Auteur Sujet: Kominterniens et l’Histoire des PC francophones d’Europe  (Lu 289 fois)

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Salut camarades,

Le Dictionnaire biographique des militants du Komintern pour la Belgique, la France, le Luxembourg et la Suisse des Parti communistes francophones et l'histoire des mouvements communistes vue par ce prisme est un outil intéressant, je place ici la préface, méthodologie du dépouillement, de plus le CD joint est très bien fait et utile…

DICTIONNAIRE BIOGRAPHIQUE DU MOUVEMENT OUVRIER INTERNATIONAL



Dictionnaire biographique de l’Internationale communiste en France, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse et à Moscou, (1919 - 1943).

Préface à la deuxième édition revue et élargie.

Cette nouvelle édition du Dictionnaire biographique des militants du Komintern pour la Belgique, la France, le Luxembourg et la Suisse (1) reprend et amplifie le champ saisi par la première tout en apportant des modifications significatives à de nombreuses notices parues précédemment.

Les indications contenues dans la préface de cette première édition demeurent donc nécessaires et valables pour celle-ci.

Depuis 2001, les recherches se sont poursuivies, à la fois dans les archives du RGASPI à Moscou ainsi que dans les différents pays concernés. De nouveaux travaux universitaires ont approfondi la connaissance des mondes communistes ainsi que l’histoire de l’Internationale, comme l’indique Serge Wolikow dans le balayage historiographique publié dans l’ouvrage attenant.

À la faveur de ces travaux des militants ont été révélés, ou mieux éclairés, ce qui a permis de tracer des biographies plus nourries. Et surtout, le choix du CD a permis l’extension à la fois du champ d’exploration et aussi l’allongement des notices.

Ainsi, où l’édition papier n’avait autorisé qu’une liste souvent très laconique des élèves des Ecoles internationales à Moscou, l’édition présente a permis de leur accorder une notice plus explicite, qui tente de relater le suivi des parcours. Ils sont présents en nombre, avec les informations inédites. Cependant le « secret kominternien » qui entourait leur présence en URSS ne permet par toujours de l’identifier. Un certain nombre sont présents dans ce dictionnaire sous leur pseudonyme. Parfois les conditions de leur séjour dans les écoles sont mal connues, en particulier pour les « écoles spéciales » qui forment aux techniques de la clandestinité.

(1 Première édition en 2001, aux Editions de l’Atelier, sous le titre : Kominterniens~ : l’histoire et les hommes. Dictionnaire biographique de l’Internationale communiste. Collection Jean MAITRON dirigée par Claude PENNETIER, sous la direction de José GOTOVITCH et Mikhaïl NARINSKI. Ont trouvé place plus systématiquement dans ces pages, les militants des organisations auxiliaires, mais également les agents identifiés de l’appareil dit technique  l’oeuvre dans les pays concernés. Pour ce faire, nous avons élargi le cercle des collaborateurs. L’intitulé des notices est parfois accompagné de la formule (version DBK) indiquant qu’une autre version nationale figure sur maitron-en-ligne. L’ensemble de ces 782 notices sont présentes sur le site maitron-en-ligne avec les liens actifs. On y entre par la rubrique « dictionnaire du Komintern » (à gauche), soit par les noms. Nous comptons bien compléter ultérieurement ce dictionnaire des Kominterniens sur le site, avec l’espoir que les dossiers encore bloqués du RGASPI s’ouvriront à la recherche. Par ailleurs, nous accueillerons avec reconnaissance toute précision ou proposition de notice qui nous sera envoyée.)

José Gotovitch, Claude Pennetier


* Le maiton en ligne...

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/

A la suite je poste en quatre temps un bref aperçu de l’Histoire des Partis communistes francophones d’Europe de leur création à la disparition du Komintern, ces brefs aperçus sont dignes d’intérêts, pour la France, la Belgique, la Suisse et le Luxembourg et se recoupent d'ailleurs, vu les liens étroit avec le Komintern et l'histoire des kominterniens…


Projet de Monument à la IIIe Internationale 1919-1920 (ne sera jamais construit), Vladimir Tatline (1885-1953)

Salutations communistes,
W catharos
« Modifié: 16 août 2011 à 16:59:08 par W catharos »
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Re : Kominterniens et l’Histoire du PCF (Parti Communiste Français)
« Réponse #1 le: 16 août 2011 à 16:30:50 »
Salut camarades,

Petite histoire du Parti Communiste Français (PCF), tiré du dictionnaire des Kominterniens, par Michel Dreyfus jusqu’en 1941…

Fondé au congrès de Tours en décembre 1920, le Parti communiste emmène avec lui la majorité de la SFIO (3 247 voix contre 1 308). Dans ses premières années, il cherche à concilier la tradition héritée de la SFIO et les exigences révolutionnaires que lui impose l’Internationale communiste. Mais de nombreux dirigeants refusent ou ne prennent pas au sérieux les transformations radicales dans ses modes de fonctionnement et d’organisation que leur demandent les dirigeants de l’IC : aussi durant ces années de formation, ces derniers ne cessent d’intervenir dans la vie interne et la composition des organes dirigeants du PC pour faire triompher leur orientation. En réaction à ces interventions, de nombreux fondateurs du PC opposés à la bolchevisation et à la disparition progressive de tout débat démocratique, le quittent en groupe ou individuellement à partir de 1923, et ce, suivant plusieurs vagues. Ce n’est qu’à partir de 1930-1931 que départs et exclusions perdent de leur intensité même s’ils ne sont pas complètement terminés.

Durant cette décennie, les cellules, d’entreprise ou locale, ont été substituées aux sections et le Parti est maintenant régi par le centralisme démocratique. Ces modifications organisationnelles s’accompagnent d’une transformation sociologique importante, l’ouvriérisation de la CGTU par le PC et de l’élimination, complète à partir de 1930, des tenants du syndicalisme révolutionnaire qui pouvaient encore s’y trouver : à partir de cette date, le CGTU a perdu à peu près toute autonomie par rapport au PC, ce qui ne va pas sans poser des problèmes à certains de ses dirigeants. Durant cette première décennie, le PCF cherche également à développer, mais sans grand succès, des organisations de masse : Secours rouge internationale, Ligue contre l’impérialisme…

Ces transformations ont un prix, l’effondrement des effectifs : alors qu’au lendemain de Tours, le PC était for de plus de 100 000 adhérents, en 1932, il en a 25 000. Les pertes sont moins nettes à la CGTU qui a même progressé de sa fondation (1922) à 1926, passant de 349 000 à 431 000 adhérents mais qui en 1932 n’en a plus que 258 000. Cette même année, ces pertes se traduisent également sur le plan électoral : après avoir progressé de 875 000 à 1 060 000 voix de 1924 à 1928, le PCF régresse lors des élections législatives de 1932 à 790 000 voix, soit 8,4% des suffrages exprimés.

Avec l’arrivée d’Eugen Fried*, délégué de l’IC, fin 1930, puis l’élimination du « Groupe Barbé*- Celor* » se met en place une direction homogène. Secrétaire général, à partir de juillet 1930, Maurice Thorez* après des débuts difficiles, bénéficie du nouveau cours qu’il contribue à mettre en place à partir de mars 1934. Après avoir éliminé le dangereux rival que représente pour lui J. Doriot*, il engage le PC dans la stratégie de Front populaire. Ainsi, le PC sort de la situation de secte où il se trouvait et, durant trois ans et demi, connaît une progression considérable de son influence. Elle s’effectue en trois étapes. La première se situe lors des élections municipales de mai 1935. En 1929, le PC avait remporté 150 municipalités, il double alors ses résultats (297 municipalités) dont 90 de plus de 5 000 habitants. Les progrès sont particulièrement spectaculaires en banlieue parisienne où le PC passe de 9 à 26 mairies dans la Seine et de 6 à 29 en Seine - et- Oise. En avril 1936, le PC a 78 000 adhérents.

Le seconde étape a lieu lors des législatives d’avril – mai 1936 où le PC double ses voix par rapport à 1932, - il en obtient 1 500 000 – et multiplie par 7 le nombre de ses députés (10 à 72). Le PC qui soutient le gouvernement de Léon Blum, sans y participer, connaît alors une explosion de ses effectifs lors de la grève qui, fin mai-début juin 1936, secoue le pays. Sa progression se poursuit jusqu’en septembre 1937 où elle atteint 328 000 adhérents. L’envolée de la CGT réunifiée est également spectaculaire : en un an, elle quintuple ses effectifs, passant à 4 millions d’adhérents. Au sein de cette Confédération, la progression des syndicalistes unitaires, communistes ou proches de ces derniers, est plus rapide que celles des confédérés, regroupés autour de L. Jouhaux.

Cette période euphorique est brève : avec la guerre d’Espagne qui éclate en juillet 1936, les difficultés commencent et la gauche se divise entre partisans et adversaires de l’intervention. Dès lors, la marche vers une nouvelle guerre mondiale se fait chaque jour plus menaçante et le PC qui a choisi une orientation clairement antifasciste se trouve souvent en porte à faux avec une gauche et une opinion fortement imprégnées de pacifisme. Ensuite, à partir de mars 1937, le gouvernement L. Blum marque une pause.

Dès lors, le PC va souffrir du recul puis de la remise en cause, politique et sociale, vécue par le Front populaire. L’influence communiste régresse. L’échec de la grève générale du 30 novembre 1938 sonne le glas du Front populaire. Toutefois, avec ses 318 000 adhérents en septembre 1938 et 280 000 en août 1939, le PCF est devenu un parti de passe qui peu à peu s’enracine dans la société française.
Le Pacte germano-soviétique (23 août 1939) et ses conséquences prennent entièrement le PCF à contrepied. Nullement préparé à ce tournant, le PC est peu à peu contraint de s’y rallier, en raison de la pression de l’IC, à partir de la fin septembre. Le 26 septembre, il est dissout par le gouvernement Daladier. Cette mesure et, plus encore, la confusion politique engendrée par le Pacte et ses conséquences provoquent de nombreux départs, surtout chez les députés et les maires et, dans une moindre mesure, chez les responsables syndicaux. En revanche, les membres de l’appareil restent fidèles.

Toutefois, cette période qui ouvre la crise politique la plus grave de toute l’histoire du PCF se traduit par un effondrement des effectifs : début 1940, les adhérents ne seraient plus que 5 000. Passés la défaite et les flottements de l’été 1940 où certains dirigeants pensent durant quelques semaines faire reparaître l’Humanité avec l’accord de l’occupant, le PC, d’abord complètement désorganisé, s’engage peu à peu dans la Résistance, sous la direction de responsables tels que B. Franchon* et Ch. Tillon* puis de J. Duclos*. L’attaque hitlérienne contre l’URSS en juin 1941 achève de faire basculer le PCF dans le camp de la Résistance, toutefois son engagement en ce sens a commencé avant cette date.
« Modifié: 16 août 2011 à 16:48:09 par W catharos »
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Re : Kominterniens et l’Histoire du PCB (Parti Communiste Belge)
« Réponse #2 le: 16 août 2011 à 16:33:37 »
Salut camarades,

Petite histoire du Parti Communiste Belge (PCB), tiré du dictionnaire des Kominterniens, par José Gotovitch, jusqu’en 1945…
Le Parti communiste Belge

Né de la fusion imposé par l’IC d’un groupuscule (+200 membres) issu des Jeunesses socialistes, antimilitaristes et farouchement anti parlementaires, ainsi que d’une minorité (+700 membres) exclue du Parti socialistes (Parti ouvrier belge), le PCB naît en septembre 1921 sans dépasser un millier de membres jusqu’en 1927.

Faiblement présent à Gand et Anvers, il prend racine dans le monde syndical ouvrier et employé de Bruxelles et de Wallonie. Malgré sa faiblesse organique, en 1925 il fait élire deux députés au Parlement, à Liège et à Bruxelles, Un an plus tard, aux municipales, avec 66 000 voix, il envoie vingt-cinq conseillers siéger dans plusieurs conseils de communes bruxelloises et wallonnes.

Cette audience naissante qui se traduit par une légère augmentation de ses adhérents, est brisée en 1928 par une scission qui s’opère dans le cadre de la discussion sur Trotsky* ; ses lignes de fracture recouvrent la frontière entre les deux groupes fondateurs, notamment les divergences sur la stratégie syndicale. Mais « l’opposition » réunit la majorité du Parti « belge ». L’IC se préoccupe alors du PCBB et son imposante délégation réussit à forcer un vote « majoritaire » en sa faveur grâce aux voix de la MOI.

Pour le Parti la chute est brutale et il frise la disparition : un député est perdu en 1929, le quotidien devient hebdomadaire. Le plancher des 250 membres est atteint.

En juillet 1932, des grèves violentes embrasent le sillon industriel wallon et les militants communistes, dans le cadre de la lutte « classe contre classe », développent le mouvement en dénonçant les dirigeants socialistes. C’est le début d’une implantation décisive dans la classe ouvrière, le PCB incarnant désormais la lutte des plus désespérés, victimes de la déflation et du chômage. Ses effectifs triplent, il obtient 3 députés en 1932.

L’application persistante de la politique sectaire de l’IC ainsi que la reprise en mains des troupes socialistes par l’intermédiaire du plan De Man ne permettent pas de stabiliser les progrès réalisés et le courbe s’incurve à nouveau : de 3 200 membres en 1932, il passe à 1 500 en 1934.

L’alliance scellée entre les Jeunesses communistes, socialistes et trotskystes en août 1934 conduit à une reprise en main par l’IC et à l’élimination de la direction, issue des Jeunesses après la scission de 1928. En même temps sont condamnées les pratiques sectaires : en avril 1935 la conférence de Charleroi consacre la mise en place de la politique qui sera celle du VIIe congrès de l’IC. L’émergence de mouvements fascistes puissants au Nord et au Sud du pays favorise la stratégie antifasciste. Les efforts unitaires sont relancés et aboutissent à la fusion des étudiants puis des jeunesses socialistes et communistes en 1936. L’échec du Plan de Man, la relance du mouvement social sont d’autres éléments qui expliquent les progrès lors des élections de 1936 ainsi que le développement brusque du PCB : de 2 500 membres en 1935 à 8 500 en 1936, 9 députés, près de 12% de voix à Bruxelles, 10% au Borinage 6% pour l’ensemble du pays.

La grève générale de mai-juin 1936 et bientôt la solidarité avec l’Espagne républicaine fixent l’audience du PCB sur le terrain social. Il intègre ses militants au sein du syndicat socialiste et dissout ses squelettiques centrales révolutionnaires. Son impact est réel dans le monde de la jeunesse et des intellectuels. A la veille du conflit, il possède une solide représentation électorale à tous les niveaux et près de 10 000 membres. Dans la foulée de la politique nationale issue du VIIe congrès et pour faire face au développement d’un nationalisme flamand fascisant, il crée en son sein un Parti communiste flamand; des conférences wallonnes sont convoquées.

S’il l’isole, le Pacte germano-soviétique ne touche cependant que très faiblement son cadre militant. En 1940-1941 sa politique est celle que lui dictent l’IC et son représentant en Belgique, présent en permanence depuis 1937.

En janvier 1941, des thèses laissent percevoir un tournant radical s’appuyant sur des expériences de luttes diverses, sociales et revendicatives menées avec succès dans différents régions de Belgique.
 
L’opposition aux collaborateurs constitue un lien très fort. Le Manifeste pour un Front de l’Indépendance (FI), qui ne désigne plus qu’un seul ennemi, l’occupant, proclamé en mai 1941, ne trouve véritablement son efficacité qu’après juin 1941. Mais très vite alors, le PC trouve pour mener ce combat avec lui des personnalités issues de différents milieux sociaux et idéologiques, sans parvenir toutefois à fédérer comme il l’espérait l’ensemble des mouvements existants. Parallèlement, il met sur pied son propre groupe armé, les Partisans, qui s’attache à liquider les collaborateurs et à développer les sabotages. Comme partout en Europe occupée, l’engagement des communistes devient un modèle puissamment attractif : ses pertes sont rapidement compensées, le FI devient le plus grand mouvement de résistance populaire. Intronisé par le gouvernement de Londres en 1943, il va jusqu’à se soumettre officiellement à ses directives générales.

Décapitée par un gigantesque coup de filet en juillet 1943, la direction est reconstituée autour du délégué de l’IC. La dissolution de l’IC est acceptée plus aisément par cette nouvelle direction qui engagera un PCB puissant de 100 000 membres à la Libération dans la participation gouvernementale. Les élections de 1946 marqueront l’apogée de son influence nationale avec  12% des voix et 23 députés, et même des pointes de 20 à 30% en Wallonie.
« Modifié: 16 août 2011 à 16:49:01 par W catharos »
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Re : Kominterniens et l’Histoire du PCS (Parti communiste Suisse)
« Réponse #3 le: 16 août 2011 à 16:36:41 »
Salut camarades,

Petite histoire du Parti Communiste Suisse (PCS) tiré du dictionnaire des Kominterniens par Brigitte Studer, de 1919 à 1944.

Le Parti communiste suisse, petit en nombre au sein de l'Internationale, y occupe une place relativement importante pour deux raisons. Premièrement, il dispose au départ d'un pool de militants qualifiés connaissant personnellement les dirigeants du Komintern et qui seront en grande partie happés par l'appareil central à Moscou. Jules Humbert-Droz*, Edgar Woog* ou Karl Hofmaier* exercent ainsi d’importantes fonctions politiques dans de nombreux de pays, l’URSS y compris, au service du Komintern.

D’autres militants travaillent plus obscurément à Moscou en tant que collaboratrices techniques, comme Jenny Humbert-Droz* ou Sophie Kirschbaum*, par exemple, ou dans les structures clandestines comme Lydia Dübi* dans le département des liaisons internationales de l’Internationale communiste. D’autres encore sont chargés de tâches internationales en Suisse même. Ce qui nous amène au deuxième facteur. En effet, la situation géographique de la Suisse au centre de l'Europe et voisine de l'Allemagne prédispose le PCS à une série de tâches particulières pour le Komintern. Après la venue au pouvoir du nazisme, il incombe ainsi au PCS d’accueillir non seulement des militants et des cadres du parti allemand, mais aussi de tenter de récupérer ses biens immobiliers et une partie de son infrastructure matérielle. De même, la Suisse sert de relais pour une part de l’activité éditoriale et de presse du Komintern. La rédaction du journal Inprekorr et la RUNA, la Rundschau Nachrichten Agentur, s’installent ainsi à Zurich dans les années 1930. Le PCS joue également un rôle important dans l’organisation du transit des volontaires pour la guerre d'Espagne des pays de l'Est, d'Europe centrale, voire, dans certains cas, du Nord de l'Europe et même de la France. Enfin, des communistes suisses, Jules Humbert-Droz notamment, Theo Pinkus* et sans doute aussi le jeune Raymond Kamerzin* sont chargés de réunir du matériel à charge contre les trotskistes dans le cadre des Procès de Moscou.

Jusqu'à la fin des années 1920, le PCS a des relations peu conflictuelles avec l'Internationale. Or, l'affaire Wittorf-Thälmann qui se joue dans le Parti communiste allemand en 1928 et qui aboutit à la réinstauration de Thälmann, un proche de Staline*, contre l'avis du comité central du PCA, a des répercussions sur le PCS. En effet, proche de la section allemande pour une série de raisons (d’ordre historique, linguistique, culturel et personnel) le PCS se confronte alors à l'Internationale. En novembre 1928, l'intervention autoritaire de la part de l'Internationale dans les affaires internes du parti voisin amène le PCS à protester auprès du CEIC contre de telles méthodes. Le Komintern réagit très violemment et fera tout pour remettre le Parti au pas. Dès lors, du printemps 1929 à mai 1930, c’est un véritable ballet d’émissaires et d’instructeurs. Parmi ceux qui viennent en mission en Suisse il y a Eugen Fried* (qui se fait appeler “Emil”), “Magnus” (en réalité Richard Gyptner), “Gustav” (sans doute Hans Walter Pfeiffer), Julian Leński (Leszszyński) et peut-être aussi Manouilski*, Walter Ulbricht et Arthur Dombrowski. En tant que responsable du WEB Georgij Dimitrov* fait également plusieurs voyages en Suisse entre 1929 et 1932. De juin 1930 à septembre 1930, puis de nouveau en juin et en septembre 1931 et enfin en novembre 1931 “Willi” (sans doute Fritz Heckert*) séjourne en Suisse en tant qu'instructeur de l'Internationale syndicale rouge. Entre mars 1930 et janvier 1932, le Suisse Siegfried Bamatter* est également dépêché à plusieurs reprises par le WEB comme instructeur auprès de son propre Parti. Le Komintern parvient à imposer une normalisation au cours de la séance plénière du comité central élargi de mai 1929, puis lors du 5e congrès du Parti en juin 1930. Mais tout au long des années 1930-1931, le Parti reste traversé de tensions et de conflits internes. Le nombre d'adhérents cotisants chute officiellement de 3 500 en 1927 à 2 200 en 1931 (plus vraisemblablement de 2000 à 1700). Presque la totalité de la section de Schaffhouse quitte le Parti pour fonder une nouvelle organisation, appelée “opposition de droite” par les communistes. Par cette scission, le PCS perd un bastion avec l'un des trois quotidiens communistes et un des trois mandats au Conseil national. Mais c'est surtout l'activité militante qui recule fortement et le Parti perd de très nombreux sympathisants.

En automne 1931, Humbert-Droz*, démis de sa fonction de secrétaire du Komintern, revient en Suisse. Il est chargé des élections nationales, mais celles-ci se soldent par un très mauvais score. Apparemment lié au groupe des “Conciliateurs”, opposés à la politique dite du “social-fascisme”, il fait adopter au comité central de juin 1932 une résolution favorable à une collaboration avec les socialistes. Lors du 12e Plénum élargi du CEIC en août/septembre 1932 à Moscou, le Komintern impose un revirement de la direction du Parti. Humbert-Droz* est écarté de cette dernière, mais il est chargé des sections romandes. A nouveau, et jusqu'en 1935, les émissaires défilent : en novembre/décembre 1932 et en mai 1936 Richard Gyptner* ; en 1932, début 1933 et probablement en 1934 le Hongrois S|ndor Nógr|di (“Alex” ou “Kellermann”) ; de août 1933 à mai 1935 Hermann Jakobs* (“Heiner”, “Jacob”), instructeur de presse auprès du PCS et homme de liaison entre le PCA et le PCS ; de 1934 à 1935 le Polonais Abram Weizblum* (“Andrej Karolskij”) et enfin Hugo Eberlein* (“Ernst”) qui vient pour régler la reprise de l'imprimerie coopérative (Genossenschaftsbuchdruckerei) de Bâle par le Komintern.

Le tournant vers la tactique de Front populaire ne parvient pas à doper le nombre d’adhérents et l’audience du PCS. Même s'il augmente quelque peu ses effectifs { plus ou moins 2000 membres en 1936, ce chiffre baisse de moitié jusqu'en 1938. Et le rapprochement avec les socialistes genevois de Léon Nicole ne parvient pas à inverser l'isolement progressif du PCS. En 1937 et 1938, presque tous les cantons romands plébiscitent l'interdiction des sections communistes. En septembre 1939, après quelques hésitations initiales, le Parti adopte la position du Komintern de la “guerre impérialiste” entre Hitler, d’une part, la France et l'Angleterre, de l’autre. Cette politique permettra aux Autorités fédérales d’interdire le Parti sur le plan national en été 1940, mais elle n’en est pas la cause, une partie de la droite oeuvrant depuis des années dans ce sens. Apparemment, il n'a alors plus que quelques 350 membres. Il passe le reste de la guerre dans la clandestinité.

Or, dès le printemps 1943 naît l’espoir de former un partie de gauche unifié en Suisse. Léon Nicole, dirigeant de la Fédération socialiste suisse (FSS), une dissidence du Parti socialiste, et depuis son voyage en URSS en 1939 très proche des communistes, prend l’initiative en lançant un appel dans ce sens. Le Parti socialiste lui répond en substance que l'unité ne peut se faire que dans son sein. Dès que filtre la nouvelle de la dissolution de l’Internationale communiste, apparemment le 24 mai 1943, Jules Humbert-Droz* qui a été écarté de la direction du PC clandestin et même suspendu en tant que membre sollicite son adhésion au PS. Peu après, à Pentecôte, le PCS et la FSS fusionnent et demandent une adhésion en bloc au Parti socialiste. Celui-ci n’accepte que l’admission individuelle, condition recevable aux yeux de Léon Nicole, mais non pour Karl Hofmaier*. Quoi qu’il en soit, leur mot d'ordre de boycott des élections nationales d'octobre 1943 met fin aux tentatives d'unification. Pourtant, l'enjeu politique était de taille. Il s'agissait de préparer l'après-guerre qu'on croyait imminente, la position de la gauche étant alors très favorable. Le PSS devient le plus fort parti national et obtient son premier conseiller fédéral. C’est finalement en octobre 1944 que sera fondé le Parti Suisse du Travail. Il accueille dans un premier temps non seulement les anciens cadres et militants communistes, mais aussi de nombreux militants de la gauche socialiste et connaît un succès d’estime lors des premières élections après la guerre. Mais rapidement, ses positions calquées sur la politique soviétique autant qu’un scandale financier autour de Hofmaier* et le repli sur un fonctionnement interne stalinien entraînent le recul électoral et une forte perte de membres du nouveau parti.
« Modifié: 16 août 2011 à 16:50:02 par W catharos »
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Petite histoire du Parti Communiste Luxembourgeois (PCL) tiré du dictionnaire des Kominterniens, par Henri Wehenkel…

Le Parti communiste luxembourgeois est fondé le 2 janvier 1921 par un quart des militants présents au congrès du Parti socialiste. Aucun député, aucun conseiller communal, aucun dirigeant connu ne s’engage sur le chemin de la scission. Manquant de cadres expérimentés et ne pouvant s’appuyer sur des traditions révolutionnaires, le nouveau Parti ne profite pas de la forte radicalisation de la classe ouvrière pendant la période de la guerre et de l’après-guerre. Au IIIe congrès de l’IC, ses dirigeants se rallient au courant gauchiste partisan de l’offensive révolutionnaire. Faute de militants et de moyens matériels, le PCL devient un sous-rayon du PCF.

Si le Parti communiste luxembourgeoise ne disparaît pas complètement pendant les années suivantes, il le doit à l’arrivée de nombreux militants chassés de leurs pays après la victoire de la contre-révolution. C’est sur l’initiative des militants italiens que le Komintern décide en 1928 de reconstituer le PCL en tant que parti autonome. Les instructeurs de l’IC réussissent à créer un noyau dirigeant homogène travaillant de façon cohérente et continue. Aucun de ces nouveaux dirigeants n’a cependant suivi une école du Parti ou un stage préalable à Moscou. Ils resteront à la tête du Parti pendant quarante ans en faisant preuve d’une adhésion inconditionnelle au modèle soviétique et d’un grand pragmatisme dans l’approche de la réalité nationale. Le Parti ne connaîtra ni scissions ni purges et les exclusions resteront l’exception.

L’ascension et l’implantation du Parti commencent véritablement avec le tournant unitaire de juin-juillet 1934. Le Parti doit faire face à une tentative gouvernementale d’interdiction et au refus des dirigeants socialistes de faire cause commune avec lui. Le PCL réussit néanmoins à constituer une sorte de Front populaire réduit, avec l’opposition socialiste et la gauche libérale autour de la campagne d’opinion contre la « loi-muselière » qui est rejetée lors du référendum de juin 1937. Lors de la grève des mineurs de juillet 1936, le PCL a prouvé son fort ancrage dans la classe ouvrière.

Au moment des procès de Moscou le Komintern envisage la destitution de la direction du PCL, dont la loyauté inconditionnelle ne lui paraît pas acquise. Si le Parti a été influencé jusqu’en 1933 par le Parti communiste allemand, il suit désormais la ligne du PCF. Malgré la présence à sa direction de deux instituteurs, il reste un Parti ouvrier à plus de 90%.

La Seconde Guerre mondiale achève l’évolution entamée en 1934. Tandis que le Parti socialiste, privé de ses dirigeants partis en exil, reste passif, le Parti communiste, dissous par la Gestapo dès son arrivée en août 1940, maintient son activité politique et construit une organisation clandestine autour de l’édition d’un organe de presse. La politique de Front national est appliquée en mai 1941 malgré quelques réticences au sein de l’appareil illégal. La Gestapo réussit en août 1942 à démanteler l’organisation communiste quelques semaines avant que n’éclate la grève générale contre l’enrôlement forcé. Les principaux dirigeants du Parti réussissent à se soustraire aux recherches. Avec 11% des voix et 4 200 membres, le PCL devient un parti incontournable au moment de la Libération. Il conquiert la direction de la deuxième ville du pays et entre au gouvernement d’union nationale. Les acquis de cette période permettent au Parti de survivre à la Guerre froide et de renouer au cours des années 1960 avec la ligne de Front populaire et les succès électoraux de la période d’après-guerre.
« Modifié: 16 août 2011 à 19:41:55 par W catharos »
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Saint Just

"Il n y a pas cinquante manières de combattre, il n' en y a qu'une c'est d"être vainqueur"
Malraux