Journal communiste : La Riposte
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L’impossible « exception marocaine »

14
06-2011

Cet article a été écrit fin avril.

Depuis le début de l’année, les hommes politiques et observateurs bourgeois célèbrent « l’exception marocaine ». Ils affirment que le Maroc ne connaîtra pas de scénario « à la tunisienne ». Comprenez : c’est un pays réformateur et progressiste ; tous les marocains adorent le roi ; l’économie avance – et ainsi de suite. Pourtant, il y a près de 10 % de chômeurs (officiellement). 15% de la population vit sous le seuil de pauvreté. L’analphabétisme frappe 60 % des Marocains.

Comme le rappellent nos camarades de la Ligue d’Action Communiste, section marocaine de la Tendance Marxiste Internationale, le Maroc est classé 130e (sur 182) par le Programme de Développement des Nations Unies. La Tunisie occupe la 81e place. Le chômage des jeunes Marocains, la corruption endémique, la main mise de la famille royale sur l’économie du pays : tous ces éléments n’ont rien « d’exceptionnel » et font penser à la Tunisie comme à l’Egypte ! Ainsi, le roi et sa famille sont les plus grands propriétaires de terres, mines, banques, etc. Les entreprises du « roi des pauvres » représentent 60 % des échanges de la bourse de Casablanca, le deuxième plus gros centre financier d’Afrique. L’érosion des classes moyennes accentue la polarisation de la société entre une minorité de riches et une grande majorité de pauvres.

Le 20 février dernier, des manifestations ont secoué 52 villes du pays. Le régime a répondu par une vague de répression, que les médias français couvrent d’un silence complice – et par des pseudo-concessions. Le 9 mars, Mohamed VI annonçait une réforme de la Constitution, de véritables élections démocratiques du parlement, une justice « indépendante », une meilleure séparation des pouvoirs, etc. Le tout serait élaboré par une commission nommée... par le roi ! Les manifestants ont bien compris que ces réformes de façade visaient à calmer la rue. Un nouvel appel à manifester a été lancé pour le 20 mars. Ce jour-là, 64 villes ont participé au mouvement. Selon les organisateurs, il y avait près de deux fois plus de manifestants que le mois précédant (40 000 contre 25 000).

Entre ces grandes manifestations, plusieurs petits rassemblements ont été organisés chaque semaine, à travers le pays, pour maintenir la pression. Le 24 avril, plus de 100 villes du pays avaient appelé à manifester ! Des manifestations de soutien étaient organisées à Boston, Barcelone, Montréal, Paris, Bruxelles... Les mots d’ordre des jeunes et des travailleurs marocains se radicalisent. Ils demandent la fin du régime. Sur l’une des pancartes brandies par un manifestant, on pouvait lire : « Nous luttons pour nous libérer de la servitude, pas pour obtenir des meilleurs conditions d’esclavage ». Fait notable : à Casablanca, de nombreuses discussions ont eu lieu, à la fin de la manifestation, pour savoir s’il fallait démarrer un meeting permanent sur la place centrale, à l’image de la place Tahrir en Egypte.

Le capitalisme marocain est incapable de répondre aux besoins et aspirations des masses, et aucune « réforme constitutionnelle » n’y changera rien. Comme en Tunisie et en Egypte, les revendications démocratiques – comme la convocation d’une Assemblée Constituante – doivent être prolongées par des revendications de type socialistes, à commencer par l’expropriation des immenses richesses de la famille royale. La lutte a commencé au Maroc. Un seul mot d’ordre : « révolution jusqu’à la victoire ! »

Romain Kosellek (PCF Paris)


Vos réactions...

plutôt : qui après l’exception Tunisienne ?

Le 14 juin 2011, par capsolis

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec votre point de vue. D’accord, c’est le despotisme, la misère et le chômage qui ont conduit à la révolution tunisienne, mais c’est aussi un long passé réformiste qui a intéressé la Tunisie, l’Égypte et le Liban, depuis le 19e siècle, et qui a conduit à des sociétés plus prédisposées à la remise en cause du régime en place.

Actuellement, les révolutions en cours dans les pays à structure tribale (Libye, Yemen) tournent à la guerre civile, et les monarchies étouffent les révolutions dans l’oeuf (Bahrein). Seule la Syrie pourrait suivre la voie de la Tunisie et de l’Egypte.

Car la grande question c’est : quel modèle politique après la révolution ?
Pour évoluer vers un modèle démocratique, il faut au préalable une population qui admet le pluralisme de pensée et de mode de vie, la coexistence de l’islamiste, du libéral, du communiste, du nationaliste, et autres. Une population qui ne soit pas un magma de forces brutes, tribales ou régionales, soumises à une pensée unique, et qui risquent de créer un nouvel Afghanistan.

Il faut laisser la Tunisie, qui a le plus d’atouts, avec une société plus moderne, plus éduquée, plus libérale pour la femme, il faut laisser la Tunisie évoluer, voir où elle arrive, si elle arrive à éviter les écueils prévisibles (théocratie, dictature, anarchie), puis encourager les autres pays à s’engager dans l’aventure.

Cela peut éviter bien des erreurs.

Un Tunisien (dans l’aventure de la révolution tunisienne)


L’impossible « exception marocaine »

Le 15 juin 2011, par ROCH Sylvain

Capsolis,
Je te laisserais bien le soin d’expliquer aux marocains qu’ils doivent attendre les avancées et la suite des événements pour qu’ils aient « tout en main » pour accéder à un mieux !!!
Ta vision est assez terrible, tu nous dis, en gros, le Maroc, la Libye ou le Yémen serait des pays tellement arriérés qu’ils ne peuvent accéder à une forme de démocratie.

Tu relais une position néo-colonialiste et raciste qui voudrait que seule l’Europe et les USA peuvent prétendre à une « démocratie » car leurs peuples seraient assez éduqué, etc etc bref intelligents, les autres (dont faisait partie la Tunisie, rappel toi les premières positions française, entre autres, avant le début de la révolution) ne peuvent progresser vers un « mieux » qu’à marche forcée avec des régime « fort » seul capable de maintenir une « stabilité » essentiel aux « progrès » économique propre au capitalisme !!
Ce qui c’est passé en Egypte et en Tunisie est bien la preuve que la révolution n’est pas lié à un taux d’alphabétisation (celui de l’Egypte est bien plus faible que celui de la Tunisie !), au port ou non du tchador par les femmes, au fait que l’on est un roi, un président à vie, un collège militaire ou tout autre forme de gouvernement, mais bien à des conditions objectives d’évolution des rapports sociaux au sein de la société et à l’état d’avancement de la lutte de classe !!
Nous ne nions pas les particularités régionales ou nationales, le capitalisme ne s’étant pas développer de la même façon partout, ses bases « institutionnelles » sont liées à une histoire « national » mais ses principes de base sont partout les même !! Principes qui sont responsables de la dégradation à vitesse grand V des conditions matériels pour l’ensemble des peuples aujourd’hui !!

Fraternellement
Sylvain



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