Auteur Sujet: La "sécurité d'emploi ou de formation" du PCF  (Lu 4183 fois)

Hors ligne Greg Oxley

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La "sécurité d'emploi ou de formation" du PCF
« le: 05 août 2005 à 13:31:24 »
Chers camarades,

Le premier point des "27 objectifs" publiés par le PCF concerne la mise en place d’un « système de sécurité d’emploi ou de formation assurant à chacun un emploi, ou une formation pour revenir par la suite à un meilleur emploi, avec une garantie de bons revenus et de droits. » La direction du PCF propose des récompenses financières, selon un barème de « bonus-malus », pour les employeurs qui feraient « des efforts réels pour l’emploi, la formation, les salaires », ainsi que des crédits à très bas taux au profit des employeurs réalisant des « investissements créateurs d’emplois. »

En somme, le projet prévoit la prise en charge par l’Etat d’une partie du salaire du travailleur, par le biais d’un bonus accordé à l’employeur. « Si vous embauchez », dit-on aux capitalistes, « vous pourrez non seulement exploiter le salarié pour en tirer un profit, mais en plus, en reconnaissance de votre geste, nous vous verserons une prime. De cette manière, le profit que vous tirerez de chaque heure de travail sera plus important. »

Ainsi, les auteurs de ce programme prétendent qu’il est entièrement possible, non seulement de réduire, mais de complètement éliminer le chômage et la précarité de l’emploi - et donc toute la misère sociale qu’ils impliquent - simplement au moyen de diverses aides financières accordées aux capitalistes. Si cette stupéfiante découverte s’avérait correcte, quelle tragédie, pour les travailleurs de France et du monde entier, qu’on l’ait attendue si longtemps !

Malheureusement, cette approche n’a absolument rien de nouveau. Au contraire, c’est une méthode qui se pratique à une échelle massive et depuis des décennies, ce qui n’a pas empêché le chômage d’atteindre des proportions catastrophiques. Et la véritable tragédie, c’est que ce projet fait totalement abstraction de la lutte des classes et des mécanismes fondamentaux de l’économie capitaliste.

Le rôle d’une entreprise capitaliste n’est pas de créer des emplois, mais au contraire, en un sens, d’en créer le moins possible. Il ne s’agit pas là d’une « logique », c’est-à-dire d’une façon de penser, mais d’une loi incontournable du fonctionnement du capitalisme. En conséquence, si un capitaliste voulait « rompre avec la logique capitaliste », il finirait tout simplement par faire faillite. C’est pour cette raison qu’il est incorrect de poser le problème du chômage et de la régression sociale en terme de « choix anti-sociaux » ou d’une quelconque « logique capitaliste ».

Dans quelles circonstances un employeur décide-t-il d’embaucher ? Est-ce quand le gouvernement lui promet un « bonus », ou bien le menace d’un « malus » ? Non, cela n’a rien à voir. Il embauche uniquement quand il estime que le travail du salarié est susceptible de générer du profit.

Prenons, par exemple, le cas d’un capitaliste qui ouvre un supermarché. Il va décider du nombre d’heures de travail dont il aura besoin, en le réduisant au strict minimum, en dessous duquel il compromettrait la rentabilité de son affaire. Par exemple, si le réassort des étalages n’était pas assuré, il perdrait des ventes en conséquence. De même, un nombre insuffisant de caissières pourrait lui faire perdre des clients trop pressés pour attendre. Or voilà qu’en embauchant de la main d’œuvre dans le but d’assurer la rentabilité de son affaire, notre capitaliste recevrait, suivant ce que prévoient les 27 objectifs, une récompense pour son « investissement créateur de l’emploi ». Il bénéficiera donc d’un bonus financier. En outre, s’il veut un crédit, celui-ci lui sera accordé à un taux très bas. Notre capitaliste ne va pas refuser : tout cadeau est bon à prendre. Mais peut-on vraiment appeler cela une mesure « anti-capitaliste » ? Ou n’est-ce pas au contraire une acceptation de la loi du profit ?

Greg Oxley

le maure

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La "sécurité d'emploi ou de formation" du PCF
« Réponse #1 le: 04 décembre 2005 à 20:40:09 »
Très bonne question Greg.

Le PCF n'est pas anti-capitaliste (désolé de decevoir certains d'entres vous) mais anti-libéral. Et encore, dans le discours...

Alors la mesure que tu expose est tout à fait cohérente avec cet anti-libéralisme inconséquent.

Quel est la doctrine du Parti? Le keynesianisme. L'Etat doit intervenir pour réguler le système et le rendre plus efficace et ainsi permettre des meilleurs conditions de vie aux exploités.

Non l'Etat ne doit pas aider le système à se maintenir. Il doit aider les travailleurs à le renverser avec à sa tête un gouvernement au service des travailleurs.

Les 1ère mesures à prendre doivent être : augmentation des minimas sociaux ; arrêt des subventions aux entreprises ; interdiction des licenciements dans les entreprises faisant du profit ; droit de veto du CE sur les licenciements ; réquisitions des entreprises qui délocalisent et aide financière de l'Etat pour la reprise de l'usine par les travailleurs.

De telles mesures ne peuvent être prises sans un mouvment social fort, mobilisé qui soutient les mesures gouvernementales.

Bref, un anti-libéralisme conséquent, engendrant un processus révolutionnaire...

Florian

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« Réponse #2 le: 29 septembre 2006 à 12:58:30 »
Le passage du programme du PCF que vous citez est un résumé bien maladroit sur certains points du livre de Paul Boccara (un des plus grands marxistes que je connais et inventeur de la notion de révolution informationnelle) intitulé « sécurité d’emploi et de formation ». Le livre fait plusieurs centaines de pages et il est sûrement plus complet que ce petit résumé minable que l on trouve dans la brochure du PCF.
Quelque chose dans votre raisonnement vous échappe et notamment la notion hégélienne de dépassement. C est à dire que si l’état propose quelque chose de meilleur que ce que proposent les capitalistes automatiquement le peuple suivra et les capitalistes devront progressivement abandonnant la partie. Voici en gros ce qui n est pas dit dans le texte visé et qui m a été confirmé par l auteur lui-même et dans d’autres débats.
Ceci étant je pense que sur bien des points de vue la politique du PCF soit malheureusement trop keynésienne et surtout trop keynésienne de droite en plus.
Mais l’analyse du texte que vous avez faite ne me gène pas du tout bien au contraire.

Hors ligne ROCH

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La "sécurité d'emploi ou de formation" du PCF
« Réponse #3 le: 29 septembre 2006 à 15:27:45 »
Désolé florian mais peut on parler d'avancer pour le mouvement ouvrier que cette "emploi, sécurité, formation", je ne pense pas. L'état, par ce biais, ne remet en aucun cas een cause le rapport de production/capital, l'avancée ne se fait pas en direction d'une mise en place d'un contrôle ouvrier sur les chaines de production.
Le patron ne céde rien, du moins sur ses prérogative, il ne céde que le cout générer par une formation.
Ce système va à l'envers, elle retire aux patrons des charges que le contribuable paieras à sa place.
Cette vision des chose ne profiteras qu'aux patrons, l'état lui fournira des ouvriers mieux formés sans aucune contrepartie salariale et en plus il aura encore meilleur conscience lorsqu'il vira un employé, vue que l'état se substitura financièrement pour "reclasser" les licenciés, cette réforme avancée par le PC n'est même pas du réformisme.

Hors ligne Jérôme Métellus

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La "sécurité d'emploi ou de formation" du PCF
« Réponse #4 le: 29 septembre 2006 à 15:46:18 »
Salut camarades,

J'avais commencé à lire le bouquin de Boccara. Il y a des statistiques très intéressantes, au début, notamment sur le chômage dans le monde. Mais bien que je ne sois pas allé jusqu'au bout du livre, il ne me semble pas que la version "simplifiée" de cette théorie (telle que la popularise le PCF) soit tellement différente, dans le fond, des idées principales de Boccara.

Je voudrais revenir sur ce que dit Florian au sujet de la notion hégélienne de "dépassement", car c'est à mon avis une bonne façon d'aborder la question. Hegel était un immense philosophe, dont la dialectique fut une grande source d'inspiration pour Marx. Hegel parle en effet de "dépassement", et Marx reprend cette idée dans sa dialectique matérialiste. Par exemple, le capitalisme a "dépassé" le féodalisme en ce sens que le capitalisme n'est pas tombé du ciel, qu'il s'est développé dans le cadre du féodalisme avant de le remplacer. L'idée de Hegel (et de Marx, mais dans une version matérialiste), c'est que l'histoire se développe dans en succession de phases dont chacune prépare, en quelque sorte, les éléments de la suivante. Autre exemple : le socialisme ne serait pas possible sans l'immense  développement des forces productives qu'a permis le capitalisme.

Ceci dit, il y a un autre aspect de la dialectique qui est important : ce que Hegel appelait les "ruptures qualitatives". Hegel a montré que l'histoire ne se développe pas de façon graduelle, mais que l'accumulation de changements quantitatifs finit, à un certain stade, par produire un bouleversement qualitatif. Pour reprendre mes exemples, la révolution française de 89-93 fut, par excellence, une "rupture qualitative" dans le passage du féodalisme au capitalisme. Ainsi, le "dépassement" ne s'opère pas de façon graduelle, mais connait une phase de soudaine d'accélération et de bouleversment.

Il en va de même pour le passage du capitalisme au socialisme, et c'est là que Boccara n'est pas convainquant, à mon avis. Pour reprendre les mots de Florian, qui transcrit fidèlement la pensée de Boccara, celui-ci prétend qu'avec la Sécu d'Emploi et de Formation (SEF), les "capitalistes devront progressivement abandonner la partie". Toute l'histoire démontre au contraire que les capitalistes n'abandonneront pas la partie "progressivement", mais uniquement sous les coups d'une vaste offensive de la classe ouvrière, laquelle offensive devra inévitablement passer par le stade "qualitatif" de l'expropiration des moyens de production. Mais Boccara veut absolument éviter d'en arriver à de telles mesures (les expropriations). C'est pourquoi il présente une version "gradualiste" (en un mot : réformiste) du passage du capitalisme au socialisme.

Juste une remarque, pour finir, au sujet de ce que dit "el maure" (qui reprend les idées de la LCR). Dire que le PCF n'est pas "anticapitaliste" n'a pas de sens. N'importe quel travailleur qui lit "l'Humanité" en sortira avec le sentiment que le PCF est anti-capitaliste, et pour cause : les ravages du capitalisme et la course au profit y sont dénoncés à longueur de pages. Demandez également aux capitalistes s'ils souhaitent le renforcement électoral et militant du PCF, et vous aurez une autre indication sûre. Il ne faut pas tomber dans le formalisme des étiquettes...

Le problème c'est le programme du parti  - auquel, il est vrai, manque des éléments essentiels d'un véritable programme communiste (voir sur le site de La Riposte). Soit dit en passant, certaines des mesures que propose "el Maure" ne font pas l'affaire : " l'interdiction de licencier dans les entreprises faisant du profit ", en particulier. Et les entreprises qui n'en font pas, elle peuvent licencier en toute "légalité" ? Plus généralement, contre les plans sociaux, une "interdiction" n'a pas de sens. La revendication transitoire qui s'impose, face aux plans sociaux liés à des baisses d'activités, c'est : réduction du temps de travail et partage du travail disponible entre tous les salariés ; si le propriétaire de l'entreprise refuse : expropriation de l'entreprise. Voir à ce sujet la "Contribution sur le chômage et la précarité", pour le congrès du MJCF, que nous venons de publier sur le site de La Riposte : http://www.lariposte.com/spip.php?article598

Jérôme

Hors ligne Greg Oxley

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La "sécurité d'emploi ou de formation" du PCF
« Réponse #5 le: 29 septembre 2006 à 16:24:44 »
Cher Florian,

Je pense qu'il faut faire attention de ne pas attribuer le titre de « marxiste » trop généreusement. Boccara est, du point de vue de La Riposte, un réformiste.

Ce qui caractérise le réformisme, c'est son incapacité de comprendre l'opposition fondamentale entre les intérêts des capitalistes et ceux des travailleurs, ce qui les conduit à chercher un moyen de faciliter la coexistence pacifique de ces deux classes. Le livre de Boccara et son projet contre le chômage sont complètement pénétrés de cet esprit réformiste.

Si on accepte les idées de Boccara sur le chômage, il faudrait admettre que le chômage de masse n'est pas la conséquence de l'existence du capitalisme, mais tout simplement d'une mauvaise utilisation de la fiscalité.

Il prétend que si seulement des "fonds régionaux" et des "fonds nationaux" étaient réorientés, le chômage pourrait être complètement éradiqué sous le capitalisme !

Ceci est une proposition tout à fait stupéfiante, qui, si elle était fondée, signifierait tout simplement que le socialisme n'est pas nécessaire. Car si le capitalisme peut être aménagé de sorte qu'il arrive à éradiquer complètement le chômage et toute la misère sociale qui en résulte, il faudrait bien admettre en même temps que ce système, contrairement à ce que disent les marxistes, est parfaitement capable de répondre aux besoins fondamentaux de la société.

Il y a une autre circonstance, concernant la France, que Boccara feint d'ignorer. Pendant qu'il élabore son système de réorientation de «fonds », il s'avère que l'Etat français n'a plus de « fonds » à dépenser. La dette de l'Etat — à force de jeter de l'argent en direction des capitalistes comme Boccara propose de faire encore et davantage — a acquiert aujourd'hui des proportions massives : 66% du PIB annuel, soit plus de 1100 milliards euros !

Or, pour Boccara, non seulement les capitalistes peuvent-ils être convaincus, au moyens de primes etc., d'embaucher massivement, mais l'Etat doit payer un salaire et financer une formation à chacun des 3 ou 4 millions de personnes qui sont sans travail actuellement. Ceci signifierait une dette publique aux proportions véritablement catastrophiques.

D'où vient l'argent de l'Etat que Boccara veut dépenser si allègrement ? Il pourrait venir d'un secteur industriel et bancaire nationalisé (mais Boccara fait partie de ceux qui, au PCF, s’opposent à la nationalisation des banques et de l'industrie). Sinon, il vient de l'impôt sur le revenu des salariés, ou de l'impôt sur les bénéfices des capitalistes.

Logiquement, si le prix des primes et subventions que Boccara veut donner aux capitalistes doit être payé par un alourdissement des taxes sur les capitalistes, que devient l'incitation à l'embauche ? Ou alors il faudrait taxer davantage les salariés via la consommation (TVA) ou l'impôt sur les salaires … pour que l'Etat reverse les sommes récoltées dans les coffres des employeurs. Et cela s'appelle "révolutionnaire" chez Boccara ! La seule autre alternative serait d'augmenter encore plus massivement la dette publique.

Tout ce bricolage fiscal n'a rien à voir avec le marxisme.

Fraternellement,

Greg Oxley

Florian

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La "sécurité d'emploi ou de formation" du PCF
« Réponse #6 le: 02 octobre 2006 à 12:20:17 »
Sur le PCF et avec l’étiquette de jeune militant, beaucoup de choses me dérangent.
-L expression anti-libéral utilisé tout le temps plutôt que anti-capitaliste.
-L’absence des outil notre nouveau logo.
-L’absence de formation et de notions théoriques fiables (non pas comme la fondation Gabriel Péri ou l’espace Marx)
-Et aussi notre programme réformiste pessimiste et surtout racoleur. (Programme de séduction de socialistes et des verts dessus).
Ceci est peut être du à l’influence du courant petit-bourgeois dit « huiste » .
Une petite anecdote datant de la fête de l’huma de cette année. Une fois achevé le montage de notre stand, certains camarades ont voulu installer des drapeaux en haut de celui-ci. Parmi ces drapeaux il y avait l’ancien drapeau de notre parti celui avec la faucille et le marteau dessus. A l’arrivée de notre secrétaire fédérale (après 5 jours de montage et de militantisme de la par de l’équipe) celle-ci nous a fait une formidable crise de nerf en nous demandant qui avait donner l’autorisation de mettre « ça » sur notre stand.

Pour continuer sur le travail de Paul Boccara , je dirai que le problème c est que l’idée est bonne et plus complexe que le résumé que nous faisons de sa pensée sur ce sujet, mais qu il faudrait aussi d’en d’autres domaines des reformes encore plus « marxistes » pour permettre la mise en place de cette notion de dépassement. Pour en avoir parler avec lui son projet ne s arête heureusement pas a cette simple sécurité d’emploi et de formation.

Le réformisme n’est pas forcement une mauvaise chose si on le considère déjà comme réformisme et non pas comme seul moyen de faire changer les choses. Le réformisme peut être l’amorce d’un mouvement révolutionnaire important grâce a l expérience acquise avec celui-ci cf. Lénine (je ne sais plus dans quelle ouvrage malheuresement)

Hors ligne ROCH

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« Réponse #7 le: 02 octobre 2006 à 14:19:01 »
Salut floriant, je suis d'accord avec ton analyse du manque d'ambition révolutionnaire du PCF, moi aussi je suis un jeune militant (1 an au parti) et j'ai fait le même constat que toi, raison de plus pour renforcer notre théorie, La riposte m'aide beaucoup et c'est rare dans le parti, les réticences que je ressent au sein de ma section et même de ma fédé, montre le peu de théorie pratiqué au parti, on a peur de l'entrisme et surtout d'un débat argumenté que l'on a pas, on navigue à vue en voyant le politiquement correcte et le médiatiquement favorable mais on a pas un raisonnement de fond.

Florian

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« Réponse #8 le: 02 octobre 2006 à 14:30:58 »
Je suis touché par ta réponse et je dois dire que je pourrai faire un copier coller de ta réponse (1 an de militantisme et les mêmes frustrations que toi). Merci à la riposte d’exister et de nous apporter tant.

Hors ligne ROCH

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« Réponse #9 le: 02 octobre 2006 à 14:38:40 »
Absolument

Hors ligne Greg Oxley

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« Réponse #10 le: 02 octobre 2006 à 22:29:51 »
Chers camarades,

Ce que je trouve très bien dans ces dernières discussions, c’est qu’elles recouvrent plusieurs aspects du marxisme, qui sont tous très importants.

Par rapport à Boccara : même si Florian a certainement raison quand il dit que le résumé que nous avons fait son projet ne traite pas toutes les idées qui se trouvent là-dedans, je pense que les failles qui ont été mises en évidence suffisent pour le qualifier de réformiste. J’irais même plus loin : il est complètement utopiste. A notre époque, on ne peut pas supprimer le chômage par le biais d’aides finacières versées au patronat.

En substance, si on laisse de côté toute la partie des idées de Boccara concernant la provenance de l’argent en question, l’idée fondamentale de ce projet se résume à cela. L’Etat donnera de l’argent aux capitalistes, et en retour ceux-ci créeront des emplois.

Florian dit : "Le réformisme peut être l’amorce d’un mouvement révolutionnaire important grâce a l expérience acquise avec celui-ci". Ceci est correct, si par le "réformisme" on entend la lutte pour arracher des réformes.

Il ne faut pas confondre réformisme et la lutte pour obtenir des réformes. En tant que marxistes, sans perdre de vue nos objectifs révolutionnaires, nous devons absolument soutenir toutes les luttes qui visent à arracher des concessions — ou des “réformes” pour ainsi dire — non seulement parce que nous sommes favourables aux concessions qui améliorent les conditions d’existence des travailleurs, mais aussi parce que c’est au cours de telles luttes, comme le dit Florian, que les travailleurs apprennent les limites des réformes quand le contrôle de l’économie reste entre les mains des capitalistes.

Lénine voyait l’obtention de réformes sous le capitalisme comme, pour reprendre son expression, un sous-produit de la lutte pour le pouvoir, pour le socialisme. Pour le réformiste, il n'est pas question de renverser le système. Le réformisme joue un rôle pernicieux, parce qu’il inculque aux travailleurs l’idée qu’il n’y pas besoin d’une révolution, et qu’ils doivent se limiter à de simples réformes. En fin de compte, le réformisme n'est autre que l’expression de la pression idéologique et matérielle du capitalisme sur les organisations des travailleurs.

[Note pour Florian : tu n'as peut-être pas remarqué, mais je t'ai envoyé un "message privé" concernant mon passage dans le Calvados prochainement].

Fraternellement,

Greg Oxley

Florian

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« Réponse #11 le: 03 octobre 2006 à 08:09:03 »
"Lénine voyait l’obtention de réformes sous le capitalisme comme, pour reprendre son expression, un sous-produit de la lutte pour le pouvoir, pour le socialisme. Pour le réformiste, il n'est pas question de renverser le système. Le réformisme joue un rôle pernicieux, parce qu’il inculque aux travailleurs l’idée qu’il n’y pas besoin d’une révolution, et qu’ils doivent se limiter à de simples réformes. En fin de compte, le réformisme n'est autre que l’expression de la pression idéologique et matérielle du capitalisme sur les organisations des travailleurs. "

Entièrement d’accord avec toi.

Hors ligne fireball

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La "sécurité d'emploi ou de formation" du PCF
« Réponse #12 le: 03 octobre 2006 à 19:42:58 »
Chers camarades,

Grez Oxley a bien raison de dire qu’il ne faut pas etre trop genereux a l’heure d’utiliser le terme de « marxisme », de nombreux reformistes, meme declares, continuent a se denominer ainsi, pensons par exemple a des gens comme Van Parijs qui se reclament du « marxisme analytique » sans compter les staliniens qui ont fait pendant des decennies un usage demagogique du terme de «marxisme – leninisme » pour camoufler leur reformisme la ou ils etaient dans l’opposition et la dictature des bureaucrates la ou ils etaient au pouvoir… tout ce qui brille n’est pas de l’or comme dit le proverbe !

La difference fondamentale entre les marxistes et les reformistes n’est pas dans la lutte pour les reformes partielles dans l’interet des travailleurs, mais dans le fait que les marxistes luttons pour obtenir des reformes d’un point de vue socialiste revolutionnaire (c'est-à-dire avec la transformation socialiste de la societe comme horizon) alors que les reformistes cherchent, dans la pratique, a utiliser la reforme sociale pour resoudre les contradictions du capitalisme, eviter une revolution et continuer a faire marcher le business electoral et parlementaire, evidemment pour cela il est necessaire d’avoir recours a une certaine rethorique de « transformation sociale » lorsqu’on se situe a gauche, avec ses « depassements » (toujours tres pacifiques et graduels), ses « subversions normatives de l’economie » et autres choses dans le style.

Meme lorsqu’un reformiste serieux, comme Allende au chili, qui se considerait egalement comme un « marxiste », a pretendu arriver au socialisme par la voie graduelle des reformes succesives dans le cadre de la legalite bourgeoise, loin de mener les ouvriers a la victoire, ils les mena a l’abattoir independemment de ses propres intentions subjectives…

Sans compter que l’aile droite du reformisme, plus consequente que l’aile gauche, a completement renonce non seulement au socialisme, sur le papier, mais egalement a la reforme sociale, pousse en cela par la situation objective du capitalisme actuel : il n’y a plus de base economique pour les reformes et lorsqu’on accepte un systeme (dans la pratique – beaucoup de reformistes feignent de rejeter le capitalisme dans le discours pour mieux s’y plier lorsqu’ils participent a un gouvernement) on doit egalement accepter sa logique…

Tout cela n’empeche pas ces dames et messieurs de faire encore occasionnellement appel a Marx ainsi que, de temps en temps, a Rosa Luxembourg et a Antonio Gramsci encore que quand cela arrive, c’est surtout dans les echelons « superieurs » la ou siegent les intellectuels du parti, les petits politiciens situes plus bas, ceux qui se battent pour etre elus echevins de leur commune par exemple, ou pour un boulot de permanent, n’ont generalement rien a faire de la theorie ni du socialisme…

Je ne connais pas la situation du PCF vu de l’interieur mais je connais celle du PCE (integre depuis 1987 dans la Gauche Unie – Izquierda Unida en Espagnol) et la situation n’est guere differente a part bien sur que le PCE ne participe plus aux elections sous ses propres sigles et donc que, dans la pratique, le marteau et la faucille qui restent l’embleme du PCE, ont etes remplaces  aux elections par un joli soleil jaune, embleme d’ IU, donc le resultat est le meme. A l’epoque de la creation d’ IU, de nombreux dirigeants du PCE disaient d’ailleurs que « les outils ne vendaient plus » et qu’il etait preferable de les dissimuler !
Pour l’anecdote, lorsque ma femme qui milite egalement au PCE a voulu, au cours d’une campagne electorale aux municipales de 2003, coller des affiches des Jeunesses Communistes qui portait le marteau et la faucille et le slogan « Proletarios : gente con clase » (Les proletaires : des gens qui ont de la classe) la dirigeante locale du Parti et candidate a la mairie a juge que c’etait…trop radical ! Les affiches, imprimees pour l’occasion, sont donc retournees au siege du Parti, elles doivent probablement trainer encore dans un coin… Faudrait pas effrayer l’electeur avec ce genre de trucs !
Cela simplement pour dire que je comprend tres bien la frustration des jeunes militants face a l’attitude de nombreux dirigeants « communistes ».

Cependant, pour les marxistes, c’est une loi historique celle qui veut que la classe ouvriere, quand elle se met en mouvement, se dirige toujours d’abord vers ses organisations traditionnelles et c’est de ce point de vue que nous y militons, hors du mouvement ouvrier il n’y a rien,  pas par interet donc pour les fabulations theoriques plus ou moins absurdes des directions reformistes mais pour avoir la possibilite de mener le programme du socialisme scientifique a la masse de la classe ouvriere. L’ « alternative » a cela, c’est la creation de petites sectes isolees du reste de la classe, dont les travailleurs se fichent completement.

Salutations communistes

P.V.
Patrick Vandeweyer
Partido Comunista de Andalucía /Izquierda Unida/Lucha de Clases