Auteur Sujet: Trotskisme  (Lu 4262 fois)

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Trotskisme
« le: 10 décembre 2008 à 09:24:04 »
Camarades,

Depuis quelque temps je m’intéresse de prêt au trotskisme (d’où mes entretiens régulier avec un camarade de LO).
La théorie de la « révolution permanente » est un concept qui me plait (à première vue) mais je manque de documentation sur le sujet. Pour le moment je n’ai lu que « Ma vie » de Trotsky.

Lors du congrès départemental de l’Aisne, alors que j’abordé le sujet, un jeune militant communiste m’a affirmé que le trotskisme c’était « laisser les gens dans la mouise pour entretenir un esprit révolutionnaire ». Il expliqué que l’accès à un certains confort rendait les gens « mou » du point de vu des trotskistes.
 
Je pense que lorsqu’il parle de Trotskisme il doit penser à L.O.
Bien entendu je lui ai dit que le trotskisme ce n’était pas que L.O et que la Riposte s’en revendique aussi (entre autre).
Lorsque je parle de la Riposte aux camarades deux arguments reviennent toujours :
-   Ils ne sont pas du PCF (j’ai beau dire que si pour la plupart d’entre eux, ils ne sont pas convaincu).
-   Ce sont des trotskistes anglais (suivi de point de suspension laissant entendre que l’argument est compris de tous… mais comme pour les contrepèteries, il en faut toujours un qui ne comprend pas pour que ce soit drôle et sur ce coup là c’est encore moi).

D’où mes questions :
-   En deux mots, qu’est-ce que le Trotskisme ? Est-ce que l’affirmation de mon camarade (plus haut) est pertinente ?
-   Dans quel ouvrage la théorie de « la révolution permanente » est-elle la mieux exposée ? Histoire de comprendre vraiment ce qui en retourne. Et si quelqu’un peut m’expliquer directement sur le forum c’est bien aussi.
-   C’est quoi cette histoire de « trotskistes anglais » ?

C’est tout pour le moment

Fraternellement

Jeff

Hors ligne Delapaille

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Re : Trotskisme
« Réponse #1 le: 10 décembre 2008 à 09:59:11 »
1-
Le trotskisme est un terme qui a été inventé par les stalliniens qui se qualifiaient eux de "marxiste-léniniste".
Depuis la vérité est connu sur la nature réel du pouvoir stallinien, celui-ci était en fait un état ouvrier dégénéré, c-a-d une dictature qui n'a de "communiste" que le nom et certaines caractéristiques économiques (nationalisation etc).
Donc de la même manière que qualifier Stalline de "marxiste-léniniste" n'a aucun sens, le terme "trotskisme" n'en a pas plus.

Marxisme-léninisme-trotskisme-communisme et même socialisme, tous ces mots ont en fait le même sens, tout au plus peut-on s'en servir pour distinguer les apports de ces différents personnages au communisme.

Les groupuscules "sectaires" ou les rrrrévolutionnnnaires intellos de tous poils se servent du terme "trotskisme", mais tu constateras par toi-même que ce mot n'a aucun sens, chacun d'entre-eux t'en donnera une différente et aucune ne sera satisfaisante au regard de l'histoire.

2-
Tu peux déjà lire ceci :
www.lariposte.com/Trois-conceptions-de-la-revolution-russe-160.html

Bien sur tu peux lire "La Révolution permanente" de Trotsky lui-même.

Cette théorie n'est pas la plus simple a aborder qui soit, mais il est possible de l'expliquer simplement à celui qui possède déjà une certaine culture du marxisme, même si ce n'est pas un exercice évident.
Je laisse à d'autre le soin d'essayer pour l'instant.

3-
Certains aiment à nous qualifier de trotskistes anglais, car l'organisation internationale à laquelle nous adhérons a été crée (entre-autre) par des camarades anglais (alan woods, ted grant).
Si nous adhérons et soutenons cette internationales, c'est parceque nos idées sont en accord avec les leurs, il n'y a pas plus de trotskisme anglais que français ou que de trotskisme tout court.
Les gens "gentils" qui utilisent ce genre d'expressions ou explications le font parcequ'il n'ont aucun arguments et ne comprennent au final pas grand chose au marxisme (ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas des militants sincères ou dévoués à la cause du prolétariat, c'est juste qu'ils n'ont jamaisfait l'effort de lire et comprendre le marxisme, il répète donc benoitement des argument pour certains issus de la propagande réactionnaire elle-même).

Fraternellement,

PASCAL C.

Hors ligne Maryvonne

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Re : Trotskisme
« Réponse #2 le: 12 décembre 2008 à 00:22:54 »
malheureusement le mot trotskysme et trotskyste est devenue une injure facile...

Il faut dire que nous les anciens nous avons tous été un peu anti trotskyste .... sans réfléchir plus loin que le bout de notre nez... Le régime de l'URSS préconisait une certaine ligne qui était celle du communisme dans un seul pays et comme l'URSS était le grand frère on ne voulait pas entendre autre chose...

aujourd'hui beaucoup de camarades ne sont pas revenu de ces idées toutes faites... et sans même avoir lu Trotsky ils nous lancent des injures à la figure et refuse de nous écouter... ce sont les séquelles d'une période qui s'est parfois aparentée à de l'obscurentisme...

Ceci dit comme il fallait une certaine ouverture d'esprit pour oser aller lire Trotsky, ce sont souvent des personnes plus intellectuelles qui s'y sont risquées Plus intellectuelles et moins engagées dans la classe ouvrière, moins habituées à la pratique, aux tactiques et stratégies de terrains.

Cela est encore un peu vraie aujourd'hui ...

En fait Trotsky est une grande chance pour le marxisme. Il nous propose une marxisme léninisme dynamique lucide, et révolutionnaire ...

Le "trotskysme" est une grande chance pour l'amérique latine... Il pourrait l'être pour le PCF si ce dernier osait avoir le courage de l'analyse...

CHAVEZ :

« Je ne peux pas me définir comme un trotskyste », a dit Chavez, « mais je tends dans cette direction, car je respecte beaucoup les écrits de Trotsky, et plus je le comprends, plus je le respecte. La théorie de la révolution permanente, par exemple, est extrêmement importante. On doit tous lire ses écrits, et personne ne doit se dire qu’il en sait suffisamment. »

« J’ai lu ce matin une brochure de Trotsky sur la théorie de la transition, une brochure de 30 à 40 pages, mais qui vaut de l’or, une brochure de cet écrivain extrêmement éclairant qu’est Trotsky. »


Chavez parlait du Programme de Transition http://www.marxisme.biz/relire/spip.php?article46

l'anti trotskysme est ce qui reste de la propagande du régime stalinien... Malheureusement il y a de bons restes.

Ce dont on peut être sûr, c'est que ceux qui méprisent le "trotskisme" ne savent pas de quoi ils parlent... sauf bien sur si ce sont de bons bourgeois capitalistes, ceux là savent très bien la menace qu'est pour eux la pensée de Marx, Lénine et Trotsky...  on peut dire que Staline leur a bien rendu service ...


fraternellement
Maryvonne


« Modifié: 12 décembre 2008 à 00:28:52 par Maryvonne »
fraternellement

Maryvonne Leray

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Re : Trotskisme
« Réponse #3 le: 13 mai 2010 à 04:05:19 »
Chers camarades,

Le trotskisme "officiel" pratiqué comme un catéchisme, est - il l'héritage du vieux "Léon" ?

Il se définissait lui même comme Léniniste, et Marxiste, dans son testament "après avoir passé 42 ans de ma vie sous le drapeau du Marxisme", mais "les enfants du prophètes" dans leurs dérives gauchistes ou droitières ont souvent oublié le sens de "Ma Vie" et de son combat déjà à son époque, comment il a du devenir inquiet devant ces petits bourgeois autistes qui ne comprenaient rien à sa politique...

Les sectes qui pullullent en France et dans le monde et s'auto - proclame IV ème Internationale sont légions et qu'ont elles appris ? A construire des organisations sectaires les NPA, LO, POI et autres ici, en marge du mouvement ouvrier et des organisations de masse de la classe ouvrière... Alors quelles se disent l'avant garde ! Qui seront marginalisées dans les luttes générales de la Classe Ouvrière !

Elles nous donnent des leçons de bolchevisme, "les sectes", mais elles n'ont jamais su convaincre les masses où que se soit, Ted Grant avait raison : "En dehors des organisations des masse de la Classe ouvrière, il n'y a rien..."

A lire cette article de la Riposte de 2002, sur le sectarisme de l'extrême gauche !

http://www.lariposte.com/Contre-le-sectarisme-de-l-extreme-gauche-214.html

L'insulte "Trotskiste", est né de la plume des staliniens, alors que les dit "trotskistes", s'identifiaient eux même comme bolchevik - léninistes, en ce sens comme bolcheviks, léninistes, Marxistes, communistes.

Ce thème s'amorce dans le discours de Zinoviev du 15 décembre 1923, qui parle pourtant de "l'ancien trotskysme" qui serait né en 1905, Il s'organise par la publication de trois discours, de Zinoviev, Kamenev et Staline. Boukharine quand à lui, donne à cette filiation, le 13 décembre 1924, une critique "sur la théorie de la Révolution permanente", thèse reprise des milliers de fois par les chantres du Stalinisme, des partisans du Socialisme dans un seul pays !

Nous, nous construisons "patiemment" comme le disait Lénine, le Parti Révolutionnaire, avec souplesse, pédagogie, sans sectarisme,  sans caler sur les principes, nous restons humbles et durs à la tâche pour le triomphe de la "Révolution Socialiste" sur la terre, Marxistes, dans les partis de masse, mais sans cela pas de salut, si c'est cela aussi le trotskisme, alors je suis trotskiste....

De plus Léon  Trotsky avait raison... Devant Lénine, une fois ! après l'avoir rejoint en 1917 sur la conception du Parti !

Trotsky a cru, à juste titre, à la justesse de «sa» théorie de la révolution permanente. Dans son «Histoire de la révolution russe», il prend acte du fait que Lénine et lui se trouvèrent sur la même ligne dans la lutte contre le gouvernement Kérensky.

En appendice à «La révolution trahie» de 1936. il cite l'émouvante dernière lettre d'Adolf Ioffé, acculé au suicide par Staline: "Je n'ai jamais douté que vous étiez dans la voie juste, et vous le savez, depuis plus de vingt ans, y compris dans la question de la «révolution permanente», j'ai toujours été de votre côté"(...)

(...)"Vous avez toujours eu raison en politique depuis 1905, et Lénine lui aussi l'a reconnu; je vous ai souvent raconté que je lui avais entendu dire moi-même: en 1905, c'était vous, et non lui qui aviez raison. A l'heure de la mort, on ne ment pas, et je vous le répète aujourd'hui".

« Modifié: 18 janvier 2011 à 06:07:54 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
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Re : Trotskisme
« Réponse #4 le: 13 mai 2010 à 04:53:39 »
Chers camarades,

Qu'est ce que la Révolution Permanente ?

Mais si vous avez des questions... Elles seront bienvenues !

Donnons la parole à Léon Trotsky, il en parlera mieux que moi !

J'espère que le lecteur ne m'en voudra pas si, pour terminer cet ouvrage, j'essaie de formuler mes conclusions essentielles d'une façon concise et sans craindre les répétitions.

1. La théorie de la révolution permanente exige actuellement la plus grande attention de la part de tout marxiste, car le développement de la lutte idéologique et de la lutte de classe a définitivement fait sortir cette question du domaine des souvenirs des vieilles divergences entre marxistes russes et l'a posée comme la question du caractère, des liens internes et des méthodes de la révolution internationale en général.

2. Pour les pays à développement bourgeois retardataire et, en particulier pour les pays coloniaux et semi-coloniaux, la théorie de la révolution permanente signifie que la solution véritable et complète de leurs tâches démocratiques et de libération nationale ne peut être que la dictature du prolétariat, qui prend la tête de la nation opprimée, avant tout de ses masses paysannes.

3. Non seulement la question agraire mais aussi la question nationale assignent à la paysannerie, qui constitue l'énorme majorité de la population des pays arriérés, un rôle primordial dans la révolution démocratique. Sans une alliance entre le prolétariat et la paysannerie, les tâches de la révolution démocratique ne peuvent pas être résolues; elles ne peuvent même pas être sérieusement posées. Mais l'alliance de ces deux classes ne se réalisera pas autrement que dans une lutte implacable contre l'influence de la bourgeoisie libérale nationale.

4. Quelles que soient les premières étapes épisodiques de la révolution dans les différents pays, l'alliance révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie n'est concevable que sous la direction politique de l'avant-garde prolétarienne organisée en parti communiste. Ce qui signifie à son tour que la victoire de la révolution démocratique n'est concevable qu'au moyen de la dictature du prolétariat qui s'appuie sur son alliance avec la paysannerie et résout, en premier lieu, les tâches de la révolution démocratique.

5. Envisagé du point de vue historique, l'ancien mot d'ordre bolchevique, la "dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie", exprimait exactement les rapports, caractérisés plus haut, entre le prolétariat, la paysannerie et la bourgeoisie libérale. Cela fut démontré par l'expérience d'Octobre. Mais l'ancienne formule de Lénine ne préjugeait pas quels seraient les rapports politiques réciproques du prolétariat et de la paysannerie à l'intérieur du bloc révolutionnaire. En d'autres termes, la formule admettait consciemment un certain nombre d'inconnues algébriques qui, au cours de l'expérience historique, devaient céder la place à des éléments arithmétiques précis. Cette expérience a prouvé, dans des circonstances qui éliminent toute autre interprétation, que le rôle de la paysannerie, quelle que soit son importance révolutionnaire, ne peut être un rôle indépendant et encore moins un rôle dirigeant. Le paysan suit ou l'ouvrier ou le bourgeois. Cela signifie que la "dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie" n'est concevable que comme dictature du prolétariat entraînant derrière lui les masses paysannes.

6. Une dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie, en tant que régime se distinguant, par son contenu de classe, de la dictature du prolétariat, ne serait réalisable que dans le cas où pourrait être mis sur pied un parti révolutionnaire indépendant, qui exprimerait les intérêts de la démocratie paysanne et petite-bourgeoise en général, un parti capable, avec l'aide du prolétariat, de conquérir le pouvoir et d'en déterminer le programme révolutionnaire. L'histoire moderne, notamment l'histoire de la Russie au cours des vingt-cinq dernières années, nous montre que l'obstacle infranchissable qui s'oppose à la formation d'un parti paysan est le manque d'indépendance économique et politique de la petite bourgeoisie (paysannerie) et sa profonde différenciation interne qui permet à ses couches supérieures de s'allier à la grande bourgeoisie lors d'événements décisifs, surtout lors de guerre et de révolution, tandis que ses couches inférieures s'allient au prolétariat, ce qui oblige ses couches moyennes à choisir entre ces deux forces. Entre le régime de Kerensky et le pouvoir bolchevique, entre le Kuomintang et la dictature du prolétariat, il n'y a, il ne peut y avoir aucun régime intermédiaire, c'est-à-dire aucune dictature démocratique des ouvriers et des paysans.

7. La tentative faite par l'Internationale communiste pour imposer aujourd'hui aux pays d'Orient le mot d'ordre de la dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie, depuis longtemps dépassé par l'histoire, ne peut avoir qu'un sens réactionnaire. Dans la mesure où l'on oppose ce mot d'ordre à celui de la dictature du prolétariat, il contribue politiquement à la dissolution et à la décomposition du prolétariat dans les masses petites-bourgeoises et crée ainsi des conditions favorables à l'hégémonie de la bourgeoisie nationale, donc à la faillite et à l'effondrement de la révolution démocratique. Introduire ce mot d'ordre dans le programme de l'Internationale communiste signifie véritablement trahir le marxisme et les traditions d'Octobre du bolchevisme.

8. La dictature du prolétariat qui a pris le pouvoir comme force dirigeante de la révolution démocratique est inévitablement et très rapidement placée devant des tâches qui la forceront à faire des incursions profondes dans le droit de propriété bourgeois. La révolution démocratique, au cours de son développement, se transforme directement en révolution socialiste et devient ainsi une révolution permanente.

9. La conquête du pouvoir par le prolétariat ne met pas un terme à la révolution, elle ne fait que l'inaugurer. La construction socialiste n'est concevable que sur la base de la lutte de classe à l'échelle nationale et internationale. Cette lutte, étant donné la domination décisive des rapports capitalistes sur l'arène mondiale, amènera inévitablement des éruptions violentes, c'est-à-dire à l'intérieur des guerres civiles et à l'extérieur des guerres révolutionnaires. C'est en cela que consiste le caractère permanent de la révolution socialiste elle-même, qu'il s'agisse d'un pays arriéré qui vient d'accomplir sa révolution démocratique ou d'un vieux pays capitaliste qui a déjà passé par une longue période de démocratie et de parlementarisme.

10. La révolution socialiste ne peut être achevée dans les limites nationales. Une des causes essentielles de la crise de la société bourgeoise vient de ce que les forces productives qu'elle a créées tendent à sortir du cadre de l'Etat national. D'où les guerres impérialistes d'une part, et l'utopie des Etats-Unis bourgeois d'Europe d'autre part. La révolution socialiste commence sur le terrain national, se développe sur l'arène internationale et s'achève sur l'arène mondiale. Ainsi la révolution socialiste devient permanente au sens nouveau et le plus large du terme: elle ne s'achève que dans le triomphe définitif de la nouvelle société sur toute notre planète.

11. Le schéma du développement de la révolution mondiale tracé plus haut élimine la question des pays "mûrs" ou "non mûrs" pour le socialisme, selon cette classification pédante et figée que le programme actuel de l'Internationale communiste a établie. Dans la mesure où le capitalisme a créé le marché mondial, la division mondiale du travail et les forces productives mondiales, il a préparé l'ensemble de l'économie mondiale à la reconstruction socialiste.

Les différents pays y arriveront avec des rythmes différents. Dans certaines circonstances, des pays arriérés peuvent arriver à la dictature du prolétariat plus rapidement que des pays avancés, mais ils parviendront au socialisme plus tard que ceux-ci.

Un pays colonial ou semi-colonial arriéré dont le prolétariat n'est pas suffisamment préparé pour grouper autour de lui la paysannerie et pour conquérir le pouvoir est de ce fait même incapable de mener à bien la révolution démocratique. Par contre, dans un pays où le prolétariat arrive au pouvoir à la suite d'une révolution démocratique, le sort ultérieur de la dictature et du socialisme dépendra moins, en fin de compte, des forces productives nationales que du développement de la révolution socialiste internationale.

12. La théorie du socialisme dans un seul pays, qui a germé sur le fumier de la réaction contre Octobre, est la seule théorie qui s'oppose d'une manière profonde et conséquente à la théorie de la révolution permanente.

La tentative faite par les épigones pour limiter, sous les coups de la critique, l'application de la théorie du socialisme dans un seul pays à la seule Russie, à cause de ses propriétés particulières (l'espace, les richesses naturelles), n'améliore rien, mais au contraire aggrave tout. La renonciation à une attitude internationale mène inévitablement au messianisme national, c'est-à-dire à la reconnaissance d'avantages et de particularités spécifiques, qui permettent à un pays de jouer un rôle auquel les autres ne sauraient s'élever.

La division mondiale du travail, la dépendance de l'industrie soviétique à l'égard de la technique étrangère, la dépendance des forces productives des pays avancés à l'égard des matières premières asiatiques, etc., rendent impossible la construction d'une société socialiste autonome, isolée dans n'importe quelle contrée du monde.

13. La théorie de Staline-Boukharine oppose non seulement d'une façon mécanique la révolution démocratique à la révolution socialiste, en dépit des expériences des révolutions russes, mais elle détache aussi la révolution nationale de la révolution internationale.

Elle place les révolutions des pays arriérés devant la tâche d'instaurer le régime irréalisable de la dictature démocratique, qu'elle oppose à la dictature du prolétariat. Ainsi, elle introduit en politique des illusions et des fictions, elle paralyse la lutte du prolétariat pour le pouvoir en Orient et elle freine la victoire des révolutions coloniales.

Du point de vue de la théorie des épigones, la conquête du pouvoir par le prolétariat constitue, à elle seule, l'accomplissement de la révolution (pour les "neuf dixièmes", selon la formule de Staline); elle inaugure l'époque des réformes nationales. La théorie de l'intégration du koulak dans le socialisme et la théorie de la "neutralisation" de la bourgeoisie mondiale sont, par conséquent, inséparables de la théorie du socialisme dans un seul pays. Elles tiennent et s'effondrent ensemble.

La théorie du socialisme national dégrade l'Internationale communiste, qu'elle emploie comme une arme auxiliaire utilisable dans la lutte contre une intervention armée. La politique actuelle de l'Internationale communiste, son régime et le choix de ses dirigeants correspondent parfaitement à sa déchéance et à sa transformation en troupe auxiliaire qui n'est pas destinée à résoudre des tâches qu'on lui propose d'une manière autonome.

14. Le programme de l'Internationale communiste, œuvre de Boukharine, est éclectique d'un bout à l'autre. C'est une tentative désespérée pour unir la théorie du socialisme dans un seul pays à l'internationalisme marxiste, qui est cependant inséparable du caractère permanent de la révolution mondiale. La lutte de l'opposition communiste de gauche pour une politique juste et un régime sain dans l'Internationale communiste est indissolublement liée à la lutte pour un programme marxiste. La question du programme est à son tour inséparable de celle des deux théories opposées: la théorie de la révolution permanente et la théorie du socialisme dans un seul pays. Le problème de la révolution permanente a depuis longtemps dépassé le cadre des divergences épisodiques entre Lénine et Trotsky, divergences qui, au surplus, ont été entièrement épuisées par l'histoire. Il s'agit de la lutte entre les idées fondamentales de Marx et de Lénine, d'une part, et l'éclectisme des centristes, d'autre part.

Constantinople, le 30 novembre 1929.

« Modifié: 13 mai 2010 à 04:57:35 par W catharos »
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Re : Trotskisme
« Réponse #5 le: 13 juin 2010 à 16:24:00 »
Chers camarades,

Je mets ici, l'article de notre camarade Greg Oxley, sur la Révolution Permanente, qui explique "La Révolution Permanente" de Léon Trotski de façon fort claire...
    
La théorie de la révolution permanente  
 
Dans les années précédant la révolution de 1917, la question de la nature de la future révolution russe était vivement débattue, au sein du Parti social-démocrate russe (POSDR). Les divergences concernaient le rôle que la classe ouvrière serait appelée à jouer, dans la révolution. La théorie de la « révolution permanente », élaborée et défendue par Léon Trotsky à partir de 1904, s’est avérée être une anticipation brillante du processus réel qui s’est déroulé en Russie – tout d’abord lors de la tentative révolutionnaire de 1905, puis lors de la révolution de 1917. Depuis, cette théorie est l’une des pierres angulaires du marxisme.

Le cours général de l’histoire de la plupart des pays capitalistes industrialisés nous permet de diviser leur évolution en un certain nombre d’étapes historiques successives. La classe capitaliste a pris forme graduellement, dans le cadre du système féodal, jusqu’au stade où elle ne pouvait plus progresser sans détruire l’ordre féodal lui-même. Telle était la force motrice de la longue série de révolutions qui ses sont déroulées, en Europe, aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Ces révolutions répondaient au besoin de « libérer » la main d’œuvre rurale du servage, de la mettre ainsi à la disposition de la classe capitaliste – et de créer, à la place des économies locales et fragmentées de l’Ancien régime, des Etats et des marchés véritablement nationaux, dotés de lois conformes aux intérêts de la classe capitaliste, ainsi que de monnaies et de langues communes. Ce sont là les tâches fondamentales des révolutions bourgeoises, telles que celles qui se sont déroulées en Grande-Bretagne en 1642-1651 et, en Europe continentale, entre le début de la révolution française (1789) et la fin du XIXe siècle.

Presque tous les dirigeants de l’Internationale Socialiste, au début du XXe siècle, considéraient que la Russie – et les pays tardivement industrialisés en général – devait suivre une évolution semblable aux pays européens, avec un train de retard. La Russie, pensait-on, se dirigeait vers une révolution bourgeoise. Selon ce schéma, la classe ouvrière ne pourrait envisager de conquérir le pouvoir que plusieurs décennies plus tard, lorsque les rapports de production capitalistes et la démocratie bourgeoise se seraient pleinement développés. Mais le jeune Trotsky n’acceptait pas ce point de vue. Procédant d’une analyse des rapports entre les classes sociales, il soutenait qu’au lieu de suivre le schéma classique qu’avaient connu la Grande-Bretagne ou la France, la Russie évoluait d’une façon particulière, « combinée et inégale ». Le rôle de l’impérialisme interdisait à un pays comme la Russie de suivre, étape par étape, l’évolution qu’avait connue l’Europe occidentale. Dans sa quête de nouveaux marchés, le capitalisme des pays le plus avancés s’installait dans les pays moins développés, comme la Russie. Ce faisant, il modifiait profondément la structure de classe de ces sociétés.

A ce propos, Trotsky écrivait : « L’évolution de la Russie se caractérise avant tout par son retard. Un retard historique ne signifie pas, pourtant, une simple répétition de l’évolution des pays avancés, avec un délai de cent ou deux cents ans, mais engendre une formation sociale tout à fait nouvelle, "combinée", dans laquelle les dernières conquêtes de la technique et de la structure capitalistes s’implantent dans les rapports sociaux de la barbarie féodale et pré-féodale, les transforment et se les subordonnent, créant ainsi une relation originale entre les classes. Il en va de même dans le domaine des idées. Précisément par suite de son retard historique, la Russie se trouva être le seul pays européen où le marxisme, en tant que doctrine, et la social-démocratie, en tant que parti, aient pris un grand développement avant la révolution bourgeoise. Il est naturel aussi que ce soit en Russie que le problème des rapports entre la lutte pour la démocratie et la lutte pour le socialisme ait subi l’élaboration théorique la plus approfondie. » [Trotsky, Trois conceptions de la révolution russe.]

En Russie, les formes de production les plus modernes – grandes usines, technologie industrielle, etc. – ont été introduites de l’extérieur par le capitalisme étranger et se sont greffées sur les formes de production pré-capitalistes. A côté des rapports sociaux primitifs et féodaux, une classe capitaliste et un salariat modernes émergeaient, comme celles qui existaient dans les pays industrialisés d’Europe occidentale. Cependant, la bourgeoisie nationale était bien trop faible pour prétendre à un rôle indépendant. Elle craignait la révolution qu’elle sentait venir. Après la frayeur que lui avait causé la révolution de 1905, elle s’est jetée dans les bras du régime tsariste, dans l’espoir de prévenir une nouvelle révolution. Les capitalistes russes devaient faire face à l’émergence du mouvement ouvrier non pas après, mais avant l’accomplissement de la révolution bourgeoise. Alors qu’en Grande-Bretagne, plus de deux siècles séparaient la révolution bourgeoise et la possibilité d’une révolution socialiste, les deux révolutions étaient inextricablement mêlées, en Russie.

La théorie de la révolution permanente était une perspective, une tentative de prévoir, dans ses grandes lignes, le développement de la révolution russe. Même si on admettait que les tâches révolutionnaires qui se posaient, en Russie, étaient celles de la révolution bourgeoise, la bourgeoisie était trop faible pour les accomplir. En conséquence, il n’y avait qu’une seule classe qui, en s’emparant du pouvoir, serait capable de supprimer les vestiges du système féodal, de rendre la terre aux paysans, de libérer le pays de l’impérialisme et de mettre fin à l’oppression nationale : la classe du salariat urbain, en alliance avec la paysannerie pauvre.

Une fois au pouvoir, expliquait Trotsky, le salariat ne saurait se limiter à des mesures dans le cadre du capitalisme, mais procéderait à des mesures de type socialiste, telles que l’expropriation des capitalistes étrangers et nationaux. Par ailleurs, dans les limites d’un seul pays, le nouveau pouvoir ne pourra pas résoudre les problèmes auxquels il se trouvera confronté. La révolution devra nécessairement se développer au-delà des frontières nationales, et notamment dans les pays les plus industrialisés. La révolution commence dans le cadre d’un seul pays, mais ne peut aboutir qu’en devenant internationale. D’où la « permanence » de la révolution.

Lénine, comme Trotsky, insistait sur le caractère contre-révolutionnaire de la bourgeoisie russe. Par contre, les mencheviks – la tendance réformiste du POSDR – justifiaient leur soutien à la bourgeoisie libérale par la « théorie des étapes ». Puisque la révolution à venir est de type bourgeois, disaient-ils en substance, elle doit être menée par les capitalistes libéraux. Le socialisme n’est pas à l’ordre du jour. La classe ouvrière doit accepter de subordonner ses revendications aux intérêts de la bourgeoisie libérale. Une lutte pour le socialisme ne pourrait qu’effrayer les capitalistes et les pousser dans le camp de la contre-révolution, disaient les mencheviks.

Lénine et Trotsky rejetaient catégoriquement cette analyse. Ils refusaient la dilution du programme du parti au nom d’une alliance avec la bourgeoisie libérale. Cependant, jusqu’en 1917, Lénine pensait que l’avènement d’un gouvernement ouvrier, en Russie, était impossible sans la victoire préalable des travailleurs dans un ou plusieurs des pays d’Europe occidentale. Les événements de 1917 ont changé ses idées sur cette question. Son ralliement à la théorie de la révolution permanente a trouvé son expression dans ses célèbres Thèses d’avril. Ecrites dans le feu de la révolution de 1917, les Thèses d’avril fixaient le cap vers la prise du pouvoir par la classe ouvrière, avec comme mot d’ordre central : « tout le pouvoir aux soviets ! »

Les soviets, dans lesquels les bolcheviks sont devenus majoritaires, en septembre 1917, ont pris le pouvoir le mois suivant. L’Etat soviétique a supprimé tous les titres et privilèges de l’aristocratie, exproprié les grands propriétaires terriens et rendu la terre aux paysans. Il a lutté pour en finir avec l’oppression des minorités nationales. Il a socialisé l’industrie, en la plaçant sous le contrôle direct des travailleurs. Il a vaincu les armées visant à restaurer la monarchie. Il réclamé la fin immédiate – et sans annexions – de la guerre mondiale. Il a publié les traités secrets signés entre l’ancien régime et ses alliés, pour montrer aux travailleurs du monde entier quels étaient les véritables enjeux de la guerre impérialiste.

En même temps, Lénine et Trotsky ne se faisaient aucune illusion quant à la possibilité de construire le socialisme dans un pays sous-développé et isolé. Ils ont fait immédiatement appel aux travailleurs de tous les pays pour qu’ils suivent l’exemple des travailleurs russes et renversent le capitalisme dans leurs pays respectifs. Les dirigeants du gouvernement révolutionnaire savaient que sans une extension de la révolution, la démocratie soviétique ne survivrait pas. En 1919, la IIIe Internationale a été formée. Le nom de la nouvelle internationale était hautement significatif : « Internationale Communiste, parti de la révolution mondiale ».

Le cours ultérieur des événements a confirmé le bien-fondé de la perspective internationaliste de Lénine et de Trotsky. L’échec de la révolution en Europe a scellé le sort du pouvoir ouvrier en Russie. Après l’échec des révolutions allemandes de 1918 et 1923, ainsi que d’autres défaites importantes en Europe, en Chine et ailleurs, l’isolement de la révolution a mené à l’épuisement des forces sociales qui l’avaient accomplie. Le pays était dévasté par les conséquences de la guerre mondiale, de la guerre civile, des guerres d’intervention étrangère et du blocus économique. La réaction qui en résultait s’est traduite par l’ascension politique d’une caste bureaucratique et par le démantèlement progressif de la démocratie soviétique. La théorie du « socialisme dans un seul pays », adoptée par Staline, était l’expression des intérêts particuliers de cette caste, qui ne s’intéressait plus à la victoire du socialisme à l’étranger, mais seulement à la consolidation et à l’extension de ses privilèges et de son pouvoir.

Greg Oxley (PCF Paris)


Publication : dimanche 13 juin 2010
 
« Modifié: 13 août 2010 à 05:48:04 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
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Trotskisme : Assassinat et "Révolution Permanente" par Celia Hart...
« Réponse #6 le: 13 août 2010 à 03:42:40 »
Cher camarades,

Notre camarade Celia Hart Santamaría, cubaine, fidèle, malgré tout, à la Tendance Marxiste Internationale, elle, la révolutionnaire, courageuse et obstinée, écrivait, sur Léon Trotsky, sur son assassinat et sur "la Révolution Permanente", ce texte très juste, avant qu'elle ne meure dans un accident tragique... le 07 septembre 2008... Alliant pour toujours Léon et le Che, à la "Révolution permanente"... A elle aussi, son combat, notre combat...

"Léon Trotsky a été assassiné il y a 65 ans de la manière la plus grotesque. Après 65 années son sang continue de nous éclabousser. Cet assassinat aurait dû mettre fin au droit du Kremlin à prétendre monopoliser et émettre la pensée socialiste, mais ils ont continué et elle s’est transformée en statue de sel. Avec la médaille de l’Etoile Rouge décernée à Ramon Mercader, on fêtait, dans les vivats secrets et lâches, la mort du socialisme. Cet assassinat a constitué un des actes de terrorisme d’état les plus pervers de l’histoire.

C’est le glorieux Octobre 1917 qui s’est suicidé le 20 août.
(1940)...

Mercader, sa peine accomplie au Mexique, s’en alla à Cuba (1960). Je ne comprends toujours pas avec qui il s’est réuni et par quelle voie, ni s’il a pu regarder en face les palmes de Marti et les cendres de Mella. L’homme qui a eu dans ses mains, sans le réaliser, la mission d’anéantir la gauche des idées du socialisme, est mort à Cuba, chose que j’ai du mal à admettre. Il était là dans ces années lumineuses de Che Guevara. Cela me semble tellement impossible...

Bien entendu la voie de la survie idéologique de la révolution cubaine n’a rien à voir avec Mercader, le G.P.U. et le stalinisme. Bien au contraire, ce qui a permis à ma révolution de survivre a été l’esprit de Léon Trotsky, bien que nous l’ignorions, parce que cela avait été occulté dans les plis de la mémoire historique.

La vérité est têtue et fait son chemin comme l’eau lente mais constante que rien n’arrête. Il y a un circuit mystérieux dans la révolution cubaine, qui naît avec le Parti Révolutionnaire Cubain, se poursuit avec Mella, puis avec le plus radical du Mouvement du 26 Juillet, pour culminer de manière sublime avec Che Guevara. Ce circuit est celui de l’engagement résolu de classe et de l’internationalisme. Léon Trotsky marche ici, silencieux, inconnu et diffamé, avec un sourire malicieux. Pourquoi a t-on interdit tant d’années à Léon Trotsky de se mettre en relation avec la révolution cubaine ? Je ne suis pas parvenue à le déterminer, mais ce que je sais c’est que si une révolution a été radicale, c’est bien la nôtre, si quelqu’un a appelé aux révolutions radicales et interminables, c’est bien Léon Trotsky. Marti ne s’est peut-être pas trompé en affirmant qu’ "en politique le réel est ce qui ne se voit pas".

Il nous faudrait longuement parler de Julio Antonio Mella, analyser en profondeur son action au Mexique. Nous avons heureusement les excellents travaux d’Olivia Gall et d’Alejandro Galvez Cancino , qui analysent de manière absolument claire et précise avec une base documentaire considérable l’action communiste de Mella dans cette période. Mella se référait à Trotsky à son retour d’URSS et connaissait les objectifs de l’Opposition de Gauche à travers Andrés Nin (assassiné, pour varier, par le G.P.U. durant la guerre civile espagnole). Il écrivait à un camarade dans le livre "La plate-forme de l’Opposition" : "Pour Alberto Martinez dans le but de réarmer le communisme. Julio Antonio Mella" Son trotskisme déclaré n’est pas ce qui doit le plus nous importer. Beaucoup plus transcendantes furent ses positions radicales à Mexico. De fait et dans ses conséquences politiques, Mella est considéré comme l’initiateur du courant qui plus tard constitua l’Opposition de Gauche dans le Parti Communiste Mexicain, indique l’historienne Olivia Gall

C’est aussi Julio Antonio Mella qui nous a introduit sur le chemin du socialisme à Cuba. C’est lui qui a jeté ce superbe pont entre Marti et le bolchevisme, qui a constitué notre meilleur passé récent, et le futur proche du monde. Quoique que l’on dise, et même si certains voudraient l’enfermer dans un pathétique drapeau patriotique et lui attribuer un discours étroit, ce vaillant, vigoureux et polémique Mella - et nul autre - est le premier communiste cubain.

Le stalinisme qui nous a contaminé par la suite et qui d’une certaine manière a eu son importance des années durant sur le cours de la révolution socialiste, n’est rien d’autre qu’un virus contagieux, en dépit duquel et non sans batailles l’idéal du socialisme a pu survivre, parce qu’il était l’essence même du processus révolutionnaire. Les partis staliniens n’ont pas contribué idéologiquement à notre processus, ni quand ils expulsèrent Mella du parti, ni quand ils pactisèrent avec Machado ou en bien d’autres occasions, grâce à Dieu !

Il y a encore ici quelques camarades qui ont beaucoup à nous raconter, fidèles à la révolution socialiste... et reconnaissants d’avoir été aidés et écoutés par un autre marxiste qui figure à côté de Mella sur l’emblème de l’Union des Jeunesses Communistes de Cuba : le Che.

Et c’est précisément le Che que je veux inviter, dans sa totalité et son étoile sur le front, pour souhaiter la bienvenue à Trotsky en ce 65e anniversaire de son assassinat. Che Guevara, symbole du communisme le plus radical, est parvenu à instrumenter un trotskisme qu’il ne connaissait pas. Et cela seulement parce que les vérités théoriques de Trotsky ont la même constance que la valeur de G, la constante de Gravitation Universelle. Le Che est arrivé par lui-même à bien des thèses de Trotsky, sans jamais le savoir... Sans qu’on lui laisse savoir.

Je vais vous donner deux exemples qui m’ont permis de commencer à découvrir une communion secrète entre les deux.

Che Guevara a été le révolutionnaire qui a le mieux compris les principes de la révolution permanente, à tel point qu’il est mort pour avoir tenté de défendre ces principes. Mais il n’est pas seulement mort pour avoir voulu mettre en oeuvre ces thèses, il est mort aussi pour avoir cherché à atteindre intellectuellement son essence.


Pour ce 65e anniversaire je vais reprendre ici les trois aspects fondamentaux de la révolution permanente.

Premier aspect. La théorie de la révolution permanente, renaissant en 1905, déclara la guerre à cet ordre d’idées et à ces dispositions d’esprit. Elle démontrait qu’à notre époque l’accomplissement des tâches démocratiques, que se proposent les pays arriérés, les mène directement à la dictature du prolétariat, et que celle-ci met les tâches socialistes à l’ordre du jour

Le Che était catégorique à ce sujet. Voici ce qu’en dit Nestor Kohan : Il (le Che)n’accepte à aucun moment qu’en Amérique latine (j’ajoute : et dans le monde) les tâches consistent à construire une "révolution nationale", "démocratique", "progressiste", ou un capitalisme à visage humain, qui laisse pour plus tard le socialisme. Il expose d’une manière tranchante, très polémique, que si on ne propose pas la révolution socialiste, il s’agit d’une caricature de révolution qui se termine par un échec ou une tragédie, comme il est advenu tant de fois.

Ces deux exposés sont identiques. Les pays sous-développés n’ont pas à attendre qu’un Anglais ou un Allemand décide d’y organiser la révolution. Trotsky disait cela dans le Manifeste de la Conférence dite d’ "Alerte" de la IVe Internationale en mai 1940 : [...] La perspective de la révolution permanente ne signifie en aucun cas que les pays arriérés doivent attendre le signal des pays avancés, ou que les peuples coloniaux doivent patiemment attendre que le prolétariat des centres métropolitains les libère. L’aide vient à qui s’aide soi-même.

Second aspect. Sous son deuxième aspect, la théorie de la révolution permanente caractérise la révolution socialiste elle-même. Pendant une période dont la durée est indéterminée, tous les rapports sociaux se transforment au cours d’une lutte intérieure continuelle. La société ne fait que changer sans cesse de peau [...]. Les bouleversements de l’économie, la technique, la science, la famille, les moeurs et les coutumes forment, en s’accomplissant, des combinaisons et des rapports réciproques tellement complexes que la société ne peut arriver à un état d’équilibre .

Le Che écrivait pour sa part dans "Le socialisme et l’homme à Cuba" : Dans cette période de la construction du socialisme nous pouvons assister à la naissance de l’homme nouveau. Son image n’est pas encore tout à fait fixée. Elle ne pourra jamais l’être étant donné que ce processus est parallèle au développement de nouvelles structures économiques . Pour le Che, "l’unique repos des révolutionnaires est la tombe".

Troisième aspect : l’international. Pour Trotsky la théorie de la révolution permanente envisage le caractère international de la révolution socialiste qui résulte de l’état présent de l’économie et de la structure sociale de l’humanité. L’internationalisme n’est pas un principe abstrait : il ne constitue que le reflet politique et théorique du caractère mondial de l’économie, du développement mondial des forces productives et de l’élan mondial de la lutte de classe. La révolution socialiste commence sur le terrain national, mais elle ne peut en rester là. La révolution prolétarienne ne peut être maintenue dans les cadres nationaux que sous forme de régime provisoire, même si celui dure assez longtemps, comme le démontre l’exemple de l’Union Soviétique. Dans le cas où existe une dictature prolétarienne isolée, les contradictions intérieures et extérieures augmentent inévitablement, en même temps que les succès. Si l’Etat prolétarien continuait à rester isolé, il succomberait à la fin, victime de ces contradictions [...] .

Le Che disait à propos des révolutionnaires : "Si leur ardeur révolutionnaire s’émousse quand les tâches les plus pressantes doivent être réalisées à l’échelle locale et que l’internationalisme prolétarien est oublié, la révolution cesse alors d’être une force d’impulsion et tombe dans une douce somnolence, que notre ennemi irréconciliable, l’impérialisme, met à profit pour gagner du terrain. L’internationalisme est un devoir, mais aussi une nécessité révolutionnaire ."

Je ne vais pas m’attarder. Si quelqu’un lutta pour rendre toujours plus socialiste la révolution cubaine, c’est le Che. Il se lança dans la construction du socialisme sur une terre retardée, approfondissant jour après jour son caractère socialiste... pour l’abandonner totalement au nom de la révolution mondiale. Je ne connais personne d’autre qui en a fait de même. Je ne crois pas qu’il y ait de plus grande fidélité aux thèses de la révolution permanente. Que les conditions en Bolivie n’aient pas été favorables... c’est un autre sujet que celui de la révolution permanente. On peut certes le critiquer pour avoir été un révolutionnaire trop permanent ou conséquent.

L’autre élément de convergence, dans des circonstances différentes, entre la pensée de Trotsky et celle du Che, réside dans leur ferme option en faveur de l’économie planifiée. Il est certain que Trotsky opta initialement pour la NEP, étant donné les circonstances économiques terribles dans lesquelles se trouvait le jeune Etat soviétique avec ce qu’on a appelé le Communisme de Guerre. Mais très vite Trotsky a critiqué le nouvel état de choses. Il estimait, comme nous le rapporte Isaac Deutscher, qu’avec le passage à la NEP, la nécessité de planifier devenait plus urgente [...]. Précisément parce que le pays revivait sous une économie de marché, il devait faire en sorte de contrôler le marché et de se donner les moyens d’exercer ce contrôle. Il en vint à soulever la question du Plan unique, sans lequel il était impossible de rationaliser la production, de concentrer les moyens de l’industrie et d’établir l’équilibre entre les différents secteurs de l’économie .

Les positions du Che en faveur du plan et sa proverbiale animadversion pour la NEP sont bien connus. Le Che estimait que Lénine, s’il en avait eu le temps, aurait remis en cause la NEP. Et il n’y pas que le plan. Le Che se prononça aussi, à la fin de sa vie, en faveur de la démocratie socialiste. Michael Löwy écrit dans Rebelion : Nous savons que dans les ultimes années de sa vie Ernesto Che Guevara a grandement progressé dans sa prise de distance à l’égard du paradigme soviétique [.....] Mais une bonne partie de ses derniers écrits reste encore inédits, pour des raisons inexplicables. Parmi ces documents se trouve une critique radicale du "Manuel d’Economie Politique de l’Académie des Sciences de l’URSS", rédigée à Prague en 1966 [...]. L’un des passages est très intéressant parce qu’il démontre que dans ses dernières réflexions politiques Guevara se rapprochait de l’idée de la démocratie socialiste .

Tel était le Che. Bien qu’ayant insuffisamment étudié Léon Trotsky, il allait dans le sens des thèses trotskistes les plus conséquentes. Peut-être n’en eut-il pas conscience, mais peu importe. Cela indique en tous cas que ces thèses sont véridiques et donne en retour encore plus de force à la pensée de Trotsky. En 1965 le Che écrit à Armando Hart de Tanzanie à propos de ses choix en matière de philosophie marxiste, et à l’alinéa VII il lui dit : "Et on devrait y trouver ton ami Trotsky, qui a existé et écrit, paraît-il" .

Cela peut donner à imaginer qu’il connaissait peu de choses sur le fondateur de l’Armée Rouge. Il semble néanmoins qu’au cours de sa dernière année il se soit rapproché de son oeuvre. Juan Leon Ferrer, un camarade trotskiste qui travaillait au Ministère de l’Industrie, me l’a assuré. Le Che recevait en outre le périodique de son organisation et c’est le Che qui fit libérer les trotskistes emprisonnés à son retour d’Afrique. Le camarade Roberto Acosta, depuis décédé, a partagé une grande camaraderie avec Guevara. Selon Juan Leon Ferrer, lors des récoltes sucrières (zafras), ils parlaient de ces sujets. Ce camarade indique que le Che avait lu La Révolution Permanente et on sait qu’en Bolivie il portait dans son sac à dos, l’Histoire de la Révolution Russe.

Nous pourrions ajouter bien des exemples qui montrent que ces deux révolutionnaires exemplaires éclairaient la même voie.

L’un comme l’autre dirigèrent une armée et un Etat socialiste naissant de manière brillante et réussie, appliquant pleinement Karl Marx ; l’un et l’autre furent des idéologues révolutionnaires qui prirent le pouvoir et cherchèrent à approfondir leur processus révolutionnaire en restant respectivement fidèles à Lénine et Fidel, penchés à leur gauche. Pour représenter l’idéal le plus accompli de l’internationalisme et la conséquence révolutionnaire, tous deux furent assassinés.

Ernesto Guevara a fait de moi une trotskiste. Lorsque j’ai eu accès à l’oeuvre de Trotsky, bien tardivement à mon goût, j’ai réalisé que beaucoup de ces choses... m’avaient été dites déjà dès l’enfance par le Che. Dès les premières pages, j’ai eu la confirmation de ce que j’avais tant de fois ressenti en lisant le Che : que la révolution n’a rien à voir avec l’idiosyncrasie nationale ; qu’il n’y a pas d’espaces dans le socialisme pour les pronoms "notre" ou "votre" ; que la théorie révolutionnaire, comme les lois de la physique, est un langage universel. Comme le déclarait Armando Hart à une autre époque : Notre lutte n’est pas seulement pour Cuba, mais pour tous les travailleurs et exploités du monde. Nos frontières sont morales. Nos limites sont de classe  .

Ce que j’apprécie le plus chez Trotsky c’est la façon de parler, la passion qu’éveille toujours en moi ses discours. C’est la même chose qui m’a conquise chez Che Guevara. C’est pour cela que je milite dans son armée comme dans celle du Che sans trahir personne. Les deux expriment avec la même vérité la parole, le fusil et le coeur.

Camarades : atteignons enfin notre majorité d’âge. Il y a trop d’injustice de l’exploitation, l’évidence de l’unique solution n’est que trop grande...

Trop des nôtres sont morts. Léon Trotsky nous reconvoque pour la lutte. Souhaitons-lui la bienvenue sans condition aucune ! Che Guevara est son amphitryon et les peuples d’Amérique latine réclament le socialisme. Trotsky a gagné de manière dramatique la partie théorique. Armons sans délai nos mouvements révolutionnaires avec confiance. Trotsky et le Che sont dans notre parti.

Secouons une bonne fois pour toutes l’arbre pour démasquer les nouveaux réformistes qui empêchent la révolution bolivarienne d’avancer, laquelle est le fer de lance, le premier échelon d’une révolution continentale sans précédents.


Souvenons-nous une fois de plus que le Soleil, les étoiles et la gravité terrestre sont nos alliés.

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

Celia Hart


« Modifié: 13 août 2010 à 04:32:40 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
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"Il n y a pas cinquante manières de combattre, il n' en y a qu'une c'est d"être vainqueur"
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