Cher camarade Allan,
Tu soulèves une question importante. L'abolition des rapports de propriété capitaliste en Corée du Nord était un grand pas en avant. En tant que marxistes, nous avons le devoir de défendre cet acquis et de s'opposer à la restauration du capitalisme.
En même temps, le régime qui est au pouvoir en Corée du Nord ne peut en aucun cas être qualifié de "socialiste", parce que le socialisme signifie le contrôle et la direction de l'ensemble de l'économie et de l'Etat par la classe ouvrière, par le biais d'institutions démocratiques à tous les niveau, avec l'élection des responsables, le droit de les révoquer à tout moment, et sans que ceux-ci bénéficient de privilèges matériels ou de pouvoirs arbitraires.
Il s'agit d'un régime de type "stalinien" — ou plus exactement, pour utiliser le terme marxiste approprié — d'un "Etat ouvrier bureaucratiquement déformé" (le mot "ouvrier" ici, fait référence à la propriété collective des moyens de production). Pour parvenir au socialisme en Corée du Nord, il faudrait remplacer la caste bureaucratique et militaire au pouvoir par un régime fondé sur la démocratie ouvrière.
Les perspectives pour la Corée du Nord sont incertaines. La restauration du capitalisme en URSS et en Chine a contribué à l'isoler davantage. Si la Corée du Nord reste coupée de l'économie mondiale, son économie sera asphyxiée, stagnera, et finira par s'effondre. Sa participation à l'économie mondiale par le développement de son commerce extérieur, par contre, favoriserait inéluctablement la restauration du capitalisme sur le plan intérieur, avec la bureaucratie "communiste" se transformant en une classe capitaliste, comme ce fut le cas en URSS, en Chine, en Europe de l'Est etc.
A défaut, d'une révolution politique en Corée du Nord, qui renverserait la bureaucratie tout en conservant la nationalisation des moyens de production, suivie d'un appel internationaliste en direction des travailleurs du reste de la région et du monde, la survie de l'économie nationalisée dans ce pays dépendra des événements à l'échelle internationale. Une victoire du socialisme au Venezuela, en Bolivie, au Mexique — ou en France — changerait radicalement le rapport de forces à l'échelle mondiale et aurait comme effet de contrecarrer les tendances vers la restauration du capitalisme en Corée du Nord et à Cuba.
Fraternellement,
Greg Oxley