Auteur Sujet: Egypte : La Révolution sonne à la porte !  (Lu 1500 fois)

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Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« le: 28 janvier 2011 à 17:53:08 »
Chers camarades,

Depuis la chute du dictateur Ben Ali en Tunisie et la Révolution en cours, le Maghreb et l'Egypte surtout après l'Algérie est en ébullition...

Simplement aujourd'hui, selon des sources médicales, au moins cinq manifestants ont été tués au Caire dans les rassemblements contre le régime de Hosni Moubarak, selon des sources médicales. Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont également fait quelque 870 blessés, dixit l'Humanité.


illustration Latuff

Le pouvoir dictatorial d'Hosni Moubarak âgé de 82 ans sur le trône depuis 30 ans, a décidé avec l'Armée de réprimer violemment les manifestations, réduisant au maximum la Liberté des égyptiens (internet inaccessible, twitter ou facebook aussi...) qui réclament en partie son départ...

Pour la quatrième journée de suite, des Egyptiens qui criaient "On ne veut pas de lui", en parlant du président égyptien, d'Alexandrie, Le Caire à Suez en passant par Mansoura, malgré l'interdiction des manifestations... Et les morts de plus en plus nombreux...

Quant aux soutiens du Parti national démocratique, PND parti du dictateur finissant mais bien encore là, membre de la très progressiste, Internationale Socialiste, et représentée par Ségolène Royal pour le PS, il n'ont pas encore exclu le dit PND, les dit démocrates n'ont pas encore eu leurs comptant de morts ?

C'est beau l'internationalisme des grands de ce monde...

Comme le site de l'Humanité nous informe, l'escalade la violence s'accélère, Hosni Moubarak a même décrèté le couvre-feu cet après - midi...

Le fil des évènements de la journée est assez indicatif de la situation politique très dégradée (voir l'article de l'Humanité en référence)...


Egypte, une journée entre espoir et danger

http://humanite.fr/28_01_2011-%C3%A9gypte-hosni-moubarak-d%C3%A9cr%C3%A8te-le-couvre-feu-463507



Je poste aussi pour l'analyse, l'article du camarade Alan Woods, sur la situation en Egypte et publié par La Riposte....

Egypte : la révolte se poursuit
28 - 01 - 2011

Cet article date d’hier, jeudi 27 janvier. Depuis, le nombre de morts s’élève au moins à huit.

Les manifestations de masse exigeant la démission du Président égyptien Hosni Moubarak se sont poursuivies, depuis mardi, dans plusieurs villes du pays, y compris Le Caire et Suez. Dans la ville de Suez, les manifestants ont mis le feu au siège local du parti au pouvoir, le NPD. Des travailleurs ont participé à des affrontements à Helwan, au sud du Caire. Au cours de la dernière période, les travailleurs d’Helwan avaient organisé des grèves pour défendre leurs conditions de travail, et certains sont actuellement jugés par des tribunaux militaires.

C’est à Suez, où le mouvement semble particulièrement vigoureux, que trois manifestants ont été tués. Hier et aujourd’hui [27 janvier], il y avait des manifestations à Ismaïlia et Alexandrie. D’après les informations – incomplètes et fragmentaires – qui nous parviennent via Twitter, on a la nette impression qu’un soulèvement national se développe. Moubarak, qui n’a fait aucune apparition publique depuis le début des manifestations, a placé quatre divisions de l’armée en état d’alerte et annulé toutes les permissions.

Moubarak a décidé de s’accrocher au pouvoir et de s’appuyer sur l’armée pour écraser la révolte. Les forces de sécurité ont arrêté 2500 opposants, à ce stade. Mais cela n’a pas suffi à étouffer la révolte. Dans les rues, les manifestants ont pu ressentir leur force collective. La police n’a pas réussi à contenir le flot montant. La fiabilité de l’armée est en question. Certaines sources rapportent que des unités de l’armée, à Suez, ont refusé de soutenir la police face aux manifestants. Le désespoir croissant du régime se voit dans le traitement qu’il réserve aux journalistes : ils sont enfermés dans un bâtiment du Caire – y compris de nombreux correspondants étrangers. On les empêche de couvrir les événements et de prendre des photos.

Le dilemme d’Obama

A Washington, le faux optimisme initial a fait place à un début de panique. Un important sénateur américain a qualifié l’Egypte d’« allié extrêmement important », tout en gardant le silence sur le soutien à Moubarak.

Dans un acte de désespoir, Moubarak a envoyé à Washington son ministre de la défense, Mohamed Hussein Tantawi, pour qu’il aille convaincre l’administration américaine de soutenir le régime. Une réunion s’est tenue en présence d’Obama et des hautes personnalités politiques, militaires et du renseignement. D’après le journal The Indepenent : « Il les a prévenus qu’en demandant de la "retenue" et de l’ouverture, face aux manifestants et leurs revendications, les officiels américains faisaient plus de mal que de bien. Sans répression sévère, a-t-il dit, le régime était condamné ».

Tantawi a tenté d’effrayer les Américains en les avertissant que les Frères Musulmans, qui se sont d’abord tenus à l’écart du mouvement, ne tarderaient pas à y intervenir. Il a demandé à l’administration Obama qu’il lui livre d’urgence des équipements de répression anti-émeute.

Nous ne savons pas ce que les officiels américains lui ont répondu. Tantawi a probablement été gratifié de sourires, de poignées de main et de mots d’encouragement, comme c’est l’usage. Mais comme on le sait, les mots et les sourires ne coûtent pas chers. Une fois la réunion terminée, les hôtes de Tantawi ont du hocher le tête et se demander s’il était sage de soutenir un vieil homme de 82 ans dont tout montre qu’il est en train de perdre la main.

En dépêchant son agent dans le premier avion pour Washington, Moubarak a montré à tout le monde où réside le véritable pouvoir. Ce faisant, il a aussi publiquement avoué son impuissance. Cela n’aura pas échappé à la Maison Blanche – ni aux manifestants, dans les rues du Caire et de Suez. Cela place Washington dans une situation très délicate. Ils ne veulent pas que Moubarak – un de leurs fidèles agents – soit renversé. Mais s’ils le soutiennent de façon trop flagrante, cela ne fera qu’alimenter la colère qui brûle dans les villes d’Egypte. La haine populaire à l’égard du régime de Moubarak vient en partie de sa collaboration servile avec l’impérialisme. Les mots d’ordre « USA dehors ! » et « Mort aux Etats-Unis ! » ont déjà fait leur apparition, sur les manifestations.

Une révolution de palais ?

La bourgeoisie est de plus en plus inquiète. La bourse égyptienne a rapidement chuté. Il faut faire quelque chose ! Mais quoi ? Rachid M. Rachid, le ministre du commerce, est rentré de Davos en urgence. Mais cela ne changera rien. Il est l’artisan des politiques « néolibérales » qui se sont traduites par une augmentation des prix, du chômage et de la pauvreté. Il y a aussi des rumeurs d’un remaniement ministériel. Autrement dit, les mêmes vieux politiciens vont changer de postes. Cela n’aura aucun effet. Il faut de nouveaux visages pour calmer les masses et apaiser les nerfs des investisseurs !

Au beau milieu de ces événements titanesques, un gentleman modeste et soigneusement vêtu fait une bruyante apparition sur la scène. Avec ses airs de vieux professeur d’université, Mohamed El Baradei, ex- directeur de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, revient en Egypte et annonce son intention de se placer à la tête de l’opposition démocratique.

Ce serait comique si ce n’était pas aussi sérieux. Pendant qu’El Baradei était tranquille, à l’étranger, et méditait sur les merveilles de la démocratie, des dizaines de milliers d’Egyptiens risquaient leur vie dans les rues d’Egypte. Le Sauveur de la Nation auto-proclamé ne soutenait les manifestations que du bout des lèvres, au début. Mais désormais que le mouvement semble capable de renverser Moubarak, El Baradei annonce qu’il est prêt à jouer un rôle.

Cela suscite évidemment la colère de certains manifestants. Ils soupçonnent ce gentleman d’agir de concert avec le département d’Etat américain, non sans raison. Les Américains sont très inquiets et craignent que Moubarak ne tienne pas longtemps. Il leur faut une bonne solution de rechange. El Baradei fait très bien l’affaire. Avec sa réputation de rival de Moubarak, il pourrait gagner du soutien parmi les respectables classes moyennes d’Egypte. Son idéologie n’a rien d’« extrême ». Il est libéral, fiable et respectable. En bref, c’est un politicien bourgeois.

El Baradei s’est empressé d’en appeler à son futur électorat. Celui-ci, cependant, n’est pas le peuple d’Egypte. Ce sont les gens importants : ceux de la Maison Blanche, de Wall Street et du Pentagone. Il leur parle en termes affectueux, comme un aspirant faisant la cour à une jeune fille timide : « On vous a vendu, à vous de l’Ouest, l’idée que les seules options, dans le monde arabe, seraient les régimes autoritaires ou ceux des islamistes. C’est évidemment faux. En Egypte, il y a tout un arc-en-ciel de gens qui sont laïques, libéraux, pro-marché, et si vous leur donnez une chance, ils s’organiseront pour élire un gouvernement moderne et modéré. Ils cherchent désespérément à rattraper leur retard sur le reste du monde »

Ainsi, El Baradei est un politicien arc-en-ciel : un homme dont les idées sont aussi variables et insaisissables qu’un arc-en-ciel. Il est aussi impossible de les saisir qu’un arc-en-ciel, car elles manquent tout autant de substance. Mais c’est précisément ce qui est nécessaire ! Pour tromper les masses révolutionnaires, apaiser leur colère, les endormir, il ne faut pas un programme clair mais des formules vagues sur les droits de l’homme, la liberté et la démocratie. Elles sont là pour susciter de l’espoir en une amélioration future – mais sans engager à rien sur les problèmes les plus brûlants des masses.

Washington surveille de très près la situation. Ils attendront de voir si Moubarak peut écraser le mouvement par la force. S’il y parvient, ils continueront de le soutenir. S’il échoue, ce qui est le plus probable, ils conspireront avec les sommets de l’armée égyptienne et des forces de sécurité (qui sont infiltrées par la CIA) pour organiser une révolution de palais. Moubarak sera mis dans un avion pour l’Arabie Saoudite, où il pourra passer le reste de sa vie, auprès de son homologue tunisien, à évoquer les jours heureux où ils avaient le pouvoir.

Les intrigues vont commencer. Des complots se tissent. L’objectif d’une révolution de palais sera de changer les apparences extérieures pour que tout le reste demeure comme avant. Cependant, la situation ne sera pas tranchée par ce qui se trame dans les coulisses du pouvoir. L’élément décisif de l’équation, c’est ce qui se passe dans la rue – et non les intrigues, au sommet. De grandes manifestations sont annoncées pour demain, vendredi. Cela pourrait marquer un tournant dans toute la situation. Les journées à venir seront décisives.

Alan Woods, le 27 janvier
 
Et hélas en anglais, cet article "La Révolution Egyptienne".

http://www.marxist.com/the-egyptian-revolution.htm

Solidarités internationalistes,
W catharos
« Modifié: 29 janvier 2011 à 23:59:01 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #1 le: 29 janvier 2011 à 17:52:08 »
Salut camarades,

Le fait même que malgré le couvre feu, au moins 74 personnes mortes hier et aujourd'hui, des milliers de bléssés, ce soir les égyptiens manifestent encore, cela est une défaite pour Moubarak et son régime qui ne replâtre par son pseudo - nouveau gouvernement que ses propres illusions et celles de ses amis.

Juste pour joindre en contribution à la discussion, cet article ci - dessus qui était en anglais, mais désormais disponible en français...

La révolution égyptienne
29 - 01 - 2011



Cet article date du vendredi 28 janvier 2011.

Les flammes de la colère se répandent à travers toute l’Egypte, et rien ne peut les arrêter. Le sort du régime de Moubarak est en jeu. Aujourd’hui [vendredi], il y a eu des affrontements violents dans les rues du Caire et d’autres villes d’Egypte. Le gouvernement avait prévenu les manifestants qu’ils feraient face à toute la puissance de l’Etat.

La situation se développe avec une extraordinaire rapidité. Ces derniers jours, des centaines de milliers d’Egyptiens sont descendus dans la rue pour exiger la liberté. Avec un courage admirable, ils ont bravé les matraques, les gaz lacrymogènes et les balles de la police. Aujourd’hui, les manifestations – jusqu’alors surtout composées de lycéens et d’étudiants – ont été renforcées par une armée de pauvres et de déshérités venue des bidonvilles du Caire et d’autres villes.

La répression peut-elle réussir ?

Le régime dispose d’un appareil d’Etat fort de 1,5 million de soldats, dont il s’efforce d’acheter la loyauté à grands frais. La fonction de cet appareil redoutable n’est pas de défendre l’Egypte contre un agresseur étranger ou de combattre Israël. Sa fonction est de soumettre le peuple égyptien. Mais y parviendra-t-il ?

Sur le papier, c’est une force gigantesque que le peuple n’a aucune chance de vaincre. Mais on pourrait en dire autant de tous les régimes tyranniques de l’histoire. Louis XVI, le Tsar Nicolas II et le Shah d’Iran disposaient d’appareils de répression beaucoup plus puissants que celui de Moubarak. Et pourtant, à l’heure de vérité, ils se sont effondrés comme un château de cartes.

Le déploiement de cet arsenal répressif ne révèle pas une force, mais une faiblesse : sans la police et l’armée, le gouvernement est impuissant. Napoléon remarquait qu’on peut faire beaucoup de choses avec des baïonnettes, mais qu’on ne peut s’asseoir dessus. En dernière analyse, la police et l’armée constituent une base trop étroite pour soutenir un régime impopulaire. A leur grande surprise, les autorités constatent que l’appareil d’Etat ne peut pas mettre un terme aux manifestations. Aujourd’hui, il y avait 80 000 manifestants à Port Saïd, 50 000 à Beni Suef, à 100 kilomètres au sud du Caire, et de grandes manifestations à Alexandrie, à Suez et ailleurs.

A un certain stade, la violence des forces de répression devient contre-productive. Elle ne provoque plus la peur, mais l’indignation et la colère. A Suez, le peuple s’est soulevé contre la police qui avait tué des manifestants. Un commissariat a été brûlé. C’est le moment où des fissures apparaissent nécessairement à la base des forces de police. La plupart des soldats et policiers ordinaires ne sont pas prêts à tuer des citoyens. Ils refuseront d’exécuter les ordres de tirer sur les manifestants. C’est ce qui semble s’être produit à Suez, d’après certaines sources.

Le rôle de la jeunesse

Les manifestants sont, pour l’essentiel, de jeunes Egyptiens privés d’emploi et d’avenir. L’un d’entre eux a déclaré à la BBC : « Nous sommes pauvres. Nous n’avons pas d’emploi, pas d’avenir. Que doit-on faire ? Est-ce qu’on doit s’immoler ? » Le seul espoir de cette jeunesse, c’est de lutter pour un changement fondamental de la société. Ils ont balayé toute peur et ont risqué leur vie dans ce combat pour la justice et la liberté.

Les masses ressentent et comprennent leur force collective : c’est le facteur décisif. Les éléments les plus jeunes, les plus déterminés et les plus énergiques, qui ont commencé le mouvement, transmettent leur combativité et leur courage à des couches de la population plus inertes et plus prudentes. The Guardian en donne un exemple significatif : « Davantage de citoyens ordinaires défient la police, désormais. Un jeune manifestant m’a raconté comment, poursuivi par des policiers, il était entré dans un bâtiment et avait sonné au hasard. Il était 4 heures du matin. Un homme de 60 ans lui a ouvert la porte ; la peur se lisait sur son visage. Le jeune manifestant lui a demandé de le cacher de la police. L’homme lui a demandé de montrer sa carte d’identité, puis l’a fait entrer. Il a réveillé l’une de ses trois filles pour qu’elle prépare à manger au jeune homme. Ils ont bu du thé et mangé comme de vieux amis ».

« Le matin, l’homme a raccompagné le jeune manifestant dans la rue, a arrêté un taxi et a voulu lui donner de l’argent. Le jeune homme a refusé et l’a remercié pour son aide. L’homme a répliqué : “C’est moi qui dois te remercie de nous défendre, moi, mes filles et tous les Egyptiens” » (The Guardian du 27/01)

Et maintenant ?

Une chose est claire. Cette journée s’est soldée par une défaite catastrophique pour Moubarak. La nuit tombée, les manifestants sont restés dans les rues, défiant le couvre-feu décrété par le gouvernement, dans tout le pays. Le bâtiment du Parti National Démocratique a été incendié, sans que personne cherche à l’éteindre.

A Washington, l’inquiétude ne cesse de croître. Cet après-midi, Hillary Clinton a déclaré que son gouvernement est « profondément inquiet de l’usage de la violence par la police et les forces de sécurité égyptiennes ». Elle a appelé le gouvernement égyptien à demander à ses forces de l’ordre de faire preuve de plus de retenue. Elle a dit : « Ces manifestations montrent qu’il y a de profondes frustrations au sein de la société égyptienne. Le gouvernement doit comprendre que la violence ne fera pas disparaître ces frustrations. » Elle a ajouté : « Comme partenaire de l’Egypte, nous sommes convaincus que le gouvernement doit engager immédiatement, avec le peuple égyptien, des réformes politiques, sociales et économiques. »

Traduit dans un langage plus direct, cela signifie : « Ne fais pas l’imbécile, Moubarak. Si tu essayes d’utiliser l’armée pour écraser le mouvement, elle se brisera. Le mouvement est trop puissant pour être noyé dans le sang. Mieux vaut utiliser la ruse. Fais quelques changements, ou du moins donne l’impression qu’il va y avoir des changements. Au final, bien sûr, il faudra peut-être que tu quittes le pouvoir. C’est malheureux, mais on doit tous faire des sacrifices de temps en temps. Tu es un homme vieux et usé. Tu peux jouir d’une confortable retraite et sauver le capitalisme. Ou alors, tu peux t’accrocher au pouvoir et finir comme Sadat : mort. Ce serait vraiment dommage pour toi. Mais si tu provoques trop les masses, il y aura une révolution complète, et ce serait vraiment dommage pour nous. »

Mais Moubarak ne semble pas écouter. Coupé du monde réel, entouré d’une cour servile, dans son palais, il s’accroche au pouvoir – qui lui échappe. Il décrète le couvre-feu, mais les gens restent dans la rue. Il appelle l’armée à « aider les forces de sécurité », mais les manifestants applaudissent l’armée et l’appellent à les rejoindre. On rapporte des cas de fraternisation. Au Caire, un des reporters d’Associated Press raconte comment des policiers ont été portés en triomphe après avoir quitté leurs uniformes et rejoint les manifestants.

Est-ce juste un incident isolé ? Ou est-ce que cela indique une tendance générale ? Lorsque la situation évolue aussi rapidement, les choses peuvent basculer brusquement en quelques minutes. Dans la ville d’Alexandrie, l’armée est dans la rue, mais les soldats lèvent le pouce à l’attention des manifestants. A Suez, également, les manifestants acclament les soldats. Certaines sources parlent d’affrontements entre des policiers et des soldats. Si c’est confirmé, Moubarak est très mal en point.

La révolution égyptienne

Quelle que soit l’issue des manifestations, une chose est claire : la révolution égyptienne a commencé. C’est la réponse définitive à tous les sceptiques et snobs intellectuels qui critiquaient constamment le prétendu « faible niveau de conscience » des masses, de même qu’à tous ces « experts » occidentaux qui parlaient avec mépris de « l’apathie » et de la « passivité » politique du peuple égyptien. En Egypte, en Iran, en Grande-Bretagne ou aux Etat-Unis, les masses ne peuvent apprendre qu’à travers leur expérience. Lors d’une révolution, elles apprennent très vite. Les travailleurs et la jeunesse égyptienne ont davantage appris en quelques jours de lutte qu’en trente ans d’existence « normale ».

Dans les rues du Caire et d’autres villes du pays, les gens ne se contentent pas de parler de révolution : ils la font. C’est un fait indiscutable, désormais. Une question se pose : qu’est-ce qui va remplacer le régime de Moubarak ? Mais cette question n’est pas la priorité actuelle des manifestants. Ils ne savent pas exactement ce qu’ils veulent. Mais ils savent très précisément ce qu’ils ne veulent pas. Et cela leur suffit, pour le moment.

La tâche immédiate est de renverser Moubarak et son régime corrompu. Cela ouvrira les vannes et permettra au peuple révolutionnaire d’avancer. Il découvre chaque jour son pouvoir dans la rue, l’importance de l’organisation et des mobilisations de masse. C’est déjà une immense conquête. Après trente ans de dictature, le peuple égyptien ne s’en laissera pas imposer une autre, pas plus qu’il n’acceptera des intrigues visant à recréer l’ancien régime sous un nouveau nom. C’est ce que montre clairement le cas de la Tunisie.

Les médias ont tenté d’exagérer le rôle des Frères Musulmans. Mais en réalité, il est évident que le mouvement se déroule sous la bannière de la démocratie révolutionnaire – et non de l’islamisme. La grande majorité des manifestants sont des jeunes gens qui ne sont pas du tout influencés par le fondamentalisme islamique. Il n’est même pas évident que la participation tardive des Frères Musulmans, dans les manifestations d’aujourd’hui, ait sérieusement augmenté le nombre de manifestants.

Maintenant que les masses ont goûté à leur propre pouvoir, elles ne se satisferont pas de demi-mesures. Mohamed El Baradei, un leader d’opposition et un ex-officiel de l’ONU, vient de revenir en Egypte. Mais personne ne croit – à part, peut-être, les Américains – qu’il peut devenir le point de ralliement d’un mouvement de protestation qui a surgi dans tout le pays sans l’aide d’un « dirigeant » bourgeois. Aujourd’hui, les télévisions étrangères ont tenté de donner du relief à la participation d’El Baradei aux manifestations. Mais elles ne sont parvenues qu’à nous montrer des images d’un vieil homme abasourdi qui ne savait pas trop où il était, ni où il allait.

La lutte pour la complète démocratie permettra de construire d’authentiques syndicats et partis ouvriers. Mais elle posera également la question de la démocratie économique et de la lutte contre l’inégalité. La démocratie ne serait qu’un mot creux si la classe dirigeante continuait de contrôler l’essentiel des richesses. Confiscation des richesses de la clique dirigeante ! Expropriation des impérialistes qui ont soutenu le régime et exploité le peuple d’Egypte ! Si elle est menée jusqu’à son terme, la lutte pour la démocratie doit inévitablement mener à l’expropriation des banquiers et des capitalistes – et à l’établissement d’un gouvernement ouvrier et paysan.

Révolution mondiale

La situation dans le monde entier a changé de façon décisive, et les évènements en Egypte le montrent d’une façon impressionnante. Nous sommes résolument entrés dans l’époque de la révolution mondiale. Le caractère international de la révolution n’est nulle part aussi évident qu’en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Elle se propage sans cesse d’un pays à l’autre : de la Tunisie à l’Algérie, de l’Egypte à la Jordanie, du Yémen au Liban.

Les événements en Tunisie ont été une inspiration, bien sûr. Les gens pouvaient voir de leurs propres yeux que même l’appareil sécuritaire le plus puissant ne pouvait pas empêcher le renversement d’un dictateur haï. Le peuple, dans les rues du Caire, a même repris le slogan en français des manifestants tunisiens : « Moubarak, dégage ! ».

La Tunisie a montré ce qui était possible. Mais il serait faux de penser que c’est la seule cause, ou même la principale, de ce qui se passe en Egypte. Les conditions d’une explosion révolutionnaire mûrissaient de longue date dans tous les pays de la région. Tout ce qu’il fallait, c’était une étincelle pour mettre le feu aux poudres. La Tunisie l’a fournie. Le soulèvement révolutionnaire a déjà atteint d’autres pays arabes, comme le Yémen. Comme en Tunisie, les peuples d’Egypte, d’Algérie, de Jordanie et du Yémen vivent dans la pauvreté sous la dictature d’une élite qui se paye une vie de luxe en pillant la nation.

Ces mouvements ont des similitudes frappantes avec les mouvements de masse qui ont conduit au renversement des régimes d’Europe de l’Est, il y a 20 ans. Sur le papier, ces gouvernements disposaient d’un appareil d’Etat puissant, d’une grande armée, d’une police et d’une police secrète puissantes. Mais cela n’a pas pu les sauver. La bourgeoisie s’est félicitée de la chute du « communisme ». Mais cette joie était prématurée. Rétrospectivement, la chute du stalinisme sera considérée comme le prélude à un développement beaucoup plus important : le renversement révolutionnaire du capitalisme. Partout, y compris aux Etats-Unis, le système est en crise. Partout la classe dirigeante essaie de placer le fardeau de la crise sur les épaules des secteurs les plus pauvres de la société.

Avec la Tunisie et l’Egypte, le système capitaliste se rompt à ses maillons les plus faibles. On nous dira que de telles choses ne peuvent pas arriver ici, que la situation est différente – et ainsi de suite. Oui, la situation est différente, mais seulement par son degré. Partout, la classe ouvrière et les jeunes seront confrontés à la même alternative : soit ils accepteront la destruction systématique de leur niveau de vie et de leurs droits – soit ils lutteront.

L’argument selon lequel « ça ne peut pas se produire ici » n’a aucun fondement scientifique ou rationnel. On disait la même chose de la Tunisie il y a quelques mois, lorsque ce pays était considéré comme le plus stable d’Afrique du Nord. Et le même argument a été répété au sujet de l’Egypte, même après le renversement de Ben Ali. Quelques semaines ont suffi pour prouver le contraire. Telle est la rapidité des événements, à notre époque. Tôt ou tard, la même question sera posée dans tous les pays d’Europe, ainsi qu’au Japon, au Canada et aux Etats-Unis.

Des développements révolutionnaires sont à l’ordre du jour. Le processus avancera à une vitesse plus ou moins grande selon les conditions locales. Mais aucun pays ne peut s’estimer à l’abri du processus général. Les événements en Tunisie et en Egypte nous montrent notre propre avenir comme dans un miroir.

Alan Woods, le 28 janvier 2010

Mais où est donc le pouvoir en Egypte ce soir ?

Le pouvoir "officiel", est à la rue, le pouvoir de fait dans la rue !

En complément en anglais...

http://www.marxist.com/revolution-in-egypt-power-is-on-the-street.htm

Solidarité internationaliste,
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« Modifié: 31 janvier 2011 à 18:33:53 par W catharos »
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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #2 le: 29 janvier 2011 à 22:13:22 »
Bonsoir,

Un article récent (2 heures) sur l'état mobilisation et surtout sur l'ampleur de la répression qui est terrible. Celle-ci a sans aucun doute atteint son point culminant la nuit dernière alors que l'Égypte était totalement coupée du monde (sur conseil américain sans doute).

Paix à l'âme de  Mohamed Bouazizi déclencheur de ces vagues révolutionnaires et véritable martyr.

Le soulèvement des pays arabes honore son sacrifice !

Ta mort n'est pas perdu !

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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #3 le: 31 janvier 2011 à 12:15:42 »
Salut apatride,

Effectivement tu as raison, mais les égyptiens ne sont pas seul, et cela c'est important, seulement leurs vrais amis ne sont par les dirigeants des pays dit amis, à commencer par les Etats - Unis, qui attendent le départ de Moubarak, tout en maintenant le régime, ce qui compte pour les capitalistes c'est l'Ordre, sans changer l'ordre social......

Alors que l'opposition appelle à la grève générale et que la pénurie de carburant commence, que l'économie tend à s'arrêter, le pouvoir vacille...

L'article du camarade Alan Woods, édité par La Riposte posté à la suite montre bien les enjeux qui sont grands et pas que pour l'Egypte mais aussi pour tout le monde arabe et de fait pour le monde entier qui observe...

Assistons - nous à un Effet Domino, après la Tunisie ?

Si chaque pays a ses propres traditions, les révolutions sont "nationales", mais le processus est international...

Egypte : la révolution n’a pas de frontière
31-01-2011

Cet article date du dimanche 30 janvier 2011



Le soulèvement populaire contre Hosni Moubarak se poursuit. Sur le papier, le président jouit d’un énorme pouvoir. Il passe des décrets. Il donne des ordres à l’armée. Il menace tous ceux qui bravent le couvre-feu. Mais personne n’obéit – et rien ne se passe.

Un correspondant de la BBC, au Caire, résume la situation : « le siège du parti au pouvoir est en flammes, mais il n’y a aucun pompier en vue. Il n’y a pas de police, non plus. L’Etat, ici, a disparu. »

Plusieurs bâtiments gouvernementaux ont été attaqués. Lors d’un assaut contre le Ministère de l’Intérieur, ce lieu de torture, des snipers ont tiré sur la foule et tué trois personnes. Les gens risquent leur vie chaque jour. Le bilan s’élèverait à plus de 150 morts et 4000 blessés. Mais personne ne connaît les chiffres réels. La répression ne parvient pas à étouffer le mouvement. Les gens n’ont pas peur de mourir. C’est leur plus grande force – et c’est la principale faiblesse de leurs adversaires.

La « communauté internationale »

La « communauté internationale » est terrifiée. Washington comprend très bien que la révolution égyptienne aura de profondes conséquences sur les autres pays de la région. Les impérialistes américains et européens demandent à Moubarak de ne pas réprimer violemment les manifestants et de créer les conditions d’élections libres et justes. Le gouvernement américain a déclaré, samedi, qu’un simple remaniement ministériel ne suffirait pas. Il a appelé Moubarak à mener immédiatement « d’authentiques réformes ».

Dans une déclaration commune, les gouvernements britannique, français et allemand disent être « vivement préoccupés par les événements que nous observons en Egypte. […] Nous appelons le président Moubarak à éviter à tout prix l’usage de la violence contre des civils sans armes et appelons les manifestants à exercer leur droit pacifiquement. […] Les droits de l’Homme et les libertés démocratiques doivent être pleinement respectés, y compris la liberté d’expression et de communication. »

Les impérialistes oublient un petit détail. La première « authentique réforme » que le peuple exige, c’est la démission de Moubarak et de ses amis – qui n’y sont pas disposés. Par ailleurs, les dirigeants américains et européens n’ont aucune autorité pour parler des « droits de l’homme ». Pendant des décennies, ils ont soutenu le régime bestial de Moubarak. Ils ont financé son armée et sa police. Ils ont fermé les yeux sur la répression et la torture. En retour, Moubarak soutenait leur politique au Moyen-Orient. Il était un élément clé de la monstrueuse farce du « processus de paix » au Proche-Orient, c’est-à-dire de la trahison des Palestiniens. Ces excellentes relations entre Moubarak et les impérialistes ne reposaient pas sur la démocratie et les droits de l’homme, mais sur la défense cynique de leurs intérêts respectifs.

Pendant des années, les mêmes impérialistes ont dicté leur politique économique à ces gouvernements « indépendants ». Les « réformes de marché » ont généré une inégalité croissante, de la pauvreté et du chômage. Pendant plus de vint ans, Ben Ali a servilement appliqué le traitement mortel que lui dictait le FMI. Cela a déstabilisé l’économie nationale et appauvri la population. C’est la base réelle de la révolution tunisienne. On peut en dire autant de l’Egypte, depuis que Sadat est revenu sur la politique d’Abdel Nasser et qu’il a transformé l’Egypte en un satellite de l’impérialisme américain. Son fidèle lieutenant, Hosni Moubarak, a poursuivi et approfondi cette politique, sous la dictée des Américains. Tout ceci servait les intérêts des impérialistes, en Europe et aux Etats-Unis. Le même processus s’est déroulé dans de nombreux pays. Et tout ceci est à présent menacé.

Ce qui « inquiète » véritablement Washington, Londres, Paris et Berlin, c’est la perspective d’un effondrement de leurs stratégies pour contrôler le Moyen-Orient et ses immenses ressources. La déclaration commune européenne le dit clairement : « Nous reconnaissons le rôle modérateur que le président Moubarak a joué depuis de nombreuses années au Moyen-Orient. Nous lui demandons désormais de faire preuve de la même modération pour traiter la situation actuelle en Egypte ». Par « rôle modérateur », il faut comprendre le soutien flagrant de Moubarak aux politiques impérialistes. Il était un allié déterminant pour les Etats-Unis et Israël. Aussi cherchent-ils désespérément à le sauver. Mais ils ont déjà échoué. Aucune force au monde ne pourra le sauver.

Effet domino

Les inquiétudes des impérialistes sont parfaitement fondées. Les révolutions ne respectent pas les frontières. Les événements en Egypte et en Tunisie font trembler les fondations de tout le monde arabe. Il y a eu des manifestations de masse en Algérie, au Yemen et en Jordanie. La semaine dernière, un groupe d’ex-officiers jordaniens a écrit une lettre ouverte au roi de Jordanie. Ils lui demandent de mener des réformes, afin d’éviter le pire. Interviewé par la BBC, le vice-Premier ministre jordanien a répondu que ces officiers n’étaient pas nombreux : « pas plus de 150 ou 200 ».

Pendant des décennies, les régimes corrompus du Golfe se sont assis sur d’énormes ressources pétrolières, pendant que des millions d’Arabes subissent la pauvreté et le chômage. Ces régimes pourris sont impopulaires et reposent sur la répression, comme celui de Moubarak. Son renversement déstabiliserait tous les régimes pro-occidentaux de la région.

La masse des Palestiniens a été choquée et dégoûtée par les récentes révélations sur les accords secrets entre la direction de l’OLP et Israël. Le soi-disant « processus de paix » est en lambeaux. Dans ce contexte, les événements en Tunisie et en Egypte auront un impact très sérieux sur la pensée des Palestiniens ordinaires.

La tactique de la soi-disant « lutte armée » n’a mené nulle part. Les roquettes du Hamas n’ont pas même entaillé l’armure du puissant Etat israélien. La clique dirigeante israélienne ne s’en soucie pas. Au contraire. Chaque roquette qui tombe sur un village israélien est une excellente nouvelle pour les Sionistes. Cela convainc des Israéliens ordinaires que « ces gens veulent nous tuer » – et les pousse derrière le gouvernement. Mais la politique des dirigeants palestiniens « modérés » a misérablement échoué, elle aussi. Le Hamas et Mahmoud Abbas n’ont rien à offrir au peuple palestinien. Celui-ci ne peut faire confiance qu’en lui-même et en sa propre force. La perspective d’une nouvelle Intifada se rapproche de jour en jour. Ce qui se passe en Tunisie et en Egypte est une inspiration, pour les Palestiniens.

Aucun gouvernement n’a plus peur de la révolution arabe que celui d’Israël. L’Egypte est l’un des plus importants alliés d’Israël, dans la région. Elle a une frontière avec la bande Gaza, et Moubarak a activement collaboré avec Israël pour l’étrangler. Il a également apporté un soutien précieux à Abbas et à l’aile droite de la direction de l’OLP. Sa chute serait une catastrophe pour Israël. Elle transformerait la situation dans tout le Moyen-Orient – et au-delà.

Et maintenant ?

Moubarak promet des changements cosmétiques et s’accroche au pouvoir. Cela ne marchera pas. Tout dépend de deux choses : l’élan du soulèvement populaire et le rôle de l’armée. Il y a des tanks dans les rues. Mais ils sont encerclés par le peuple révolutionnaire. Les manifestants grimpent sur les chars et tentent de fraterniser avec soldats – qui, souvent, expriment leur sympathie.

Hier [samedi], Place de la Libération, des soldats ont tiré – en l’air, probablement. Mais le peuple n’a pas tremblé. Au contraire, les gens ont accouru vers l’endroit d’où les coups de feu étaient partis. Ils courraient vers le danger, au lieu de le fuir. C’est un détail extrêmement significatif. Il montre les limites du pouvoir militaire.

Le mouvement n’est pas intimidé par la force. Son élan prolongé pose la question d’un départ de Moubarak et de sa famille. Les sommets de l’armée pèsent soigneusement les différents éléments de l’équation. A leurs yeux, le maintien de leur pouvoir et de leurs privilèges est beaucoup plus important que le maintien de Moubarak.

Les masses savent que la position du régime est intenable. Elles savent qu’elles ont déjà remporté une victoire. Dans la rue, l’atmosphère est pleine de joie et d’euphorie. Cette euphorie se transmet à toutes les couches de la population. Un journaliste de la BBC a demandé à un vieil homme de la classe moyenne, qui fuyait le Caire, ce qu’il pensait des manifestations. Il a répondu : « Les manifestations son magnifiques ! J’ai attendu ça toute ma vie ! ».

De grands événements se préparent qui vont ébranler le monde.


Alan Woods, le 30 janvier 2011


Alors camarades, juste pour répondre à une question que je me posais, l'effet domino cela peut être quoi ?

Bien vu par Carlos Latuff, dessinateur brésilien...

Illustration Latuff, 24/01/2011 : (Cartoons) First Tunisia, then Egypt في البداية تونس, والآن مصر #Jan25
« Modifié: 01 février 2011 à 19:28:53 par W catharos »
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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #4 le: 01 février 2011 à 19:24:15 »
Salut camarades,

Il y a bien des articles dans ce fil, mais dans la suite des évènements, c'est inévitable, il faut bien essayer de comprendre où vont les masses en Egypte qui font, la Révolution ?

Le succès immense pour les manifestants d'aujourd'hui, et d'autres luttes suivront, car si les dirigeants politiques et économiques, les chefs de l'Armée, conseillés par le Pentagone veulent bien changer certaines formes et se débarasser du devenu inutile et gênant Moubarak, ils ne veulent sûrement pas changer le fond et leur Ordre Social...

Les contradictions résolues par le départ de Moubarak, et comme disait le fameux acteur Omar Sharrif, de son hôtel au centre du Caire, jamais il n'aurai pu espérer cela, le monde arabe s'ouvre à la Liberté et pose des questions que sans doute beaucoup d'Egyptiens se posent

"Moubarak parti et après ? Personnellement, je ne sais pas ce que veut le peuple. Qui pour prendre sa place ? Qui sera responsable du pays ?"...

Si les libertés démocratiques peuvent être une revendication légitime, le pain, le travail et la justice Sociale, reste des moteurs de la Révolution...

L'article du camarade Greg Oxley, montre bien les perspectives possibles, les défis effectivement posés à la Révolution égyptienne.

La révolution égyptienne et les défis qui l’attendent
01-02-2011



Les manifestations de ce 1er février 2011, en Egypte, ont rassemblé entre trois et quatre millions de personnes, dont près de deux millions au Caire. Le mouvement révolutionnaire monte en puissance. Cette magnifique démonstration de force sonne le glas de Moubarak. On voit mal comment le vieux dictateur pourrait se maintenir au pouvoir. Son départ – dans un avion ou dans un cercueil – est devenu la condition sine qua non pour que l’Etat-major de l’armée égyptienne conserve ce qui lui reste d’autorité sur les troupes. Les soldats fraternisent avec les manifestants. Incapable de mettre fin au soulèvement, l’Etat-major « reconnaît » la légitimité de ses revendications. Ce sont les mêmes généraux réactionnaires, corrompus jusqu’à la moelle, financés et armés par les Etats-Unis, qui formaient le pilier central de la dictature de Moubarak. Si les mobilisations dans la rue avaient été de plus faible ampleur, ils les auraient écrasées dans le sang sans la moindre hésitation. Mais dans le contexte actuel, cette option ne leur est plus ouverte. Les soldats se retourneraient contre leur commandement – et l’armée se briserait en deux.

Le départ de Moubarak ne garantit pas le rétablissement de l’autorité de l’Etat-major. Mais toute tentative de maintenir le président au pouvoir rendrait inéluctable l’effondrement de cette autorité. La division de l’armée donnerait une impulsion nouvelle et extrêmement puissante à la révolution égyptienne. Les chefs militaires sont liés par mille liens au Pentagone. Leur renversement signifierait la rupture du maillon principal de la chaîne stratégique de l’impérialisme américain dans la région. L’existence même du système capitaliste en Egypte – et, par conséquent, à travers l’Afrique du Nord et le Moyen Orient – serait remise en question. C’est cette perspective cauchemardesque, du point de vue des impérialistes, qui sème la panique à Washington et qui explique toutes les manœuvres visant à assurer une « transition en bon ordre », compatible avec ses intérêts économiques et stratégiques. C’est ce que Sarkozy, Cameron, Merkel et Obama appellent la « stabilité ». Ils veulent un changement qui ne change rien de fondamental.

Les masses ne voient pas le problème de la même façon. Le départ de Moubarak sera l’occasion d’une grande liesse populaire. Mais très rapidement, il apparaîtra que pratiquement aucun des problèmes fondamentaux à l’origine de cette révolution n’est résolu. L’Egypte est un pays où l’immense majorité de la population vit dans une pauvreté écrasante. Les réformes introduites à l’époque de Nasser et les mesures favorisant une plus grande indépendance économique du pays – notamment la nationalisation du canal de Suez et d’autres secteurs de l’économie – ont été annulées ou détournées au profit d’une minorité capitaliste mafieuse, une minorité qui engrange d’immenses fortunes grâce aux salaires de misère et au chômage de masse.

Cette exploitation et cette misère seront-elles moins accablantes sous le « nouveau » gouvernement ? Pas du tout. Les mêmes intérêts capitalistes domineront le pays. Et sur la base du capitalisme, en Egypte, le contexte international et les réalités sociales du pays entrent en contradiction avec la perspective d’un régime démocratique qui tolérerait durablement la libre expression, des élections libres et le développement de syndicats et de partis ouvriers indépendants. Le gouffre entre les riches et les pauvres, entre les exploiteurs et les exploités, est trop grand pour cela. A terme, le capitalisme égyptien ne pourrait fonctionner qu’au moyen d’une dictature. Les masses égyptiennes n’auront jamais que les droits qu’elles prendront et conserveront par la lutte.

Dans l’histoire de toute révolution, il y a, par la force des choses, deux phases successives – la première présentant moins de difficultés que la deuxième, pour la classe révolutionnaire. Ce fut le cas lors de la révolution française de 1789-1795, lors de la révolution russe de 1917 et lors de pratiquement toutes les révolutions. Après le soulèvement initial et le premier succès des masses contre l’ancien régime, elles apprennent par l’expérience que le changement au sommet ne change rien, ou presque, en ce qui concerne leurs conditions d’existence et les dangers qui les guettent. Il en sera ainsi en Egypte – et aussi, pour les mêmes raisons, en Tunisie. Les révolutions qui sont en cours dans ces deux pays sont le produit d’une longue maturation, de l’effet accumulé d’oppressions et de souffrances insupportables. Mais une fois que les masses entrent en action, elles peuvent arracher des concessions initiales – comme le départ de Ben Ali ou de Moubarak – avec une relative facilité. Quelques symboles et acteurs de l’oppression sautent, mais l’oppression elle-même demeure. Il faudra du temps – plus ou moins long, selon les circonstances – avant que les masses prennent pleinement conscience des causes réelles de cette oppression et pour que se préparent les conditions d’une nouvelle offensive révolutionnaire, dans le but de les éradiquer.

En Tunisie, l’intervention soudaine des opprimés dans l’arène politique a forcé la classe dominante à sacrifier sa figure de proue. Il en ira de même en Egypte. Mais les régimes en place ne peuvent guère donner plus. Sortir du marasme économique et social, éradiquer la pauvreté et moderniser le pays sont des tâches irréalisables sans porter atteinte aux fondements mêmes du système capitaliste, c’est-à-dire à la propriété capitaliste des banques, de l’industrie et des principales ressources économiques du pays. C’est également impossible sans mettre un terme au monopole des armes dont jouissent les représentants militaires et policiers de la classe dominante. La seule force qui peut accomplir ces tâches est la classe ouvrière égyptienne, qui devra s’armer d’organisations déterminées à balayer le système capitaliste.

En dernière analyse, les deux sources du pouvoir sont la propriété des moyens de production et le contrôle des armes. Tant que ces deux sources sont entre les mains d’une minorité, elles s’en serviront pour soumettre et exploiter la majorité. C’est cette vérité fondamentale qui doit trouver une expression politique et organisationnelle en Egypte et en Tunisie, qui doit former le programme des travailleurs. Le sort de ces deux révolutions – et de toutes celles qui les suivront – en dépend. Dans les mois et les années à venir, la révolution devra aboutir à la réalisation de ce programme, le programme du socialisme révolutionnaire, ou alors elle sombrera, cédant la place à de nouvelles dictatures au service de vieilles oppressions.

Une Egypte socialiste ne restera pas isolée. La victoire de la révolution égyptienne aurait de profondes répercussions en Afrique et au Moyen Orient. Elle ouvrirait la perspective d’en finir avec la domination et les crimes impérialistes dans toute la région.

Greg Oxley (PCF Paris 10e)
« Modifié: 01 février 2011 à 19:29:54 par W catharos »
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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #5 le: 02 février 2011 à 18:37:19 »
Salut camarades,

La situation en Egypte atteint un point critique... "L'Egypte est au bord de la guerre civile", mais si les ressources de ceux qui font la Révolution et leurs soutiens pas qu'en Egypte sont immenses, il y a des faiblesses, les forces contre la révolution les pro - Moubarak, avec l'appareil d'Etat sont encore bien organisés.

Ce qui se passe en Egypte ce soir, ce n'est pas la lutte des partisans de l'ordre et de la légalité contre ceux du désordre et de l'illégalité, mais ceux qui font la Révolution pour leurs droits contre les forces plus ou moins occultes de la Contre - Révolution...

Le dictateur Moubarak ne veut pas lâcher le pouvoir, et si tout ne se décide pas dans le bureau d'Obama, comme disait Che Guevara, "La Révolution n'est pas une pomme qui tombe de l'arbre lorsqu'elle est mûre, Il faut la faire tomber" et le pouvoir aussi !

C'est exactement les problèmes posés, même si faire tomber le sommet de l'Etat, ce n'est pas faire tomber l'appareil d'Etat, aujourd'hui les centaines de milliers d'égyptiens en révolte qui se battent dans les rues veulent pour commencer la fin de Moubarak...

"L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes", écrivait Karl Marx dans le Manifeste du Parti Communiste, ils ne doivent compter que sur leur propre force pour abattre le pouvoir, et le prendre, là où il réside, et en Egypte c'est symbolique, le palais présidentiel et autres lieux de décisions...

Bien sur, dire cela, d'ici, c'est bien vain et je n'ai aucunes leçons à donner, mais nul doute que beaucoup d'égyptiens en ont conscience, se posent ces questions et que dans leur lutte d'un courage immense, ils cherchent à vaincre, de plus ils savent que la défaite entrainerait pour eux, sans doute, une répression effroyable.

Dans l'analyse bien compliquée de la situation, de se que j'en comprends, du moins, l'article mis en référence, (hélas en anglais), me semble très juste...



"L'Egypt on the brink of civil war" - "L'Egypte au bord de la guerre civile", par le camarade Alan Woods, édité le 2 février 2011 par http://www.marxist.com/

http://www.marxist.com/egypt-on-brink-of-civil-war.htm

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« Modifié: 02 février 2011 à 21:41:21 par W catharos »
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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #6 le: 03 février 2011 à 12:11:37 »
Salut camarades,

L'article précédent dont je parlais étant disponible en français je le poste donc...

L’Egypte au bord de la guerre civile
03-02-2011



Cet article d’Alan Woods date du mercredi 2 février.

La révolution égyptienne atteint un point critique. Le vieux pouvoir s’affaisse sous les coups de butoir des mobilisations de masse. Mais la révolution est une lutte de forces vivantes. Le régime n’a pas l’intention de se rendre sans combat. Les forces contre-révolutionnaires reprennent l’offensive.

Mardi, la « marche des millions » a dépassé toutes les attentes. Ce mouvement gigantesque n’a pas de précédent, en Egypte. Les manifestants sont descendus dans les rues de toutes les villes du pays. A l’inverse, les manifestations de soutien au Président, hier [mardi], étaient petites et essentiellement composées de membres des forces de sécurité, de bureaucrates et leurs familles – en bref, de tous ceux qui ont quelque chose à perdre si Moubarak est renversé.

La révolution a d’énormes réserves de soutien. Cependant, il y a des faiblesses dans le camp de la révolution. Le caractère spontané du mouvement est à la fois sa principale force et sa principale faiblesse. Les forces de la contre-révolution sont numériquement plus faibles. Mais dans les révolutions comme dans les guerres, le nombre ne fait pas tout. Plus d’une fois, dans l’histoire, on a vu de grandes armées, composées de soldats courageux, perdre face à de petites armées professionnelles dotées de bons officiers.

Les révolutionnaires sont déterminés et courageux. Mais les contre-révolutionnaire ont beaucoup à perdre : leurs emplois, leurs positions, leurs pouvoirs et leurs privilèges. Ils se battent avec l’énergie du désespoir. Et ils sont organisés. Il ne fait pas le moindre doute que des policiers en civil formaient les troupes de choc de ceux qui ont attaqué les manifestants, place Tahrir. Il ne s’agissait pas d’une manifestation spontanée de soutien au Président, mais d’une intervention soigneusement préparée, dans le cadre d’un plan précis.

La stratégie de Moubarak

Moubarak a décidé d’ignorer les millions de manifestants qui réclament son départ. Il se moque bien du sort de l’Egypte. Il se préoccupe encore moins des inquiétudes de ses anciens amis et alliés, à Washington. Son seul programme, c’est sa survie. Sa seule perspective, c’est le vieux mot d’ordre des despotes : « Après moi, le déluge ! »

Le discours télévisé de Moubarak, mardi soir, a été vécu comme une provocation. Loin de calmer les manifestants, il a jeté de l’huile sur le feu. Dans la nuit, place Tahrir, des cris fusaient : « Nous ne partirons pas ! » Les masses ne veulent pas donner à Moubarak le temps de manœuvrer. Elles veulent qu’il démissionne et qu’il soit jugé. Tout le monde sait qu’il a donné l’ordre de tirer sur les manifestants, vendredi dernier. A présent, il lance ses troupes de choc contre des manifestants désarmés, place Tahrir. Avec un tel régime, il ne peut y avoir ni paix, ni trêve, ni pardon.

Jusqu’alors, les manifestations avaient été complètement pacifiques. Cela avait donné aux masses un faux sentiment de sécurité. A présent, ces illusions sont dissoutes. L’objectif de Moubarak est de reprendre aux manifestants le contrôle de la place Tahrir – et l’initiative.

Il est clair que le discours de Moubarak faisait partie d’un plan bien élaboré. En s’engageant à faire des concessions, il espérait gagner le soutien des éléments les plus hésitants : les classes moyennes qui craignent l’instabilité et le « désordre » ; la bourgeoisie qui a peur de la révolution comme de la peste et veut que les affaires reprennent ; les couches arriérées, politiquement inertes, qui ne comprennent rien et gravitent autour des grands noms, quels qu’ils soient ; les dépravés, les criminels et les déclassés qui sont prêts à vendre leurs services au plus offrant. Telles sont les réserves sociales de la réaction qui sont mobilisées contre la révolution.

Dans le même temps, Moubarak annonce que les banques et les magasins rouvriront leurs portes dimanche, qui est en Egypte le premier jour de la semaine. L’objectif est de créer l’impression d’un retour à la normale. Mais il n’y aura pas de retour à la normale, en Egypte, avant longtemps.

Panique à Washington

L’administration américaine devient de plus en plus nerveuse. Plus Moubarak s’accroche au pouvoir, plus augmente le risque de ce qu’ils appellent le « chaos ». Les derniers événements ont confirmé leurs pires craintes. L’Egypte pourrait glisser dans la guerre civile. Cela ruinerait les plans américains pour une « transition contrôlée ».

Immédiatement après le discours de Moubarak, Obama a déclaré que la « transition […] doit commencer maintenant ». Il a dit l’avoir expliqué à Moubarak pendant 30 minutes, au téléphone. Il serait intéressant de connaître le contenu précis de cette conversation. On peut supposer qu’elle n’a pas été très cordiale. Quand le président des Etats-Unis dit qu’une transition pacifique doit commencer immédiatement, il s’approche autant qu’il le peut de : « Mais bon sang, Moubarak, va-t-en ! »

Cependant, Obama ne peut pas demander publiquement à Moubarak de partir. Les Américains doivent choisir leurs mots très soigneusement, car ils sont attentivement écoutés par les gouvernements de Jordanie, du Maroc et d’Arabie Saoudite (entre autres), qui sentent le sol se dérober sous leurs pieds. L’onde de choc de la révolution égyptienne continue de secouer les pays voisins.

Que faire ?

Les masses restent dans la rue, mais Moubarak a mobilisé les forces de la réaction – et l’armée reste en retrait. Que faire ? Le peuple veut augmenter la pression. Une nouvelle manifestation de masse est prévue pour vendredi. L’idée d’une marche sur le palais présidentiel commence à circuler.

Le peuple exige justice et revanche. Ceux qui sont coupables de crimes contre le peuple doivent être jugés par des tribunaux populaires. Cela vaut pour les policiers qui ont tiré sur la foule comme pour celui leur en ont donné l’ordre. Il n’y a pas d’autre issue que l’insurrection. Et pour qu’elle soit couronnée de succès, le mouvement ouvrier doit jouer un rôle clé.

C’est la longue vague de grèves et de manifestations de ces dernières années qui a affaibli le régime et préparé ce mouvement révolutionnaire. A présent, les travailleurs mettent sur pied des syndicats indépendants. Ils ont le pouvoir de paralyser le pays. L’appel à une grève générale est la seule réponse adéquate à la tactique actuelle du régime, qui mobilise ses brigands contre des manifestants désarmés. Pour préparer la grève générale, des comités d’action doivent être constitués – dans les entreprises, les quartiers, les casernes – et être reliés aux niveaux local, régional et national. Ainsi, le peuple révolutionnaire pourra élire ses propres représentants – au lieu de se voir attribuer des « dirigeants » auto-proclamés ou choisis par l’ambassade américaine.

Le régime tente désespérément de reprendre le dessus. L’ordre ancien est comme un animal blessé qui refuse de mourir et se débat. L’ordre nouveau lutte pour advenir. L’issue de ce combat déterminera le sort immédiat de la révolution. Celle-ci doit se défendre. Elle doit s’armer pour résister aux assauts de la contre-révolution. Or la meilleure forme de défense, c’est l’attaque. Il est temps, pour le mouvement, d’aller au-delà des manifestations de masse.

Pour tuer un serpent, il faut lui écraser la tête. La passivité serait la mort de la révolution. Le pouvoir ne tombera pas dans les mains du peuple comme un fruit mûr. Au lieu de rester place Tahrir, les masses doivent passer à l’offensive, marcher sur le palais présidentiel et prendre le pouvoir. Elles ne peuvent compter que sur leurs propres forces. C’est la seule façon de sauver la révolution et de remporter une victoire décisive.

Alan Woods, le 2 février 2011
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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #7 le: 03 février 2011 à 12:45:34 »
Apparemment la base de l'armé lassée des exactions des contres révolutionnaires (qui ont par ailleurs durée encore toute cette et ce matin !) pro moubarak ferait reculer ces derniers avec les chars. Le vent tourne..

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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #8 le: 05 février 2011 à 02:01:39 »
Ce n'est qu'un "petit détail" peut être, mais jusqu'il y a peu, tant le parti du tunisien Ben Ali, comme de l'egipcien Moubarak faisaient partie de...l'Internationale Socialiste (!), n'ayant été exclus que ces derniers jours, face au mouvements de masse. Cela dit beaupoup de la dégénération droitière des dirigeants des principaux partis ouvriers dans la dernière periode! Il n'y a pas que dans le "monde arabe" que l'on a besoin de profonds changements!

Salutations communistes
PV
« Modifié: 05 février 2011 à 02:03:32 par fireball »
Patrick Vandeweyer
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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #9 le: 05 février 2011 à 02:10:07 »
Comment Paris a soutenu la police égyptienne

Dans les coulisses de l’aide française à la « formation » de la police de Moubarak

À l’automne dernier, le ministère de l’Intérieur de Brice Hortefeux a organisé au Caire des stages pour former des policiers égyptiens à la « gestion des foules ». Le soutien de Paris à la dictature a été constant.

Du 10 au 16 octobre 2010, deux mois et demi avant le début de la révolte égyptienne, le ministère de Brice Hortefeux dépêche au Caire le commandant de police Pascal Comeau de la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de Saint-Étienne et le capitaine Luc Brun de la DDSP de Metz afin de donner à des officiers de police égyptiens une formation à la « gestion des foules et des grands événements ». Une formation aux effets non contrôlés puisque, selon le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, la « gestion des foules » à la mode Moubarak aurait fait plusieurs centaines de morts depuis le début des manifestations.

Cette assistance française à la police égyptienne n’est pas nouvelle. Du 16 au 26 septembre 2010, un stage s’est déroulé au Caire, encadré par la direction centrale de la police nationale française afin de donner à des agents égyptiens du groupe des opérations spéciales une formation aux techniques de filature. Selon le site Internet de l’ambassade de France au Caire « le stage, qui a alterné théorie et pratique avec des exercices diurnes et nocturnes, en zone urbaine, en lieu clos et infrastructures complexes, s’est déroulé de manière très professionnelle et dans un excellent esprit d’échange d’expériences ». Ce stage a été organisé à la demande d’un organisme public égyptien, l’ACA (Administrative Control Authority), rattaché au premier ministre et chargé de la lutte contre la corruption impliquant des agents publics.

La coopération franco-égyptienne sur ce sujet remonte à plus de dix années. Là aussi avec le succès que l’on connaît : le régime égyptien est, de l’avis de nombre d’ONG, l’un des plus corrompus qui soit. Le forcing des États-Unis, de l’Union européenne pour que Le Caire ouvre son économie aux investissements des multinationales a, depuis le début des années soixante-dix, été chèrement négocié par la grande bourgeoisie égyptienne et plus particulièrement par le cercle d’hommes d’affaires entourant les chefs de l’État successifs, qui, à l’occasion de privatisations, en ont largement tiré profit.

Cette coopération policière est d’ailleurs l’un des volets des accords de l’Union pour la Méditerranée conclus entre l’Europe et l’Égypte, mais aussi la Tunisie. C’est dans ce cadre que Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur, a accueilli place Beauvau, à Paris, en décembre 2008, la première réunion des directeurs généraux de police des pays européens et méditerranéens. Cette assistance ne relève pas seulement du bon voisinage, elle est l’expression du soutien politique des dirigeants européens, et particulièrement des Français, à des régimes oppressifs vis-à-vis de leurs peuples mais bienveillants à l’égard des intérêts occidentaux.

La France, pour sa part, a apporté quasiment jusqu’au dernier moment son soutien à la dictature de Moubarak. C’est ainsi que le 22 janvier 2011 Michèle Alliot-Marie, ex-ministre de l’Intérieur, devenue ministre des Affaires étrangères, en visite au Caire, assurait, en évoquant l’attentat criminel contre les coptes d’Égypte, que « c’est l’État égyptien, avec ses caractéristiques de démocratie et de tolérance », qui était visé par les auteurs de l’attentat. À cette date, 23 manifestants étaient déjà morts sous les coups ou les tirs d’une police égyptienne formée à la « gestion des foules ».

Hier, à la suite de Barack Obama, Nicolas Sarkozy a fait part de « son souhait qu’un processus de transition concret s’engage sans tarder ». Mais c’est une rupture que réclament les millions d’Égyptiens qui ont manifesté mardi dernier.

Pierre Ivorra

Source: L'Humanité

http://humanite.fr/02_02_2011-dans-les-coulisses-de-l%E2%80%99aide-fran%C3%A7aise-%C3%A0-la-%C2%AB-formation-%C2%BB-de-la-police-de-moubarak-464204

« Modifié: 05 février 2011 à 02:19:03 par fireball »
Patrick Vandeweyer
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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #10 le: 10 février 2011 à 17:33:47 »
Salut camarades,

Peut être que la nature même de la Révolution en Egypte pourrait se modifier, avec la place que prennent les travailleurs égyptiens dans le combat.

La Bourgeoisie, les Impérialistes n'ont peur que d'une chose, la place que la classe ouvrière en tant que telle, avec ses intérêts propres, pourrait jouer, dans le renversement du régime, car c'est elle seule qui peut porter jusqu'au bout l'idéal démocratique, et les aspirations de la paysannerie pauvre...

L'article de La Riposte, montre bien que si la classe ouvrière entre vraiment dans la Révolution, comme les faits tendent à le démontrer, et comment elle le fait, cela sera un tournant décisif...

Egypte : la révolution entre dans les entreprises

10-02-2011

La révolution égyptienne a franchi un cap décisif, ces derniers jours. Des grèves, parfois accompagnées d’occupations ou de sit-in, se développent dans tout le pays. Les travailleurs interviennent comme une force révolutionnaire indépendante. Dans certains cas, ils expulsent les managers détestés et les dirigeants syndicaux corrompus. La révolte se développe également dans les universités.

Hier, mercredi 9, les travailleurs des télécoms du Caire étaient en grève. La grève semblait gagner d’autres villes, dont Maadi et Alexandrie. Les travailleurs protestent contre la corruption et les bas salaires.

A Suez, des travailleurs du textile occupaient leur usine. Quelque 1000 travailleurs d’une usine Lafarge (ciment) sont en grève. Parmi leurs revendications : le soutien à la révolution et le droit de former des syndicats indépendants.

Le mouvement se répand comme un feu de forêt. Les cheminots de Bani Suweif sont en grève. Au moins deux usines d’armements sont en grève, à Welwyn. Les travailleurs des transports sont entrés dans le mouvement, tout comme les salariés de l’industrie pétrolière qui manifestaient, hier, devant leur ministère. La grève touche désormais les personnels médicaux et la fonction publique en général.

Un mouvement se développe pour chasser les officiels syndicaux appointés par la dictature, qui sont des agents du régime et du patronat. Au Caire, plusieurs groupes importants de travailleurs ont constitué des « comités révolutionnaires » chargés de prendre le contrôle de différentes entreprises – y compris la télévision d’Etat et l’hebdomadaire le plus important d’Egypte, Ros el-Yusuf.

Mercredi, des militants de trois fédérations syndicales indépendantes ont manifesté devant les bâtiments de la Fédération des Syndicats Egyptiens, dont les dirigeants collaborent avec la dictature. Ils ont exigé l’arrestation et le jugement du dirigeant de la Fédération, pour corruption, ainsi que la levée de toute restriction contre le droit de constituer des syndicats libres et indépendants du pouvoir. Des délégations de travailleurs arrivent les unes après les autres, place Tahrir, pour manifester le soutien des salariés à la révolution et discuter de son avenir.

Les journalistes se sont mobilisés. Ils dénoncent leur dirigeant syndical : « assassin, assassin ! » Ils ont manifesté du QG de leur syndicat jusqu’à la place Tahrir. Dans tous les journaux contrôlés par l’Etat, les journalistes se révoltent contre leur direction pro-gouvernementale.

Les événements évoluent d’heure en heure. Mais la conclusion de ces développements est claire : la révolution est entrée dans les usines et les entreprises. La lutte pour la démocratie dans la société se prolonge par une lutte pour la démocratie économique dans les entreprises. La classe ouvrière commence à participer à la révolution sous son propre drapeau, avec ses revendications propres. C’est un tournant et un facteur décisifs pour l’avenir de la révolution.

La nécessité d’une grève générale découle de toute la situation. Les manifestations de masse ne sont pas parvenues à renverser le régime. Le gouvernement – et les impérialistes – avaient l’intention d’enfermer le mouvement place Tahrir, tout en rouvrant les banques, les entreprises, les écoles et la bourse. Ils espéraient que sur fond de « retour à la normale », les manifestants finiraient par se lasser, et que leur nombre finirait par décroître, peu à peu. Mais l’entrée en masse des travailleurs dans le mouvement, par la grève, des sit-in et des occupations, donne un nouvel et puissant élan à la révolution égyptienne. Le développement d’une grève générale sonnerait le glas du régime.

Vive la jeunesse et la classe ouvrière d’Egypte !
Solidarité avec la révolution égyptienne !

La Riposte
« Modifié: 10 février 2011 à 17:35:43 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #11 le: 11 février 2011 à 17:39:11 »
Effectivement Catharos ! Mubarak a démissionné ! Quand les masses entrent en action, aucun puissant ne peut leur résister !

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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #12 le: 11 février 2011 à 21:27:14 »
Les avoirs de la raclure ont été gelés par la suisse

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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #13 le: 13 février 2011 à 10:59:57 »
Salut camarades,

Le problème en Egypte, c'est qu'un général de parti, c'est dix de retrouvés ! Mais c'est l'Armée qui est toujours là et qui a toujours été là, et l'armée, reste toujours, le dernier carré de l'Etat bourgeois...

En tout cas, Apatride a raison, les suisses peuvent bien bloquer les comptes en banque du Raïs, du moins les plus connus, faut bien faire un geste avant qu'il ne soit demandé, l'Allemagne serait prête quant à elle, à loger a gratis le dictateur déchu ? Il trouvera bien une retraite dorée sans être jugé...

Le Pentagone qui est à la manoeuvre, doit être satisfait, mail il exige le retour de l'Ordre, bien sûr, car ses intérêts impérialistes sont menacés, et pas que l'accès au détroit de Suez, la mâne pétrolière pourrait être mise en difficulté par ricochet, les grèves de fait lui font très peur.

De plus, si Obama a donné son aval à l'armée égyptienne, c'est que les travailleurs du pays et la jeunesse, qui au prix de leur sang ont obligé, cette concession, qui est une première victoire a besoin de son allié égyptien, et ne pas pénaliser les investisseurs étasuniens, de plus vu la place pour du complexe militaro - industriel américains dans son budget et exportation, vu le marché, il existe sans doute, des clauses de garanties après ventes et options sur achat...

Les travailleurs d'Egypte comme d'autres vont vite apprendre qu'il faut "frapper le fer tant qu'il est chaud", que l'unité des travailleurs arabes, doit avoir un sens, un débouché politique dans la région. Si en politique, il n'existe pas de générations spontanées, les Révolutions trouvent en leurs seins des cadres politiques neufs qui portent les revendications populaires et sociales... Nul doute que passé l'euphorie de la chute du Raïs, du pain, du travail, redeviendront des exigences premières... Car les partisans de l'Ordre et de l'Unité Nationale ne sont que les larbins des multinationales et des Etats Impérialistes qui servent d'agents entremetteurs et de garantissent les profits...

Cependant, aucune organisation politique digne de ce nom, n'existe pour porter dans un des pays arabe encore moins à l'échelle de la Région, les vrais aspirations des masses. On sait bien le rôle d'un parti Révolutionnaire dans des telles période, c'est pas lui qui fait éclater la Révolution, souvent, il en est le premier surpris, par contre sans lui, comment prendre le pouvoir ?

Dans le feu, on verra bien, si un tel outil nécessité impérieuse pour la classe ouvrière pourra émerger et se forger...

Suite au départ de Moubarak, article du camarade Alan Woods, sur les objectifs, et les étapes à franchir pour que la Révolution avance en faveur des travailleurs égyptiens...

Moubarak renversé ! Révolution jusqu’à la victoire !
12-02-2011



Le tyran est parti ! Après 18 jours de mobilisations révolutionnaires, après plus de 300 morts et des milliers de blessés, Hosni Moubarak a démissionné. C’est une grande victoire, non seulement pour le peuple d’Egypte, mais pour les travailleurs du monde entier. C’est le résultat d’un magnifique mouvement des masses, qui ont tenu tête aux balles et aux matraques de la police, et qui ont courageusement résisté à chacun des assauts de la réaction.

Après le discours de Moubarak, jeudi soir, l’atmosphère était saturée de colère. Hier, à Port Saïd, cinq bâtiments gouvernementaux ont été incendiés. Des manifestants ont bloqué des routes. A Suez et Asyut, le peuple a occupé des bâtiments officiels. A El Arish, il y avait des dizaines de milliers de manifestants, dont environ un millier de jeunes ont attaqué des commissariats avec des cocktails Molotov. A Alexandrie, 200 000 personnes se sont rassemblées devant le palais Ras-el-Tin et ont fraternisé avec les marins, qui leur ont donné de la nourriture. A Damiette (1 million d’habitants), 150 000 personnes étaient dans la rue et faisaient le siège des commissariats et de bâtiments gouvernementaux. Et ainsi de suite. Toutes les villes du pays étaient en ébullition.

Au Caire, les manifestants ont encerclé les bâtiments de la télévision d’Etat, qui étaient protégés par l’armée. Mais l’attitude des soldats était fraternelle. Plusieurs milliers de manifestants ont également marché de la place Tahrir vers le palais présidentiel, soit 15 kilomètres. Loin de tirer sur les manifestants, les soldats qui en gardaient l’entrée leur ont servi des petits-déjeuners. Le peuple et l’armée fraternisaient. Dans un geste hautement significatif, les soldats ont orienté les canons des tanks loin des manifestants, qui ont répondu par de vives acclamations. Un soldat est monté sur un tank et a glissé un drapeau égyptien dans le canon de son fusil.

La petite surprise de Moubarak

La déclaration télévisée de Moubarak, jeudi soir, fut un choc pour les chefs de l’armée égyptienne et pour Washington, qui croyaient sa démission assurée – et l’avaient eux-mêmes annoncée, quelques heures plus tôt. Mais le vieux dictateur leur avait préparé une petite surprise. Il jouait sa propre partition. Certes, d’énormes pressions s’exerçaient sur lui, de partout, pour qu’il démissionne. Les Américains craignaient qu’en s’accrochant au pouvoir, le Raïs ne crée une situation encore plus incontrôlable. Son acharnement fragilisait la possibilité de « ramener le calme » en changeant simplement quelques visages, au sommet du régime. L’intervention des masses risquait de tout balayer – y compris les derniers vestiges d’influence américaine dans le pays.

Le problème, c’est que Moubarak entendait également d’autres voix. La perspective de sa chute terrifiait la monarchie saoudienne – qui est encore plus corrompue et réactionnaire que le régime de Moubarak, et qui craint d’être renversée, à son tour. Les Saoudiens ont proposé de grandes sommes d’argent à l’Egypte, à condition que Moubarak reste en place. Les dirigeants israéliens étaient encore plus terrifiés par l’idée de perdre leur fidèle allié égyptien, l’homme qui leur a permis de vendre au monde entier le soi-disant « plan de paix », qui est une cruelle tromperie.

Mais la voix qui a le plus influencé Moubarak est celle qui résonnait dans sa propre tête. Pendant des années, on lui a dit qu’il était grand, qu’il était bon, qu’il savait mieux que tout le monde ce qui était bien pour l’Egypte. A la façon des anciens monarques absolus, il se considérait comme au-dessus des lois, du parlement, des partis et des généraux. Il se prenait pour l’incarnation de la Nation et le juge suprême de la Volonté du Peuple. Bref, il avait perdu tout contact avec la réalité.

Le rôle décisif des grèves

L’intervention de la classe ouvrière fut l’élément décisif de l’équation révolutionnaire. C’est ce qui a fini par pousser Moubarak vers la sortie. Ces derniers jours, dans tout le pays, les travailleurs et les syndicats sont entrés dans le mouvement sous leur propre drapeau, au moyen de grèves, d’occupations et de sit-in. Cela a donné une impulsion irrésistible aux manifestations de masse.

Pratiquement tous les secteurs de l’économie et de l’administration étaient touchés par cette vague de grèves : les cheminots, les travailleurs du textile, les travailleurs du pétrole, les infirmières, les médecins, les enseignants, les avocats, les employés du canal de Suez, des banques, des Télécoms, de l’industrie pharmaceutique, de l’industrie militaire, des transports, de la culture, etc. Le mouvement avait un caractère national et se répandait comme une traînée de poudre, d’heure en heure.

Nombre de ces grèves avaient un caractère économique. Forcément ! Les travailleurs avancent leurs revendications immédiates. Autrement dit, ils voient dans la révolution un moyen d’arracher, non seulement la démocratie formelle, mais aussi de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail, une meilleure vie. Ils luttent pour leurs propres revendications de classe. Et cette lutte ne s’arrêtera pas sous prétexte que Moubarak ne siège plus au palais présidentiel.

Mais ces grèves étaient également politiques. Moubarak est parti, mais les travailleurs demandaient la fin du système injuste sur lequel reposait son pouvoir. Ils posent la question de la démocratie dans les entreprises et dans les syndicats. La fédération syndicale officielle, la seule qui soit légale, soutenait Moubarak. Les grévistes exigeaient le départ de sa direction. Et le 30 janvier, une nouvelle fédération syndicale a été fondée, indépendante du pouvoir.

C’est l’armée qui gouverne l’Egypte, désormais. Mais l’armée ne contrôle pas la rue et les usines. Le départ de Moubarak a enlevé un énorme poids des épaules de la société égyptienne. Les vannes de la contestation sont ouvertes. Toutes les sections de la société vont lutter pour leurs revendications. Comment un régime militaire pourrait bien y répondre ?

« Révolution jusqu’à la victoire »

Le renversement de Moubarak n’est qu’un premier pas. La révolution entre dans une nouvelle phase. La lutte pour la démocratie n’est qu’une moitié du problème. La deuxième moitié, c’est la lutte contre la dictature des riches – la lutte pour l’expropriation des richesses de Moubarak, de la clique dirigeante et des impérialistes qui les ont soutenus pendant des décennies.

Les Américains veulent une « transition ordonnée » – c’est-à-dire sous le contrôle de la CIA. Mais il n’en sera rien. Les choses sont allées trop loin. Les masses sont debout. Le départ de Moubarak les encouragera à revendiquer davantage. En s’accrochant au pouvoir, Moubarak a radicalisé toute la situation. Les Américains manoeuvraient frénétiquement pour que Souleiman remplace Moubarak. Mais Souleiman a dû s’écarter. Le peuple ne lui fait pas plus confiance qu’à Moubarak.

Faute d’alternative, le haut commandement de l’armée a dû prendre les rênes du gouvernement. Mais malgré les apparences, les généraux sont impuissants. Le Conseil militaire a pris le pouvoir sur le dos d’une vague révolutionnaire. Les tanks et les fusils ne permettront pas de donner du travail aux chômeurs, de la nourriture à ceux qui ont faim et un logement aux sans-abri. Dans ces circonstances, l’armée voudra rendre le pouvoir à un gouvernement civil, le plus vite possible. Des élections seront sans doute organisées en septembre, ou même avant. Les candidats aux postes de Président et de Premier ministre ne manquent pas. El Baradei piaffe d’impatience, dans les coulisses.

Mais aucun des problèmes brûlants de la société égyptienne ne pourra être réglé sur la base d’une « économie de marché ». L’inflation et le chômage accablent les masses. Il y a 7 millions de chômeurs, soit 10 % des actifs. 76 % des plus jeunes sont privés d’emploi. Les salaires sont bas. La plupart des fonctionnaires gagnent aux alentours de 70 dollars par mois. Dans le secteur privé, la moyenne s’établit à 110 dollars par mois. Il y a un grave problème de logements. Des gens vivent dans les cimetières. 4 millions de personnes n’ont aucune assurance maladie. La corruption ronge le régime. 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. A présent, les travailleurs vont dire : « Nous voulons nos droits ». Or, aucun gouvernement capitaliste ne pourra satisfaire les aspirations fondamentales du peuple égyptien.

La classe ouvrière est désormais la principale force motrice de la révolution. Jusqu’alors, les revendications se concentraient sur les droits démocratiques. Mais les travailleurs donnent un contenu social au programme de la révolution. Ils voudront la mener à son terme. Hier, les travailleurs d’une usine militaire sont arrivés place Tahrir avec une bannière sur laquelle était écrit : « thawra hatta’l nasr » – « Révolution jusqu’à la victoire ». Ce ne sont pas des paroles en l’air.

La révolution égyptienne a commencé, mais elle n’est pas terminée. Pour résoudre les problèmes fondamentaux de la société égyptienne, il faudra rompre avec le capitalisme, exproprier les capitalistes et les impérialistes – et accomplir la transformation socialiste de la société. C’est à la fois possible et nécessaire. Ces derniers jours ont montré qu’aucune force au monde ne peut arrêter les travailleurs, dès lors qu’ils sont massivement mobilisés pour changer la société. C’est une leçon que la jeunesse et les travailleurs de tous les pays apprendront, tôt ou tard.

Le peuple égyptien célèbre le départ de Moubarak. Nous le célébrons, nous aussi. Désormais, tout est possible. Notre mot d’ordre : révolution jusqu’à la victoire !

Vive la révolution égyptienne !
Vive le socialisme !
Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !


Alan Woods
« Modifié: 13 février 2011 à 12:35:03 par W catharos »
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Re : Egypte : La Révolution sonne à la porte !
« Réponse #14 le: 13 février 2011 à 20:56:36 »
En français le mot "arabe" est presque devenu péjoratif du moins dans nos pays...
Comme disait notre camarade Lal Khan, le monde arabe est divisé entre riche et pauvre, et les arabes pauvres ont leur destin lié aux pauvres du reste du monde, aux travailleurs des autres pays... en fait les arabes sont en train de nous montrer le chemin...

Vive la Révolution arabe, vive la révolution mondiale.
Travailleurs de tout les pays unissez-vous!
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