Il est fort désagréable de se voir attribuer des propos, par ailleurs il est tout à fait appréciable que tu ne t'occupe que de la comparaison entre Iroquois et Baruyas car je ne parlais que de ça mis à part ce que l'on peut en tirer pour une généralisation.
1)
"ta volonté de classer les Baruya comme représentants d'un type plus moderne que les Iroquois"Tu n'a vraisemblablement tenu aucun compte des nuances et des précautions que je prenais en la matière à commencer par le début où je dis que la classification de Morgan comporte des lacune mais que d'après celle-ci les Baruyas se situent au stade moyen de la barbarie. Ma démarche consiste en une comparaison brute dans le but de dégager des éléments matériels pouvant hypothétiquement expliquer la différence du rapport homme-femme entre les Iroquois et les Baruya. Il est inutile d'inventer mes conclusions.
Avant d'aller plus loin il faut savoir quel est le critère déterminant pour parler de progrès et donc de modernité, et je vais m'aider pour cela d'un bout de "farce"
La vie, mode d'existence du corps albuminoïde, consiste donc avant tout en ceci qu'à chaque instant, il est lui-même et en même temps un autre; et cela, non pas en raison d'un processus auquel il est soumis de l'extérieur, comme il peut aussi arriver pour des corps sans vie.
Engels, Anti-Dühring
Cela est valable pour la vie en générale et pour les sociétés en particulier et ce jusqu'au développement ultime du communisme intégral, car on ne pourra jamais contrôler le monde par l'esprit.
C'est la première généralisation fondamentale. C'est le critière fondamental du progrès de la vie et du progrès social.
Par ailleurs si tu ne veut pas discuter de 25 choses en même temps (ce qui n'est pas exactement mon cas) nous remettrons à plus tard la classification des marxistes.
2) Ce que je note c'est que
les Iroquois pratiquent la chasse et la cueillette de manière significative et dans un but fondamentalement alimentaire alors que les Baruyas ne le font que de manière rituelle, leur alimentation étant
quasi intégralement fournie par l'agriculture et l'élevage de cochon semi-domestiqués ce dernier occupant une place extrêmement importante dans leur alimentation, l'élevage étant inexistant à ma connaissance chez les Iroquois.
C'est un critère fondamentale du développement technique et surtout du progrès social.
3) Les spécialistes Baruya de la fabrication de sel travaillaient à temps partiel soit, mais ils étaient les seuls spécialistes et la fabrication de sel était un aspect fondamental de l'économie Baruya, ce qui leur permettait de se procurer beaucoup d'autres denrées. Ensuite "tout le monde" ne vivait pas de chasse étant donné ce qui est dit plus haut à moins que tu ne classe cet élevage de cochons dans la catégorie de la chasse ce qui serait faux. Les spécialistes était rémunéré par des barres de sel qu'il recevait en propre.
4) Les barres de sel sont des marchandises dans la mesure où elle sont produite dans le but quasi-exclusif de l'échange, ce qui n'est absolument pas le cas de tous les peuples. Ces barres ont des équivalents fixés avec de nombreux types d'articles, elles se rapprochent de la définition de la monnaie qui est une marchandise pouvant s'échanger contre tout type de marchandise.
Il n'est donc pas question de "peu" ou de "beaucoup", mais de relations d'équivalence pour des articles précis intégrées par tous et pratiquées de manière permanente.
Au contraire, les Iroquois savaient ce qu'était la richesse, à tel point qu'il fallait payer (peu) pour se marier et (beaucoup) pour compenser un meurtre.
Certaines tribus devaient échanger d'autre denrées qu'ils produisaient contre le sel des Baruya pour échanger ce sel contre d'autre denrées d'autres tribus. Ce qui est déterminant selon la conception matérialiste, ce n'est pas la représentations que peuvent avoir les Baruyas par rapport à ce sel mais la fonction objective qu'il occupe dans leur économie.
D'autre part, à l'intérieur de la société l'échange de sel contre des services existait mais n'était pas généralisé.
5) L'explication par les Baruya eux-mêmes de la situation dominante des hommes est le pouvoir nourrisseur du sperme et l'expropriation du pouvoir créateur des femmes. D'autre part les femmes enceinte ont énormément de rapport sexuels avec des partenaires différents. Cela pourrait être un exemple supplémentaire de ce que Bachofen considérait comme des vestiges du mariage par groupe. Et l'expropriation mythologique du pouvoir créateur des femmes correspondrait au changement de système de parenté qui a pu se faire dans des conditions particulières.
Mais, de nouveau, un changement de système de parenté ne s'effectue sans lien avec les relations matérielles.
On peut aussi supposer que c'est une société patriarcale depuis le début de l'humanité mais ce n'est pas très sérieux.
6) Encore une fois la richesse n'est pas inventée, elle peut tout au plus être reconnue comme telle. La richesse procède de la production matérielle et des possessions effective (en fonction de la forme de propriété, individuelle, familiale etc..) et non des représentations, auquel cas on parle plutôt de prestige ou de distinction sociale.
7) Ce que je soupçonne concernant l'esclavage, c'est ce que tu mentionnais au début, à savoir l'influence du contact avec les européens notamment en ce qui concerne l'esclavage comme
cause de l'activité guerrière, qui est effectivement un aspect des sociétés de classes. Ce que tu explique montre que les esclaves occupaient les tâches dévolues aux femmes, c'est à dire que la division du travail restait uniquement sexuelle chez les iroquois. La question de cette transition est d'un intérêt particulier.
S'il s'agit de décharger les femmes d'un travail pénible, ce n'est pas à proprement parler de l'accumulation privée qui était interdite par la constitution des Iroquois ou du moins c'est une accumulation atténuée, enfin tu as surement des données plus précises. Quelle était l'activité des femmes qui étaient ainsi déchargée du travail? Cela correspondait-il à ce que dit Engels dans la citation que j'ai donnée dans mon premier message?
Des peuples chez lesquels les femmes doivent travailler beaucoup plus qu'il ne conviendrait selon nos idées ont souvent pour les femmes beaucoup plus de considération véritable que nos Européens. La « dame » de la civilisation, entourée d'hommages simulés et devenue étrangère à tout travail véritable, a une position sociale de beaucoup inférieure à celle de la femme barbare, qui travaillait dur, qui comptait dans son peuple pour une véritable dame (lady, frowa, Frau: domina), et qui d'ailleurs en était une, de par son caractère.
Savoir à qui profitait les richesses est une autre question, les femmes dans une certaine mesure, mais la répartition et l'héritage?
Bref, dans quelle mesure la forme de la famille a-t-elle été affectée par ce changement dans les conditions matérielles dans le cas que tu évoque?
Engels note que
"Chez les Shawnes, les Miamies et les Delawares s'est implantée la coutume de faire passer les enfants dans la gens paternelle en leur donnant un nom gentilice qui appartient à celle-ci, afin qu'ils puissent hériter de leur père." C'était une évolution possible pour les Iroquois.
Cela dit, pour conclure en relativisant l'enjeu de ce point précis, on a également observé maints exemples de sociétés où les hommes opprimaient les femmes à un degré ou à un autre et qui étaient de simples chasseurs-cueilleurs nomades.
Ce qui est tout à fait relatif c'est, comme tu le dis en accord avec Engels, la catégorie même de domination ou d'oppression dans les sociétés sans classes.
9)
Bref, on peut retourner l'affaire dans tous les sens : dire que les Baruya sont au même stade de développement social que les Iroquois est déjà tendancieux. Dire qu'ils représentaient un stade plus évolué, c'est nier l'évidence pour la faire rentrer de force dans des schémas préétablis.
Il faut "tourner l'affaire dans tous les sens". La notion de "stade" est trop vague pour prendre en compte les relations entre l'organisation de la production matérielle et l'évolution des formes de famille et des systèmes de parenté. Engels n'a fait que noter la
coïncidence générale entre l'apparition de l'oppression de classe et l'oppression des femmes. C'est donc dans le détail économique que l'on peut rechercher l'explication des
exceptions à la règle. Pointer des exceptions n'invalide pas la règle à moins qu'on en élabore une autre tout à fait différente ou que l'on améliore l'ancienne.
Il s'agit donc d'expliquer pourquoi le système de parenté des iroquois ne coïncide pas avec la règle selon laquelle le patriarcat se développe en même temps que l'oppression de classe, et les premiers éléments de réponse est l'accumulation collective dans des conditions où la division du travail ne change pas et où l'élevage, (vecteur d'accumulation par excellence et occupation quasi universellement dévolue à l'homme) n'existe pas, avec le concours du contact avec les européens.
D'autre part les baruya, qui sous maints aspects ont une technique inférieure à celle des Iroquois, évoluent dans une division du travail plus accentuée, pratiquent l'élevage et disposent d'un système d'échange plus élaboré.
Ce qui peut partiellement expliquer le développement du patriarcat.
Donc ça tombe très bien parce que mon propos ne visait pas à faire rentrer quoi que ce soit "de force dans des schémas préétablis" mais à donner des élément pouvant avoir une quelconque valeur explicative concernant la fameuse coïncidence notée par Engels. Et si ça avait été le cas, cela aurait été une démarche moins pernicieuse que de se baser sur les représentations des peuples pour nier des faits établis de leurs pratique.
D'ailleurs, je pense que tu pourrais davantage expliquer que de tenter de classer ma personne, ce qui a un intérêt scientifique relativement restreint.
Par exemple:
Pourquoi, si l'ensemble des éléments que j'avance ne sont d'aucune valeur explicative, les Baruya ont-ils développé une société patriarcale où le rapport entre les sexes est à ce point antagonique?