Bonjour,
Il faut savoir que malgré ses nombreux réacteurs nucléaires, la France importe de l'électricité lors de pics de consommation (surtout les soirs d'hiver) ou quand il y a des grèves. Le reste du temps, les besoins sont largement comblés, elle revend le surplus de production, en Allemagne principalement. D'ailleurs c'est une aberration car les pertes énergétiques par effet Joule sont fonction de la longueur du câble de transport.
Le problème de l'énergie nucléaire est le même que pour toute énergie non renouvelable : les réserves sont limitées. Les réacteurs à neutrons thermiques (tous ceux utilisés en France et dans quasiment le reste du monde) fonctionnent à l'uranium enrichi à 5% en son isotope 235 (le seul noyau fissible présent naturellement). A consommation constante, on estime qu'on a encore 140 ans de réserves, en réalité, si on tient compte de l'augmentation de la consommation on tombe à 70 ans voire moins.
Une solution pour augmenter les réserves existe : la filière à neutrons rapides. En France, c'était les projets Phœnix et Superphœnix. Ces réacteurs ont l'avantage de produire plus de produits fissibles qu'ils n'en consomment.
Pour faire simple : on utilise un mélange de plutonium 239 et d'uranium 238. Quand 100 noyaux de plutonium fissionnent, 300 neutrons sont libérés. 100 d'entre eux produiront de nouvelles fissions et 100 autres transmutent (comme en alchimie !) l'uranium 238 en plutonium 239. Les 100 neutrons restants sortent du réacteur ou alors sont capturés par d'autres noyaux sans produire d'énergie. En diminuant les neutrons perdus on peut favoriser la transmutation de l'uranium en plutonium et créer plus de noyaux fissibles qu'on en avait au départ : c'est la surgénération. Comme l'uranium 238 est l'isotope le plus présent (plus de 99% de l'uranium naturel), les réserves sont multipliées par 100. De plus ces réacteurs permettraient d'utiliser les stock d'uranium 238, sous produit de l'enrichissement du combustible des réacteurs actuels. Encore mieux, le plutonium produit dans la filière à neutrons rapides peut être utilisé dans les réacteurs à neutrons thermiques. Par un jeu de va et vient entre les deux filières on pourrait augmenter considérablement les rendements.
Par contre, les réacteurs à neutrons rapides posent pas mal de problèmes techniques. Le principal est que le caloporteur utilisé est le sodium liquide qui, au choix, explose au contact de l'eau ou s'enflamme au contact de l'air. En cas de problème, ce sodium est donc difficile à manipuler.
Cependant (Malheureusement ?), sous la pression des antinucléaires, des difficultés techniques et du coût du projet, Phœnix et Superphœnix ont été stoppés. La surgénération n'est pas une solution à court et moyen terme.
Quant à la fusion, on est très loin de maitriser la technique pour l'employer dans le civil. Il faut réussir à confiner des noyaux qui se repoussent naturellement à l'état de plasma(par exemple le Deutérium et le Tritium tous deux isotopes de l'hydrogène). La physique des plasma (matière constituée de particules chargées électriquement comme des ions ou des électrons) n'est pas encore totalement connue, sans parler de la construction de chambres à confinement magnétique (comme les Tokamaks) opérationnelles qui sont à elles seules un défi technologique.
Je partage le constat de maiszeus à propos des autres énergies. On ne peut pas raisonnablement penser qu'il suffit de substituer des éoliennes ou des panneaux photovoltaiques aux centrales nucléaires pour régler les problèmes d'énergie. A l'heure actuelle, aucune solution ne peut remplacer la production des centrales nucléaires, et il se pourrait bien que d'ici cinquante ans nous n'ayons plus de quoi alimenter en électricité toutes nos usines et nos foyers. Peut-être que d'ici là nous aurons maitrisé la fusion mais rien est moins sûr. Tout cela coûte de l'argent et nous ne pouvons pas planifier dans le temps l'avancement de la science. On ne fait plus de la recherche comme au début du siècle, aujourd'hui la recherche atomique nécessite des milliards d'euros parce qu'elle demande des grands appareils et mobilise des équipes à l'échelle internationale. Il est loin le temps de la balance de Coulomb ou des expériences d'Einstein sur l'effet photoélectrique réalisées avec des instruments relativement simples. Le fait est que le capitalisme n'est plus en mesure de financer la recherche scientifique à hauteur des enjeux, le cas du SSC aux Etats-Unis marque un tournant en ce sens : pour la première fois, un état capitaliste stoppe net les crédits de recherche d'un projet qu'il a pourtant porté, dans un domaine en pleine expansion (la physique des particules) à cause des coûts engendrés.
Nous, les révolutionnaires, ne pouvons pas nous contenter de clamer que sous le socialisme tout sera réglé parce que l'état financera la recherche à hauteur des besoins. Nous allons hériter de la société telle qu'elle sera et ce ne sera pas forcément beau à voir.
Fraternellement,
Virgile