En fait, ce n'est pas tellement que le PP (parti de droite fondé par d'anciens ministres de Franco et qui garde bon nombre d'anciens falangistas dans ses rangs et représente aussi le "vote utile" de l'extrême droite) ait gagné les elections, c'est surtout le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) qui les a perdues, comme résultat de ses politiques anti-sociales et anti-ouvrières.
Pour se faire une idée de la situation qui s'est développée depuis la victoire du PSOE en mars 2008, voici quelques chiffres tout à fait effrayants:
-5 millions de chômeurs, soit 21,5% de la population active.
-Plus de 300.000 familles ont perdu leur logement dans l'impossibilité de continuer à payer leur hypothèque.
-1,425 millions de foyers dont tous les membres ont perdu leur emploi.
-Plus d' 1,3 millions de chômeurs ont perdu tout revenu lié au chômage selon le syndicat Comisiones Obreras (le maximum d'indemnisation en Espagne est de 24 mois + 420 € additionnels durant 6 mois)
- 21,8% de la population sous le seuil de la pauvreté.
-L'indice d'inégalité sociale est le plus haut parmi les 17 pays de la zone euro.
En réalité, le PP n'a même pas reussi, dans ces conditions, à augmenter ses chiffres de vote de façon significative:
Ils sont passés de 10.169.973 votes en 2008 à 10.830.693 votes hier, soit seulement 660.720 votes de plus qu'il ya trois ans, d'un total de 34 millions de personnes en âge de voter. Ceci ne saurait expliquer en soi l'obtention de la majorité absolue au parlement, ou ils ont gagné 34 députés (186 contre 153 en 2008). Même comme ça, les chiffres de votes du PP restent en dessous de ceux obtenus par Zapatero et le PSOE en 2008, et même en dessous de ceux de 2004 (10.909.687 votes)
La raison de cette "victoire" de la droite s'explique par l'écroulement du Parti Socialiste, qui obtient ses plus mauvais résultats électoraux depuis 30 ans, et passe de 11.064.524 votes en 2008 (43,64%) à seulement 6.973.880 votes (28,6%), une perte de 4.090.644 votes et 59 députés (110 députés contre 169 en 2008)
Il est clair que, au vu des chiffres cités plus haut, beaucoup de salariés et jeunes précaires ou sans emploi ont du penser, de façon un tant soit peu simpliste, que les choses ne sauraient être pires, qu'un changement était nécessaire et que la droite ne saurait faire plus mal, qu'un simple changement de gouvernement et de Premier Ministre devrait permettre de relancer l'economie et créer de l'emploi. Ils se trompent, évidemment, mais ils devront en faire leur propre expérience.
Le plus probable étant que cette "victoire" de la droite se transformera en son contraire dans un futur proche et deviendra un gros boomerang qui frappera Rajoy et son parti en pleine figure.
En passant, dire qu'Izquierda Unida (la Gauche Unie), la coalition dont le PCE est le principal parti (et auxquels j'appartiens) reprend du poil de la bête après plus de 10 ans de reculs systématiques, et passe de 2 a 11 députés (en tenant compte du caractère tout à fait injuste et peu proportionnel du système électoral): de 963.040 votes en 2008 à 1.680.810 votes, ce qui représente une augmentation de 717.770 votes, soit de 74,4%.
À signaler aussi l'injection de sang frais à IU, que représente à mon sens, l'élection d' Alberto Garzón comme député de Málaga, un jeune économiste de 26 ans, activiste du mouvement 15 M et membre de la Fondation d'Investigations Marxistes du PCE, ainsi qu'adhérent de base des Jeunesses Communistes, un jeune camarade qui promet...
Salutations communistes
PV