Camarade Yann
Je crois qu'il faille distinguer le mouvement étudiant de Mai 68 et la "grève générale" de Mai 68. Ces deux mouvements sont paralléles, se sont déroulés pendant quelques jours ensembles mais ne se sont en fait jamais vraiment rencontrer.
Le mouvement étudiant commence en mars par une occupation à Nanterre d'un batiment administratif par une centaine d'étudiant. Puis il va progressivement s'étendre. C'est un mouvement "sociétale" plus que politique qui marque le passage d'une société industrielle à une société "post-industrielle". En gros, la mythologie du mouvement étudiant de Mai 68 est plus importante que le mouvement lui même. Les organisations gauchistes (les JCR en premier lieu) ont vite fait de faire de cette crise estudiantine un symptôme pré-révolutionaire. En 1969 Krivine dira même que Mai 68 était l'équivalent de la Révolution de 1905 en Russie !
Le mouvement ouvrier lui est tout autre. La gréve se fait d'abord et surtout "sur le tas". Cela commence dans la métalurgie (au Havre puis dans la banlieue Ouest de Paris) aux alentours de Mars 1968. Il n'est pas étonnant que ce soit des travailleurs de ce secteur qui ont bougé les premiers alors. Ils revendiquent des hausses de salaires, la fin des brimades patronales relayées par les petits chefs que sont les contre-maîtres (interdiction de parler à son voisin par exemple..).. Il faut comprendre que c'est dans ce secteur que les conditions de travail sont les pires alors.
"Les 30 glorieuses", quand la France avait plus de 5% de croissance économique par an, se sont faites sur le dos de ces travailleurs. Pour faire simple, on considére que toutes les 30 minutes un travailleur était victime d'un accident grave durant cette période.
Les cadences étaient indernales et le travail insuportable. Les hommes une fois à la retraite ne faisait pas de vieux os. Beaucoup d'entre eux manipuler de l'amiante sans aucune protection (le danger de l'amiante était pourtant connu..) .
Enfin c'était un secteur où la CGT et le PCF était peut-être le plus fort. Dans des usines avec plus de 5000 employés le PCF dépassé souvent les 1000 adhérents et la CGT les 4000 !
Le mouvement de gréve va alors faire tâche d'huile tout d'abord dans la métalurgie, puis dans d'autres secteurs tel que l'automobile, la chimie et le textile où les ouvrières à Roubaix vont briser leurs machines en signe de contestation. Le mouvement échappe complétement à la direction de la CGT et du PCF.
En Mai, les deux mouvements (étudiant et ouvriers) sont à leur apogée. Mais la rencontre n'a pas variment lieu. Les étudiants et surtout les gauchistes vont devant les usines et rouvent des portes closes. Ce sont deux mondes très différents qui n'ont pas les mêmes intérêts. Le PCF a certes donné des consignes, mais dans l'ensemble, les ouvriers ne veulent rien faire avec les étudiants qui rêvent de "libération sexuelle", "d'un monde nouveau" etc.. . Eux, veulent des salaires décents !
La direction du PCF et de la CGT va alors tout mettre en oeuvre pour reprendre la main sur le mouvement de gréve. Des rencontres secrétes sont organisées avec le gouvernement pour arriver à un accord au plus vite. Il y a une vraie peur qui s'installe dans le camp patronal. Le spectre d'une révolution les fait frémir. Mais, la force de la direction du PCF sur le parti est bien trop forte pour que la situation échappe aux réformistes.
Enfin, la gréve n'était pas "politique" dans le sens où les travailleurs veulaient avant tout une hausse de salaire. Le rôle du PCF aurait dû de "politiser" la gréve en avançant l'argument du contrôle ouvrier sur la production. Après tout, toutes les usines étaient occupées et les patrons n'y pouvaient rien.
Pour autant en 1969 le PCF rate le deuxiéme tour des présidentielles à moins de 400 000 voix. L'extrême gauche avait alors fait près de 400 000 voix.... .