Chers camarades,
En plus du dialogue instauré avec ses lecteurs par le biais de ce forum, ceux-ci peuvent aussi poster leurs réactions aux articles mis en ligne sur le site de La Riposte. Les commentaires et questions des lecteurs s'affichent en bas des articles concernés.
Gautier, un jeune communiste dans le Nord, a récemment posé des questions intéressantes concernant l'histoire du PCF. Je ne sais pas s'il s'est inscrit dans ce forum, mais je me disais que c'est un thème qui pourrait intéresser les participants. Voici la réponse que j'ai posté relatifive à quelques uns des points soulevés par Gautier.
Cher camarades,
Gautier demande pourquoi le déclin du PCF s’amorce dans les années 70. C’est une question très intéressante. Dire que c’est parce que le PCF est devenu réformiste n’épuise pas la question, parce que, premièrement, comme il le dit si justement, son abandon du marxisme remonte bien plus loin que les années 70, et deuxièmement, parce que ce déclin s’est effectué au profit d’un autre parti réformiste, à savoir le PS.
Les partis comme le SPD en Allemagne ou le Parti Travailliste en Grande-Bretagne peuvent périodiquement connaître des progressions très fortes, recrutant des dizaines de milliers de nouveaux adhérents et emportant des succès électoraux importants — surtout après une période de la droite au pouvoir — parce que, malgré leur réformisme (et c’est là un phénomène que les groupes gauchistes comme la LCR, LO ou le PT ne comprendront jamais), ils constituent les seules forces suffisamment implantées socialement et dans la conscience collective pour faire face à l’adversaire de droite. Il en serait de même pour le PCF en France, et ce malgré sa politique réformiste, s’il n’y avait pas aussi le Parti Socialiste.
Pour résumer le problème en quelques mots, entre un grand parti « de gauche » qui accepte la propriété capitaliste des moyens de production et se contente de réformes dans le cadre du système actuel et un plus petit parti avec le même défaut, ce sera toujours le plus grand et le plus « respectable » qui l’emporte.
Quant à savoir pourquoi le PCF a perdu du terrain par rapport au PS dans les années 70, je dirais que l’explication fondamentale réside dans le comportement de la direction du PCF en 1968. Un « parti révolutionnaire » qui s’opposait aussi fermement à toute remise en cause du capitalisme pendant ce qui fut l’une des plus impressionnantes mobilisations de la classe ouvrière dans toute l’histoire du capitalisme allait nécessairement perdre sa raison d’être aux yeux des millions de travailleurs qui lui accordaient leur soutien jusqu’alors.
S’étant heurtée contre l’obstination bureaucratique des directions du PCF et de la CGT — « le mouvement a commencé sur des revendications économiques et doit se terminer sur des revendications économiques » — l’humeur révolutionnaire, dans la foulée des événements, a trouvé son expression dans la radicalisation du PS, comme en témoigne le Congrès d’Epinay en 1971. Les programmes de deux partis ne différaient plus que dans des détails secondaires, et le PS n’avait pas le handicap de la défense acharnée des dictatures staliniennes monstrueuses dans les pays de l’Est, qui ne pouvaient guère enthousiasmer les travailleurs français, habitués comme ils étaient aux libertés démocratiques.
Aujourd’hui, hormis la question des pays de l’Est, les perspectives pour le PCF se posent dans les mêmes termes, pour l’essentiel. Après tout, si le programme du PCF ne se distingue pas de celui du PS sur les questions fondamentales, au point de mettre en application exactement la même politique (comme il a fait entre 1997 et 2002), à quoi sert-il ? L’avenir du PCF dépend de sa capacité de renouer avec le marxisme et le programme de la révolution socialiste. Sans cela, il sera condamné à n’être que la cinquième roue du carrosse social-démocrate.
Sur une autre interrogation de Gautier, concernant la date à laquelle remonte la dégénérescence politique du PCF, il est difficile de répondre avec précision. En fait, même à l’époque de la fondation de la section française de l’Internationale Communiste en 1920, Lénine et Trotsky se méfiaient déjà des éléments sociaux-chauvins (qui avaient soutenus le carnage impérialiste de 1914-1918, comme Marcel Cachin et d’autres) qui se trouvaient à la tête du nouveau parti. Mais je dirais que l’adoption de la « théorie » du « socialisme dans un seul pays », en 1928, marquait une rupture décisive avec l’internationalisme révolutionnaire. A l’époque, Trotsky disait que si cette ligne était maintenue, elle aboutirait à la « dégénérescence réformiste et nationaliste » du parti. Il n’avait pas tort.
Fraternellement,
Greg Oxley