Oui , bien sûr , Delapaille , il arrive un moment où de vieilles activités juteuses à leur début , ne rapportent plus un kopeck. Mais contrairement à Marx , tu oublies le progrès technique qui fait apparaître de nouvelles affaires juteuses ou en relance d'autres en les modernisant.
Mon cher Wilhelm , surtout n'accuse pas Keynes de scientisme . Lui qui n'a jamais affiché la prétention abusive de faire oeuvre scientifique en économie , a simplement décidé d'y prendre les choses par le bon bout , en matheux qu'il était , pour relancer l'activité et combattre le fléau du chômage.
Tu dis que çà sert à sauver le capitalisme , sauf que les capitalistes ont en aversion le keynésianisme qui ne sert nullement à maintenir leurs taux de profit mais à protéger l'emploi et les salaires .
Traiter Keynes de scientiste et qualifier aussitôt après , Marx , de scientifique et rationnel , c'est un comble . Que tu l'appelles ou non "science humaine" , le marxisme n'est qu'un discours , quelles que soient ses qualités et son intérêt . Les sciences fiables comme les sciences expérimentales ou mieux encore , la science exacte mère des sciences , c'est autre chose . Quiconque et ils sont légions , essaie de faire passer l'économie pour une science fiable , fait justement du scientisme pour ne pas dire du charlatanisme . Tu peux mettre autant de mathématiques que tu veux dans un discours sur l'économie , çà n'en fera jamais une science avec un grand S , parce que l'économie est faite de milliards d'intervenants humains , d'êtres vivants dont les imprévisibles comportements n'ont rien de rationnel.
Keynes ne se lance pas dans une grande théorie mais opère des constats macro-économiques judicieux. Et il dit quelque chose d'essentiel dont les patrons et les milieux d'affaires n'ont jamais aimé entendre parler . En résumé , Keynes dit que pour bien faire tourner la machine économique et créer les emplois dont les salariés ont besoin , il faut des moyens pour investir et davantage encore des moyens pour générer une demande , c'est-à-dire du pognon . Evidemment , çà signifie en premier lieu des salaires décents pour le grand nombre des salariés , des salaires qui leur permettent de consommer ce que les boîtes produisent pour satisfaire des besoins économiques, des salaires qui génèrent la demande stimulant cette production au niveau adéquat pour une économie de plein emploi .
Toutefois , les patrons ont toujours tendance à réduire les coûts salariaux , ce qui réduit les débouchés et crée entre boîtes d'une même activité une forte concurrence capable de tuer l'économie , si rien ne vient contrarier la tendance à la réduction des masses salariales . C'est à la fois une question vitale pour l'économie et quelque chose qu'un patron qui râle du matin au soir contre les "charges" , ne voudra jamais comprendre. L'aubaine de la mondialisation qui est un fait et non un choix comme veulent le faire croire les réactions nationalistes , c'est pour le patronat , l'inégalité extrême des salaires et l'absence de coordination entre les salariés de la planète pour défendre les salaires , la demande globale et par conséquent l'emploi. L'argument patronal pour réduire dangereusement la masse salariale , c'est que sinon c'est le Chinois ou l'Indien qui vont vendre . L'argument est bien souvent utilisé aussi par des patrons pas du tout en situation de concurrence internationale et lorsqu'il y a vraiment concurrence internationale on assiste aux délocalisations de la production . De toutes les manières , la politique keynésienne fondamentale , c'est-à-dire la défense des salaires , est empêchée.
C'est bien pourquoi le capitalisme dans sa forme actuelle est menacé par les capitalistes eux-mêmes et les autres privilégiés qui soutiennent la politique anti-salariale .
Keynes défend le capitalisme , dis-tu ?
Oui , oui , défendre les revenus salariaux à l'échelle mondiale , c'est défendre le capitalisme , mais un capitalisme social , contre la recherche patronale du profit maximal aux dépends des salariés .
Attention , les révolutionnaires , l'idée que plus il y aura de misère plus çà favorisera la révolution , est une idée fausse . Plus il y a de misère plus les privilégiés qui n'en subissent pas les durs effets sont en position avantageuse pour défendre et accroître leurs privilèges.
Y compris en flinguant le capitalisme ? Et oui , c'est tout à fait possible ,
du moins le capitalisme soluble dans la démocratie tel que nous le connaissons dans la CEE. Le capitalisme leur va s'il leur permet de défendre et accroître leurs privilèges , pas dans le cas contraire des bons salaires et du plein emploi qui placent les salariés en position de force dans les démocraties dites bourgeoises.