Chers camarades,
Grez Oxley a bien raison de dire qu’il ne faut pas etre trop genereux a l’heure d’utiliser le terme de « marxisme », de nombreux reformistes, meme declares, continuent a se denominer ainsi, pensons par exemple a des gens comme Van Parijs qui se reclament du « marxisme analytique » sans compter les staliniens qui ont fait pendant des decennies un usage demagogique du terme de «marxisme – leninisme » pour camoufler leur reformisme la ou ils etaient dans l’opposition et la dictature des bureaucrates la ou ils etaient au pouvoir… tout ce qui brille n’est pas de l’or comme dit le proverbe !
La difference fondamentale entre les marxistes et les reformistes n’est pas dans la lutte pour les reformes partielles dans l’interet des travailleurs, mais dans le fait que les marxistes luttons pour obtenir des reformes d’un point de vue socialiste revolutionnaire (c'est-à-dire avec la transformation socialiste de la societe comme horizon) alors que les reformistes cherchent, dans la pratique, a utiliser la reforme sociale pour resoudre les contradictions du capitalisme, eviter une revolution et continuer a faire marcher le business electoral et parlementaire, evidemment pour cela il est necessaire d’avoir recours a une certaine rethorique de « transformation sociale » lorsqu’on se situe a gauche, avec ses « depassements » (toujours tres pacifiques et graduels), ses « subversions normatives de l’economie » et autres choses dans le style.
Meme lorsqu’un reformiste serieux, comme Allende au chili, qui se considerait egalement comme un « marxiste », a pretendu arriver au socialisme par la voie graduelle des reformes succesives dans le cadre de la legalite bourgeoise, loin de mener les ouvriers a la victoire, ils les mena a l’abattoir independemment de ses propres intentions subjectives…
Sans compter que l’aile droite du reformisme, plus consequente que l’aile gauche, a completement renonce non seulement au socialisme, sur le papier, mais egalement a la reforme sociale, pousse en cela par la situation objective du capitalisme actuel : il n’y a plus de base economique pour les reformes et lorsqu’on accepte un systeme (dans la pratique – beaucoup de reformistes feignent de rejeter le capitalisme dans le discours pour mieux s’y plier lorsqu’ils participent a un gouvernement) on doit egalement accepter sa logique…
Tout cela n’empeche pas ces dames et messieurs de faire encore occasionnellement appel a Marx ainsi que, de temps en temps, a Rosa Luxembourg et a Antonio Gramsci encore que quand cela arrive, c’est surtout dans les echelons « superieurs » la ou siegent les intellectuels du parti, les petits politiciens situes plus bas, ceux qui se battent pour etre elus echevins de leur commune par exemple, ou pour un boulot de permanent, n’ont generalement rien a faire de la theorie ni du socialisme…
Je ne connais pas la situation du PCF vu de l’interieur mais je connais celle du PCE (integre depuis 1987 dans la Gauche Unie – Izquierda Unida en Espagnol) et la situation n’est guere differente a part bien sur que le PCE ne participe plus aux elections sous ses propres sigles et donc que, dans la pratique, le marteau et la faucille qui restent l’embleme du PCE, ont etes remplaces aux elections par un joli soleil jaune, embleme d’ IU, donc le resultat est le meme. A l’epoque de la creation d’ IU, de nombreux dirigeants du PCE disaient d’ailleurs que « les outils ne vendaient plus » et qu’il etait preferable de les dissimuler !
Pour l’anecdote, lorsque ma femme qui milite egalement au PCE a voulu, au cours d’une campagne electorale aux municipales de 2003, coller des affiches des Jeunesses Communistes qui portait le marteau et la faucille et le slogan « Proletarios : gente con clase » (Les proletaires : des gens qui ont de la classe) la dirigeante locale du Parti et candidate a la mairie a juge que c’etait…trop radical ! Les affiches, imprimees pour l’occasion, sont donc retournees au siege du Parti, elles doivent probablement trainer encore dans un coin… Faudrait pas effrayer l’electeur avec ce genre de trucs !
Cela simplement pour dire que je comprend tres bien la frustration des jeunes militants face a l’attitude de nombreux dirigeants « communistes ».
Cependant, pour les marxistes, c’est une loi historique celle qui veut que la classe ouvriere, quand elle se met en mouvement, se dirige toujours d’abord vers ses organisations traditionnelles et c’est de ce point de vue que nous y militons, hors du mouvement ouvrier il n’y a rien, pas par interet donc pour les fabulations theoriques plus ou moins absurdes des directions reformistes mais pour avoir la possibilite de mener le programme du socialisme scientifique a la masse de la classe ouvriere. L’ « alternative » a cela, c’est la creation de petites sectes isolees du reste de la classe, dont les travailleurs se fichent completement.
Salutations communistes
P.V.