Auteur Sujet: Afrique et immigration  (Lu 1486 fois)

Hors ligne fireball

  • Ancien
  • ***
  • Messages: 428
    • Voir le profil
Afrique et immigration
« le: 26 avril 2007 à 12:41:17 »
Pour mieux comprendre la façon dont l’impérialisme génère la misère qui est à la base de l’immigration et dont les représentants politiques du capitalisme prétendent se laver les mains en affirmant que l’on ne peut pas « accueillir toute la misère du monde » alors qu’ils  contribuent tous les jours à la propager, rien ne vaut un exemple concret : l’Afrique sous saharienne, la région la plus pauvre du monde.
Rien qu’en 2006 plus de 40 000 migrants voyageant sur des barques précaires ont étés interceptés par les autorités alors qu’ils essayaient d’atteindre les côtes des Îles Canaries ou de l’Andalousie, cette dernière étant également la « porte de l’Europe ». Selon APDHA (Asociación Pro Derechos Humanos de Andalucía) 1 167 ont péri durant la traversée et bien que le chiffre réel ne puisse être estimé, selon la même association il pourrait arriver à 7 000 à peu près. Qu’est-ce qui pousse ces personnes à se jeter à la mer à la recherche d’un futur incertain en Europe ?
-   35 des 37 pays les plus pauvres du monde se trouvent en Afrique
-   Près de la moitié de la population vit avec moins d’ 1$ par jour.
-   En 1960 le revenu moyen par habitant en Afrique Sous Saharienne était équivalent à 38% de la moyenne mondiale, actuellement il est descendu à 23%. Alors que le revenu moyen dans la zone euro était 7,8 fois supérieur à celui de l’Afrique Sous Saharienne en 1975, en 2004 l’écart atteint 15,2 fois.
-   L’espérance de vie à la naissance est de 46,3 ans, l’indice d’alphabétisation d’adultes de 63,2%, l’indice de scolarité de 44%
-   L’Afrique a produit en 2004 2% du PIB mondial seulement. Depuis 1970 jusqu’à la fin des années 90 sa participation dans le commerce mondial est tombée de 3,5% à 1,5%.
-   En 2005 le tiers des conflits armés ont eu lieu en Afrique.
-   Plus de 2/3 des personnes infectées par le SIDA sont africaines ainsi que 90% des morts provoquées par la malaria, 2 800 personnes par jour y meurent de cette maladie. 
(sources : PNUD 2006, ONU 2006, APDHA, Escuela Cultura de Paz, Plan África)

En 2005 la dette extérieure de l’Afrique Sous Saharienne était d’un peu plus de 200 milliards de dollars soit près de la moitié du PIB de la région ce qui veut dire que la moitié de la richesse économique de la région se trouve hypothéquée par la dette qui équivaut a 138% de ses exportations. En 2004 les pays d’Afrique dépensaient en moyenne 15$ par habitant pour le payement de la dette et 5$ seulement en service de santé et éducation. En plus de cela il s’agit d’une dette déjà payée : pour chaque dollar de dette en 1980, l’Afrique en a remboursé 4 et en doit encore toujours 4.
De 34,824 milliards de dollars reçus en prêts entre 1998 et 2002, les pays de la région ont remboursé 49,272 milliards soit un transfert vers les pays du Nord de plus de 15 milliards de dollars. L’accumulation des intérêts et la nécessité de nouveaux prêts pour faire face au payement des précédents et aux dépenses publiques que la dette empêche de couvrir font que la dette se paye une fois après l’autre et ne fait qu’augmenter au lieu de se réduire. À part le fait que depuis la décolonisation politique (mais non économique) la croissance de la dette extérieure de l’Afrique est liée aux agissements de l’impérialisme et de ses alliés dans les gouvernements de la région, depuis les années 80, le FMI et la Banque Mondiale lient les nouveaux prêts pour « résoudre » le problème du surendettement à l’adoption de « plans d’ajustements structurels » : réductions des dépenses et subsides en services publiques de base comme la santé et l’éducation rendant ces services déjà insuffisants encore plus inaccessibles à la population, réduction de la structure de l’Etat avec le licenciement de milliers de travailleurs à la clé, dérégulation du travail avec augmentation du chômage et de la pauvreté, privatisation d’entreprises publiques et « libéralisation »de l’économie pour favoriser l’entrée de multinationales occidentales affaiblissant ainsi le fragile tissu industriel local, dévaluation des monnaies rendant les exportations meilleur marché et les importations plus chères…
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les habitants de cette région prennent leurs jambes à leur cou à destination des pays dits « développés » même au risque de leur vie, en ce sens ils ne font que suivre le chemin des richesses qui leurs sont spoliées.
En 2004, le conseiller d’économie du gouvernement autonome des Îles Canaries en arrivait à déclarer : « Ou on crée une zone de prospérité en Afrique ou on se fait envahir par 20 millions d’africains », mais cela c’est précisément ce que le capitalisme ne peut pas faire, pas plus que d’enrichir les ouvriers.
Il vaudrait aussi la peine de parler de la façon dont les migrants sont « accueillis » à leur arrivée aux Canaries : disons simplement que le « centre d’internement » pour étrangers, situé dans l’ancienne terminale de l’aéroport de Fuerteventura avait été baptisé du nom de « Guantanamo 2 » par les organisations humanitaires à cause des terribles conditions d’internement (il a été fermé depuis) et des mafias qui organisent ce trafic d’êtres humains (le vieux trafic d’esclaves recyclé) touchant 2 600€ pour un voyage en barque pourrie alors que le billet d’avion aller-retour coûte cinq fois moins cher (mais bien sur, pas moyen d’entrer légalement dans le pays, donc pas moyen de prendre l’avion). Sans compter que les immigrés croient généralement que leur destination c’est l’Europe alors qu’ils atterriront à 1 800 km de là, aux Canaries : c’est bien l’Union Européenne politiquement parlant mais certainement pas du point de vue géographique. Par « chance » une partie des « internés » sont transférés, depuis la fermeture de Guantanamo 2, à la péninsule.
Ceux qui ne peuvent être rapatriés (les marocains le sont, les sous sahariens non, par manque d’accords bi latéraux avec leurs pays) sont relâchés après 40 jours mais ne peuvent travailler légalement tout en devant rembourser leur dettes envers les mafias de l’immigration et deviennent donc la proie d’employeurs véreux.
Mention spéciale pour les femmes qui bien souvent entament le voyage étant enceintes car on leur fait croire que cela facilitera leur régularisation ce qui est tout à fait faux, la prostitution est leur destin le plus probable.
Et pour en revenir au voyage, les mafieux qui gouvernent les barques, bien que calculant leur coup pour arriver de nuit, obligent les passagers à sauter à l’eau à la vue d’une patrouille de la Garde Civile (d’où le nombre de noyés).
Lorsque l’on jette un coup d’œil sur le Plan África du gouvernement « socialiste » espagnol pour essayer de soit disant « palier » la situation, on se rend compte que l’on ne doit rien espérer du capitalisme : ouvrir de nouveaux marchés, régler le flux de la main d’œuvre selon la demande, faire taire l’alarme médiatique et sociale au sujet de l’immigration, assurer l’accès aux richesses, garantir la sécurité énergétique de l’Espagne, approvisionner les marchés nationaux, donner des opportunités aux entreprises espagnoles…tel est le « plan » des alliés sociaux-démocrates des capitalistes.
Pour l’heure il y aurait à peu près 1.500.000 immigrés sans papiers en Espagne.
Seul le véritable socialisme peut mettre fin à cette situation.

(Les informations viennent de l’ Observatorio de la deuda en la globalización, Universitat Politécnica de Catalunya, rapport de Iolanda Fresnillo, 21 mars 2007)   


Patrick Vandeweyer
Partido Comunista de Andalucía /Izquierda Unida/Lucha de Clases

carnifex

  • Invité
Re : Afrique et immigration
« Réponse #1 le: 04 juin 2007 à 00:04:27 »
J'ajouterais que le faible capital productif de l'Afrique est soumis, comme celui des pays occidentaux, au régime de propriété capitaliste, et ce, plus que jamais depuis les privatisations imposées par le FMI. A cette différence près que la part de la rémunération du capital n'est pas de 40%, mais plutôt de l'ordre de 90% de la valeur ajoutée : L'Afrique est saignée à blanc par l'exploitation capitaliste.
De plus, les actionnaires des multinationales opérant en Afrique ne sont pas africains mais occidentaux ; les dividendes quittent donc l'Afrique ; l'exploitation capitaliste se double une exploitation internationale.
Le régime de propriété capitaliste est donc bien la cause première des malheurs de l'Afrique.