« le: 09 janvier 2007 à 10:47:54 »
CARACAS (AFP) - Le président vénézuélien Hugo Chavez a annoncé lundi la nationalisation de larges pans de l'économie, dont l'électricité et la téléphonie, et une "profonde" réforme constitutionnelle en vue de créer une "République socialiste du Venezuela".
Après huit ans de pouvoir, le chef d'Etat a fait ces annonces fracassantes pendant la prestation de serment de son gouvernement, remanié la semaine passée, et à deux jours de son investiture pour un nouveau mandat de six ans.
"Nous allons vers le socialisme et rien ni personne ne pourra l'empêcher, nous allons continuer notre révolution bolivarienne", a indiqué M. Chavez, en annonçant une réforme de la Constitution et un nouveau changement de nom pour son pays qui, de "République bolivarienne", deviendra la "République socialiste du Venezuela".
"Il faut récupérer la propriété sur les moyens de production stratégiques. Tout ce qui avait été privatisé doit être nationalisé", a-t-il ajouté, déclenchant une ovation des 2.000 fonctionnaires et militants réunis dans un théâtre du centre de Caracas.
Pour y parvenir, il compte faire adopter par le parlement -- entièrement acquis à sa cause depuis le boycottage des législatives de 2005 par l'opposition - une loi-cadre lui accordant des pouvoirs spéciaux pour nationaliser tout d'abord l'électricité et la téléphonie. Il n'a pas dit si les actuels propriétaires seront indemnisés.
"Un an est un délai raisonnable", a indiqué M. Chavez à propos de la loi-cadre d'où dériveront d'autres textes renforçant la présence de l'Etat dans des domaines économiques, sociaux, dans la sécurité et la défense et qu'il a qualifiée de "mère de toutes les législations révolutionnaires".
Le service d'électricité est assuré par la compagnie nationale CADAFE dans tout le pays sauf à Caracas où opère la firme privée Electricidad de Caracas. Quant à la téléphonie, la compagnie nationale CANTV avait été privatisée en 1991 et est contrôlée par Verizon Communications qui voulait céder sa participation au groupe Telmex du magnat mexicain Carlos Slim.
La banque centrale "ne doit pas être autonome, c'est une thèse néo-libérale", a également déclaré le président vénézuélien. "Tout comme (la compagnie publique pétrolière) PDVSA dépendait de là-bas (Washington), la Banque centrale dépendait de là-bas", a-t-il dénoncé.
M. Chavez veut puiser dans les énormes réserves de l'institut d'émission (37 milliards de dollars fin 2006) pour développer l'agriculture, les infrastructures et le logement.
En prêtant serment, le nouveau vice-président, le psychiatre Jorge Rodríguez a dénoncé "l'impérialisme" américain. "Cette révolution bolivarienne, ce peuple, ce pays ont dit non à l'impérialisme", a-t-il ajouté.
M. Chavez a aussi dit vouloir utiliser la loi-cadre pour mettre un terme au contrôle par des compagnies étrangères dont le Français Total et l'Américain Exxon de quatre raffineries "amélioratrices" dans la Ceinture de l'Orénoque. "Cela doit passer sous la houlette du Venezuela", a-t-il estimé.
Depuis 2005, son gouvernement a entrepris de modifier la législation pétrolière, reprenant le contrôle de la plupart des contrats de partage de production ou d'exploration avec des firmes étrangères.
En 2001, M. Chavez avait déjà obtenu des pouvoirs spéciaux pour promouvoir la loi pétrolière (appliquée avec retard) et la réforme agraire, ce qui avait provoqué une levée de boucliers dans le secteur privé et avait fortement polarisé le pays.
"Si en 2001, (la loi) avait eu un fort impact social et économique sur le pays, cette fois-ci, cela va être encore plus important", a promis M. Chavez.
Après un putsch raté contre M. Chavez en avril 2002, l'opposition et les industriels qui appuyaient cette tentative, avaient organisé une grande grève fin 2002/début 2003 qui avait paralysé le crucial secteur pétrolier, provoquant d'énormes pertes économiques pour le pays.

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