Chers camarades,
Ci-dessous le texte que La Riposte fait circuler dans le PCF et le MJC dans le cadre du débat qui aura lieu dans les mois qui précèdent le prochain Congrès du parti. Ce serait intéressant, je crois, d'ouvrir une discussion autour de ce texte.
Greg Oxley
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PCF : programme et participation gouvernementale
Les travailleurs, les jeunes et les retraités de France font lobjet dattaques incessantes et implacables contre leurs conditions de vie. Cette offensive réactionnaire, dune ampleur sans précédent depuis le gouvernement de Vichy, est en train de refouler en arrière la société toute entière. Dans les domaines de lemploi, de la santé, de léducation, du logement, des salaires et des retraites, on assiste à une régression sociale sur toute la ligne. Cette situation na rien de spécifique à la France. En Europe et à léchelle internationale, non seulement le capitalisme est incapable dassurer le « progrès social » que ses représentants prétendent promouvoir, mais il est devenu un système si complètement parasitaire quil ne peut plus exister autrement que par la destruction des acquis sociaux.
Nous voyons partout les ravages causés par cette régression : des familles sans foyer et des « marchands de sommeil » qui en profitent, des personnes âgées qui meurent de chaud, de froid ou de malnutrition, plusieurs millions de chômeurs (recensés ou non), plus dun million de RMIstes, six millions de personnes officiellement pauvres, dont un million denfants. On pourrait encore citer bien dautres manifestations de la misère qui sinstalle. En même temps, au sommet de la société, la petite minorité de capitalistes qui profite de ce système infernal amasse des fortunes colossales. Jamais tant de richesse na été concentrée en si peu de mains.
Dans les entreprises, le régime interne se durcit. Les patrons sacharnent contre les syndicalistes et, de manière générale, contre tous les salariés qui osent protester contre la manière dont on les exploite. Les affaires de discrimination ou de criminalisation syndicale à Auchan, Carrefour, Daewoo, Nortène et Exapaq ne sont que quelques exemples, parmi des centaines dautres, dun comportement patronal toujours plus agressif. Et pendant quon demande à ceux qui travaillent dêtre plus productifs et plus rentables, en leur infligeant tour à tour la « flexibilité », la précarité et des pressions morales de toutes sortes, dautres travailleurs, frappés par le chômage, sombrent progressivement dans la pauvreté et lexclusion.
Depuis de nombreuses années, le taux de croissance du PIB oscille entre 0 % et 2,5 %, cest-à-dire à peine au-dessus du niveau de la simple stagnation. Certains trimestres enregistrent une baisse absolue du PIB. Les profits augmentent. Mais le chômage aussi. Indépendamment des hausses et des baisses conjoncturelles de la production, les problèmes sociaux continuent de saggraver. Il sagit là dune expression particulièrement frappante de limpasse dans laquelle le capitalisme nous entraîne.
Dans ce contexte particulièrement grave, le Parti Communiste Français doit non seulement dénoncer les méfaits du capitalisme, mais surtout proposer à la masse de la population un programme qui offre une alternative sérieuse à ce système néfaste. Cest cette question, celle du programme du PCF, qui devrait se trouver au coeur des discussions à tous les niveaux du parti. Le programme, cest tout dabord, bien évidemment, laffaire des militants. Mais au delà des structures du parti, le contenu de ce programme est dune importance absolument décisive pour lensemble des travailleurs, pour les jeunes et, de manière générale, pour tous ceux qui subissent les conséquences sociales et économiques du capitalisme.
En tant que communistes, nous savons quà la racine de lexploitation et des inégalités sociales se trouve la propriété privée des moyens de production. Nous savons, en conséquence, que le passage à une société socialiste représente le seul véritable espoir pour les travailleurs et leur famille. Ceci ne signifie pas, bien évidemment, que nous devons négliger la lutte pour arracher des réformes sociales, ou pour défendre celles qui ont été obtenues par le passé, telles que la réduction du temps de travail hebdomadaire, des augmentations de salaire, la qualité des services publics ou tout autre mesure susceptible daméliorer les conditions de vie de la population. Au contraire, les communistes doivent être en première ligne de ce combat.
Le réformisme ne se distingue pas dune politique communiste par le fait de lutter pour des réformes partielles dans le cadre du capitalisme, mais par le fait de se limiter à la seule lutte pour des réformes, sans perspective de rupture avec le capitalisme. Alors que le réformisme écarte de son programme toute mesure susceptible de mettre fin à la domination capitaliste, un programme communiste digne de ce nom doit expliquer aussi clairement que possible la nécessité de substituer au capitalisme un système reposant sur la propriété sociale des moyens de production. Concrètement, cela signifie la nationalisation - ou, si on préfère, la « socialisation » - des banques, des grands moyens de production et de distribution, et la mise en place dun système de contrôle démocratique de léconomie par les travailleurs eux-mêmes.
Dans le programme du PCF, les revendications du parti en matière des salaires, de temps de travail hebdomadaire, de logement, déducation, de santé, etc., devraient être liées à la nécessité de rompre avec le capitalisme. Il ne sagit pas dexproprier chaque boutique, salon de coiffure ou atelier. Mais toutes les banques et compagnies dassurances, tous les grands groupes du secteur industriel et les grandes chaînes de distribution devraient être soustraits au contrôle des capitalistes. A laide de chiffres, de faits et darguments concrets, le PCF doit sefforcer de convaincre la jeunesse et les travailleurs de la justesse de ce programme, qui constitue la seule issue hors de limpasse capitaliste.
Jusquau début des années 90, la nationalisation - ne serait-ce que dune partie de léconomie - constituait lun des piliers du programme du parti. Mais au cours de la décennie suivante, elle a été complètement abandonnée. Dans la pratique, cela signifiait que le programme du parti saccommodait de léconomie de marché. On précisait seulement que cette dernière devait être « à dominante sociale », pour reprendre la malheureuse formule de Robert Hue. Ce recul a préparé le terrain à dautres, plus graves encore. Pendant les années de participation gouvernementale, entre 1997 et 2002, aucune résistance sérieuse na été opposée aux privatisations réalisées par le gouvernement Jospin, qui a transféré 31 milliards deuros de biens publics au secteur capitaliste. Ce chiffre est supérieur à la valeur des privatisations des gouvernements Balladur et Juppé réunis.
Les conséquences de cette dérive sur les effectifs et limplantation du parti sont bien connues. A léchelle nationale, nous avons perdu des milliers dadhérents. Une partie considérable de lélectorat communiste sest détournée du PCF.
Entre la grande grève de décembre 95 et les élections de 2002, le nombre de grèves et de manifestations na cessé daugmenter dune année sur lautre. Or, ce regain des luttes sociales sest accompagné dun affaiblissement régulier du PCF. Lexplication fondamentale de ce paradoxe réside précisément dans la dilution progressive du contenu communiste du programme du PCF, qui ne lui permettait pas de se distinguer nettement de la politique pro-capitaliste défendue par laile droite - et jusqualors dominante - du Parti Socialiste. Aux yeux de la masse de lélectorat, la similitude des programmes du PS et du PCF sest exprimée dans la politique quils ont menée conjointement au gouvernement, entre 1997 et 2002. Sur toutes les questions fondamentales, la politique mise en oeuvre par Jospin salignait sur la défense des intérêts capitalistes, de sorte que les quelques mesures positives de son gouvernement - telles que la CMU et la loi sur les 35 heures - nont pas empêché la dégradation générale des conditions de vie de la majorité de la population. Cest ce qui explique les résultats électoraux désastreux du PS en 2002. Et dans la mesure où le PCF était associé à cette politique pro-capitaliste, il en a également fait les frais.
Ceci dit, nous rejetons catégoriquement les arguments de ceux qui voient dans les difficultés de la dernière période les signes dun déclin « historique » irréversible de notre parti. Comme le montre notre campagne victorieuse pour le « non » à la constitution européenne, le PCF dispose de réserves sociales très importantes, précisément parce que son adversaire « historique » - le système capitaliste - ne peut désormais fonctionner quau détriment de la vaste majorité de la population. Il ny a absolument rien dirrémédiable dans les erreurs et les égarements qui sont à la source de laffaiblissement du parti. Son redressement passe, premièrement, par ladoption dun programme communiste à la hauteur de la situation, mais aussi par une politique correcte sur les questions des rapports avec le Parti Socialiste et de la participation gouvernementale.
Nombreux sont les communistes qui, après lexpérience amère du gouvernement Jospin, sont tentés par lidée de déclarer davance que le PCF ne gouvernera plus jamais avec le PS. Certes, lentrée du PCF dans un gouvernement de « gauche » qui privatise à tour de bras, comme celui de 1997-2002, est une option qui doit être totalement exclue. Cependant, pour que la démarche des communistes soit bien comprise par les travailleurs et les jeunes, il ne faut pas, à notre avis, exclure davance toute nouvelle participation gouvernementale. Au contraire, le PCF devrait expliquer publiquement quil est parfaitement disposé à participer au gouvernement avec le PS, mais à condition que ce gouvernement prenne des mesures décisives contre les capitalistes et pour améliorer sérieusement les conditions de vie de la majorité.
Ces mesures devraient inclure labrogation de toutes les contre-réformes réalisées par la droite : celles sur les retraites, la sécurité sociale, le temps de travail hebdomadaire, etc. Le SMIC devrait être porté à 1400 euros bruts, sur la base de 35 heures de travail hebdomadaire. Les allocations chômage, le RMI et les retraites doivent être considérablement revalorisés. Un vaste programme destiné à augmenter le nombre de logements sociaux doit être mise en oeuvre, de façon à en finir une fois pour toutes avec les loyers chers, les logements vétustes et le scandale insupportable des SDF. Toutes les entreprises privatisées devraient être renationalisées, sans indemnisation pour les grands actionnaires. Les grands groupes capitalistes qui dominent léconomie nationale, y compris les banques, devraient être nationalisés et soumis à une gestion démocratique et transparente dans lintérêt des salariés, des usagers et des consommateurs.
Cette approche serait comprise et soutenue par une partie très importante du salariat et de la jeunesse, et mettrait laile droite du Parti Socialiste dans une situation extrêmement difficile. Si les dirigeants socialistes refusent la participation du PCF sur la base dun tel programme, cest-à-dire préfèrent gouverner dans lintérêt des capitalistes, lexpérience de ce gouvernement ne pourra se traduire que par le discrédit des dirigeants socialistes et par un renforcement considérable du PCF. En outre, la responsabilité de la non-participation du PCF au gouvernement serait placée sur les épaules des dirigeants socialistes, qui auraient refusé les mesures progressistes proposées par les communistes.
Ces deux éléments indissociables - ladoption dune plate-forme politique véritablement communiste et une attitude ferme sur la question de la participation gouvernementale - jetteront les bases dun redressement du PCF. Ils doivent aller de pair avec une amélioration, en interne, de la formation politique. La négligence de la théorie a désarmé nos militants et sympathisants face à loffensive idéologique du capitalisme, qui a été particulièrement puissante depuis leffondrement de lURSS. Léchec du stalinisme a été présenté comme léchec du socialisme, et le capitalisme comme un ordre économique et social inéluctable. Sans repères théoriques, sans explications et sans perspectives, de nombreux camarades ont été découragés et désorientés.
Aucun des problèmes auxquels nous sommes confrontés nest sans solution. Contrairement à ce que prétendent nombre de ses détracteurs, le PCF ne mourra pas. Face à la régression sociale et aux attaques de la droite, les travailleurs et les jeunes ont plus que jamais besoin dun PCF fort et combatif. Le renforcement du parti, cest laffaire de tous les communistes. Par un effort commun, faisons en sorte que son programme et son action soient à la hauteur de la lutte que nous menons pour libérer lhumanité de lexploitation capitaliste.