Auteur Sujet: Les idées de J.-L. Mélenchon  (Lu 1470 fois)

En ligne W catharos

  • Ancien
  • ***
  • Messages: 1 232
    • Voir le profil
Re : Les idées de J.-L. Mélenchon
« Réponse #15 le: 11 janvier 2011 à 19:54:56 »
Salut camarades,

Il me semblait important de placer cet article du camarade Jérôme Métellus, sur une étude du livre de Mélenchon, intitulé, "Qu'ils s'en aillent tous".

Ce texte montre bien, les limites pour nous communistes, des idées de JLM...

Alors que la question du candidat pour les présidentielles pour le Front de Gauche se pose et du programme à défendre, alors que le CN du PCF repousse le congrès du Parti, sans doute pour l'automne 2012, ce qui dessaisit d'une certaine manière les militants, des choix politiques à venir pour 2012 et ses suites politiques directes...

Alors que beaucoup de communistes doutent et vu l'ovation obtenue par André Chassaigne, lors de son intervention à Villejuif, samedi 8 janvier 2011, même si André Chassaigne, ne propose rien de très différent somme toute sur le fond, et dans la démarche, peut être que pour beaucoup, c'est la garantie d'une confiance à accorder et d'un Parti qui assume, sa volonté de voir avancer ses idées, et ainsi se renforcer, entre fidélité d'esprit de Parti, légitimité, honneur et espoir que celui - ci doit être là ! Enfin d'autres se mettront en lice, à commencer par André Gérin et qui d'autres ?

Pour ceux qui se feraient beaucoup d'illusions sur JLM, et notamment sur son score électoral, qui pourrait être à deux chiffres, au delà des fantasmes politiques, constater, les faits et les dire, c'est déjà ne pas trop se faire d'illusions à lire ce que pense Jean - Luc Mélenchon...

A propos du dernier livre de Jean-Luc Mélenchon
11-01-2011

Dès les premières pages de son livre Qu’ils s’en aillent tous !, Jean-Luc Mélenchon annonce qu’il ne s’agit pas d’un programme, mais plutôt d’un « croquis sommaire sur la façon d’engager notre révolution citoyenne ». Normalement, un croquis – même sommaire – permet de savoir ce qui est dessiné. Mais ici, on a bien du mal à discerner les contours de la société à laquelle aspire le dirigeant du Parti de Gauche. Il critique longuement les capitalistes, leurs médias et les politiciens réactionnaires. Cette charge contre les riches et les puissants frappe souvent juste. Mais ce que Mélenchon propose de mettre à la place n’est pas très clair.

Quel régime de propriété ?

La « révolution citoyenne » que propose Mélenchon passe par un très grand nombre de consultations démocratiques. On voterait beaucoup, y compris dans les entreprises, semble-t-il. Cette idée va dans la bonne direction, mais elle ne répond pas à la question fondamentale : qui possèdera ces entreprises ? Les capitalistes, qui les soumettent au seul critère du profit – ou la classe ouvrière, sans laquelle rien n’est produit ? Mélenchon précise : « il ne s’agit pas de clamer, à l’ancienne : la “mine au mineur” », car nous aurions alors un « gouvernement des corporations ». Mais dans ce cas, à qui « la mine » doit-elle appartenir ? Dans tout le livre, la seule réponse concrète à cette question se réfère aux « coopératives ». Selon Mélenchon, il faudrait faire « bifurquer le régime de propriété des entreprises de ce côté » et « généraliser graduellement » le système des coopératives.

La contradiction saute aux yeux. Les coopératives reposent précisément sur le principe que Mélenchon vient de rejeter : « la mine au mineur ». Ces deux affirmations contradictoires se situant à 40 pages de distance, dans le livre, il est possible que l’auteur lui-même ne s’en soit pas rendu compte. Toujours est-il que l’idée de « généraliser graduellement » le système des coopératives n’est pas une solution à la crise du capitalisme, selon nous. En imaginant qu’une telle généralisation soit possible, nous aurions alors une multitude de coopératives en concurrence les unes avec les autres, sur le marché. Les travailleurs les plus efficaces s’en sortiraient mieux que les autres. Un tel système finirait par générer une mentalité de propriétaires – et les comportements qui vont avec. Les marxistes défendent un tout autre programme : l’expropriation des grands capitalistes, la propriété publique des grands leviers de l’économie, la planification centralisée de la production et son contrôle démocratique par toute la classe ouvrière – aussi bien pour élaborer le plan que pour le réaliser. Par « contrôle ouvrier », nous n’entendons pas seulement le contrôle des salariés sur l’entreprise dans laquelle ils travaillent. Bien sûr, toute une série de sujets comme la sécurité, les conditions de travail, etc., seraient directement décidés par les travailleurs des entreprises concernées. Mais le plan général doit être élaboré par toute la classe ouvrière et refléter les intérêts généraux du salariat dans son ensemble.

Mélenchon propose-t-il sérieusement que des mastodontes capitalistes tels que Veolia, Carrefour ou la Société Générale soient transformés en coopératives ? Ce serait absurde. Mais alors, qu’en faire ? Il n’en dit rien. Le thème des coopératives – repris notamment par Royal et Montebourg – semble être une nouvelle manière d’apparaître « radical » sans remettre en cause la propriété capitaliste. Au passage, rappelons que le gouvernement Jospin de 97-2002, dans lequel Mélenchon est entré en 2000, a « généralisé » non le système des coopératives, mais la politique des privatisations (Air France, France Télécom, l’Aérospatiale, etc.). Mélenchon n’y trouvait alors rien à redire. Aujourd’hui, il défend toujours le bilan du gouvernement Jospin. Ce n’est pas de très bon augure.

L’intérêt général

Mélenchon définit sa « révolution citoyenne » en ces termes : « il est proposé, en quelque sorte, la "primature" de l’intérêt général dans tous les domaines ». Pour ce faire, on doit tous devenir des « citoyens », ajoute-t-il, ce qui suppose de « s’arracher à tous ses préjugés et son intérêt personnel pour proposer ce qui sera bon pour tous. C’est ce qui est demandé M. et Mme Tout le Monde qui, quelle que soit leur condition sociale, seront appelé à se mêler de tout, partout, tout le temps. »

Est-ce que Mélenchon est en train de suggérer que Mme Bettencourt, M. Bolloré et leurs semblables pourraient cesser d’être des parasites richissimes uniquement intéressés par leurs profits, pour devenir des « citoyens » nettoyés de leur « préjugés » et de leurs « intérêts personnels » ? Cet objectif nous semblerait hasardeux. Ce serait faire complètement abstraction de la base matérielle sur laquelle reposent l’égoïsme et les préjugés de la classe dirigeante. Tant que ces messieurs-dames contrôleront l’économie, ils chercheront à s’enrichir au détriment des travailleurs. Pour que la vie économique et sociale serve réellement les intérêts de la masse de la population, il faut d’abord en finir avec le capitalisme – c’est-à-dire s’attaquer aux intérêts particuliers de la classe dirigeante.

On nous objectera que le titre même du livre de Mélenchon – Qu’ils s’en aillent tous ! – vise justement les Bettencourt et Bolloré de ce monde. Mais cela ne nous avance pas beaucoup. Lorsque Mélenchon propose de remplacer ces parasites par des dirigeants « meilleurs qu’eux, plus soucieux des autres, plus inventifs, moins addict au fric, plus loyaux avec leur patrie républicaine  », il oublie un petit détail : tant que ces immenses entreprises resteront entre des mains privées, leurs dirigeants – quels qu’ils soient – se comporteront comme des capitalistes, non parce qu’ils seront de mauvais citoyens, mais parce que les lois du système capitaliste s’imposeront à eux.

La « planification écologique »

Mélenchon se prononce pour une « planification écologique », à laquelle il consacre un chapitre de son livre. Nous sommes d’accord avec sa critique du « capitalisme vert » et des « publicitaires qui repeignent en vert tous leurs produits et déguisent toutes les consommations en actes bienveillants pour la planète. » Mais puisque c’est le capitalisme qui est responsable des catastrophes et menaces écologiques (ou de leurs conséquences), il faut le remplacer par un autre système. Selon nous, la seule alternative est un système socialiste, qui arrachera les ressources naturelles et économiques au chaos du marché – et instaurera une planification démocratique de la production. C’est la seule façon de s’attaquer sérieusement aux grands défis écologiques auxquels l’humanité fait face. Or, dans le livre de Mélenchon, il n’est jamais question de planification économique. On n’y trouve ni la formule, ni l’idée. Du coup, la « planification écologique » est suspendue en l’air. Elle n’a aucun contenu concret.

Souverainisme

Le chapitre du livre intitulé « Faire une autre paix » est de loin le plus mauvais. Par exemple, après avoir critiqué l’intégration de la France au commandement militaire de l’OTAN, Mélenchon écrit : « Du coup, notre pays est lié aux aventures les plus discutables de l’empire, comme par exemple cette guerre d’Afghanistan ». Or, si notre mémoire est bonne, la décision d’envoyer des soldats français en Afghanistan a été prise, non par Sarkozy, mais par le gouvernement Jospin, fin 2001. A l’époque, cette guerre était tout aussi impérialiste et réactionnaire qu’aujourd’hui. Et elle avait le soutien du ministre Jean-Luc Mélenchon.

Tout ce chapitre est frappé du sceau de ce « patriotisme républicain » et souverainiste qui n’est au fond que le cache-sexe de l’impérialisme français. Au passage, Mélenchon surestime énormément le poids de la France capitaliste dans le concert des nations. En quelques paragraphes, il rattache la Wallonie à la France, décuple les relations entre la France et la « puissance pacifique » chinoise, oblige la Russie, les Etats-Unis et Israël à démanteler leur arsenal nucléaire – entre autres exploits. Le tout sans pratiquement faire la moindre allusion au mouvement ouvrier international. Ce charabia et les envolées nationalistes qui l’accompagnent n’ont rien à voir avec l’internationalisme révolutionnaire que nous défendons, comme communistes. Ces pages, comme l’ensemble du livre, nous rappellent que l’alliance du PCF avec le Parti de Gauche exige un débat plus sérieux sur le programme et les idées du Front de Gauche.

Jérôme Métellus (PCF Paris 18e)
« Modifié: 12 janvier 2011 à 09:16:42 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
Saint Just

"Il n y a pas cinquante manières de combattre, il n' en y a qu'une c'est d"être vainqueur"
Malraux

Hors ligne Maximilien Robespierre

  • Administrateur
  • Ancien
  • *****
  • Messages: 231
    • Voir le profil
    • Le site de la TMI
Re : Les idées de J.-L. Mélenchon
« Réponse #16 le: 11 janvier 2011 à 22:59:31 »
Jean-Luc Mélenchon est-il un coopératiste dans la veine de Proudhon ou un social-réformiste dans la veine de Bernstein ? En fait, il semble bien qu'il réunisse les travers des deux courants. D'un côté il méprise la planification économique en voulant livrer la gestion économique à des coopératives dispersées, de l'autre, il ne propose aucune perspective révolutionnaire claire mais juste une "réforme radicale" du système capitaliste devant hypothétiquement mener, à terme, au remplacement de ce système. Le programme de M. Mélenchon, ce sont les vieilles recettes du réformisme auxquelles on incorpore des éléments de l'écologie radicale et une dose de "souverainisme de gauche" à la Chevènement.

Proudhon, Bernstein, Chevènement... Des hommes forts différents qui n'ont qu'un seul point commun : leur rejet du modèle marxiste. Comme eux, M. Mélenchon cherche à créer une "autre voie" entre la révolution socialiste et la contre-révolution capitaliste. Sans jouer les oracles, nous pouvons lui prédire que son destin le mènera au même endroit que celui de ces trois illustres personnages : les poubelles de l'Histoire.
« Modifié: 12 janvier 2011 à 09:52:36 par Maximilien Robespierre »
"La sensibilité qui gémit presque exclusivement pour les ennemis de la liberté m'est suspecte". Maximilien Robespierre.

En ligne W catharos

  • Ancien
  • ***
  • Messages: 1 232
    • Voir le profil
Re : Les idées de J.-L. Mélenchon
« Réponse #17 le: 12 janvier 2011 à 02:50:24 »
Salut Maximilien,

Je suis assez d'accord avec des éléments de ton analyse, il y a des choses pertinentes que je ne n'avais pas vu...

Ta conclusion a l'intérêt de la prédiction et comme me disait ce soir un camarade en pensant au titre du bouquin et à la lecture de cet article sur l'analyse de "Qu'ils s'en aillent tous ! de JLM cette réponse bien lapidaire qui se jette :

Mélenchon : "Il ferait mieux de montrer le chemin cet escroc" !  ;D

Salutations communistes,
W catharos

« Modifié: 12 janvier 2011 à 02:56:43 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
Saint Just

"Il n y a pas cinquante manières de combattre, il n' en y a qu'une c'est d"être vainqueur"
Malraux

Hors ligne maiszeus

  • Ancien
  • ***
  • Messages: 252
    • Voir le profil
Re : Les idées de J.-L. Mélenchon
« Réponse #18 le: 12 janvier 2011 à 06:43:09 »
juste un petit bémole

Pour moi Prouhdon n'était pas anti marxiste puisqu'il est mort en 1865 et que Marx n'était pas à cette époque le philosophe avec la renommer d'aujourd'hui
Mais Marx était contre prouhdon ça c'est sur


« Chaque rapport économique a un bon et un mauvais côté : c'est le seul point dans lequel M. Proudhon ne se dément pas. Le bon côté, il le voit exposé par les économistes; le mauvais côté, il le voit dénoncé par les socialistes. Il emprunte aux économistes la nécessité des rapports éternels, il emprunte aux socialistes l'illusion de ne voir dans la misère que la misère (au lieu d'y voir le côté révolutionnaire, subversif, qui renversera la société ancienne). Il est d'accord avec les uns et les autres en voulant s'en référer à l'autorité de la science. La science, pour lui, se réduit aux minces proportions d'une formule scientifique; il est l'homme à la recherche des formules. C'est ainsi que M. Proudhon se flatte d'avoir donné la critique et de l'économie politique et du communisme : il est au-dessous de l'une et de l'autre. Au-dessous des économistes, puisque comme philosophe, qui a sous la main une formule magique, il a cru pouvoir se dispenser d'entrer dans des détails purement économiques; au-dessous des socialistes, puisqu'il n'a ni assez de courage, ni assez de lumières pour s'élever, ne serait-ce que spéculativement au-dessus de l'horizon bourgeois (...) Il veut planer en homme de science au-dessus des bourgeois, et des prolétaires; il n'est que le petit bourgeois, ballotté constamment entre le Capital et le Travail, entre l’économie politique et le communisme. »
Chez eux, la fraternité humaine n’est pas une phase mais une vérité, et la noblesse de l’humanité brille sur ces figures endurcies par le travail. »

Hors ligne Maximilien Robespierre

  • Administrateur
  • Ancien
  • *****
  • Messages: 231
    • Voir le profil
    • Le site de la TMI
Re : Les idées de J.-L. Mélenchon
« Réponse #19 le: 12 janvier 2011 à 11:35:39 »
Disons qu'il y a être antimarxiste en paroles et être antimarxiste de fait. Certes, le "marxisme" à proprement parler n'existait pas à l'époque de Proudhon mais ses thèses allaient à l'encontre de celles de Marx. De même, Bernstein ne va pas frontalement contre Marx, il explique simplement qu'il faut réactualiser sa doctrine pour en faire un réformisme plat. Un tel degré de corruption de la théorie de Marx est une attaque contre Marx qui ne dit pas son nom.

Ce que je voulais surtout montrer par mon message précédent, c'est que J-L Mélenchon n'est qu'un nouvel avatar d'un courant politique ancien qui, malgré sa plasticité, se résume toujours à une idée essentielle "une révolution n'est pas nécessaire à l'émancipation des travailleurs".
"La sensibilité qui gémit presque exclusivement pour les ennemis de la liberté m'est suspecte". Maximilien Robespierre.

Hors ligne maiszeus

  • Ancien
  • ***
  • Messages: 252
    • Voir le profil
Re : Les idées de J.-L. Mélenchon
« Réponse #20 le: 12 janvier 2011 à 12:48:00 »
tu as parfaitement raison
Chez eux, la fraternité humaine n’est pas une phase mais une vérité, et la noblesse de l’humanité brille sur ces figures endurcies par le travail. »