Chers camarades,
Gabriel soulève une question très intéressante, concernant l’Afghanistan. C’est une question qui dominait la politique internationale pendant les années 80, et les différentes prises de position des organisations politiques ici en France montraient bien l’importance de la théorie marxiste, et montraient aussi jusqu’où l’absence d’un point de vue de classe pouvait mener.
Par exemple, la LCR, dont les prises de position successives sur des questions internationales ont toujours été une grande source d’amusement pour moi, avait soutenu l’URSS contre les islamistes contre-révolutionnaires pendant quelques années, et puis, subitement, a décidé de faire le contraire. Les contre-révolutionnaires d’hier (les « mujahadin ») devenaient, tout d’un coup (vers 1985, si ma mémoire est bonne), des « combattants pour la liberté » ! Ainsi nous avions le spectacle désolant de soi-disant « trotskistes » (complètement indignes de Trotsky lui-même) qui menaient campagne pour soutenir une armée contre-révolutionnaire, à côté de l’Arabie Saoudite, le Pakistan et l’impérialisme américain !
Gabriel a parfaitement raison quand il dit que les invasions de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie, en 1956 et en 1968, étaient des interventions contre-révolutionnaires, et qu’il ne fallait pas les soutenir.
Par rapport à l’Afghanistan, il met en évidence les aspects progressistes de cette intervention, à savoir la sauvegarde des acquis de la révolution de 1978. Ceci était, pour ainsi dire, un « sous-produit » de l’intervention. La bureaucratie de l’URSS agissait dans son propre intérêt. Elle avait soutenu la monarchie. Quand la monarchie était renversée, en 1973, elle a soutenu le nouveau régime capitaliste (Daoud). Quand la révolution de 1978 a eu lieu – dans laquelle l’URSS n’était pour rien – elle a soutenu le nouveau régime. Si elle est intervenue en 1979, c’est parce que le renversement de ce régime par la contre-révolution aurait fragilisé sa position dans la région, et aussi à l’intérieur de l’URSS. A l’échelle internationale, l’invasion a permis aux impérialistes de se poser comme les défenseurs d’un petit pays contre une « agression » soviétique, et l’« expansionnisme » communiste. Les conséquences de cette intervention étaient négatives du point de vue de la conscience de la classe ouvrière internationale, et il fallait donc s’y opposer. La question des rapports de propriété et les autres acquis de la révolution afghane pesaient moins lourds que les effets profitables à la réaction à l’échelle mondiale.
L’invasion de la Pologne en 1920, évoquée par Oscar, poursuivait des objectifs tout à fait différents. A l’époque, il ne s’agissait pas de l’action d’une bureaucratie contre-révolutionnaire, mais d’un épisode de la guerre civile pendant laquelle la classe ouvrière, encore au pouvoir en 1920, se battait pour la survie de l’Etat ouvrier face à plus d’une vingtaine d’armées d’intervention étrangères, dont celle de la France, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, etc. Il n’était aucunement question d’annexer la Pologne, mais seulement de mettre hors d’Etat de nuire les armées contre-révolutionnaires qui se servaient de la Pologne comme base opérationnelle, et aussi, dans l’espoir d’aider le prolétariat polonais à prendre le pouvoir. Ce dernier objectif ne s’est pas réalisé, et la campagne s’est soldée par un échec. Ceci dit, il serait tout à fait erroné que de tirer la conclusion que des guerres révolutionnaires devaient être strictement défensives. La guerre civile, comme toutes les autres formes de guerre, et comme la lutte des classes elle-même (dont la guerre civile n’est qu’une extension), est nécessairement une combinaison d’actions défensives et offensives, dans l’arène nationale comme dans l’arène internationale.
Par exemple, si la classe ouvrière française avait pris le pouvoir en 1936, n’aurait-il pas fallu intervenir en Espagne, militairement, pour empêcher la victoire du fascisme ? Bien sûr que si. La classe ouvrière est une classe internationale, et sa lutte ne connaît pas de frontières.
Fraternellement,
Greg Oxley