Chers camarades,
La Commune de Paris de 1871 : "Aurore ou Crépuscule" ?
Certes, par sa volonté d'émancipation, la Commune de Paris fut une leçon, pour la première fois sous le drapeau Rouge, le Prolétariat fut à l'initiative et avait pris le pouvoir, et pas laissé à des politiciens bourgeois, mais par sa nature le prolétariat parisien fait d'artisans était d'une autre époque, un archaïsme du mouvement ouvrier, aussi dans ses idées, alors que Marx en France était inconnu par ses oeuvres et ses perspectives... Les néo - jacobins régnaient et les sectataires de la Commune de 1792, n'ont pas su vaincre...
"Il aurait fallu attaquer Versailles, alors qu'elle était encore faible", dès le début, aurait dit Marx, mais non, la Commune a légiféré, voté, séparé l'Eglise et l'Etat, bien avant 1905, établit des écoles pour les travailleurs, cela était bien beau, mais à l'ombre de la colonne Vendôme écroulée, la Commune avait oublié son plus cruel ennemi, Thiers et son armée, la bourgeoisie, cette satanée République du tricolore que je hais, aidée par les prussiens, qui dans une énergie de fer a fait dans la martyrologie prolétarienne, un livre de sang...
Mais pour montrer le courage de la Commune et de la "canaille" dont je suis, je voulais juste placer dans le Forum, cet article instructif... Des combats héroïques de la "Semaine Sanglante", "Vive la Commune" !
"On l'a tué à coup de Chassepot, à coup de mitrailleuses et roulée avec son drapeau dans la terre argileuse, tout ça n'empêche pas Nicolas, que la Commune n'est pas MORTE !"...
La Commune de Paris, La semaine sanglante. L'anniversaire d'un crime de masse oublié...
Paru dans l'Humanité le 26/05/2010
La semaine sanglante. L’anniversaire d’un crime de masse oublié, JEAN-LOUIS ROBERT, historien
Du 21 au 28 mai 1871, les troupes du gouvernement Thiers, installé à Versailles, occupé par l’armée prussienne, lancent l’assaut fi nal contre la Commune libre de Paris. Jean-Louis Robert, président des Amis de la Commune, évoque la mémoire d’un crime resté impuni
Le 21 mai 1871 dans l’aprèsmidi, les troupes de Versailles pénètrent dans Paris par un point faible de la défense communarde. Dans la nuit et dans la journée du 22 mai, sans rencontrer de résistance notable, les versaillais occupent l’essentiel des arrondissements de l’ouest. Or, dès ce premier jour de la Semaine sanglante, l’armée se met à multiplier les fusillades. Au cimetière d’Auteuil, des dizaines de cadavres sont couchés les uns sur les autres ; dans un jardin de la Muette, trente cadavres de fusillés. À Vaugirard, deux garçons de l’abattoir de Grenelle, sans armes et portant un pantalon de la garde nationale, sont exécutés. Dans une cave de la rue de Naples, huit fédérés qui n’ont pas voulu se rendre sont fusillés. On fusille aussi les habitants d’une maison de la rue de Prônai parce qu’un officier versaillais soupçonne qu’un coup de feu en est parti. Ce lundi 22 mai au soir, des prisonniers sont dirigés vers le parc Monceau et vers l’École militaire où se constituent les premières cours martiales et s’opèrent les premières sélections. Un témoin constate déjà « de larges plaques de sang sur le terrain du chemin couvert » du bois de Boulogne.
Ainsi, au matin du 23 mai, alors que les fédérés n’ont encore opposé aucune résistance sérieuse, alors qu’aucun incendie n’a été allumé et qu’aucun otage n’a été exécuté, le massacre a déjà largement commencé (mille exécutions peut-être en ces deux premiers jours). C’est bien la preuve que le massacre de vingt mille communards pendant la Semaine sanglante ne tient nullement aux circonstances du combat. Peut-être l’ampleur en a-telle été accentuée, mais les conditions d’un crime de masse sont bien définies avant même la Semaine sanglante. On peut en distinguer trois causes principales :
– La volonté du parti de l’ordre de faire un exemple impitoyable. Le télégramme de Thiers aux préfets à la fin de mai le montre bien : « Le sol est jonché de leurs cadavres ; ce spectacle affreux leur servira de leçon. » Ah, la compassion de Thiers qui, certes, n’a jamais donné d’ordres, mais savait toute la vérité et soutenait pleinement l’action des généraux !
– L’attitude de la haute hiérarchie militaire, entièrement formée à l’école bonapartiste. Les généraux appliquent l’instruction impériale de juin 1858, qui prévoyait de « fusiller sur place tout homme pris les armes à la main » en cas d’insurrection. Mais ils l’appliquent en l’élargissant à tous ceux qui auraient porté des armes (on exécute dans les ambulances les blessés, on exécute ceux qui se rendent, ceux qui ont des traces de poudre sur les mains) et à tous ceux qui auraient été complices d’une façon ou d’une autre de la garde nationale (infirmières ou médecins, pompiers…). Il y a aussi le plaisir évident de l’arbitraire chez certains officiers.
– La propagande abominable des versaillais contre les communards, qui sont représentés comme des monstres, des canailles, des bêtes… qu’il convient d’éliminer de la société. Ce conditionnement explique, plus que la dureté des combats, les fusillades spontanées lors de la prise des barricades, les assassinats isolés ou les meurtres de prisonniers qui vont en convoi de Paris à Versailles. Comme dans tout crime de masse, une mécanique moderne (la mitrailleuse), outil de la tuerie dans les grands abattoirs, coexiste avec les assassinats au coin d’une rue. Comme dans tout crime de masse, le silence domine. D’autant que les assassins sont les vainqueurs. Dans les « tribunaux » militaires, on ne dit jamais « à mort », mais « à gauche » ou « allez ». Le déni du massacre est total et les officiers « juges » se gardent bien d’établir des listes de noms et de vérifier les états civils. Ainsi ne connaît-on pas encore les vingt mille noms qui permettraient de dresser le mémorial de la Commune. Si les crimes de masse cessent après la Semaine sanglante, la phase qui s’ensuit est aussi terrible. Quarante mille prisonniers attendent, dans des conditions dramatiques, leur jugement. On connaît la suite : des cours martiales vont condamner à mort, aux travaux forcés, à la prison, à la déportation, au bannissement, plus de douze mille personnes. On ne saurait reconnaître aucune légitimité aux décisions de ces cours martiales. Et l’amnistie n’a pas annulé les condamnations. C’est pourquoi les Amis de la Commune vont engager l’an prochain, à l’occasion du 140e anniversaire de la Commune, une grande campagne pour la reconnaissance du crime de masse qu’a été le massacre des communards pendant la Semaine sanglante et pour la révision, fût-elle symbolique, des condamnations prononcées hors de tout état de droit par les cours militaires pendant les mois qui suivirent.
Il est temps, plus que temps !