Bonjour à tous , j'ai découvert la riposte à la fete de l'huma. Ce courant m'intéresse beaucoup et son tract sur la question de la participation gouvernementale du PCF m'a semblé pertinent. J'aimerai débattre plus en profondeur de la lecture faite par les camarades de la riposte sur les luttes sociales au Venezuela et la politiques de Chavez.
Jusqu'ou pensez vous que ce mouvement peut aller? Représente il les intérets des travailleurs? Je joins à mes questions un article issu de convergences revolutionnaire (pas trop long), revue de la Fration de LO. N'y voyez pas une charge mais un outil de base pour pour débattre et enrichir notre discussion.
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DOSSIER : Amérique du Sud : une nouvelle gauche... contre les travailleurs
Venezuela : La révolution bolivarienne, permanente... et limitée
Mis en ligne le 10 mars 2005
Présent au Forum social mondial de Porto Alegre de 2005, le président vénézuélien Hugo Chávez a déclaré le 30 janvier : « Jen deviens chaque jour plus convaincu, [...] il est nécessaire de dépasser le capitalisme ». Sur sa lancée, il a cité La Révolution permanente de Trotsky, un livre « formidable ». Diable ! Lancien lieutenant-colonel putschiste serait-il devenu émule du fondateur de larmée rouge ?
De la prospérité des années 1960-70 à la crise des années 1980
Le Venezuela est quelque peu atypique en Amérique latine, en ce sens que depuis 1958 il a connu 40 ans de régime démocratique, avec lalternance de deux partis, AD (Action Démocratique, dorigine social-démocrate) et Copei (démocrate-chrétien). Ce nest pas étranger à la rente pétrolière (le Venezuela est le 5ème exportateur mondial) dont les gouvernements tiraient profit et qui permettait un développement proche des pays occidentaux : la prospérité dune classe moyenne, un niveau de vie plus décent que dans le reste de lAmérique Latine, des services sociaux et un système scolaire de qualité...
La fin des années 1980 met un terme à cet état de grâce. Le gouvernement en place procède, à partir de 1988, à louverture brutale de léconomie à la compétition, labandon des protections sociales, etc. Conjuguées à la chute du prix du pétrole, ces mesures provoquent un appauvrissement spectaculaire de la population. En 1992, 57 % se contentent dun seul repas par jour, 80 % vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Linitiateur des « réformes », le président Perez est finalement suspendu pour avoir détourné 17 millions de dollars !
Cette situation déclenche une énorme manifestation populaire à Caracas en 1989 (le « caracazo »), que larmée écrase dans le sang (300 morts). Cest lindignation jusquau sein de larmée : protestations et mutineries se produisent à linitiative de soldats et jeunes officiers de milieu populaire, dont le lieutenant-colonel Chávez. En février 1992, celui-ci tente un coup dÉtat, qui lui vaut la prison mais aussi la popularité.
Le programme de la « révolution bolivarienne »
Libéré sous le gouvernement suivant, Hugo Chávez opte alors pour la voie légale à la tête dun nouveau parti, le MVR (Mouvement pour la 5ème République), qui sallie dans un « Front patriotique » avec dautres organisations de gauche. Le parti « chaviste » lui-même regroupe une palette de tendances allant de la gauche radicale au centre, en passant par des politiciens liés au régime AD-Copei, nouvellement convertis au « chavisme » (dont beaucoup tremperont dans le coup dÉtat davril 2002). Cest à la tête de cette coalition quil remporte les élections présidentielles de 1998 avec plus de 56 % des voix.
Son programme, très modéré, est le reflet des forces sociales sur lesquelles il sappuie, mettant en avant surtout la promesse dune nouvelle constitution, « première étape dans la lutte pour plus de justice sociale, plus dindépendance face à limpérialisme et pour lélimination de la corruption ».
Réélu en 2000, dans le cadre de la nouvelle constitution, les attentes des couches populaires le conduisent à radicaliser quelque peu son programme :
Réforme agraire : toute terre inexploitée de plus de 50 hectares doit être redistribuée aux paysans modestes.
Octroi du titre de propriété aux « squatters » qui ont illégalement construit des habitations de fortune dans les favelas.
Augmentation de 3 % du budget de léducation et gratuité scolaire.
Offre de micro-crédits quasiment gratuits aux associations qui veulent entreprendre des travaux publics ou organiser des services tels le ramassage des ordures.
Contrôle de lÉtat sur le secteur pétrolier et sur une zone maritime de 500 mètres le long de la côte, protégeant des bateaux de pêche industriels les petits pêcheurs traditionnels.
Lhostilité de la grande bourgeoisie
Loin dêtre révolutionnaire, ce programme attire néanmoins à Hugo Chávez les foudres de la grande bourgeoisie. Avec laval des États-Unis (dont les multinationales contrôlent une bonne partie de léconomie, en particulier le secteur pétrolier), dirigeants et cadres de la PDVSA (lentreprise pétrolière vénézuélienne), Fedecamaras (confédération patronale) et CTV (la centrale syndicale officielle) tentent à trois reprises de renverser Chávez [1]. Sans succès. Ils ne font quaccroître encore la popularité de leur adversaire.
Ce soutien populaire sest manifesté par un taux de participation électorale inédit (près de 90 %) lors du référendum daoût 2004 provoqué par lopposition pour tenter de destituer Chávez. Il sexprime peut-être aussi, en même temps quil est encadré par le développement de comités populaires (de quartiers, de femmes, détudiants, de paysans, de même que des syndicats en opposition à la CTV) que le régime met en place au nom de la « démocratie participative », et du slogan de Chávez : « Organisez-vous, nous vous apporterons le soutien politique et économique ! ».
Sil est difficile de mesurer le poids de ces organismes, il semble bien que le lock-out patronal de décembre 2002 à janvier 2003 ait suscité, autrement que sur le seul terrain propagandiste du régime, la formation dun certain nombre de tels comités. À Caracas par exemple, où les habitants dun quartier se sont organisés pour rouvrir une école fermée par le maire anti-chaviste, ou dans les « barrios » (les bidonvilles) où les pauvres ont entrepris de réquisitionner eux-mêmes des terrains vacants pour y construire des habitations.
La « révolution dans la révolution » selon Chávez
En juillet 2003, les propriétaires de Venepal, une grosse entreprise de papier et carton qui, pour la plupart, avaient soutenu la tentative de putsch contre Chávez davril 2002, se sont déclarés en faillite. Les ouvriers ont occupé lusine et assuré sous leur contrôle la production. Après une trêve puis une nouvelle tentative de fermeture par le patronat, lutte et occupation ont repris, avec demande au gouvernement de nationaliser lentreprise.
Chose fut faite. Mais Chávez sest empressé de tempérer le geste par cet avertissement : « Lactuelle expropriation de Venepal est une mesure exceptionnelle [...] Nous nallons pas saisir les terres ; elles restent à ceux qui les possèdent ».
Pas question donc dexproprier la bourgeoisie, sauf exceptionnellement lorsque tel ou tel patron sen prend directement au régime lui-même. Sous prétexte de rattraper les pertes occasionnées par le lock-out (quils ont eux-mêmes organisé), les patrons vénézuéliens baissent les salaires, suppriment des jours de congé. Ils nhésitent pas à fermer les entreprises jugées insuffisamment rentables, se moquant en toute impunité de la loi d« inamovilidad laboral » (récemment prolongée de 6 mois) censée interdire les licenciements économiques. Cest ainsi que les ouvriers dune société fabriquant des valves pour lindustrie pétrolière, fermée pour « raisons économiques », ont occupé lusine, essayé de redémarrer la production en demandant une aide du gouvernement... qui nest jamais venue.
Quant à cette fameuse « démocratie participative » promue par Chávez, elle aussi a ses limites. Les électeurs pro-Chávez en ont fait lexpérience lors des élections municipales et régionales de novembre 2004. En plusieurs endroits, la base chaviste a fortement contesté le mode de sélection des candidats, désignés par en haut et non dans les comités populaires [2]. Ce qui avait permis à certains éléments bien bourgeois élus avec létiquette chaviste de se représenter. Tel le maire de Girardot, dans lÉtat dAragua qui après avoir privatisé lentreprise municipale de ramassage de déchets, a fait réprimer les employés qui protestaient.
La popularité dont il jouit apparemment toujours, Chávez la doit davantage à la violence de la réaction de la bourgeoisie nationale et à lhostilité des États-Unis quà son programme, bien timide en regard de la situation sociale du pays : 13 % de la population active au chômage, un secteur informel représentant encore 50 % de lactivité. Moins de 5 % des propriétaires terriens possèdent près de 80 % du total des biens fonciers alors que 75 % des petits agriculteurs nen possèdent que 6 %. On mesure les limites dun des « points forts » de la Constitution chaviste : une réforme agraire qui ne promet de toucher quaux terres non cultivées, pas aux grandes propriétés foncières !
Agathe MALET