Chers camarades,
La classe capitaliste a toujours cherché à se servir de la religion comme d’un instrument de division et de diversion. Officiellement, en France, l’Eglise est « séparée » de l’Etat depuis 1905. Mais cela n’a pas empêché la République de se tourner vers l’Eglise pour justifier et encourager les atrocités perpétrées dans l’intérêt du capitalisme, en France comme dans les colonies, ainsi que le grand carnage impérialiste de 1914-1918.
Sous le gouvernement Raffarin, la question du foulard islamique a été sciemment montée en épingle pour prouver l’existence d’une poussée de fanatisme islamique — voire de penchants terroristes. L’islam a été décrit comme une menace pour les fondements de la « civilisation française ». Grâce au « foulard », le gouvernement le plus réactionnaire que la France ait connu depuis Pétain a pu se présenter comme le gardien de valeurs « républicaines et laïques » — cependant qu’il s’acharnait à démanteler les retraites et d’autres acquis sociaux, et que le chômage montait en flèche.
Du point de vue de la lutte contre le capitalisme, la défense du droit de pratiquer une religion répond à un objectif stratégique impératif : celui de réunir dans le mouvement le plus large possible tous ceux qui sont exploités par le capitalisme et qui ont intérêt à se mobiliser pour son renversement — indépendamment de leur couleur, de leur nationalité, de leur sexe ou de leur religion. Nous sommes engagés dans une lutte de classe, et non dans une lutte entre ceux qui croient en Dieu et ceux qui n’y croient pas.
C’est pour cette raison que La Riposte s’est catégoriquement opposée à la loi, introduite par la droite, interdisant le port de signes religieux à l’école. Cette loi avait pour but de diviser pour mieux régner, de faire diversion en stigmatisant les musulmans comme une menace. C’est une erreur de trouver à cette loi un quelconque contenu progressiste, ou de lui accorder le moindre soutien. La droite poursuit des objectifs qui ne sont pas les nôtres. Comme nous l’écrivions à l’époque :
« Si une lycéenne porte un foulard de son plein gré et par simple conviction religieuse, elle ne le vivra pas comme une oppression, et, au contraire, considérera à juste titre comme une oppression le fait d’être contrainte à ne pas le porter, sous peine d’être chassée de l’école. […]Une loi qui interdirait le port du foulard à toutes les musulmanes, indépendamment de leurs convictions religieuses sur cette question, ne serait pas démocratique et ne doit pas être acceptée par le mouvement socialiste, communiste et syndical. »
Il faut avant tout comprendre les profondes racines sociales et psychologiques des croyances religieuses. Ces croyances ne peuvent pas être bannies par une simple pédagogie « rationaliste », et encore moins par des lois répressives, lesquelles ne peuvent, au contraire, que renforcer les convictions religieuses. Tout le monde sait que Marx a dit que la religion est « l’opium du peuple ». Mais peu de gens connaissent l’intégralité du paragraphe dont cette phrase est tirée. Il est pourtant très intéressant. Marx écrivait : « La détresse religieuse est tout à la fois l’expression de la détresse réelle et la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans âme, le cœur d’un monde sans cœur, l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple ».
Autrement dit, chez les classes exploitées, la religion répond à un besoin de s’orienter dans une société dont elles n’ont pas la maîtrise ; elle est une tentative de trouver des points de repère dans la lutte pour une existence digne. C’est une aspiration à un monde meilleur. Il faut tenir compte de ce fait, et veiller à ce que la nationalité, la couleur de peau ou la religion ne divisent pas les travailleurs et la jeunesse dans la lutte contre le capitalisme.
Greg Oxley