Dans mon dernier message, j'écrivais:
S'il s'agit de détermination plus consciente, déterminée par les conditions sociales, il n'y a pas de libre arbitre, si c'est le produit d'une longue introspection (elle même déterminée) ou encore d'un rêve, d'une sensation, d'une quelconque expérience mystique ou prise de drogue, pas de libre arbitre.
j'ai donc réussi, en tâtonnant, à entrevoir une partie de la réalité objective du mystère que tu entretenais avec la théorie de l'après coup qui est, grâce à toi, passée de chose en soi à chose pour moi. C'est effectivement assez marrant cette révélation... après coup.
Mais il y a un autre élément que j'avançais lorsque je voulais sommairement caractériser la causalité au niveau conscient.
Déjà tu m'a dis que tu te plaçais au niveau du sujet et que le sujet ne peut faire que percevoir (souligné par toi), il s'en suit donc qu'on ne peut prendre en considération uniquement ce que l'on perçoit des conditions déterminantes et non ce qu'elle sont effectivement. Ce que tu voulais dire c'est que ces conditions déterminantes existent indépendamment de la conscience et qu'il s'effectue une rupture radicale au moment de faire quelque chose (je pense que qu'une telle rupture n'existe pas mais qu'assurément il y a un saut qualitatif). Ensuite il y a ce que l'on perçoit qui est un reflet qui correspond au meilleur des cas de manière approximative avec la réalité, mais il peut aussi s'en éloigner ou bien pour le cas qui nous concerne on peut percevoir des condition qui ne sont pas déterminantes comme déterminantes et réciproquement.
C'est à ce moment précis que vient s'insérer la phrase de Hegel reprise par Engels: "la nécessité est aveugle tant qu'elle n'est pas comprise"
Et lorsque tu dis
(1) - oui, effectivement : l'homme n'est pas réductible à du savoir, il est porteur d'un irréductible "insu" (cf. l'inconscient freudien).
Je n'ai jamais dit que l'homme était réductible au savoir (sous-entendu scientifique), qui est toujours complété dialectiquement par l'ignorance. tu m'opposera qu'il n'est pas limité à ce couple mais celui-ci est suffisant pour caractériser le potentiel infini de l'homme et de son action continuelle de transformation de la chose en soi en chose pour nous, les autres catégories abstraite/produites par la nature nous permettent de développer un savoir pratique dans bien des domaines (non-scientifiques) qu'il s'agit de développer en quantité et en qualité. Je glisse ici une auto-correction, je disais qu'il n'était pas possible d'optimiser l'art, mais j'entendais l'action consciente sur lui en général, l'art s'optimise (diversification et diffusion) dans son développement, entravé par le capitalisme. C'est le savoir scientifique qui permet d'organiser la société pour laisser libre cours aux autres manifestations du savoir. On est obligé d'avoir recours à la morale, car ce "savoir" est toute manifestation de la conscience, or on ne peut toutes les considérer comme positives (le meurtre ou le vol sont des arts), pour transformer les bases matérielles de la société.
La division en catégories étanches (inconscient/subconscient/conscient) ne correspond pas à la réalité de manière absolue (c'est une théorie que tu as
perçu, je ne remet pas en cause son utilité). Tu ne cesse de répéter que tu part du sujet mais tu ne fais que le diviser et si tu essayes de le comprendre dans sa globalité tu sera forcé de reconnaître que c'est un produit de l'évolution biologique et sociale, que c'est un produit de la matière et une partie de la matière.
Je ne cesse répéter que c'est l'unique raison pour laquelle il peut être titulaire d'un savoir quelconque. D'autre art ce que peut contenir l'inconscient ou la conscience ainsi divisés ne peuvent pas se fonder sur autre chose que les matériaux extérieurs et la constitution biologique en interaction permanente avec ce monde extérieur. Dans ce sens, j'ai le droit de dire que le "sujet" coupé de son développement réel est une abstraction.
Lorsqu'un sujet1 rencontre un autre sujet2 le sujet2 n'est pas une perception du sujet1 et le sujet1 n'est pas une simple perception du sujet2, chaque sujet a une
existence objective indépendante de toute interprétation de tout sujet. Leur interaction fait que leurs représentations respectives influent l'une sur l'autre.
(2) - oui, également : c'est le problème des "sciences humaines" qui s'essaient à produire un savoir objectif sur un matériel qui n'est justement pas un objet ; ajoutons que l'observateur, le scientifique ou le philosophe n'est lui non plus pas objectif. Un Sujet qui observe un autre Sujet... Introspection ou analyse de l'autre, on nage dans le flou. Quoi qu'il en soit : je ne fais ici nullement appel à une chose en soi (c'est toi qui y mets du kantisme...). Pas besoin de cela : il me suffit de repérer la nécessaire faille de structure entre l'énoncé et l'énonciation. Entre ce que le sujet dit et comment il le dit, se loge la part de trahison à soi, d'aveuglement sur soi, de débordement de nos ontologies de poche et qui fait le lot commun.
L'homme est un produit de la réalité objective qui existait avant lui, l'unité du monde consiste en sa matérialité, la réalité objective existe indépendamment de toute conscience. Tes parents existaient avant que tu ne les perçoivent, Paris est en France, les chiens ont quatre pattes. Toute ces vérités sont vraies indépendamment de tout sujet, ce sont des vérités absolues.
Il s'en suit que l'homme est un objet, et l'étude de la pensée de cet objet s'appelle la psychologie dans laquelle:
"Un Sujet observe un autre Sujet..." après les points de suspension il faut ajouter:
"à l'aide de connaissances accumulées pendant des siècles par l'expérimentation et qui ont des applications universelles (dans les conditions décrites) et dont la valeur objective est reconnue et certifiée car elles ont permis d'influer sur la réalité d'un sujet de manière déterminante".
Mais cela se limite à la psychologie, en sociologie par exemple il arrive que l'on produise des résultats probants sans se soucier le moins du monde de ce que pensent les gens (les multiples "sujets" sont en interaction permanente et faisant partie de la réalité objective, ils contribuent à la produire). Le positiviste Durkheim disait qu'il faut considérer les faits sociaux comme des "choses" (grille d'analyse a priori), mais il ne s'agit en fait que d'un produit supérieur de la matière. Et on sait que le suicide est directement lié à la structure sociale, et c'est bien l'idéologie la plus réactionnaire que de considérer cet acte comme résultat d'une pure introspection.
La pensée est dans un seul cerveau voilà d'où découle l'intérêt de la psychologie, les sciences sont délimitées à des catégories de phénomènes mais les limites entre les sciences sont
relatives et il est tout aussi absurde de prendre pour point de départ de sa philosophie les catégories de la psychologie que les nombres de Pythagore. C'est pourquoi Durkheim a tort de faire trop de cas de la distinction entre psychologie et sociologie, et de l'autre côté la psychologie est liée à la bio-chimie. Mais en ce qui concerne le suicide ce qui est sûr c'est que les sujets manquent aux psychologues pour établir des causes et surtout pour soigner ce qu'on peut appeler un mal (sauf si on est nihiliste).
"je ne fais ici nullement appel à une chose en soi (c'est toi qui y mets du kantisme...)" Non, je reconnais l'existence de la chose en soi
inconnue, mais pas l'existence de la chose en soi
insaisissable (kantisme), toi tu ne reconnais aucune chose en soi, seulement la représentation du sujet isolé.
Le caractère essentiel de la philosophie de Kant, c'est qu'elle concilie le matérialisme et l'idéalisme, institue un compromis entre l'un et l'autre, associe en un système unique deux courants différents et opposés de la philosophie. Lorsqu'il admet qu'une chose en soi, extérieure à nous, correspond à nos représentations, Kant parle en matérialiste. Lorsqu'il la déclare inconnaissable, transcendante, située dans l'au-delà, il se pose en idéaliste. Reconnaissant dans l'expérience, dans les sensations, la source unique de notre savoir, Kant oriente sa philosophie vers le sensualisme, et, à travers le sensualisme, sous certaines conditions, vers le matérialisme. Reconnaissant l'apriorité de l'espace, du temps, de la causalité, etc., Kant oriente sa philosophie vers l'idéalisme. Ce double jeu a valu à Kant d'être combattu sans merci tant par les matérialistes conséquents que par les idéalistes conséquents (y compris les « purs » agnostiques de la nuance Hume). Les matérialistes ont reproché à Kant son idéalisme, ils ont réfuté les caractères idéalistes de son système, démontré le caractère connaissable, l'en‑deçà de la chose en soi, l'absence d'une distinction de principe entre elle et le phénomène, la nécessité de déduire la causalité, etc., non des lois a priori de la pensée mais de la réalité objective. Agnostiques et idéalistes lui ont reproché l'admission de la chose en soi comme une concession au matérialisme, au « réalisme » ou au « réalisme naïf ». Ce faisant, les agnostiques ont repoussé la chose en soi, mais aussi l'apriorisme ; tandis que les idéalistes ont exigé que les formes a priori de l'intuition ne fussent pas seules logiquement déduites de la pensée pure, mais qu'on en déduisît tout l'univers en général (la pensée de l'homme s'élargissant jusqu'au Moi abstrait ou jusqu'à l'« idée absolue », ou encore jusqu'à la volonté universelle, etc., etc.). Or, nos disciples de Mach, « sans se rendre compte » qu'ils se sont mis à l'école de ceux qui critiquèrent Kant du point de vue du scepticisme et de l'idéalisme, déchirèrent leurs vêtements et se couvrirent la tête de cendres en voyant apparaître des monstres d'hommes qui critiquaient Kant d'un point de vue diamétralement opposé, répudiaient dans le système kantien tout élément d'agnosticisme (de scepticisme) et d'idéalisme, démontraient que la chose en soi était une réalité objective, parfaitement connaissable, située en deçà, qu'il n'y avait pas de différence de principe entre elle et le phénomène ; qu'elle devenait phénomène à chaque progrès de la conscience individuelle de l'homme et de la conscience collective de l'humanité. Et de clamer : Au secours ! c'est mêler de façon illicite le matérialisme et le kantisme !
Lénine,
Matérialisme et empiriocriticisme - Kant critique de droite et de gauche
"ce bouillonnement que je pointe, c'est la nature excessive, débordante de l'homme - excédant les catégories où on l'assigne, "trop humain""
Permet-moi de revenir sur cette phrase.
Ce que j'exprime justement depuis le début, c'est que l'homme n'est pas pas excessivement différent de la nature et que c'est valable pour le système nerveux et son produit la conscience. Si tôt que je te demanderai ce qu'est ce bouillonnement, que me répondras-tu? Une chose en soi
insaisissable?
Que veut dire "trop humain"? Si quelque chose est fait par un humain, c'est simplement humain. En quel cas utiliser ce "trop" si ce n'est pour désigner une qualité spécifique de l'homme? Si c'est le cas, il faut indiquer la quelle, le rapport de mesure impliqué par le mot "trop" implique une différence qualitative entre deux termes, lesquels sont-ils?
Si ce "trop" se rattache à la valeur mystique que l'on attribue à l'homme en postulat, c'est une simple tautologie.
De même si l'homme excède les catégories où on l'assigne cela veut dire qu'il n'y a pas identité entre nos représentations et l'homme tel qu'il est objectivement. Mais cela ne veut pas dire que notre connaissance en est limitée, la connaissance est liée aux besoins des hommes et elle tend vers la correspondance exacte avec la réalité objective de tout le monde matériel et l'homme aussi. La complexité de l'homme dépasse toujours la représentation que l'on peut s'en faire mais notre connaissance s'approfondit. La connaissance peut exister mais ne pas
nécessairement accentuer la correspondance avec la réalité objective, mais alors ce n'est pas une connaissance scientifique, avec ce que j'ai dit du critère de la pratique la différence est relative mais elle existe. La connaissance scientifique ne progresse pas de manière linéaire, il y a des théorie concurrentes des révisions de classement, des révolutions etc... mais elle progresse.
Je te fais une autre réponse. Chez Freud, nous avons cette conception d'un déterminisme a posteriori, et c'est sa théorie de l'après-coup. Que dit-elle ? Une scène tout à fait insignifiante survient chez le jeune enfant. L'enfant n'a pas encore les moyens d'y déceler une quelconque signification sexuelle. L'enfant n'est pas traumatisé. Ce n'est que dans un second temps, dans l'après-coup, dans l'occasion d'une seconde scène, que le sujet confère à la première scène son caractère sexuel et traumatisant. La première scène, qui était pourtant insignifiante, prend alors statut d'Evènement, elle est alors déterminante pour le sujet, elle devient comme la cause originaire de toute sa conflictualité intrapsychique (sa dialectique névrotique).
Je t'avouerai que les autres réponses ne m'ont pas convaincu pour le sujet qui nous concerne.
Mais ici nous avons une théorie, une vraie, qui correspond à la réalité objective (dans quelles limites?), qui a une valeur générale et indépendante d'un sujet.
Ce que tu décris est ce que je disais lorsque je formulais cette hypothèse sur la "détermination à posteriori" qu'elle n'est qu'une meilleure connaissance des causes ou à défaut une illusion sur les causes.
En idéaliste, tu as confondu une simple réflexion avec la causalité elle-même. Car le fait de se représenter un événement passé (t-x) comme traumatisant à l'instant (t) peut avoir des conséquences à partir de l'instant (t).
Maintenant que s'est-il passé entre l'instant (t-x) et l'instant (t)? C'est à dire quelle est la causalité dans la réalité objective qui a engendré cette représentation traumatique de l'instant (t-x) à l'instant (t)?
On peut postuler que l'événement est resté intact dans la mémoire, mais c'est faux. La mémoire de l'instant (t-x) dès le départ relié à tout le reste de la mémoire, a évolué en fonction de cette mémoire, du nombre de fois ou la personne s'est remémoré l'instant (t-x) et de la manière dont cela a eut lieu, mais aussi en fonction de la vie pratique, des autres événements traumatiques et des autres plus communs comme la compréhension croissante du monde. De même que la matière, la pensée est toujours en mouvement. Même si l'événement a été complétement refoulé, il a été altéré dans la représentation.
Bref, la transformation de la mémoire de l'instant t en Evénement (avec un grand E) n'est pas du au hasard. Même si il y a un quelconque "saut" dont les causes sont tout autres que celles que j'imagine et qui sont... des choses en soi
inconnues. A moins que tu n'aies d'autres connaissances à apporter sur le sujet.
Cette théorie montre précisément que le monde matériel évolue d'une manière déterminée, avant de pouvoir déterminer le comportement du sujet.
Dans mes trois réponses, j'ai essayé de montrer comme une fait qui survient à l'instant t-1, peut prendre valeur d'évènement dans l'après-coup (à l'instant t). Tu me répondras qu'objectivement, rien a changé. Sans doute... mais tu sais maintenant que l'objectivité ne m'occupe guère. Je ne parle que depuis ma position de sujet trop humain. Au philosophe, qui tient ferme son objectivité, je répondrais avec les mots d'Hamlet : il y a plus de choses entre le ciel et la terre, Horatio, que ne peut en contenir toute ta philosophie ! (ni vois nulle transcendance divine, juste un index pointé entre ciel et terre, qui vise l'horizon aufhebungesque de notre discussion !)
Le mouvement de la matière est absolu. Les événement présents sont déterminés par les événements passés et la tâche de la psychologie est de définir et généraliser les déterminations de la conscience individuelle. Son but comme toute science est l'objectivité, le critère de validité est la pratique la transformation de l'état du sujet dans le sens voulu, reste à savoir ce qui détermine cette volonté du psychologue et du sujet et ce n'est pas autre chose que le système social. La différence entre un état sain et un état pathologique est relative et la différence est de plus en plus floue (ou le spectre étendu) à cause de la division sociale du travail, et de la pourriture du système.
Je ne vois pas pourquoi tu répète que tu est trop humain, je trouve que tu l'es juste ce qu'il faut c'est à dire humain. Du moins je présume, car ce que je
perçois ce n'est que de la lumière provenant de mon écran, mais je me plie à la croyance dogmatique que la cause des messages qui m'apparaissent réside dans un être humain et non dans une quelconque machine.
"il y a plus de choses entre le ciel et la terre, Horatio, que ne peut en contenir toute ta philosophie" Revoilà la chose en soi insaisissable.
D'après ce que je dis je pense qu'il y a précisément autant de chose dans le monde matériel que
peut en contenir la philosophie, ou mieux, qu'elle le contient en puissance. Pourquoi? parce qu'il n'y a pas de différence infinie entre l'homme et le monde matériel, qu'il en est le produit et que le cerveau a pour propriété essentielle de reproduire de manière plus ou moins exacte la réalité et que la mise en oeuvre méthodique de cette faculté permet de progresser continuellement vers une connaissance exacte sans jamais y arriver. La représentation que l'on se fait lorsque l'on parle de la chose en soi n'est pas un pur produit de la pensée mais provient de ce que nous savons que nous ne savons pas, car ce qui nous est donné dans la perception c'est la réalité objective. D'autre part nous savons de plus en plus ce que nous ne savions pas. Et de cela nous sommes certains. L'existence de l'amour et de l'art ne changent rien à ce fait mais si ce sont des "points faibles de la pensée de Marx", nous pourrons y venir par la suite.
Mais ces intéressantes digressions ne nous font pas avancer, tu es intervenu à la base pour imposer le "libre-arbitre", je voudrai savoir où est-ce que l'on peut trouver une telle "chose", si elle se trouve vraiment "entre ciel et terre" ou au-delà.
En tout cas il ne se trouve pas dans les multiples déterminations mises en évidence par la psychologie et dont tu donnes un exemple.
Fraternellement
victor