Il s'agissait surtout pour les républicains au pouvoir de promouvoir le nationalisme français en version républicaine et de convertir des officiers à la république . Ceux-ci formant essentiellement une bande de roycos à képis , l'entreprise n'était pas facile à mener à bien . Il y avait aussi des nationalistes et revanchards infernaux chez les républicains , en particulier Paul Déroulède et Victor Hugo à la ligue des patriotes . Néanmoins la plupart des officiers demeuraient monarchistes et catholiques
Finalement , au début du XXème siècle , les maçons du Grand Orient de France en accord avec le Général André, ministre de la Guerre , décidèrent de fliquer les officiers pour savoir lesquels étaient ou n'étaient pas de la calotte , ainsi que leurs opinions politiques.
Ce fut la fâmeuse affaire des fiches , marrantes à lire , à postériori :
Sur les fiches ainsi constituées, on pouvait voir des mentions comme « VLM » pour « Va à la messe » ou « VLM AL » pour « Va à la messe avec un livre ». Les fiches ne se contentent pas de rapporter uniquement des faits comme en témoignent les appellations de « clérical cléricalisant », « cléricafard », « cléricanaille », « calotin pur-sang », « jésuitard », « grand avaleur de bon Dieu », « vieille peau fermée à nos idées », « rallié à la République, n'en porte pas moins un nom à particule » . Les fiches rapportent aussi la vie privée ou familiale des officiers : « Suit les processions en civil », « a assisté à la messe de première communion de sa fille », « Membre de la Société de Saint-Vincent-de-Paul », « A ses enfants dans une jésuitière », « Reçoit La Croix chez lui », « A qualifié les maçons et les républicains de canailles, de voleurs et de traîtres », « richissime », « a une femme très fortunée », « Vit maritalement avec une femme arabe », « A reçu la bénédiction du pape à son mariage par télégramme ».
Les fiches sont d'abord centralisées au secrétariat de la rue Cadet (hôtel Murat), siège du Grand Orient , par Narcisse-Amédée Vadecard, secrétaire du Grand Orient de France, et son adjoint Jean-Baptiste Bidegain puis transmises au capitaine Henri Mollin, gendre d'Anatole France et membre du cabinet du général André. Le nombre total de fiches est absolument impossible à préciser car il n'existe aucune archive.
Les officiers sont alors classés pour la constitution des tableaux d'avancement sur deux listes d'après les renseignements fournis, poétiquement nommées par André Corinthe (les officiers à promouvoir; l'appellation vient du proverbe "Non licet omnibus adire Corinthum", "Il n'est pas donné à tout le monde d'aller à Corinthe") et Carthage (ceux à écarter des promotions; l'appellation vient du mot de Caton, "Delenda Carthago", "Il faut détruire Carthage"). Le colonel de Castelnau ("le capucin botté") ou Foch, dont le frère est jésuite, voient ainsi leur avancement bloqué.