Chers camarades,
Les héritiés du yiddishland révolutionnaire... Ou les fils de la Révolution... En voilà un titre qui pose une problématique politique...
Pour cette analyse, j'ai étudié en autre, le livre "Les Trotskistes" de Christophe Nick... qui est une mine d'information...
J'avais lu la vie de Pierre Goldman égérie du gauchisme dans les années 70, l'histoire du Bund, le ghetto de Varsovie, biographies et "vies" de responsables bolchéviks, Radek, Rosenfeld dit "Kamenev", Apfelbaum dit "Zinoviev" , Uritsky, Volodarski, "Sverdlov" soit Yankel et Nakhamkes soit "Steklov"... jusqu'à Lev Davinovitch Bronstein... "Léon Trotsky"...Pour sûr... de résistants de la MOI, dirigeants et militants du PCF, la sordide vérité des camps Nazis à travers des témoignages émouvants, mais pourquoi, une question, tant de juifs dans le mouvement révolutionnaire ?
Alors, je prends d'abords la problématique part un petit bout de la question posée...
Sur l'histoire du Trotskisme en France, un fait et cela vaut aussi pour le mouvement communiste issu de la Révolution d'Octobre est à relever, ce défit, la place des juifs dans le mouvement communistes et particulièrement trotskiste... Ames damnées des "pogroms" de l'est, il furent des cadres solides, des internationalistes sincères, et dans le mouvement trotskiste français, beaucoup en viennent, plutôt que d'en tirer des analyses trop brèves, voyons ce fait...
"Maman" s'appelait Maria Luxemburg, elle était cousine à la grande Rosa en Allemagne, vous avez entendu parler d'elle ? Maurice et Charly Najman ancien leaders pablistes intimes de Michel Raptis autrement dit "Pablo", étudiants et lycéens de 1968 à 1978, des comités Vietnam, le racontent, leur mère Solange, avec un certain accent Yiddish leur chantait... A lodz, en Pologne elle faisait la grève, sa grande amie de l'époque était une cousine de Léon Trotsky...
Les parents de Daniel Gluckstein, responsable du POI ex - de la Ligue Communiste après la scission au profit des "Lambertistes", ont croisé, ceux des frères Najman dans les ghettos de Lotz et Radom, ce sont des militants du Bund... Parti Socialiste Révolutionnaire juif...
Henri Weber, sénateur socialiste, est cofondateur de la LCR devenu NPA, à la veille de la guerre au début du siècle, ses parents horlogers juifs sont de Czanow en Haute Silésie.
La famille Krivine, Alain, Hubert, Jean - Marie, est arrivé en France au début du siècle, fuyant les pogroms de Russie...
"Barta" lui, est né en 1914, à Buhusi en Roumanie, dans une famille de petit commercant juif, le fondateur de se que sera un jour Lutte Ouvrière, l'UCI, a dit dans un interview unique, à un militant de LO, "J'ai eu cet énorme avantage d'être né dans un pays où les révolutionnaires peuvent exister psychologiquement (...) Une société avec " une véritable haine des possédants..." de son nom David Korner... Viré plus tard par "Hardy", Robert Barcia, le vrai fondateur de Lutte Ouvrière... Après 1956, quand il en recolla les maigres morceaux... Avec Pierre Bois... Une dizaine à peine... "Une fraction d'usine"...
Pierre Frank, père de la feu LCR, le PCI avec Ernest Mandel, (israélite lui aussi), le dirigeant belge de la IV ème Internationale, Secrétariat Unifié (SU), est né à Paris en 1905, de parents venant de Vilnius en Lituanie, juifs artisans tailleurs, après la Révolution de 1917, ses parents l'emmènent aux meetings, du Parti, puis ira seul, pour convaincre ses camarades...
Pierre Lambert de son nom Pierre Boussel, est né le 20 juin 1920, à Paris, de parent juifs, russes fraichement débarqués, dans la misère noire, il vivait à Montreuil... Ses copains adhérait à "Hachomer Hatzaïr", "la jeune garde", lui préfèra les jeunesses communistes...
Ces exemples pourraient se multiplier, ils sortent du "Yiddishland révolutionnaire", dans les années 70, l'humour résumait bien cette situation, "pourquoi ne parle t on pas Yiddish au Bureau Politique de la Ligue communiste ? Parce que à part Michaloux, Weber, Krivine, Frank... Daniel Bensaïd lui, est séfarade...
Il est vrai que à part Alain Krivine, beaucoup sont passés par "l'Hachomer Hatzaïr"...
C'est l'une des racine de LO, forgé au "kibboutzim", se voit par exemple dans l'itinéraire de Michel Rodinson, directeur de l'hebdomadaire de LO, ils y faisaient de l'entrisme en force et recrutaient à tout va..." L'Hachomer", scoutisme sioniste de gauche avait une atmosphère "militaro" qui séduisait beaucoup...
Charly Najman explique : "Le messianisme trotskiste, est le fruit d'une rencontre entre la mystique juive et la mystique révolutionnaire", Daniel Bensaïd disait la même chose, "l'idée révolutionnaire se rattache à une tradition"...
En France dans les années 30, la communauté Yiddish est dominée par le PCF, "des chorales, un théâtre juif, des écoles en langue yiddish, une université populaire, des conférences, un club sportif"...
Tout cela disparaitra dans les camps de concentration...
Les animateurs de la "Kulturliga" travaillaient avec la MOE qui deviendra la MOI en 1932... En 1937, le PCF organise un congrès mondial de la culture juive où défila culturels et artistes de premier plan...
Même, Thomas Elek, né à Budapest, qui fut fusillé et dont "l'Affiche Rouge", collée en 15000 exemplaires sur les murs de Paris, pour effrayer le pékin, porte un bien triste témoignage, au côté de Manouchian, en était pourtant, Thomas Elek, comme tant d'autres, de nos camarades...
Ce sont donc les enfants de la Shoa... qui en France en parti, ont largement structuré le mouvement Trotskiste... Ces centaines de jeunes qui dans les années 60 se sont tournés vers l'extrème gauche, avant, plus même, vers le PCF dans les années 30, 40 et 50, certains étaient juifs, en Israël encore on retrouve cette tradition... Voir certains scores du Parti Communiste Israélien... De la tradition à la Révolution, voilà parfois la route légitime de certains camarades... C'étaient, se sont, des camarades... La Révolution a un prix, que certains ont su et savent payer...
Ici, pour montrer que ce phénomène n'est pas que français, je citerai, bien sûr, notre cher camarade, Edward « Ted » Grant, de son vrai nom Isaac Blank, né le 9 juillet 1913, en Afrique du Sud et mort le 20 juillet 2006, en Grande-Bretagne, "Ted" Grant qui était issu d'une famille anglophone et juive en Afrique du Sud, aura eu sans doute de cet héritage, à penser lui aussi, à l'échelle de la planète.... Le fondateur de la Tendance Marxiste Internationale au côté d'Alan Woods et ici Greg Oxley, dont "La Riposte" est la section française, avait cette profondeur et cette clairvoyance... Il fut et reste un ardent révolutionnaire, en Grande Bretagne où il mena combat pendant des décennies, contre vents et marées, à "Militant" et après "Socialist Appeal", après une scission suicidaire et inique (voir les faits) où il dit "ce n'est rien, on recommence", fataliste ? non, héroïque... sur la scène révolutionnaire internationale aussi en ce siècle et celui passé, il demeurera un "Authentique Grand Théoricien Marxiste"...
Pour alimenter le débat, cet article de "l'humanité" de 2002...
Ces juifs communistes qui ont rêvé de Révolution !
Moments de vies, d'histoires, de cultures, au Café du croissant, où Jacques Frémontier a dialogué avec le public des Amis de l'Humanité autour de l'Étoile rouge de David.
Et la thèse devint un livre... Dont Jacques Frémontier ne fait pas mystère de ce qu'il doit au plus intime, et à une part de lui-même qui demeure un mystère : " Je suis juif, j'ai été communiste, existe-t-il un lien entre ces deux appartenances ? " D'autant que l'enfant qu'il fut, " né juif ", fréquenta une école catholique, n'entra dans une synagogue qu'une seule fois - en 1938 - et vécut longtemps, sinon dans le déni, du moins " à côté " de sa " judéité ", de la même façon qu'il " refoula " pendant plus de quarante ans son " appétit d'université ", passa par l'ENA, fit un détour par le Parti communiste des années soixante-dix, et, sur le tard, à l'âge de la retraite pour dire vrai, entreprit donc une thèse sur " les Juifs communistes en France "... " C'était comme partir à la recherche d'un secret qui m'aurait été dérobé ", explique-t-il ce soir, dans un Café du croissant archicomble, quand Charles Silvestre l'interroge sur le " pourquoi " de cette entreprise... Se comprendre, comprendre, aller à la rencontre d'autres qui eurent, qui ont, une autre histoire : Frémontier n'aime rien tant que conter des histoires, livrer des bribes de vie qui parlent du siècle, du XXe siècle. Goût communicatif : rarement, " Café des Amis " aura été autant le " théâtre " de récits de moments d'existence se mêlant, s'interrogeant les uns les autres, se répondant, se complétant...
Traces de vie, d'histoire, de culture... " Juifs communistes ? Communistes juifs ? Communistes qui, au nom d'une certaine idée de leur engagement politique, en viennent à nier leur judéité ? " lui demande-t-on à propos des cent personnes qu'il a rencontrées. Justement, indique Frémontier en substance, j'ai vu des gens se définir de TOUTES ces manières, comme ceci ou comme cela, et puis, dans ce qu'ils me disaient, je comprenais aussi que rien n'était ou n'avait été immuable, que le rapport au judaïsme changeait, comme le rapport au communisme, et, sans doute aussi, le communisme lui-même... Les cent personnes en question ? L'auteur de l'Etoile rouge de David n'a pas construit d'échantillon représentatif - mission impossible, d'ailleurs -, il s'en est tenu à une " triple parité " : 50 sont membres du PCF, 50 ne le sont plus ; 50 sont ashkénazes, 50 séfarades ; 50 appartiennent plutôt aux couches populaires (ouvriers, employés, etc.), et 50 plutôt aux classes favorisées, à la " bourgeoisie ", dit-il... Il évoque aussi le sort, sans citer de noms, de " deux ou trois personnages extraordinaires " : on entend alors " Brigades internationales ", " FTP-MOI ", " exclusion du POUP " (Parti communiste polonais - NDLR) en 1968, pour le " fait d'être juif ", quand le combat, à l'Est, contre le dit " sionisme ", eut de drôles de relents...
" Juifs communistes en France ", donc. Ou qui le furent, communistes. Et parfois, pas seulement en France. C'est quand on lui demande s'il n'y a pas lieu de " rapprocher " certains éléments de la religion ou de la culture juives et ce que d'aucuns nomment une forme de " messianisme communiste " que Frémontier, s'appuyant notamment sur la réflexion de Walter Benjamin - oui, l'idée de " messie collectif " est présente chez certains théologiens juifs du Moyen Age ; oui, la venue du messie, précédée de temps de violence et d'apocalypse, n'est peut-être pas sans rapport avec certaine vision de " la révolution " ; oui, l'idée que la " justice sociale, c'est ici et maintenant ", et non pas dans l'au-delà et plus tard, peut résonner aussi dans ce qui est nommé " communisme "... -emballe le débat. Dialectique complexe, par exemple, quand il s'agit de savoir pourquoi un nombre relativement important de juifs se retrouvent dans le PCF des années vingt, trente et quarante : faut-il voir d'abord le fruit de l'action - y compris " spécifique " - menée alors par ce parti (groupes de langues, dont le yiddish, structures d'accueil et de " solidarité " particulières) et/ou plutôt l'attraction pour la France (celle de 1789, de la Commune, de l'affaire Dreyfus, de la " laïcité "...), de la part de juifs acquis à la " modernité ", et pourchassés au même moment dans nombre de pays d'Europe ?
L'un et l'autre, bien sûr, ou plutôt les uns avec les autres, par exemple dans ce Paris populaire, au temps du Front du même nom, que Frémontier décrit avec des mots si justes, puis le Paris de la Résistance - une décennie qui structure durablement (au moins jusqu'en 1967) un certain mode d'être " juif communiste " en France. Du moins le croit-on. Car Frémontier, à chaque fois, insiste sur la " singularité " de chaque parcours. Et il n'a pas tort. On écoute une femme expliquer comment elle " croyait tellement " à l'URSS de Stalingrad qu'elle n'entendit rien, sur le moment, de l'antisémitisme du Staline du " complot des blouses blanches " : " Plus je vieillis, dit-elle, plus je reviens aux sources "... On écoute Gilles Smadja contester l'idée qu'il y aurait un lien secret, voire un lien tout court, entre judaïsme et communisme : " Je suis juif, je suis encore communiste ; il y a un héritage familial d'un côté, un engagement politique de l'autre "... Ce qui l'amène, un peu plus tard, à critiquer certain côté monstrueux du décret Crémieux (accordant en 1871 la citoyenneté française aux juifs d'Algérie), pour la " division " qu'il a créée entre des personnes qui vivaient, pour la plupart, à peu près de la même façon.
On écoute. On s'écoute. Longtemps. Le temps de parler encore de " culte " et de " culture ", de " croyance " et de " théologie ", de rapports presque sacrés au " livre " - point commun, comme le suggère un participant, entre la tradition judaïque et le Parti communiste en sa construction " thorézienne "? Jusqu'à cette ultime question-réponse : " Auriez-vous pu écrire un livre sur les relations entre les juifs et une autre force politique ? "... " Non, répond du tac au tac Jacques Frémontier : le Parti communiste était le seul parti où quelqu'un qui se sentait juif pouvait prendre toute sa place dans l'action politique "... Un moment de réflexion, puis : " le Parti socialiste n'est pas un parti, c'est une machine électorale ; le Parti communiste, c'est un monde, c'est toute une culture "... Longtemps, dans la salle, le débat se poursuit...
Jean-Paul Monferran
Alors quand on parle d'Israël et du judaïsme, ne résumons pas trop vite, on y trouve aussi les nôtres, la lutte sévère, le Communisme est aussi un idéal commun à partager... Certains sont partis de la lutte, mais d'autres viendront, jusque dans nos rangs car cela est le sens de l'Histoire...
Avec mes amitiés de camarades,
Wilehlm Catharos