Bonjour à tous,
Ne parvenant pas bien à saisir l'objet de l'intervention précédente, j'aurais deux remarques de pure forme pour commencer :
- S'il s'agit d'une tentative d'échange politique, merci de s'en tenir au vocabulaire politique et d' exclure tout ce qui pourrait fausser la compréhension d'un contexte historique, notamment en laissant la fausse impression que le travail de positionnement politique et idéologique procèderait de manière aussi manichéenne que la morale et ses catégories métaphysiques (ex: "axe du mal").
- Si en revanche il s'agit d'un débat historiographique, je prierais l'intervenant précédent de bien vouloir respecter les canons de l'échange académique et d'éviter de tenir l'essentiel de sa ligne argumentative en prêtant aux citations et à leur (unique) auteur des capacités de "prédiction", en prouvant ses affirmations par des exemples puis en les rapportant à une source académique. (Aucun historien en effet, fût-il des plus réactionnaires, ne s'essaierait à cacher les insuffisances factuelles de ses interprétations derrière une source unique, et encore moins lorsque celle-si se trouve être impliquée dans les évènements étudiés)
1- Un communiste, à la différence d'un trotskiste, n'essaie pas de justifier ses positions par les textes programmatiques que d'autres communistes dans d'autres contextes ont approuvé. Un communiste est un militant qui tire des leçons contextuelles et des principes d'actions (théorie) de ses expériences pratiques. A l'inverse le trotskiste, Victor en a fournit la preuve formelle, est un bibliothécaire qui va rechercher une vérité révélée dans les textes des maîtres qu'il se donne. Enfin pour un marxiste c'est la pratique elle-même qui confirme ou non la justesse d'une ligne tactique ou politique.
La Riposte (ou en tout cas Victor et Abdallah) voudraient à tout prix convaincre de leur "purisme" en allant chercher dans le programme de Marx les justifications de ses tactiques d'entrisme systématique. Si les premiers communistes avaient été adhérents à La Riposte il est certain qu'aucun parti communiste n'aurait pu voir le jour parce qu'il fallait suivre la "sainte théorie" du Manifeste. A l'époque de Marx aucun mouvement social-démocrate n'avait engrangé suffisamment d'expériences politiques pour voir se constituer des tendances internes, les mouvements étaient alors uniquement polarisés sur les expériences de socialisme utopique et autour d'écoles de philosphie économique. Au début XXe au contraire les Bolshéviques, dont Lénine (l'icône de Victor), les congressistes de Tour en 1920 et les communistes du monde entier se sont démarqués de la sociale-démocratie en utilisant une tactique de "démarcation pour l'unité ", une unité programmatique qui a permis à certains partis communistes de prendre la tête du mouvement ouvrier, et dans d'autres cas d'unir tout les mouvements collectivistes pour mettre les travailleurs devant une alternative face aux idéologues bourgeois de la social-démocratie.
CQFD : Même programme que chez Marx, même stratégie de long terme, tactique différente. 2- Je constate sans surprises que le trotskiste Victor devance les historiens les plus réactionnaires pour ce qui concerne de privilégier ses croyances partisanes à un bilan politique et historique basé sur un minimum de recherche sur les thèmes et angles d'attaques de la propagande de guerre anti-soviétique
Ainsi:
Tu parles des militants du parti avant ou après les "campagnes de réhadésion"?
La tendance majoritaire du PCBUS, voyant que la "vieille garde" se convertissait à des activités faiblement politisées, décida de mener une campagne d'adhésion massive vers le prolétariat pour renforcer la base sociale du parti.
"liquidation de la vielle garde"
la liquidation de la "vielle garde" par les autorités soviétiques dépendait de leur attitude dans les années les plus dures de l'histoire de l'URSS, à savoir la seconde moitié des années 20. Le concept de "vieille garde" reste très flou puisque de nombreux adhérents d'une certaine importance politique sous Lénine (ex: Kalinine, Mikoian, Jdanov, Vorochilov, Molotov, Kaganovich, etc etc etc) avaient adhéré avant 17 et faisaient parti de la tendance majoritaire, donc proche de Staline.
Avant ou après que Staline ait un pouvoir absolu?
Pouvoir absolu? Sources, preuves? Quid des fonctionnements institutionnels, par exemple du Comité Central qui pouvait prendre de manière collégial des décrets politiques ?
2.1 Cette affirmation contredit les activités de l'opposition pour réduire les pouvoirs de Staline, (ex: retard de publication des "oeuvres de Staline" de plusieurs années/ vers 1950 l'opposition fait passer une réforme partageant le secrétariat général en 3 secrétariats distincts . Comme le rappelait Marc FERRO, contrairement à Trotski l'influence de Staline ne reposait pas sur son auto-publicité ni sur un réseau étendu de soutien parmi les dirigeants du parti Bolshévique, mais sur des actes.
2.2- Le soviétologue William Mac CAGG, sur la base des archives du Kremlin et sur les comptes rendus d'ambassadeurs ne parlait pas d'absolutisme, mais d'un pouvoir fort mais déconcentré dans l'après-guerre. Le soviétologue Marc FERRO a consacré une étude entière sur les pouvoirs d'influence réciproques entre dirigeants locaux du parti/ fonctionnaires/ population locale. A sa suite le sociologue Alexandre MONGILI parlait de relatif consensus dans la population sur la tendance majoritaire du parti, étant donnée la prise en compte de la demande sociale par des mécanismes partisans décentralisés (ie: les bureaux politiques qu'on retrouvait à tous les niveaux des activités sociales)
Assassinat de Kirov, prétexte des grandes purges ?
3.1 Lire les dépositions et les actes d'accusations de Kamenev et de Zinoviev. Malgré leur dénonciation publique par des dirigeants Bolshéviques à plusieurs reprises, ceux-ci ne furent qu' emprisonnés pour "activités subversives" et "propagande anti-soviétique", aucune preuve directe n'ayant été trouvé contre eux pour cet assassinat. Où est le fameux prétexte dont parlait Victor?
3.2: c'est le tapage international de Trotski, des Zinoviévistes et des droitiers sur le gouvernement soviétique qui finit par les discréditer auprès de la base du parti. Leur texte recueillit 1% des voix (6000/ 750 000 voix) lors d'un congrès du 27 décembre 1927 alors que l'opposition unifiée présentait leur texte contre le texte de la tendance majoritaire. Avant son assassinant Kirov présidait justement une commission d'enquête du Comité Central du parti sur les plans visant à renverser le gouvernement bolshévique après que l'opposition ait été défaite par la pratique.
3.3 : voici un extrait du site "marxisme.fr" en guise d'illustration :
"Une des personnes qui aborda le problème (des sabotages industriels), est l’ingénieur américain John Littlepage, un des experts étrangers engagé par contrat comme ingénieur en chef en Union soviétique. Littlepage passa 10 ans à travailler dans l’industrie minière, de 1928 à 1937, principalement dans les mines d’or. Dans son livre A la recherche des mines d’or de Sibérie, Ed. Payot, 1939, voici ce qu’il écrit : « Je ne me suis jamais intéressé aux subtilités des idées politiques. Je suis fermement convaincu que Staline et ses associés mirent un certain temps à se rendre compte que les communistes rebutés étaient leurs plus dangereux ennemis. »
Littlepage écrit aussi que son expérience personnelle fut confirmée par les déclarations officielles qui révélèrent, plus tard, qu’un large complot utilisait le sabotage industriel pour renverser le gouvernement. En 1931, Littlepage l’avait constaté en travaillant dans les mines de cuivre et de plombs d’Oural et du Kazakhstan. Ces mines faisaient parties d’un grand complexe industriel sous la direction de Piatakov, le vice-commissaire de l’industrie lourde. Les mines étaient dans un état catastrophique aussi bien au niveau de la production qu’au niveau de la sécurité des ouvriers qui y travaillaient. Littlepage en conclu que le sabotage était bien organisé et provenait de la direction même du complexe industriel.
Le livre de Littlepage montre aussi comment le bloc trotskiste était financé par les activités contre-révolutionnaires. De nombreux membres de l’opposition utilisaient leurs positions pour détourner l’argent des achats fait à l’étranger de matériels pour les usines. Les produits achetés étaient de très mauvaises qualités pour le prix qu’avait payé le gouvernement soviétique. Les maisons qui vendaient ces produits donnaient le surplus des commandes aux trotskistes tandis que les conspirateurs continuaient à passer commandes à ces maisons. (...) Ces procédés furent constatés par Littlepage à Berlin au printemps 1931 lors d’une mission auquel il participa pour acheter des élévateurs de mines. La mission soviétique était dirigée par Piatakov et Littlepage était chargé comme expert de vérifier la qualité des élévateurs et d’approuver la vente. Littlepage découvrit alors qu’une fraude avait lieu concernant la mauvaise qualité des élévateurs achetés, sans utilités pour ce qu’ils étaient destinés. Mais quand il en informa Piatakov et d’autres membres de la mission soviétique, l’accueil qu’ils lui réservèrent fut très froid, comme s’ils voulaient cacher ces faits et firent même pression pour qu’il accepte ces achats. Littlepage ne voulait pas. A cette époque, il pensait que cela concernait des pots-de-vin et que les membres de la mission avaient été soudoyés par la maison qui vendait les élévateurs. Mais quand Piatakov avoua, lors du grand procès de 1937, qu’il avait eu des liens avec le bloc trotskiste, Littlepage en tira la conclusion que ce qu’il avait vu à Berlin était plus qu’une affaire de pot-de-vin. L’argent obtenu servait à payer les activités de l’opposition secrète en Union soviétique qui comprenaient le sabotage, le terrorisme, la corruption et la propagande.
Zinoviev, Kamenev, Piatakov, Radek, Tomski, Boukharine et d’autres, que la presse bourgeoise de l’Ouest aime bien, utilisaient ainsi les postes confiés par le peuple soviétique et le Parti pour voler l’argent de l’Etat et pour collaborer avec les ennemis du socialisme afin qu’ils utilisent cet argent pour du sabotage et pour lutter contre la société socialiste soviétique.
Concernant Trotsky et son rapport avec les officiers, il n'a pas cherché à s'appuyer sur eux pour mettre au pouvoir une autre bureaucratie alors qu'il était chef de l'armée rouge
Inexact. Trotski était partisan d'un communisme de guerre en temps de paix, ainsi que de la "militarisation de l'économie". Par exemple il s'est prononcé en faveur de la militarisation des syndicats et leur soumission totale à l'appareil militaire... je ne crois pas au hasard.
Le fait que les trotskistes se présentent aujourd'hui comme "défenseur" des libertés alors que leur maître défendait une solution militaire comme seul programme est une réécriture particulièrement hypocrite de l'histoire politique. Prétendre ensuite que Trotski n'était pas un bureaucrate alors qu'il faisait parti de l'appareil d'Etat est une pautre hypocrisie qui est somme toute cohérente avec les propriétés magiques de l' "anti-stalinisme" grâce auxquelles on peut expliquer tous les dysfonctionnements en URSS
Une autre citation tirée du même site:
D’après Isaac Deutscher, lui-même trotskiste, qui a écrit plusieurs livres contre Staline et l’Union soviétique, le coup d’état devait être déclenché par une opération militaire contre le Kremlin et dans les plus importantes casernes des grandes villes, comme Moscou et Léningrad. Le complot était, selon Deutscher, dirigé par Toukhachevski avec l’aide de Gamarnik, le commissaire politique en chef de l’Armée, le Général Yakir, le commandant de Léningrad, le Général Ouborevitch, commandant militaire de l’académie militaire de Moscou ainsi que le général Primakov, un commandant de la cavalerie. Le maréchal Toukhachevski avait été officier dans l’armée tsariste avant de passer après la révolution, dans les rangs de l’Armée Rouge. En 1930, près de 10% des officiers (près de 4 500 personnes) étaient d’anciens officiers tsaristes. Nombre d’entre eux n’avaient jamais abandonné leurs conceptions bourgeoises et attendaient simplement une opportunité pour agir. Cette opportunité arriva quand l’opposition prépara le coup d’état.
Après si tu veux soutenir les purges de l'armée, c'est que t'es un vrai stalinien jusqu'à la moelle, ce qu'il me semble que tu veux démontrer.
Je laisse les sentiments partisans aux trotskistes. Que m'importe Staline. C'est de déterminer pourquoi il fallait soutenir l'URSS pendant la seconde guerre mondiale et après qui m'intéresse ici, c'est également de savoir pourquoi tant d'historiens se sont contentés de reprendre les thèmes de propagande avant que les archives soient ouvertes qui m'intéresse. C'est la production de connaissances intéressées et partisanes qui m'intéresse comme objet d'études politiques.
Au fait le fractionnisme est-il un crime? Que faisaient les bolchéviks au POSDR?
Raisonnement faussé par le raccourci temporel. La lutte contre le fractionnisme date du 10e congrès pour instaurer un nouveau principe d'organisation, le "centralisme démocratique". Le fractionnisme est un effet des activités anti-soviétiques de l'opposition, pas un crime en soi. Le trotskisme est né d'une opposition politicienne lorsque l'URSS traversa sa plus grande crise intérieure et extérieure dès 1923-24.
"Pour le socialisme! Pour la révolution mondiale! Contre Staline!", Trotski,
L'URSS dans la guerre, 1939 : L'opposition "de gauche" à laquelle appartenait naguère Trotski, comme l' opposition de droite mais pour des raisons différentes, ont toujours nié la possibilité de construire le socialisme en Russie. Il est ainsi particulièrment démagogique d'en appeler au socialisme depuis l'étranger. Ses positions politiques ne l'ont jamais engagés à rien, jamais il n'a du défendre de bilan devant un congrès.
Les dirigeants de la bureaucratie thermidorienne ont liquidé les acquis de la révolution jusqu'à la restauration du capitalisme en semant la terreur, en tuant des milliers de communistes et autres innocents.
Les premières mesures capitalistiques en URSS datent de 1959, les premières concentrations industrielles et formations monopolistiques datent de 1963, c'est à dire sous le secrétariat Khrouchtchev. Ton apparent manque de connaissance en histoire économique et sociale en URSS t'amènes une fois de plus à faire appel à la formule magique du "bureaucratisme" et t'exonérer ainsi d'un travail de bilan.
la politique de la bureaucratie a été de favoriser les koulak dès 23 jusqu'au volte face de 28 alors que 6% des paysans contrôlaient 60% des terres, que le salariat à la campagne avait été rétabli, que l'on avait diminué les impôt sur les koulaks etc... et l'on sait de quelle manière a été effectué ce volte-face.
Mauvaise interprétation. Les Koulaks se sont enrichis sous le régime de la NEP, mais la NEP visait entre autre chose à développer les forces productives de l'agriculture pour réaliser par la suite le programme de collectivsation des terres, qui sera réalisée plus tard sous le secrétariat Staline. L'opposition des koulaks a ensuite du être réprimé, ces derniers étant revenu sur leur rêve de propriété collective une fois qu'ils avaient eu accès à la propriété privée. Ces tournants politiques brutaux étaient sans doute nécessaire. (Staline a pu ensuite concéder la petite propriété privée pour toutes les classes de paysans, un genre de compromis)
Précisions suppmémentaires si c'était nécessaire de la justesse des vues de Trotsky
Oui, à la différence que Trotski a toujours prophétisé le soulèvement populaire dès les premières tensions civiles et avec l'étranger contre le gouvernement Bolshévique. A ce compte là, le reste n'est qu'une phraséologie creuse ne manifestant qu'une opposition abstraite sans contenus politiques concrets.
Il n'est pas dans mes habitudes de faire des citations, mais l'idole de Victor, Lénine répondra à ma place sur ce qui résume le mieux me semble t'il de la mécanique politicienne de Trotski:
"un phraséologie de gauche et un bloc avec la droite contre les buts de la gauche" (fevr. 1917, oeuvres complètes)
Les soviets n'avaient plus aucun pouvoir et la lutte contre la bureaucratie n'était que le contrôle des haut bureaucrates et surtout du bureaucrate en chef Staline sur les plus petits.
Exact pour la première parti de la phrase. Toutefois après 17-19, les soviets n'ont jamais eu d'autres pouvoirs que celui de faire du parti Bolshévique un parti-Etat, ce qui est contestable en soi certes, mais sachant que ce problème a été discuté lors des congrès par Lénine en particulier, et sachant le contexte d'incertitude quant à la survie du régime je ne me risquerais pas sur ce terrain.
"Il n'y avait pas de bureaucratie sous staline, elle est apparue juste à l'arrivée de khrouchtchev! quelle blague".
C'est inexact. La bureaucratie a toujours posé un problème au contrôle partisan de l'appareil d'Etat (ex: sabotage, non respect des décrets et des plans). Khrouchtchev a nié le problème pour mieux assumer sa "rupture" avec l'appareil partisan et étatique sous Staline. Cette affaire d'annoncer la fin de la lutte des classes en voulant faire un parti "pour tout le peuple" (c'est à dire toutes les classes) c'était à la fois nier qu'une classe bourgeoise existait en URSS et donc qu'il n'existait plus aucun conflit entre la bureaucratie et l'appareil partisan. Cette affaire, tout comme l'échec de ses réformes de décentralisation des plans quinquénaux (qui revenait à affaiblir encore plus le contrôle du parti) causera son discrédit et la chute de son secrétariat. Donc OUI la lutte anti-bureaucratique était une réalité politique profonde en URSS. Elle sera reprise dès Brejnev avec d'autres méthodes.
bien à vous,