Parler d' "événement Marx" sous entend une idéalisation ce qui est assez bien caractérisé par ce que tu dis à propos du "premier tournant" de l'histoire de la philosophie, car il y en a bien d'autres. La philosophie ne se "contentait" pas de "décrire" le monde avant Marx, elle ne pouvait que l' "interpréter de différente manière" sans forcément s'en contenter (en formant des disciples, en influençant les élites). En fait le matérialisme dialectique est une conception du monde et, en tant que telle, ne peut rien transformer du tout.
Alors, dire que la philosophie "se donne pour mission" de transformer le monde est faux car il s'agirait d'une "abstraction du monde des idées". Je voudrais bien savoir où Marx indique que la philosophie doit transformer le monde.
Par exemple la fondation de la première internationale n'était pas philosophique.
Ensuite cette expression d' "événement Marx" qui associe complètement l'homme à la doctrine peut sous-entendre que la seconde a été enterrée avec le premier, souhait le plus cher de toute la réaction.
Victor dit : Encore une fois le matérialisme historique entre en contradiction avec la conception selon laquelle l'élément déterminant dans le marxisme serait la pensée de Marx.
Pourtant, il faudra bien faire confiance aux mots que l'on emploie : le marxisme est bien irrémédiablement lié à l'homme Marx et à sa vie.
On ne peut pas remédier à une platitude, par contre on peut faire attention aux mots qui sont soulignés et au contexte dans lequel ils sont utilisés.
Lorsque j'utilise le mot "déterminant" en le soulignant, c'est que j'ai confiance dans ce mot et ce que je souligne c'est la nature du lien entre Marx et le marxisme, sujet de la discussion, mais je te remercie de rappeler qu'il y a bien un lien.
Les lignes que tu rapportes d'Engels ont quelque chose d'idéalisant justement, et je veux bien croire à la fascination d'Engels pour Marx. Au contraire, reconnaître et assumer que le corpus d'énoncés philosophico-politiques du marxisme est une production de l'homme Marx - production à laquelle les marxistes ont donné par la suite consistance - et est donc pleinement déterminé par les conditions de production de ses idées est la position la plus matérialiste et la plus marxiste.
Engels serait un idéaliste, c'est une conséquence de la vision, centrée de manière absolue sur la seule personne de Marx, qui voit en Engels, son collaborateur pendant 40 ans, un falsificateur de sa pensée unique qui ne sort pas de son cerveau etc...
Les lignes que je rapporte d'Engels... il y a 3 citations et encore plus de lignes. La première concerne l'importance de la personne de Marx dans la théorie, la troisième montre de manière
ironique qu'un individu de génie n'est pas l'élément déterminant, qu'une théorie ne peut être élaborée que dans des conditions historiques qui permettent son émergence. La mention de Joseph Dietzgen (découvrant le matérialisme dialectique indépendamment de Hegel et de Marx) dans la deuxième citation offre un critère pratique de ce fait.
Le marxisme n'est pas un "corpus d'énoncés" philosophico-politiques, c'est une conception du monde qui s'applique à tous les domaines de la connaissance sans exception. D'où le travail d'Engels dans "quelques branches spéciales", travail qu'il minimise mais qui est fondamental pour asseoir la théorie marxiste sur des bases solides.
Marx a agit (de concert avec Engels notamment) pour organiser les travailleurs et les conduire à la prise de pouvoir, pour aider leurs partis à adopter des perspectives correctes. Je ne vois pas pourquoi tu dis que
les marxistes n'ont "donné consistance" aux idées de Marx que "par la suite".
Souligner le pluriel des personnes se revendiquant du marxisme est un moyen de diluer le marxisme, de lui faire perdre toute consistance. En effet on peut mettre les idées de Lénine et celles de Staline sur le même plan en disant qu'ils font partie "des" marxistes, vaste ensemble hétéroclites où l'on peut piocher tout et son contraire. Personnellement je n'accorde pas, par exemple, le statut de marxiste à Staline.
D'un autre côté les marxistes les plus connus s'accordaient de manière assez claire pour savoir ce qui en relevait ou pas comme la trahison des chefs de la 2ème internationale lors de la première guerre mondiale.
Les
lois du système capitaliste
mises en évidence par Marx, n'ont besoin de personne pour leur "donner consistance", même si on peut les confirmer par des observations empiriques.
Mais si je me réfère à ce que tu dis plus haut:
Charge à ceux qui viennent après lui de le lire, de le traduire, de le trahir (traduttore, tradittore!)... Au fond, toutes les lectures possibles de Marx sont présentes dans ses écrits, comme entre les lignes ; alors, le seul qui ne puisse véritablement pas être marxiste (c'est-à-dire lecteur, traducteur, traître, commentateur... de Marx), c'est Marx lui-même.
On ne peut donner aucun crédit au marxisme car premièrement tous ceux qui se revendiquent du marxisme trahissent le marxisme (à mon avis surtout si ils lisent entre les lignes), et deuxièmement ils sont tous différents et inconciliables en plus du fait qu'ils se trompent. Sans compter qu'il y aurait plus d'interprétation possible dans l'oeuvre de Marx que dans la Bible, argument classique des adversaires de mauvaise foi du marxisme .
Lorsque l'on argumente de cette manière contre le marxisme (volontairement ou pas) je demande, par exemple la différence concrète entre Marx et Lénine.
Maintenant voici ce que dit "l'homme Marx" de ce que "l'homme Marx" a apporté
Maintenant, en ce qui me concerne, ce n'est pas à moi que revient le mérite d'avoir découvert l'existence des classes dans la société moderne, pas plus que la lutte qu'elles s'y livrent. Des historiens bourgeois avaient exposé bien avant moi l'évolution historique de cette lutte des classes et des économistes bourgeois en avaient décrit l'anatomie économique. Ce que j'ai apporté de nouveau, c'est :
1. de démontrer que l'existence des classes n'est liée qu'à des phases historiques déterminées du développement de la production ;
2. que la lutte des classes mène nécessairement à la dictature du prolétariat ;
3. que cette dictature elle-même ne représente qu'une transition vers l'abolition de toutes les classes et vers une société sans classes.
Cet extrait de correspondance montre que Marx n'est pas un extraterrestre et aussi qu'on ne peut pas dire n'importe quoi pour être marxiste.