Aneck,
Nous sommes sur un forum marxiste et il est logique que nous y défendions des conceptions marxistes ; c'est ton droit de ne pas les partager, mais de grâce, évite-nous la diatribe puérile du « combat marxiste est un combat d'arrière-garde », car c'est manquer là, à tout le moins, de jugeote (je n'irai pas jusqu'à dire de réflexion).
La pertinence d'une pensée et son actualité ne subissent pas, elles, la loi des rendements décroissants... d'un champ de maïs, fussent-ils ou non à l'OGM. En suivant ta logique, que dire alors de la « modernité » du capitalisme dont les racines plongent dans les lointains mercantilisme et physiocratie ou même de l'écologie, remontant, elle, au tréfonds des sociétés primitives et de leurs conceptions animistes de la Nature...
Maintenant pour ce qui est de la question de l'écologie, c'est un sujet de métaphysique vulgaire et vide de sens si elle n'est pas contextualisée à la lumière des rapports de production capitalistes. Cette question relève de la notion de rapport entre l'Homme et la Nature et in fine, de leur médium à savoir le travail.
En découle ainsi le rôle déterminant joué par les forces productives au sein du mode de production capitaliste qui façonne la relation entre l'Homme et la Nature.
Le rôle historique du capitalisme est de pousser jusqu'à leur extrême limite la puissance et l'efficience de ces forces productives et celles-ci ont atteint un tel niveau « d'emprise » sur la Nature que l'on est arrivé (faisons fi de la polémique sur leurs origines supposée humaines ou non) à un point « d'altérité de non-retour » si je puis dire.
Ainsi affirmer, comme tu le fais, que « le problème ne se trouve plus uniquement entre le patronat et la classe ouvrière, mais entre l'ensemble de la population mondiale d'un côté et les grands groupes financiers de l'autre », ce n'est ni plus ni moins que du romantisme.
La fable du méchant capitaliste contre le gentil ouvrier est une guimauve qui n'a rien à voir les catégories marxistes. Laissons cela aux gauchistes et aux anarchistes (de droite ou de gauche).
Éluder, comme évoqué plus haut, la combinaison Homme-Travail-Forces Productives-Nature, éluder la question de l'organisation capitaliste de l'activité humaine et d'un point de vue révolutionnaire, les conditions de son dépassement, c'est se draper de conceptions propres à l'idéologie dominante, quelles soient défendues par des gens aussi différents que Bové, Voynet, Hulot... ou des économistes monétaristes. L'idéologie dominante est toujours celle de la classe dominante et sert toujours ses intérêts. Peu importe la couleur du porte-drapeau.
Alors quels sont donc les aboutissants de « l'enjeu écologique » dont on nous rebat tant les oreilles aujourd'hui ?
L'écologie peut-être tout simplement un formidable levier supplémentaire d'extorsion de la plus-value à disposition de la bourgeoisie. L'on commence à en distinguer les contours : d'une part, la culpabilisation (voire pour certains une criminalisation non dissimulée) de la consommation de masse, celle-ci étant dans la situation actuelle devenue pure folie pour la survie de notre planète et dont il faudrait, bien entendu, contenir les excès.
Et quelle meilleure manière de contenir ses « excès » que de contrôler une fois encore, sous couvert de bonne conscience environnementale, le moyen même de réaliser l'acte de consommation, à savoir le salaire.
Ensuite d'un point de vue superstruturel, les contours, eux aussi, se dessinent avec précision : théories (à la mode) de la décroissance, du surproductivisme, reviviscence soixante-huitarde et de ses succédanés (nostalgie de la culture hippie, des années 60/70, retour à la Nature, autophobie, etc.).
Dans les années 60, la société bourgeoise crachait sur cette « sale » consommation de masse, lépreuse, vulgaire, tout juste bonne à contenter les prolos qui, eux en étaient obsédés.
Mais revendiquer sa dignité sociale ainsi que les moyens de les assumer (salaires confortables, formation continue, accès à la culture, gratuité des services collectifs) est infiniment plus révolutionnaire que de se vautrer dans cette vulgate écolo soixanhuitarde qui refait, une fois de plus, tout le lit de la pensée dominante actuelle.
Enfin par le truchement de la géoingénierie, l'enjeu écologique, peut-être clairement un enjeu de domination impérialiste et ce, à une échelle encore jamais atteint...
Pour toutes ces raisons, l'écologie, telle qu'entrevue, formera à n'en pas douter le substrat des nouveaux réactionnaires.
Ghibli