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La Chine : Substitut des Etats Unis comme locomotive de l'économie mondiale ?

Antonio García Sinde
(El Militante, Espagne)   

Les turbulences qui ont affecté dans les derniers mois le système financier international ont remis au premier plan l'intérêt de la presse économique pour l'évolution et le potenciel de l'économie chinoise. Et, comme d’habitude en  temps de crise,
l'information fournie par les moyens bourgeois de diffusion massive (chaînes de télévision, presse quotidienne non spécialisée) est loin d’ être une évaluation objective de la situation de l'économie de la République Populaire chinoise, mais bien
un mélange confus de données partielles, demi verités et publicité effrontée des soit-disant merveilles de la croissance chinoise et  de sa capacité pour contribuer au maintien de l'actuel cycle d'expansion économique.

De même qu’avec les bavardages qui nous accablaient il y a dix ans au sujet des bienfaits de la fameuse « nouvelle économie » qui, hypothétiquement, allait en finir définitivement avec les contradictions internes du capitalisme, ou avec les éloges au secteur immobilier et de la construction qu'il y a moins d'un an remplissaient les pages de la presse bourgeoise, les propagandistes du capital ont trouvé dans l'économie chinoise leur bouée de sauvetage. Et ce n’est pas un hasard si cet enthousiasme
pour l'économie chinoise coïncide dans le temps avec le lancement par des banques et des sociétés d'investissement de nouveaux fonds d'investissement orientés vers des actifs qui cotisent aux bourses asiatiques, principalement celle de Shanghai : épuisé la filière immobilière, la Chine se profile comme la destination préférée de l'investissement spéculatif.

Une économie exportatrice

Évidemment, il est difficile de ne pas être impressioné par les résultats économiques de la Chine durant les dix dernières années. Pour 2007 le FMI attend une croissance de de 11.3%, et pour l'année 2008, malgré les ajustements à la baisse des
prévisions mondiales de croissance, on prévoit un 10.8, plus que le triple de la projection globale de croissance publiée par la Banque Mondiale. Mais, aussi surprenants que soient ces chiffres, la capacité de l'économie chinoise, pour remplacer les Etats Unis et l'Union Européenne à la tête de l'expansion de l'économie mondiale est plus que douteuse.

La principale caractéristique de l'économie chinoise est sa forte orientation à l'exportation. Selon les estimations du FMI (China Quarterly Update, septembre 2007), dans le premier semestre de cette année la contribution du commerce extérieur s'est élevée jusqu'plus de à 25% du PIB. Les conséquences de ce fait sont incontestables.
le FMI lui-même informait il y a à peine un mois que : "La Chine est devenue plus vulnérable aux chocs externes, comme une appréciation du taux de change ou un
ralentissement dans la demande externe (...)" (F&D, Vol. 44, n 33). plus précisement, le FMI chiffrait la réduction du PIB chinois à 0.5% pour chaque point de réduction de la contribution de la consommation interne au PIB des Etats-Unis, ce qui est significativement plus important que dans la majorité des économies dites émergentes.

Ceci n’est pas un hasard. Depuis le XIV Congrès du PCCh en 1992 jusqu'à aujourd'hui, le grand moteur de l'économie chinoise a été l'avalanche d'investissement étranger. Attirées par les bas salaires et par les prix artificiellement faibles de l'énergie
d'usage industriel, les grandes entreprises multinationales ont commencé à transférer à la Chine une partie croissante de leur production. Ont entamé le chemin les industries de basse valeur ajoutée, que avaient besoin d'importants volumes de main d'oeuvre
(textile, bois, etc.), ont suivi les industries avec des demandes de main d'oeuvre plus spécialisée (électronique, consommation, chimie, etc..) et tous les secteurs capables de délocaliser leur production ont suivi, finalement, avec enthousiasme cette
tendance, jusqu'au point que non seulement aux USA et en Europe les entreprises sont transférées vers la Chine, mais des transferts se sont même produits pour des raisons de diminution de coût salarial, depuis le secteur de Technologie de l'Information de l'Inde !

Évidemment, le transfert de la production vers un pays avec des salaires aussi bas que la Chine a un effet bénéfique immédiat  pour l'ensemble du capitalisme. La réduction des coûts contribue à une récupération des bénéfices patronaux, en
conséquence stimule de nouveaux investissements et développe l'ensemble de l'économie.
Mais, ne l'oublions pas que le revers de la médaille de l'investissement massif en Chine est la fermeture d'installations industrielles dans les pays capitalistes développés. Des secteurs complets comme celui du textile ou de la fabrication d'articles sportifs, ont été
décimés et le nombre de travailleurs qu'ils occupent n’est plus qu’une petite fraction de l'emploi qu'ils offraient il y a deux décennies.

De sorte que, considéré globalement, la croissance chinoise ne peut pas être comptabilisée dans sa totalité comme une contribution nette au développement des forces productives mondiales, mais n’est, dans une grande mesure, qu’un simple transfert de capacité productive à un environnement de salaires misérables et des
conditions de travail complètement inhumaines. Et, naturellement, la réduction correspondante de la masse salariale des Etats Unis ou d'Europe contribue de façon négative à l'expansion de la demande interne de ces pays, en mettant à nouveau sur la table la possibilité d'une crisede surproduction.

Pour cette raison, le principal risque qu’affronte l'économie chinoise est celui d’une récession aux Etats Unis ou en Europe, causée par la crise dans le secteur immobilier, dont le problème des hypothèques à haut risque (subprime) n’est que  le sommet de l'iceberg, provoquant à court terme un baisse des exportations et, à long terme, réduirait le volume de capital étranger qui circule vers la Chine et permet le développement économique du pays.

Petites variations, de grandes conséquences

Sans qu’il soit nécessaire d'arriver à une situation de récession, une réduction significative del croissance économique en Chine aurait des conséquences incomparablement plus sérieuses que celles qu'une situation semblable provoquerait dans une économie capitaliste développée. Les déséquilibres de l'économie chinoise sont d'une telle ampleur qu'une simple réduction dans son rythme de croissance
devient une menace grave. Le premier de ces déséquilibres est l'excédent commercial gigantesque. Une croissance spectaculaire des exportations dans les sept premiers mois de cette année (29% selon les données du FMI) a contribué à produire un spectaculaire
excédent commercial de 37.000 millions de dollars, ce qui suppose 80% de plus que l'année précédente. Cet excédent contribue à la croissance démesurée de l'offre monétaire (plus de 15% seulement au mois de juillet) et nourrit une bulle de crédit et boursière de dimensions extraordinaires : après une croissance de 130% en 2006,
les actions ordinaires qui cotisent à la bourse de Shanghai ont été revalorisées jusqu'au 31 août à hauteur de 95%.

Deuxièmement le grand déséquilibre réside dans l'inflation. Après dix ans de contention des prix, l'inflation a augmenté en août jusqu'à 6.5%, plus du double de l'objectif des autorités chinoises. Et pour aggraver les choses, la plus grande contribution à cette montée est venue de l'augmentation du prix des aliments, affectant directement la vie
quotidienne de centaines de million de familles de travailleurs.
De sorte que, outre les effets généraux négatifs qui provoquent toujours les augmentations immodérées de prix, dans le cas de la Chine, l'augmentation de l'inflation menace de provoquer une manifestation de mécontentement social de conséquences imprévisibles. L'attention prêtée pendant le congrès récent du Parti Communiste chinois au "développement harmonieux" est un signe clair de la préoccupation de la bureaucratie pour l’accumulation massive de tensions au sein de la société chinoise.

Les Conseils des organismes économiques internationaux, acclamés par les gouvernements des puissances capitalistes, devant cette conjoncture dangereuse sont orientés à réduire les déséquilibres par une forte appréciation de la devise chinoise, qui aurait le double effet bénéfique de réduire l'excédent commercial et de contribuer à la retenue de l'inflation par la baisse des prix des produits importés. Malheureusement pour la bureaucratie chinoise et pour l'ensemble du capitalisme mondial, une appréciation de la devise chinoise réduirait directement la capacité d'exporter et, vu
le poids des exportations dans l'ensemble de l'économie, ouvrirait le chemin à une récession.

Marché interne

Évidemment, les stratèges du capital disposent de la recette adéquate : la croissance du marché interne, qui remplacerait progressivement les exportations comme moteur de l'économie chinoise, ferait croître la demande de produits importés et,de surcroit soutiendrait l'ensemble de l'économie mondiale en dissipant les craintes d’une crise généralisée.
Évidemment, la spectaculaire croissance chinoise a produit une classe moyenne réduite avec une certaine capacité de consommation, mais la taille globale de la consommation privée chinoise laisse très peu de lieu à l'espoir qu'un développement du marché interne puisse remplir le vide laissé par la réduction prévisible des exportations. Tandis qu'aux Etats Unis la consommation privée suppose 70% du PIB, en Chine ce pourcentage est d'à peine de 36%, le pourcentage le plus faible, avec une grande différence, des grandes économies.

Mais ce qui est réellement significatif ne sont pas les chiffres statiques de la consommation intérieure. Ce qui plus clairement met en évidence les limites des références au marché intérieur chinois sont les tendances soutenues pendant les dernières 15 années quant à la distribution du PIB. Selon des données élaborées par The Economist (13 octobre 2007) à partir d'information statistique la Banque Mondiale et de l'OCDE, la participation des salaires dans le PIB a diminué de manière soutenue depuis 54% en 1992 jusqu'à 41% de 2005. Et à défaut des données complètes, l'estimation pour 2006 est que ce pourcentage est même  tombé en desous de 40%. Pour se faire une idée de ce que ce chiffre représente on doit prendre en considération que dans le pays paradigme du capitalisme, les Etats Unis, la participation des salaires dans le PIB est de de plus del 56%. Et siles données de la réduction salariale relative en Chine donnent des frissons, quand on observe l'ensemble de la consommation privée,
qui en plus des salaires comprend aussi le rendement de l’épargne familiale (intérêts de comptes courants etc.) et les résultats des investissements financiers, la perspective est la même: la consommation privée chinoise tombe systématiquement depuis l'année 2000 jusqu'à maintenant. Durant ces six dernièrs années la réduction a été de plus de dix pourcents.

De sorte que le marché interne non seulement n’augmente pas, mais la tendance est à sa réduction.
Sous le capitalisme, les bénéfices patronaux sont les salaires non payés aux travailleurs. Et le seul secret du  miracle chinois sont les salaires de famine, les journées interminables et une répression féroce de l'appareil bureaucratique chinois envers l'ensemble des travailleurs.
Évidemment, tant la bureaucratie comme les entreprises établies en Chine comprennent la nécessité de développer le marché interne, et serainet enchantées de voir une telle chose se produire. Mais les entreprises capitalistes n'opèrent pas pour produire des marchés internes, elles opèrent pour produire des bénéfices, et les
conditions structurelles du capitalisme chinois ne paraissent pas laisser beaucoup de marge à l'amélioration des conditions des salariés.

Tensions sociales

Pour cette raison, c’est dans ce contexte de réduction relative des salaires que nous devons chercher les clés de l'évolution de la Chine.
Et il ne s'agit pas uniquement de la menace que les bas salaires supposent pour la continuité de l'expansion économique : l'aggravation systématique des conditions de travail et l'accroissement spectaculaire des différences sociales menent
inévitablement vers une situation explosive de confrontation entre les classes.

L'aggravation des luttes salariales en Chine est déjà impossible à cacher, malgré l’étroit contrôle exercé par l'État. Dans l'édition du Journal du Peuple (organe du Comité Central du PCCh) du 27 août on indiquait qu'entre 1986 et 2005 le nombre "de conflits de travail" résolus par les organismes officiels avait été augmenté 27.3%
annuel. Et si les grèves dans des entreprises locales chinoises sont rarement connues à l’exterieur, celles qui affectent directement de grandes entreprises multinationales, comme la compagnie de ciment française Lafarge ou le fabricant italien de meubles DeCoro, n'ont pas pu se dissimuler.

La classe ouvrière chinoise, dans sa courte histoire, a démontré être une digne héritière de la tradition insurrectionnelle des paysans chinois, qui tout au long de plusieurs siècles ont empoigné les armes, à maintes reprises, contre leurs propriétaires fonciers
opresseurs.
Deux décennies de capitalisme en Chine ont créé une situation sociale insoutenable.
La plus minime des modifications de  l'ordre économique et social, comme celles qui menacent actuellement l'équilibre précaire du capitalisme chinois, peut être l'étincelle qui met le feu aux poudres pour remettre en marche le prolétariat chinois sur le chemin de la révolution socialiste.
« Modifié: 12 décembre 2007 à 00:51:34 par fireball »
Patrick Vandeweyer
Partido Comunista de Andalucía /Izquierda Unida/Lucha de Clases

Hors ligne Abdallah

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Camarade fireball,

merci pour cet article.
Pourrais-tu m'en dire un peu plus sur les luttes qui ont lieu en Chine ? J'avoue que j'en ai entendu parler mais je suis totalement ignorant en la matière.

Merci de me répondre.

Fraternellement

PS : ce n'est pas une question d'un examinateur et encore moins d'un inquisiteur !!!