Auteur Sujet: Mémoires de Résistants... Ou Histoires de Partisans sans uniformes...  (Lu 1272 fois)

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Chers camarades,

Depuis quelques temps on peut lire en dernière page de "l'Humanité", des articles intitulés "mémoires de résistants"... Il est clair qu'en une page, il est difficile de résumer le parcours d'un partisan, certains sont plus ou moins connu(e)s, mais il me semble important d'en diffuser quelques uns au moins un, qui fut le symbole de cette lutte, qui fit du Parti, le "Parti des fusillés", même si au total le chiffre est moindre, mais quelle importance, il s'agit ici de mémoire collective, pas que d'une symbolique, devant la mort, les bourreaux et les pelotons d'exécution...

Il est clair que l'on ne vera pas la biographie de "Blasco", le camarade Tresso, assassiné par les FTPF, de Marcel Hic, Marc Bourhis, Pierre Gueguen, Mathieu Bucholz ou bien d'autres, ni ceux d' "Arbeiter und Soldaten" perdus dans "minuit dans le siècle", qui militaient dans l'armée allemande, à l'heure où le PCF proclamait "A chacun son boche"...

Mais bon, pour commencer... Avec Marc Ogeret on a chanté "l'affiche rouge", de ces internationalistes qui ont sacrifié leur vie à leurs idées, ils étaient de tous les pays, et sont tombés contre le Nazisme, il étaient juste que l'on s'en souvienne...

Oui, quand il est "minuit dans le siècle" dirait Victor Serge, d'autres ont résisté, et sont morts dans les camps Nazis,  comme Portraits de Résistants, on pourrait choisir ceux là, des communistes aussi... Mais pas du PCF !

LESOIL Léon (1892-1942), membre du CC du PCB, l'un des fondateurs et principal dirigeant de la section belge. Arrêté le 22 juin 1941 et déporté à Neuengamme où il meurt le 3 mai 1942.

WAINSZTOK Abraham dit A. Léon (1918-1944), sioniste puis trotskyste, secrétaire du PCR reconstruit dans la clandestinité, membre du SE. Arrêté à Charleroi le 18 juin 1944, déporté, à Auschwitz. Décédé le 7 octobre 1944.

BEUGNIES Joseph (1907-1942), de Jemappes. Mort à Dachau le 4 septembre 1942.

BRIDOUX Henri (1909-1943), dessinateur. Arrêté à Etterbeek, déporté à Mauthausen, mort le 14 mars 1943.

DAVID... de nationalité polonaise. Décédé à Golleschau en 1943.

DE LEE Léon (1900-1943), ouvrier, responsable de la section d'Anvers, gérant d'Unser Wort, organe de l'IKD. Arrêté le 21 juin 1941, mort à Neuengamme le 8 février 1942.

FRANQUET Joseph (1909-1943), ouvrier de Jemappes (Borinage). Arrêté le 22 juin 1941, mort à Neuengamme le 16 juin 1942.

MANDELBAUM Natan (1922 -1943), tailleur. Interné en juin 1942. mort à Auschwitz en 1943.

MARCOURT Louis, ouvrier mineur de Cuesmes (Borinage). Arrêté en juin 1941, mort au camp de Neuengamme.

MICHAUX Ferdinand (1905-1942), métallurgiste de Châtelincau. Arrêté le 22 juin 1941 et déporté à Neuengamme où il meurt le 2 février 1942.

NOPERE Marius (1895-1941), ouvrier mineur de Cuesmes. Arrêté le 22 juin 1941, décédé à Neuengamme le 5 novembre 1941.

POLK Louis (1902-1945), employé, dirigeant du PC à Anvers de 1921 à 1928, l'un des fondateurs de l'Opposition de gauche. Arrêté en 1941, déporté à Neuengamme, embarqué sur un navire-prison coulé le 3 mars 1945.

RENERY Lucien (1897-1942) de Liège, l'un des fondateurs de l'Opposition de gauche, trésorier de la section belge qu'il quitte avec Vereeckcn. Arrêté le 22 juin 1941, déporté à Neuengamme et à Dachau où il meurt le 1er août 1942.

ROUSSEAU Victor (1892-1942) , menuisier de Cuesmes. Arrêté le 22 juin 1941, déporté à Neuengamme, décédé le 29 septembre 1942. SINGER Walter (1919-1942), de Bruxelles. Déporté à Auschwitz, y meurt le 8 octobre 1942.

SZTOKFEDER Eliasz (1923-1943), mécanicien. Déporté à Auschwitz, mort à Golleschau le 29 janvier 1943.

VAN BELLE Francis, de Liège, métallurgiste, membre des JSR en 1936. Arrêté le 22 juin 1941, déporté et mort à Neuengamme.

On va me dire, mais c'est pas des français, je l'ai fait exprès, pour en revenir à l'Internationalisme, quand on parle des FTP - MOI...

Lui est cité par "l'Humanité", il en est même le symbole de cette Résistance... Avec ses camarades symbole vivant de l'Internationalisme !

Missak Manouchian « 15 000 affiches placardées sur les murs de Paris »

Par Michel Dreyfus, historien

Arrivé en France 
à dix-neuf ans, 
Missak Manouchian avait échappé, 
enfant, au génocide des Arméniens par les Turcs. L’Affiche rouge fit de son groupe des FTP-MOI le symbole de l’engagement 
des « étrangers » 
dans la Résistance.

Né le 1er septembre 1906 à Adyaman dans la partie arménienne de l’Empire ottoman, Missak Manouchian fut élevé dans le souvenir du massacre des Arméniens de 1894-1896. Il n’avait que neuf ans quand les Turcs recommencèrent ces massacres et leur donnèrent la dimension d’un génocide. Lui-même échappa à la mort, mais après avoir perdu presque toute sa famille, il fut recueilli avec son frère dans un orphelinat du protectorat français de Syrie.

En 1925, il arriva en France où il se fit embaucher aux usines Citroën à Paris comme tourneur. En 1934, il adhéra au Parti communiste. Membre du Groupe communiste arménien lié à l’organisation de la Main-d’œuvre immigrée (MOI), il devint responsable de son journal, Zangou, du nom d’un fleuve arménien. En 1938-1939, il était secrétaire de l’Union populaire arménienne, organisation de gauche dans laquelle les communistes se montraient extrêmement actifs.

La Seconde Guerre mondiale devait bouleverser l’itinéraire de Missak Manouchian. Il semble avoir d’abord été arrêté et interné comme étranger puis incorporé et affecté dans une usine de la région de Rouen. Revenu à Paris après la défaite de juin 1940, il poursuivit son action communiste dans les milieux arméniens. Il s’engagea définitivement dans la lutte à partir de l’invasion de l’URSS par les armées nazies, le 22 juin 1941. Il avait même été arrêté avant cette date mais, interné au camp de Compiègne dans l’Oise, il fut libéré au bout de quelques semaines, aucune charge n’ayant pu être relevée contre lui.

Missak Manouchian devint alors responsable de la section clandestine arménienne de la MOI, puis en février 1943, il fut versé dans les Francs-tireurs et partisans (FTP) de la MOI parisienne, groupes armés constitués sur le modèle des FTP, en avril 1942 sous la direction de Boris Holban, juif, qui était né en Bessarabie. En juillet 1943, Missak Manouchian devint, sous le pseudonyme de Georges, le commissaire technique des FTP-MOI, et ce en remplacement du Tchèque Alik Neuer qui était tombé aux mains de la police française. Puis il fut le principal dirigeant des FTP-MOI parisiens à partir d’août 1943.

Le groupe Manouchian constitua à lui seul une véritable organisation internationale puisque combattirent dans ses rangs deux Arméniens, (Missak Manouchian et Armenak Manoukian), un Espagnol (Celestino Alfonso), des Hongrois (Joseph Boczov, Thomas Elek, Imre Glasz), des Italiens (Spartaco Fontano, Cesare Luccarini, Rino della Negra Antoine Salvadori, Azmadeo Udsséglio), des Polonais (Maurice Fingercwaig, Jonas Geduldig, Léon Goldberg, Stalislas Kubacki), une Roumaine (Olga Bancic) et des Français (Georges Cloarec, Roger Rouxel et Robert Wtitchitz).

Tous furent arrêtés en novembre 1943. Leur procès, qui eut lieu en février 1944, fut prétexte à une vaste opération de propagande visant à dresser l’opinion contre la Résistance. Il donna lieu à une campagne de presse intense : le 19 février 1944, soit quatre jours après la première audience, le procès Manouchian fit la une des journaux et ne devait plus la quitter jusqu’à son épilogue. Le verdict – 22 condamnations à mort – tomba le 21 février et, le même jour, tous furent fusillés, à l’exception d’Olga Bancic qui devait être décapitée en Allemagne en mai 1944.

Afin de donner un écho sans précédent à ce verdict, 15 000 affiches furent placardées sur les murs de Paris. En utilisant un montage habile, la propagande nazie entendait, avec l’Affiche rouge, jouer sur les ressorts traditionnels des sociétés en temps de crise, donc sur la xénophobie et le racisme. Mais ce fut un échec total car la réaction de la population fut toute différente : elle prit en sympathie les martyrs du groupe Manouchian qui devaient devenir des symboles de la lutte contre le nazisme à quelques mois de la Libération. Par la suite, le poème d’Aragon, l’Affiche rouge, écrit en 1955, devait perpétuer leur souvenir. Puis l’Affiche rouge fut mise en musique et chantée par Léo Ferré en 1959 ; d’autres chanteurs, parmi lesquels Marc Ogeret, chantèrent aussi l’Affiche rouge. Les membres du groupe Manouchian reposent maintenant au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) et une stèle a été érigée à leur mémoire.

En 1985, une polémique éclata à partir de la diffusion d’un film, Des terroristes à la retraite, qui accusait le Parti communiste clandestin d’avoir lâché, voire vendu, le groupe Manouchian. Au-delà de cette grave accusation qui ne fut jamais prouvée – et pour cause –, la lutte des membres des FTP-MOI entra à partir de cette décennie dans une actualité mémorielle marquée par un renouveau de réveil des identités sur fond de déclin du communisme. Les membres du groupe Manouchian apparurent alors, comme dit l’historien Denis Peschanski, comme des « laissés-pour-compte de la mémoire nationale, victimes d’une forme de nationalisation de la Résistance dont on n’aurait pas reconnu la diversité des composantes ».

Michel Dreyfus
« Modifié: 17 janvier 2011 à 23:46:58 par W catharos »
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Re : Mémoires de Résistants ou soldats sans uniformes...
« Réponse #1 le: 13 juillet 2010 à 22:06:23 »
Chers camarades,

Il y en a qui ne veront jamais dans "l'Humanité", même en dernière page, une nécrologie, ce sont aussi des communistes, des résistants, oui mais de la IVème Internationale, des nôtres sans doute, une histoire oubliée, quand le parti hurlait, "liquidez moi, les trotskistes", qualifiés "d'hitléro - trotskistes", eux aussi ont donné leurs vies dans les camps et devant les peletons d'exécution... Quand le journal "la vérité" ne devait reparaitre légalement qu'en 1946, lui qui dans la clandestinité existait depuis 1940, quand l'Humanité, sous ordre de Duclos négociait sous occupation allemande sa parution légale de par le "pacte Germano - Soviétique"...

Alors cet article de Weiss très instructif !

«Meurtres au maquis», de Pierre Broué et Raymond Vacheron, publié chez Grasset, lève le voile sur l’un des épisodes les plus mystérieux de la Résistance: l’élimination de quatre militants trotskistes. Cinquante ans après, les derniers survivants ont brisé...

Même en temps de guerre, il y a des morts plus insupportables que d'autres. Ceux-là n'auraient jamais dû mourir. Pas comme ça. Ils s'appelaient Pietro Tresso, dit «Blasco»; Jean Reboul; Abram Sadek, dit «André Lefèvre»; Maurice Sieglmann, dit «Ségal», dit encore «Pierre Salini». Morts pour rien. Victimes d'une sale guerre qui n'avait rien à voir avec la libération de la patrie. Liquidés salement; enterrés à la sauvette. Pour eux, pas de stèle, pas de cérémonie du souvenir. Leur tombe, ce fut l'oubli, le silence, le mensonge. Et peut-être le remords des meurtriers - qui bientôt auront tous disparu. Cinquante-quatre ans ont passé depuis...

L'affaire - telle que la reconstituent Pierre Broué, historien trotskiste, et Raymond Vacheron, syndicaliste CFDT et historien amateur, au terme de six ans d'enquête -, l'affaire, donc, commence par un haut fait de la Résistance. L'un des plus spectaculaires et des plus méconnus. L'évasion collective de 79 prisonniers politiques (plus deux droit-commun) de la prison du Puy-en-Velay, dans la nuit du 1er au 2 octobre 1943. L'opération a été montée par l'état-major FTP (Francs-tireurs et Partisans), bras armé du PC clandestin, avec l'aide des services secrets britanniques. Tout se déroule selon les plans. Un succès total... en apparence. En fait, dès ce moment, les événements ont commencé à échapper au contrôle des cadres FTP. La «belle» est trop belle. Tout indique en effet qu'ils ne voulaient pas, au départ, faire évader tous les prisonniers, mais seulement les éléments les plus fiables, ou les plus aptes à exercer des responsabilités dans l'action clandestine. Comme lors de la première évasion du Puy, le 24 avril, comme à la prison Bellevue de Saint-Etienne, le 25 septembre.

Mais il y avait le gardien Albert Chapelle. Une figure, Chapelle. Solide comme le granite, avec sa tête de séminariste. 24 ans, membre des Jeunesses socialistes, cet ancien coiffeur est entré dans l'administration pénitentiaire pour échapper au STO. En poste à Châteauroux, il travaille pour l'Intelligence Service. On lui conseille de demander sa mutation au Puy: «Là-bas, il y a un travail à faire.» Arrivé au Puy en août, il prend contact avec le responsable communiste au sein de la prison, Augustin Ollier, et fixe ses conditions: pour l'évasion, ce sera tout le monde ou personne. Or Chapelle est l'homme-clef du dispositif. Sans lui, pas de cavale. Ce sera donc tout le monde. 82 personnes en tout, en comptant Chapelle, désormais grillé et condamné à rejoindre le maquis: un microcosme de la Résistance. Il y a là des Français, des Italiens, des Espagnols; des communistes en grand nombre, cadres aguerris ou jeunes recrues, plus rompues au maniement des armes qu'à la dialectique marxiste, quelques socialistes et gaullistes, des réfractaires au STO. Et formant un groupe à part, cinq militants trotskistes condamnés par la justice de Vichy, qui se sont retrouvés au Puy après avoir erré de prison en camp de détention: Tresso, Reboul, Sadek, Sieglmann, plus Albert Demazière. Si les choses avaient tourné comme le souhaitaient les chefs communistes, ces cinq-là n'auraient jamais dû être au nombre des évadés.

Trois ans plus tôt, au Mexique, Trotski est tombé sous les coups d'un tueur à la solde de Staline. En cet automne 43, la haine est toujours aussi vive entre les frères ennemis de la Révolution. L'appareil et la presse communistes dénoncent sans relâche les agissements des «hitléro-trotskistes» . Critiquer Staline, c'est s'attaquer à l'URSS. C'est tirer dans le dos de l'Armée rouge, dont l'héroïque résistance, à Stalingrad, a changé le cours de la guerre. C'est faire le jeu des nazis. Pour les hitlériens - et pour Vichy -, les trotskistes sont des communistes. Pour les staliniens, ce sont des traîtres. Tresso et ses amis ont-ils cru un moment, dans l'euphorie de l'évasion, que les communistes avaient changé de sentiment à leur égard? Terrible illusion...

Voici les 82 libres. Dans la nuit noire, l'évacuation commence. Mais à partir de là, les choses se mettent à déraper. Deux camions devaient venir récupérer les hommes en cavale. Ils n'arriveront jamais. Au lieu de rendez-vous, il y a seulement une camionnette et trois voitures. Une vingtaine d'hommes s'y entassent. Deux autres partent à vélo - ils seront arrêtés. Le gros de la troupe se met en marche sous la conduite des FTP qui couvraient l'évasion. Destination: le maquis Wodli (du nom d'un communiste alsacien pendu par les nazis) installé dans les forêts du Meygal, au hameau de Raffy, entre Yssingeaux et Le Chambon-sur-Lignon. Raffy n'est guère qu'à une trentaine de kilomètres du Puy. La colonne mettra plus de deux jours pour y parvenir.

La cavale tourne à l'odyssée. Sans carte, mal équipés, tenaillés par la faim, les hommes errent à l'aveuglette dans une région qu'ils ne connaissent pas. Après des heures de marche, les voilà quasiment revenus à leur point de départ. Quelques-uns décident de tenter leur chance seuls. Il faut se remettre en route. Marcher la nuit, se cacher le jour. Lorsqu'ils atteignent Raffy, après avoir parcouru plus de 100 kilomètres, les paysans sont médusés par le spectacle de ces hommes épuisés, dépenaillés, les pieds en sang.

Les évadés du Puy sont répartis tant bien que mal dans les fermes du coin. Quelques-uns repartent. Le maquis Wodli, gros à l'époque d'une trentaine de combattants qui doivent se déplacer sans cesse pour échapper aux forces de répression, n'est pas préparé à faire face à cet afflux d'arrivants qu'il faut équiper, loger, nourrir. L'explosion des effectifs met en péril la sécurité du groupe. Après quelques jours de flottement, les choses rentrent dans l'ordre, sous l'autorité de Giovanni Sosso, dit «Capitaine Jean», homme aux multiples identités et à la biographie énigmatique; selon Broué, Sosso est un agent du GRU, le service secret de l'URSS.

Dans ces premières journées d'octobre, témoigne Albert Demazière, les trotskistes sont libres d'aller et venir. Ils ne se sentent pas menacés. Que faire? Rester au Wodli? Partir? Les cinq hommes délibèrent et votent. Par trois voix contre deux, ils décident de rester. «Sans papiers, sans armes, sans argent, nous avons pensé que nous étions plus en sécurité à Raffy», se souvient Demazière.

Le 6 octobre, Albert Demazière est désigné pour aller au ravitaillement avec deux maquisards communistes. «Une mission de confiance, note aujourd'hui Théo Vial-Massat, ancien député et maire communiste de Firminy, qui faisait partie des évadés du Puy et se trouvait au Wodli début octobre 1943. Cela dément le point de vue de ceux qui prétendent que ces cinq résistants [les trotskistes] étaient condamnés à leur sortie de prison.» Les trois hommes s'égarent. La région est truffée de gendarmes. Après avoir dormi dans une grange, ils décident de se séparer. Demazière gagne Le Chambon-sur-Lignon, puis de là, La Voulte, Valence, où on lui procure des faux papiers, enfin Paris, où il rejoint la direction de son organisation.

Difficile de mesurer les conséquences de cet épisode. Pour Théo Vial-Massat, «la "fuite" de Demazière – bien que d'autres aient quitté le maquis sans prévenir – a pu déclencher une vive méfiance. A-t-elle réveillé de vieux démons et fait naître et grandir l'idée du "complot trotskiste nuisible à la sécurité du maquis tout entier"? On peut le penser.» D'autres témoignages donnent à penser, au contraire, que le sort des trotskistes était scellé et que le départ - «involontaire» , tient-il à souligner - de Demazière lui a sauvé la vie. Quelques jours après en tout cas, les conditions vont changer radicalement pour Tresso et ses camarades. Les quatre hommes sont regroupés dans une ferme à l'écart, au secret, gardés en permanence par des hommes en armes. Les anciens détenus du Puy se retrouvent en captivité. Résistants prisonniers de la Résistance. Ils doivent rédiger leur bio. S'ils l'ignoraient, les geôliers communistes savent désormais qu'ils ont entre les mains un personnage de premier plan: Pietro Tresso, 50 ans, est l'un des fondateurs, avec Gramsci, du Parti communiste italien. Exclu du PCI en 1930 pour s'être opposé à la politique de la «main tendue aux camarades en chemise noire» (les fascistes), il a rejoint le courant trotskiste et participé, en 1938, au congrès constitutif de la IVe Internationale.
Contre les trotskistes de Raffy, les pires accusations circulent. «Il paraît qu'ils auraient voulu tirer sur les gardes, qu'ils voulaient empoisonner l'eau du camp.» Que faire d'eux? Des discussions ont lieu. «Je me souviens, une réunion s'est tenue un soir, au moment du dîner, rapporte un témoin. Ils ont dit: "Ah!, ces fameux trotskistes, ils veulent tout savoir, ils posent sans cesse des questions sur notre position." Alors les dirigeants ont demandé: "Qu'est-ce que vous pensez d'eux?" J'ai répondu: "Je ne sais pas, je ne les connais pas." Un camarade a dit: "On va tous se faire avoir à cause d'eux." Alors on a proposé de les liquider...» Un procès de Moscou dans les monts de la Haute-Loire. Avec simulacre de démocratie en prime. L'acquiescement sollicité des maquisards du Wodli, et si aisément extorqué, ne sert qu'à mouiller les témoins, scellant à jamais les bouches et les consciences. A la même période, une réunion se tient au PC du Wodli, au moulin de Vareilles. Récit d'un témoin: «Sosso présente un rapport sur la nécessité de lutter contre les trotskistes, ennemis de la révolution, traîtres et saboteurs. Les responsables du maquis, une dizaine, prennent ensuite la parole. Ils sont tous d'accord: il faut en finir avec ces ennemis de la révolution et de Staline. Il faut expliquer tout cela aux maquisards.»
 
L'enquête de Broué et Vacheron corrobore sur ce point l'opinion de Jean Burles, lui aussi évadé du Puy, futur membre du Comité central du PCF, aujourd'hui l’un des animateurs du courant refondateur: il est inconcevable que l'exécution de quatre hommes, dont un dirigeant de l'importance de Tresso, ait pu être décidée au niveau local. On attend les ordres venus d'en haut. Ils arrivent fin octobre.
L'exécution a lieu dans la ferme Couquet. C'est un carnage. Sous la conduite de Sosso, un commando constitué spécialement ouvre le feu sur les prisonniers. Deux d'entre eux tentent de s'echapper. Ils sont rattrapés et achevés. Aux paysans, on dira que c'était un tir d'exercice. Deux cadavres sont enterrés dans la ferme même, dont le toit s'effondrera peu après. Les autres dans la vallée en contrebas, si belle à l'automne. C'était le 26 ou le 27 octobre 1943.

Avec une patience d'archiviste, Raymond Vacheron, l'historien amateur, a réussi à retrouver 26 des témoins de ces événements; dont les deux derniers survivants de la dizaine d'hommes présents à la ferme Couquet ce jour-là. Cinquante ans après, au bout de longues heures d'entretien et sous le sceau de l'anonymat, presque tous ont fini par parler. Ce n'était pas facile. La fidélité à l'idéal de leurs 20 ans, un sentiment de loyauté envers leurs camarades disparus, la répugnance à gratter une vieille plaie mal cicatrisée et, pour quelques-uns, une foi encore intacte dans l'infaillibilité du «Parti»: tant de sentiments se mêlaient.

Publier des noms? A quoi bon... Ces hommes furent des héros. Des héros qui, un jour, ont assisté ou participé à une saloperie, et en ont été marqués à vie. A leur façon, eux aussi ont été des victimes du grand mensonge stalinien. «On m'aurait fait tuer père et mère», confie l'un d'eux. Comme l'écrit l'historien communiste Roger Martelli, dans le journal refondateur «Futurs», il ne s'agit pas d’«instruire aujourd'hui le procès d'hommes qui acceptaient par ailleurs de sacrifier leur vie à la cause antinazie», mais de comprendre comment un tel crime a été possible. Et d'abord savoir qui a donné l'ordre assassin.

C'est le point faible du livre. La décision est-elle venue du commandement FTP, de la direction du PCF clandestin, du PCI, du PCUS? Pierre Broué avance le nom de Giulio Ceretti, représentant du PCI au Komintern. Togliatti, secrétaire général du PCI, bien que non impliqué dans la décision, l'aurait couverte a posteriori. Manquent les preuves définitives. Peut-être la parution de ce livre obligera-t-elle ceux qui savent à parler et ouvrir les archives. Pour que tombe enfin le mur du silence qui pendant plus d'un demi-siècle a entouré le drame de Raffy. Ce jour-là, Pietro Tresso, Jean Reboul, Abram Sadek et Maurice Sieglmann pourront reposer en paix !
« Modifié: 03 août 2010 à 00:14:47 par W catharos »
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Momo

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C'est  une affaire à éclaircir . La désignation des trotskystes à la vindicte des communistes par les hommes de Staline a sûrement fait des victimes . Mais je ne crois pas qu'il y en ait eu beaucoup dans les maquis. A part le courage de risquer sa vie pour résister à l'occupation et le respect des règles de sécurité , les maquis FTP n'avait pas beaucoup d'exigences . Ils ne demandaient pas d'adhésion au parti communiste et des aristocrates venant de milieux qui n'étaient pas particulièrement gauchistes intégrèrent sans problèmes des maquis FTP , y compris comme officiers.

Pendant la période du pacte germano-soviétique , le syndicaliste Benoît Frachon et l'organisateur des maquis Charles Tillon contribuent beaucoup à sauver l'honneur du parti communiste

La direction exercée par Duclos file vraiment du mauvais coton en envoyant Tréand tenter de négocier avec les nazis la reparution de l' Humanité . Le texte qui s'en prend au juif Mandel est particulièrement nauséabond.

Curieusement ,  des trotskystes , bêtes noires de ces staliniens , filent eux aussi un très mauvais coton et même pire que çà chez ceux qui font de l'entrisme au RNP de Marcel Déat ou dans un MNR tout aussi fasciste et collaborateur avant de se réorienter . A leur sujet , il y a aussi des affaires à éclaircir.

En raison de l'influence qu'il a eu par la suite , c'est par priorité l'affaire de feu Pierre Boussel-Lambert qui mérite des éclaircicements . Il a certifié qu'il s'était opposé à son chef Henri Molinier et n'avait pas comme lui intégré le RNP de Marcel Déat. Quelque chose incite à croire à sa bonne foi , des origines familiales qui l'aurait conduit à Drancy si un Papon avait étudié son cas. Et pourtant bien des choses indiquent que le lambertisme n'est pas rouge , mais rouge brun , en particulier l'alliance lambertistes-lepénistes qui au sein de FO permet aux lambertistes de contrôler le syndicat.L'entrisme de certains lambertistes au F-Haine n'est pas particulièrement ragoûtant.
A Nantes , Patrick Hébert ( camarade Krieg au comité central des lambertistes ) dirige FO comme  feu son père Alexandre Hébert ( camarade Ernest au comité central des lambertistes ) dans la tradition mi-anarcho-syndicaliste , mi-vert de gris avec un bras droit lepéniste. C'est la grosse section de FO , celle qui a mis Bergeron sous contrôle lambertiste avant de nommer ses successeurs.

En tant que breton je n'apprécie pas du tout les insultes des lambertistes à propos de nos langues de "nazis et de calotins". En Bretagne , le NPA se situe complètement à l'opposé en faisant listes communes avec Emgann-MGI , c'est-à-dire avec les nationalistes bretons les plus durs de la péninsule . Le NPA n'insulte jamais les Bretons , mais çà ne nous plaît pas pour autant qu'il fasse la courte-échelle à des nationalistes bretons particulièrement radicaux , comme Marcel Cachin en son temps.

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Salut camarade Momo,

Voici un article de Jean Vigreux de l'Université de Besançon, paru, dans "l'Humanité", du 19/08/2010, dans la rubrique "Portraits de Résistants", Jean Vigreux, que je connais bien, qui a fait sa thèse sur Waldeck Rochet, et qui traite ici, de Charles Tillon...

Comme tu as l'air d'apprécier, Charles Tillon, comme toi, si je ne trompe pas, d'origine bretonne, je le met ici... Pour compléter les informations...

Comme Guingoin, Charles Tillon a joué en France, un rôle important, pas que lui, bien sûr, mais lui déjà...

Son passé, comme Marty, de mutin de la Mer Noire, fait de lui, un véritable révolutionnaire, son éviction du PCF, de sa direction, (face à un Georges Marchais beaucoup plus tard, des plus ambigü, pendant la guerre, où, il n'avait pas de conscience politique, ou un Maurice Thorez, auprès de Staline, en Union Soviétique), Charles Tillon, et aussi, pour cette génération issue de la "Résistance", reste un symbole pour le Parti Communiste, et pour, ceux, partout, qui sont restés fidèles à l'idéal communiste...  

Charles Tillon L’insoumis qui « chantait rouge »

Par Jean Vigreux, 
historien.

Il dirigea la fédération CGT des ports 
et docks avant d’être élu à Aubervilliers dans la foulée 
du Front populaire. 
La débâcle le voit réfugié à Bordeaux, d’où il lance, 
le 17 juin 1940, un appel à la résistance avant de se lancer dans l’organisation clandestine 
du PCF et des FTP.

Charles Tillon fait partie de cette génération qui entre dans le XXe siècle avec l’horreur de la guerre. Engagé dans la marine, il embarque en 1916 sur le Guichen comme mécanicien. Au cœur des événements de 1919, il fait signer une pétition à ses compagnons de l’équipage exigeant leur retour en métropole. Face au refus du commandement éclate une « grève mutinerie ». Charles Tillon est alors arrêté avec d’autres « meneurs », jugé et emprisonné. Il n’est relâché qu’un an plus tard.

Cet épisode renforce ses convictions ; au caractère bien trempé, il adhère à la Sfic et à la CGTU et devient responsable de l’Union départementale CGTU d’Ille-et-Vilaine en 1923. Commence une carrière de permanent syndical, puis politique. En 1928, Tillon est secrétaire de l’Union régionale CGTU de Nantes, un an plus tard secrétaire régional du PC. Très vite repéré pour son travail accompli comme syndicaliste, il devient un cadre de la direction thorézienne du PCF. Au cours de l’hiver 1933, il organise la marche des chômeurs de Dunkerque à Paris et prend la direction de la fédération CGTU des ports et docks. Dans l’élan du Front populaire, il est élu conseiller général d’Aubervilliers en 1935, puis député en 1936. Il est alors chargé par son parti de lutter contre Jacques Doriot. En 1939, il est choqué par le sort réservé aux réfugiés républicains espagnols et interpelle le gouvernement. Il est même arrêté à Alicante, puis libéré. Comme ses camarades députés communistes, il vote les crédits de guerre le 2 septembre 1939. Toutefois, dans l’atmosphère ambiguë du pacte germano-soviétique, il entre en clandestinité après la dissolution du PCF.

Caché, il n’est pas arrêté comme la plupart des députés communistes, mais il n’échappe pas au procès d’avril 1940 où il est condamné par contumace à cinq ans de prison ferme et 5 000 francs d’amende. Entre-temps, il est devenu l’un des responsables qui réorganisent le Parti, ayant en charge le sud-ouest du pays. Le 17 juin 1940, en pleine débâcle, il appelle depuis Bordeaux à la constitution d’un nouveau gouvernement : « Les gouvernements bourgeois ont livré à Hitler et à Mussolini l’Espagne, l’Autriche, l’Albanie et la Tchécoslovaquie… Et maintenant, ils livrent la France. Ils ont tout trahi », et d’ajouter : « Pour un gouvernement populaire s’appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, établissant la légalité du Parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles, s’entendant avec l’URSS pour une paix équitable, luttant pour l’indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes. » Cet appel est prolongé après la mise en place du régime de Vichy et de la Révolution nationale par son manifeste du 18 juillet.

Manifeste explicitement résistant, qui souligne les paradoxes du PCF lors de cette période trouble, alors que certains négocient avec l’occupant pour faire reparaître légalement l’Humanité, Charles Tillon déclare : « L’ordre nouveau du gouvernement de la 5e colonne, c’est le fascisme hitlérien ! Une terrible tragédie vient de se jouer, qui précipite les travailleurs de France dans de nouvelles souffrances et de redoutables épreuves. Dans le désarroi et le bouleversement où la trahison de classe la plus formidable de son histoire l’a plongé, notre pays entièrement subjugué quoique partagé en deux zones (celle de la France occupée par Hitler, celle de la France occupée par le gouvernement de la 5e colonne) ne peut entendre qu’une seule voix qui traduise, à la mesure des aspirations de la nation véritable, la vérité, la colère salvatrice contre les traîtres (…). Notre devoir à tous est de nous unir pour conquérir notre patrie, de nous unir pour libérer son territoire de tous les oppresseurs et exploiteurs, pour en chasser à la fois les capitalistes, leur tourbe de valets et de traîtres et les envahisseurs ! »

Dans ce manifeste qui appelle à lutter contre la tyrannie, pour la liberté, on retrouve la ligne antifasciste du Front populaire, la verve patriotique qui n’a rien à voir avec la dénonciation d’une guerre impérialiste. Il décide également de cacher des armes pour les combats futurs. Charles Tillon l’insoumis est un des premiers résistants.

Il organise l’activité clandestine du PCF et met sur pied, en 1942, les FTP, éléments de la lutte armée contre l’occupant et les forces de Vichy, participant aux combats de la Libération.

Auréolé de ce passé résistant, il devient maire d’Aubervilliers en 1945. Réélu en 1947, il est élu député aux deux Assemblées nationales constituantes, puis député de la IVe République.

Entre-temps, il entre au gouvernement du général de Gaulle comme ministre de l’Air (du 10 septembre 1944 au 21 novembre 1945), puis ministre de l’Armement, le 21 novembre 1945. Après le départ du général de Gaulle, il garde son poste au sein du tripartisme et s’occupe de la lourde tâche du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme du 22 janvier au 4 mai 1947 (date du renvoi des ministres communistes). En guerre froide, il dirige le Mouvement de la paix, met sur pied l’Anacr (Association nationale des anciens combattants de la Résistance). Mais le député maire d’Aubervilliers est victime, en 1952, comme André Marty, d’un véritable procès stalinien à Paris. Écarté, il décide de partir à Montjustin, dans le Lubéron, avec sa femme et son fidèle garde du corps, Armand Simonnot, ancien chef du maquis FTP Vauban dans le Morvan, qui l’avait rejoint à Aubervilliers en 1945.

Il publie une histoire des FTP en 1962. Restant communiste, il dénonce le coup de Prague et la normalisation qui s’abat en Tchécoslovaquie. En 1970, il cosigne avec Garaudy, Pronteau et Kriegel-Valrimont, un manifeste appelé Il n’est plus possible de se taire, critiquant la politique stalinienne du PC. Il engage une bataille pour la vérité sur le passé de Georges Marchais, parti travailler en Allemagne. Exclu par sa cellule d’Aix-en-Provence, il se retire dans sa Bretagne natale et publie On chantait rouge. Il meurt le 13 janvier 1993.

Jean Vigreux

« Modifié: 19 août 2010 à 18:10:59 par W catharos »
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Momo

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Oui Charles Tillon est le père tutélaire de la gauche rennaise . Chez moi , à Rennes , toute la gauche participe aux grand' messes socialistes , c'est-à-dire aux cérémonies du souvenir de Charles Tillon , y compris les membres du parti qui l'a exclu .

Il disait lui même avoir choisi la marine pour échapper à la grande boucherie de Verdun . Mais syndicaliste dans la marine de guerre en temps de guerre , puis mutin , c'était risqué aussi. Par contre c'était un risque courageusement choisi , pas le risque subi par ceux qu'on conduit à l'abattoir. Place des lices à Rennes , la mère de Charles Tillon tenait un petit bistrot ouvrier et il me semble que son père était toujours ouvrier , du moins il l'avait été.

Je ne sais pas pourquoi il n'a pas rompu avec les hommes de Staline et du pacte germano-soviétique ( Le déserteur Thorez, Duclos...etc ) . Cela a permis peut-être d'éviter deux résistances communistes après l'entrée en guerre des nazis contre l'URSS. Cela a permis aussi la reprise en main ultérieure du parti communiste par les staliniens avec la bénédiction de De Gaulle

Thorez a déserté en temps de guerre et traversé l'Allemagne avec la bénédiction des nazis pour rejoindre Staline à Moscou . Pour son retour ultérieur , De Gaulle a donné à Staline sa garantie d'un retour der Thorez en toute quiétude sans crainte d'un procès pour désertion.

Jusqu'à la mise au placard de Tillon en 47 , il y a eu au sein du parti une lutte pour sa direction entre Tillon s'appuyant sur la majorité des FTP et Thorez . L'option Tillon était aussi celle de la conquête du pouvoir démocratiquement par un PCF indépendant de Moscou , l'option stalinienne Thorez excluant cette perspective non conforme aux accords de Yalta .

Trop discipliné , Tillon est resté longtemps au placard , avant d'exprimer publiquement sa condamnation de l'invasion soviétique à Prague. Marchais à osé l'exclure en 70 , suscitant la réaction de Tillon à propos du passé de Jojo Messerschmit . Marchais n'a rien pu faire d'autre qu'avouer qu'il était au STO en Allemagne . On ne pouvait pas refuser de faire le STO , mais çà ne posait aucun problème de s'y soustraire en se barrant tout simplement . Bien sûr , ensuite on était recherché comme réfractaire au STO et cela conduisait assez souvent à rejoindre un maquis . Il y a quand même des énigmes au sujet du cas Marchais travaillant chez Messerschmitt en Allemagne puisqu'il y avait le grand privilège de pouvoir rentrer chez lui en vacances . Ensuite il retournait de son plein gré en Allemagne . Ejecter le Commandant en Chef des Francs Tireurs et Partisans fut le premier acte par lequel Marchais fusilla le parti des fusillés . Son soutien ensuite à l'intervention soviétique en Afghanistan et son bilan globalement positif du grand fiasco de l'URSS , ne firent que confirmer son indéfectible position de représentant de Moscou devenue suicidaire pour le PCF.

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Salut camarades,

Nous avons eu un débat sur la résistance et notamment sur le journal La Vérité sur le forum, journal qui dès le numéro 20, du 15 septembre 1941, dans un article «  Terrorisme ou organisation de masse ? », pointait du doigt ce problème, et l'acte de Fabien, le premier était une stratégie peu caractéristique du mouvement communiste, même si dans les années de recul et de réaction en Russie vers 1910 ou avant, ce genre d’acte avait été approuvés par Lénine et Krassine, comme en Pologne avec les socialistes de Pildusky, avant qu'il ne devienne le dictateur de ce pays…

http://www.association-radar.org/IMG/pdf/20-410915-01.pdf
Terrorisme ou organisation de masse ?

Le 1er novembre 1941, La Vérité dans un article intitulé "cent militants qu’il faudra venger", répond sur cette question centrale de la Résistance...

http://www.association-radar.org/IMG/pdf/24-006-00024-01.pdf
Cent militants qu’il faudra venger

Ces actes courageux, l'action de Fabien fut aussi critiqué dans la résistance, discutés dans le Parti, et les conséquences furent importantes, en août 1941, les nazis décident d'exécuter un groupe de prisonniers français, désormais considérés comme "otages", en représailles de tout acte de résistance.

Le 21 août 1941, un soldat allemand, l'aspirant Moser, est abattu à Paris, dans la station de métro Barbès-Rochechouart. Après cet attentat, une ordonnance allemande décrète :

"A partir du 23 août, tous les Français mis en état d'arrestation (...) sont considérés comme otages. En cas de nouvel acte, un nombre d'otages correspondant à la gravité de l'acte commis sera fusillé".



Mais les exécutions par les Nazis avaient commencé dès l'été 1940...

D'autres actes comme le 22 octobre 1941, les nazis exécutent quarante - huit otages français, dont vingt-sept à Châteaubriant (dont Guy Mocquet), en représailles de la mort de l'officier allemand Hotz.


Liste des 48 exécutés

L'Humanité -  le 22 Août 2011

Le colonel Fabien. 21 août 1941 : à Barbès-Rochechouart, Fabien tire

http://www.humanite.fr/tribunes/le-colonel-fabien-21-aout-1941-barbes-rochechouart-fabien-tire-478020


Pierre Georges dit Colonel Fabien

L’acte du militant communiste et résistant, qui, à vingt et un ans, a déjà combattu le fascisme en Espagne, donne le signal de la lutte armée contre l’occupant.

Il est encore tôt, ce matin du 21 août 1941 à Paris. Au métro Barbès-Rochechouart, un officier de la Kriegsmarine s’apprête à monter dans la rame. Deux coups de feu claquent, il s’écroule. C’est dans la France occupée le premier acte de la résistance armée. Son auteur, Pierre Félix Georges, entrera dans l’histoire sous le nom de colonel Fabien. Né dans le 19e arrondissement, il n’a que vingt et un ans, mais il a déjà combattu le fascisme, en Espagne. À la fin de l’année 1936, il s’est engagé dans les brigades internationales en mentant sur son âge. Il est communiste. Les deux coups de feu de Fabien vont avoir un sens clair. Pour les nazis, cela veut dire qu’en dépit de la collaboration active du gouvernement de Pétain, de l’appui de la police française dirigée par Bousquet, ils ne seront plus en sécurité. Pour une part de l’opinion française, encore fidèle à Pétain, c’est le signe que la guerre continue. Certes, depuis Londres, le général de Gaulle l’a dit dès le 18 juin 1940. Mais il s’agit de rassembler les forces de l’empire colonial et de reconstituer à partir de Londres une force combattante, s’appuyant en France sur des réseaux de résistance tournés vers le renseignement ou constituant des forces d’appoint dans l’attente du grand jour. L’action de Fabien signifie que le combat au cœur même de la capitale et des villes passe par la lutte armée. C’est aussi un acte politique majeur. La résistance française, pour le PCF, sera populaire, sur la terre de France. La portée de cette décision est considérable. Sans elle, à tout bien considérer, la libération de Paris « par lui-même », selon la formule du général, n’aurait peut-être pas eu lieu.

« Paris a froid, Paris a faim, Paris ne mange plus de marrons dans la rue, Paris a mis de vieux vêtements de vieille », écrivait Paul éluard. Pas pour tout le monde. La collaboration est devenue pleinement active, ce qui ne va pas sans interrogations dans l’opinion. Le 12, Pétain déclare à la radio qu’il sent souffler un vent mauvais : « L’inquiétude gagne les esprits, le doute s’empare des âmes, l’autorité de mon gouvernement est discutée. » Le 14, Vichy décrète que les magistrats, les hauts fonctionnaires et les militaires doivent prêter serment au maréchal. Le 20, la police française, à la demande des Allemands, arrête 3 447 juifs, internés à Drancy. Au matin du 21 août, un communiqué officiel annonce : « Pour activité en faveur de l’ennemi, le juif Samuel Tyszelman et le nommé Henri Gautherot, tous deux domiciliés à Paris, ont été condamnés à mort. Ils avaient participé à une manifestation communiste dirigée contre les troupes d’occupation allemandes. En exécution de l’arrêt, ils ont été fusillés. » Tous deux étaient des amis de Fabien.

Pour les communistes français, le trouble du pacte germano-soviétique de 1939 est déjà loin. Pas seulement parce que l’Allemagne est lancée depuis juin contre l’Union soviétique, mais parce que la répression contre les communistes, dès juillet 1940, ne laisse guère de place aux ambiguïtés. Pour Vichy comme pour les nazis, les communistes sont l’ennemi principal. Dès octobre 1940, les communistes ont créé les OS, organisations spéciales, dont le but est d’agir contre l’occupant. Le 15 mai, le PCF lance un appel à la constitution d’un front national de lutte pour la libération de la France, et des attentats et sabotages, en particulier contre les installations ferroviaires, commencent à se multiplier. Mais il faut faire plus. Les nazis, dès septembre 1940, ont déjà désigné des otages qui seraient exécutés en cas de troubles. Ils ont exécuté des patriotes. Jacques Bonsergent qui a « bousculé des soldats allemands » en décembre 1940, André Masseron qui a chanté la Marseillaise, le 19 juillet 1941, Roger Roig le 24 qui a tenu des propos injurieux. Le premier, sans doute, fut à Rouen, Étienne Dechavanne, dès juillet 1940.

Il faut un choc. Ce n’est pas si simple. Est-ce la bonne stratégie ? Fabien va donner l’exemple. Ce jeune homme est déjà un combattant aguerri, devenu sous-officier en Espagne, grièvement blessé en 1938. Revenu à Paris il est « ajusteur d’avion » et épouse Andrée Coudrier qui sera déportée à Ravensbrück. Élu au Conseil national de la jeunesse communiste, puis arrêté dans son usine où les ouvriers se solidarisent en se mettant en grève, il s’évade, commence à organiser l’activité clandestine du PCF dans différentes régions. Il revient à Paris début 1941, à la demande de la direction du PCF. Le 21 août, il tire.

Fabien installe ensuite le premier maquis de France dans le Doubs, attaqué en octobre par la gendarmerie. Il est de nouveau blessé, à la tête. Il traverse le Doubs à la nage, regagne Paris. Arrêté par la police française, il est torturé et remis à la Gestapo. Il s’évade du fort de Romainville et reprend les combats dans divers maquis. En 1944, il est l’un acteurs importants de l’insurrection parisienne. Le groupe qu’il commande devient le 151e régiment d’infanterie sous les ordres du général Delattre de Tassigny. Ce dernier le voyait déjà général. Le 27 septembre 1944, Pierre Georges, le colonel Fabien, saute sur une mine dans des conditions restées imprécises. Il avait vingt-cinq ans.

Maurice Ulrich


Enfin, Jean Paulhan écrivait au sujet de ces résistants, « je sais qu’il en a qui disent qu’ils sont morts pour peu de choses à cela il faudrait répondre, c’est qu’ils étaient du côté de la vie, ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson ou un sourire. Tu peux serrer une abeille dans ta main jusqu'à ce qu'elle étouffe, elle n'étouffera pas sans t'avoir piqué, c'est peu de chose, mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu'il n'y aurait plus d'abeilles »

Salutations communistes,
W catharos
« Modifié: 23 août 2011 à 13:46:02 par W catharos »
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Hors ligne Conan

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Non , çà n'a rien à voir avec les actes de banditisme approuvés pas Lénine pour financer son parti. Il s'agit ici de résistance à l'occupation des nazis .

Mais tu rappelles judicieusement que l'éxécution de l'officier nazi par Fabien fut la réponse à l'assassinat de ses camarades  Samuel Tyszelman et Henri Gautherot.

L'allégorie des abeilles dit bien les choses.

Hors ligne W catharos

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Salut Conan,

Oui l'allégorie marque et reste vérité...

Petit rappel...

Il y a 67 ans, à la cascade du bois de boulogne...

http://www.humanite.fr/tribunes/il-y-67-ans-la-cascade-du-bois-de-boulogne-478021

Il y a soixante-sept ans, dans la nuit du 16 au 17 août 1944, trente-cinq jeunes résistants de toutes opinions, membres des Francs-tireurs et partisans (FTP), de la Jeunesse chrétienne combattante ou des Forces françaises de l’intérieur (FFI), tombés dans un guet-apens tendu par un agent de la Gestapo, étaient massacrés par les nazis à la cascade du bois de Boulogne, et sept autres au siège de la Gestapo, au 10 de la rue Leroux, dans le 16e arrondissement de Paris. Comme chaque année, le comité du souvenir de ces martyrs organisait, hier, avec le concours des villes de Paris, de Boulogne-Billancourt et de Chelles, une cérémonie commémorative, où se sont réunies plusieurs centaines de personnes, parmi lesquelles les responsables de la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes (FNDIRP), Louis Cortot, compagnon de la Libération, et des élus des municipalités parties prenantes. Au nom du Parti communiste français, Pierre Laurent était présent. Le secrétaire national du PCF y a déposé une gerbe de fleurs à la mémoire des jeunes résistants.

Tout sur l'affaire analyse et témoignage...


L’arbre au Bois de Boulogne

LE MASSACRE DE LA CASCADE DU BOIS DE BOULOGNE les, 16-17 AOÛT 1944

http://clioweb.free.fr/dossiers/39-45/rayski/cascade.htm

Salutations communistes,
W catharos

« Modifié: 27 août 2011 à 23:05:31 par W catharos »
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