribution) fait fabriquer des chemises au Bangladesh par des jeunes femmes qui touchent entre 0,09 et 0,20 dollars américains de l’heure. Leur semaine de travail est de 80 heures. En Honduras, Wal-Mart embauche des fillettes de 14 ans. Aucun droit syndical n’y est toléré. La journée du travail est généralement de 14 heures. En période de forte activité, Wal-mart exige une amplitude horaire allant jusqu’à 24 heures, les salariés travaillant alors toute la nuit, après toute une journée de travail. Tout refus est passible de mise à pied sans solde ou du renvoi immédiat et sans appel du salarié.

Derrière les affiches publicitaires et l’image soignée de ces grandes marques, se cache une terrifiante machine d’exploitation, totalement impitoyable et inhumaine. Loin des contes de fée à la Disney, il y a la réalité hideuse du capitalisme.

Greg Oxley


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