La Riposte : journal communiste
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La Syrie prise entre deux enfers

08
10-2012

Le régime de Bachar el-Assad est confronté à de nombreuses milices armées et financées par plusieurs puissances étrangères, dont principalement l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. Avec de tels appuis, l’augmentation des capacités opérationnelles des milices n’a rien de surprenant. Les services secrets américains et français sont également actifs sur le terrain, fournissant des renseignements et des appuis logistiques à ces « rebelles », dans le but de recruter des pions et multiplier des points d’appui dans le pays. [1]

Ce qui se nomme « l’Armée syrienne libre » n’a pas d’autre réalité que les nombreuses milices, principalement salafistes, qui opèrent sur le terrain. Ces milices n’ont strictement rien de révolutionnaire. Elles n’ont aucun rapport avec la classe ouvrière. La population qu’elles prétendent représenter n’exerce absolument aucun contrôle sur leur comportement. Leurs chefs n’obéissent qu’à leurs bailleurs de fonds respectifs. L’Arabie Saoudite et le Qatar – ces dictatures soucieuses d’instaurer la « démocratie » en Syrie – arment et financent les milices pour balayer el-Assad et mettre la Syrie au service de leurs intérêts économiques et militaires dans la région. Loin de représenter la « révolution syrienne », l’ensemble de ces milices représente au contraire la contre-révolution régionale. Elles se servent du fanatisme religieux pour duper les masses sunnites et diviser la population sur des bases confessionnelles.

Faute d’organisations indépendantes de la classe ouvrière et d’un programme authentiquement révolutionnaire pour unir toutes les communautés, la question sociale – emploi, nourriture, conditions de vie – se confond largement avec la question religieuse. A Homs, par exemple, les sunnites pauvres sont entassés dans des quartiers délabrés. Avec l’arrivée au pouvoir du régime baasiste, les alaouites tendaient à occuper les emplois les plus intéressants, notamment dans l’administration. Les salafistes exploitent à présent le ressentiment qui en résulte, prônant un pouvoir sunnite à la place des alaouites.

Aucun communiste digne de ce nom ne peut soutenir le régime d’el-Assad. Mais la question de qui le renverse – et comment – ne nous indiffère pas. Un « soutien critique » de ces milices n’aurait pas plus de sens qu’un soutien critique des Talibans afghans. A l’origine, en 2011, le régime syrien a été ébranlé par les répercussions de la révolution tunisienne et égyptienne, puis par la chute de Kadhafi en Libye. Les manifestations massives contre le régime ouvraient la voie – du moins potentiellement – à une mobilisation de la classe ouvrière syrienne sur des bases similaires à ce qui s’est produit en Tunisie et en Egypte. Mais faute d’organisation et de direction, ce potentiel révolutionnaire a été rapidement dissipé. Même à l’apogée de ce mouvement, aucune grève significative n’a eu lieu dans l’industrie, les transports, les télécommunications ou l’administration. La classe ouvrière proprement dite n’est pas entrée en action.

La révolte n’a réussi qu’à fragiliser le régime, sans pouvoir aller plus loin, ouvrant ainsi aux puissances étrangères hostiles à la Syrie – et à son allié, l’Iran – la possibilité d’intervenir pour tenter de précipiter sa chute. Si elles y parviennent, le résultat ne sera pas la démocratie et la liberté, mais l’instauration d’une dictature militaire fondamentaliste. La Syrie serait divisée de facto en enclaves religieuses – chiites, alaouites, chrétiennes, etc. – sur fond d’effondrement économique et social. Les salafistes au pouvoir procéderaient à des représailles meurtrières contre tous ceux qui contesteraient leur pouvoir, pour affirmer leur emprise sur l’ensemble du pays. C’est la crainte de cette situation qui a procuré au régime d’el-Assad, sinon le soutien, du moins la caution passive d’une partie importante de la population.

La Turquie sert de base arrière aux milices actives en Syrie, abritant des camps d’entraînement et organisant l’acheminement d’armements à travers la frontière. Le siège du Conseil National Syrien (CNS) se trouve à Istanbul. Cette instance regroupe des représentants des différents intervenants de la guerre civile syrienne. Elle a été mise en place par les Etats-Unis, la France et la Turquie, pour créer l’impression d’un gouvernement alternatif potentiel. En réalité, le CNS est profondément divisé. Les Frères Musulmans en sont la composante dominante, mais aucune fraction ne parvient à s’imposer aux autres. De toute façon, les « décisions » du CNS sont prises ailleurs, par les gouvernements qui financent et arment les milices sur le terrain.

C’est ce même CNS réactionnaire que François Hollande a exhorté à se transformer en gouvernement provisoire, en lui promettant d’avance la reconnaissance de la France. Hollande semble ouvert, également, à l’idée d’une intervention militaire – sans doute sous prétexte «  humanitaire  » – pour aider les milices fondamentalistes à prendre le pouvoir. L’ensemble du mouvement ouvrier français devrait prendre clairement position contre cette politique impérialiste.

La Riposte

[1Parmi ces pions, on pourrait citer Manaf Tlass. Fils de l’ancien ministre de la Défense et général de l’armée syrienne, sa défection en juillet dernier aurait été avantageusement « facilitée » par les services secrets français.


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La Syrie prise entre deux enfers

Le 8 octobre 2012, par Dwaabala

La position du Parti Communiste Syrien mérite d’être connue.

7 octobre 2012
Entretien avec le Dr. Ammar Bagdache, secrétaire général du Parti communiste Syrien et membre du Parlement de la République Arabe de Syrie (Rebelion)
Ernesto Gómez Abascal
" Les forces révolutionnaires et progressistes internationales doivent soutenir les gouvernements et les partis anti-impérialistes et antisionistes"

Ernesto Gómez Abascal : Comment le Parti Communiste de Syrie (PCS) juge t-il le gouvernement de Bachar Al Assad ?

Ammar Bagdache : Pour le Parti Communiste de Syrie, c’est un gouvernement patriotique, anti-impérialiste et antisioniste, malgré qu’il applique un modèle économique clairement capitaliste. Même si le Parti Baas, qui était et est toujours la force dirigeante du gouvernement, a proclamé le socialisme arabe en Syrie, il n’est pas socialiste au sens marxiste du terme. Cependant, le PCS fait partie du Front Progressiste composé aujourd’hui de 10 partis.

Nous avons un ministre dans le gouvernement et nous considérons, qu’à ce niveau du parcours, c’est la meilleure option. Nous sommes et nous avons toujours été disposés à améliorer le système. En 2005 nous nous sommes opposés à des changements calqués sur le modèle néolibéral, nous avons la preuve aujourd’hui qu’ils ont été le terreau d’une catégorie marginale que l’opposition armée a su s’attirer. Des erreurs ont été commises, maintenant il faut les corriger.

EGA : Y a-t-il des forces et des partis de gauche parmi ceux qui combattent pour renverser le gouvernement de Bachar Al Assad ? Face au gouvernement actuel, existe-t-il une alternative de gauche ?

AB : Quelques personnes qui étaient de gauche, y compris des marxistes, vivent à l’extérieur du pays depuis pas mal de temps, mais elles ont changé. Certains avaient fait de la prison en Syrie, aujourd’hui ils ont renoncé au marxisme, plusieurs ont même rejoint les Frères Musulmans, d’autres sont devenus les agents des monarchies du Golfe.

En Syrie, il y a des gens qui se considèrent de gauche et qui veulent des changements et des réformes, mais ce sont des individualités, pas des partis ou des forces politiques organisées, ils sont tout de même opposés à l’intervention étrangère. Le gouvernement que nous avons en Syrie a une position constructive pour réaliser des changements importants, ils commençaient à être adoptés mais l’intervention armée étrangère empêche, pour le moment, leur mise en application normale.

Si le gouvernement actuel venait à être renversé, la seule éventualité serait la prise du pouvoir par les Frères Musulmans, ce qui constituerait un grand bond en arrière pour un peuple qui, depuis pas mal d’années, bénéficie d’un système laïque moderne, ne connait pas le sectarisme et n’a jamais vécu avec de telles tensions. Mais nous sommes optimistes, même si la lutte dure encore un certain temps, nous sommes certains qu’ils ne pourront pas nous vaincre.

EGA : Sur la situation militaire, comment voyez-vous la suite ?

AB : Plus le temps passe, plus il est clair qu’ils ne pourront pas nous vaincre. Ils [l’opposition armée, NdT] n’ont pu prendre le contrôle d’aucune ville importante, malgré leur plan initial et l’arrivée de milliers de mercenaires extrémistes et salafistes, assistés des services spéciaux US et leurs alliés de l’OTAN qui travaillent depuis la Turquie, pays avec qui nous partageons une longue frontière. Le Qatar et l’Arabie saoudite leur apportent également le soutien économique et militaire. Bien sûr, notre gouvernement est soutenu par la majorité de la population. Les forces armées de la nation et les milices populaires restent unies et en ordre combatif. Malgré la situation compliquée dans laquelle se trouve le pays, les institutions fonctionnent.

EGA : Pensez-vous qu’en Libye, il y avait la possibilité de soutenir quelque force révolutionnaire ou progressiste pour une alternative au gouvernement de Kadhafi ?

AB : Le cas de la Libye est totalement différent à celui de la Syrie. Même si le peuple libyen jouissait du meilleur niveau de vie d’Afrique, avec le PIB par habitant le plus important, la personnalité de Kadhafi était très contestée, il était très incohérent dans ses positions et il a souvent abusé de méthodes anticommunistes. Il s’était réconcilié avec l’occident, mais il n’existait ni parti ni aucune force organisée connue, avec un programme révolutionnaire, progressiste ou anti-impérialiste, qui aurait pu recevoir un soutien en tant qu’alternative au gouvernement de Kadhafi.

Le positionnement approprié des révolutionnaires était de laisser les libyens résoudre leurs problèmes et s’opposer par tous les moyens à l’intervention de l’alliance impérialiste et la réaction arabe. Notre parti n’avait aucune sympathie pour Kadhafi, mais c’est l’OTAN qui l’a renversé et non le peuple libyen. Aujourd’hui, le gouvernement installé à Tripoli est assujetti aux intérêts des impérialistes.

EGA : Comment le PCS caractérise t-il le Hezbollah et l’Iran, un parti et un pays à caractère islamique ?

AB : Nous voyons qu’ils maintiennent des positions patriotiques, contre l’impérialisme et le sionisme, par conséquent ils sont des alliés. Le Hezbollah au Liban dirige un mouvement dans lequel participent aussi des partis et des organisations chrétiennes, sunnites et même marxistes. Il y a des musulmans de sensibilités politiques différentes et notre parti, part du principe qu’avec la situation actuelle dans la région, la place d’une force politique est d’être du côté des intérêts du peuple, d’être anti-impérialiste et antisioniste. C’est pourquoi nous considérons Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah, comme étant un véritable révolutionnaire.

EGA : Pensez-vous qu’un parti ou une force de gauche puisse parvenir au pouvoir dans un pays de la région ?

AB : Nous n’écartons pas cette possibilité, cela dépend des masses, du peuple. En 1958, je crois que peu de gens dans le monde avait prévu qu’une révolution allait triompher à Cuba, et deux ans plus tard qu’elle proclamerait le socialisme. Le rôle d’un leadership est également très important et on ne peut pas l’exclure totalement.

EGA : Le président égyptien Mohammed Mursi, des Frères Musulmans, a tenu un discours, lors de la dernière assemblée générale de l’ONU il y a quelques jours, qui semble montrer que ce grand pays est en train de reprendre la main sur sa politique extérieure. Qu’en pensez-vous ?

AB : Je pense qu’il agit selon la volonté des masses, du peuple égyptien qu’il ne peut ignorer. Ce qu’il déclare ne doit pas faire plaisir aux USA et encore moins à Israël. Il est possible que Mursi travaille à redonner à l’Égypte le leadership du monde arabe. De plus, il est impossible d’être plus grande marionnette de l’impérialisme que Moubarak, ce serait très difficile. À l’Assemblée Générale de l’ONU, s’il a déclaré qu’il était opposé à une intervention extérieure contre mon pays, c’est parce qu’il a vu que le peuple syrien organise la résistance contre l’agression que lui soumettent l’occident et les pays du golfe, cela peut influer ses positions. Il faudra voir par la suite s’il maintient une ligne contraire aux USA et Israël.

EGA : Quelle devrait être la position de la gauche internationale, des révolutionnaires, par rapport à l’intervention manifeste de l’impérialisme et la réaction arabe pour produire des changements de régime ?

AB : Notre parti estime que les forces révolutionnaires et progressistes internationales doivent soutenir les gouvernements et les partis anti-impérialistes et antisionistes face à l’agression de la réaction, de l’impérialisme avec sa politique interventionniste et d’ingérence qui transgresse les lois internationales. De nos jours, c’est cela qui caractérise une position de principes et révolutionnaire.

On ne peut se réclamer de gauche ou se dire progressiste et révolutionnaire et en même temps adhérer à ce que disent et font les Hillary Clinton, les monarques corrompus du Golfe et les dirigeants de l’OTAN.

Ernesto Gómez Abasca est écrivain et journaliste cubain, ex-ambassadeur dans différents pays du Proche-Orient.

Trad. Jilata

Source : "Conversación con el Dr. Ammar Bagdache..."

Article publié le 2 octobre 2012 par Rebelión.org

Origine : Le Grand Soir


La Syrie prise entre deux enfers

Le 9 octobre 2012

En tant que communistes révolutionnaires, notre position à adopter sur la question syrienne, paraît à beaucoup comme incompréhensible. Pourtant cet article la retranscrit parfaitement : soutien à la révolution, et en conséquent dénonciation des milices réactionnaires. Mais par-là, ce n’est pas non plus une acceptation du régime d’el-Assad. Celui-ci a fait son temps, et doit désormais être renversé. Le parti Baas a pu auparavant être progressite, mais aujourd’hui il est clairement opposé à la classe ouvrière. C’est celle-ci et nulle autre personne qui devra faire chuter le gouvernement. Les travailleurs, et non les islamistes ou l’OTAN !

Cependant, en nous opposant aux milices financées par les impérialistes, il ne faut pas tomber dans le piège du complotisme qu’adopte une parti de la gauche. Ce n’est pas parce que Assad emmerde les USA, qu’il faut le soutenir. Se dire de gauche en soutenant à la fois Assad, Ahmadinejad ou Poutine, est totalement absurde.

Quant à la position du Parti Communiste de Syrie, elle est désolante : ils croient qu’en étant au gouvernement, il arriveront à rectifier les erreurs d’Assad sur le plan économique, et surtout (c’est le plus condamnable), voient dans l’Iran et ne Hezbollah des alliés car à caractères patriotiques et anti-impérialistes. Je ne suivrai certainement le conseil de M. Bagdache, qu’il donne en fin d’interview.



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