Auteur Sujet: Il faut rendre justice au camarade Semiono Archakovitch Ter Petrossian  (Lu 409 fois)

Hors ligne Conan

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Semiono Archakovitch Ter Petrossian  dit "Kamo"




Aie ! aie ! aie !  Excuse-moi , camarade Kamo ! J'ai répété bêtement que tu étais un psychopathe parce des plumes malveillantes t'ont taillé pour l'histoire , du moins jusqu'ici , un costume de cinglé.

Lénine qui te connaissait bien , te qualifiait d ' homme tout-à-fait exceptionnel et donnait en exemple ton dévouement , ton courage et ton énergie. Au séminaire de Tiflis , ton aîné Staline a eu sur toi une certaine influence et par la suite tu lui as rendu beaucoup de services. Mais le connaissant , je le soupçonne d'avoir organisé ton accident fatal à Erevan en 1922. Je ne sais pourquoi on te qualifie toujours d'Arménien , toi qui est né et a grandi à Gori comme Staline . C'est vrai que tes parents étaient arméniens mais ceux de Staline venaient tous les deux d'Ossétie. Lui , on le dit géorgien assez souvent et pourtant il était comme toi fils d'immigrés en Géorgie . Je pense qu'il t'a fait tuer parce que sa soif de pouvoir décuplait sa paranoïa et que tu en savais trop sur lui.

Mais il faut te rendre justice devant l'histoire . Il est tout à fait exact que tu as feint la folie en novembre 1907, lorsque tu as été arrêté à Berlin par la police allemande. tu as feint la folie  pour échapper à un procès et ne pas être livré au gouvernement tsariste de Russie . Néanmoins , il a tant réclamé "le métèque" aux autorités allemandes , qu'elles t' ont livré à la police russe , fin 1909. C'est comme cela que t'appelait le pouvoir tsariste russe , il ne réclamait pas le psychopathe mais le métèque.

Note bien que si j ' interviens en ta faveur en raison d'une malveillance historique à ton égard , je te considère toujours comme un bandit , un bandit intéressant , certes , mais un bandit.
Je ne sais pas dans quelle ville tu t'es rendu à l'opéra un soir , alors que quelques instant plus tôt , vers 7 heures du soir , tu t'étais évadé de la prison . A l ' opéra tu repères une connaissance  et c'est peut-être réciproque , mais c'est toi qui va vers lui . En toute décontraction tu lui tends la main et lui demande :" Que pensez-vous du second acte ? " . Cette seule remarque suffit à tordre le cou à une rumeur selon laquelle tu serais un homme des bois analphabète . Sans doute as-tu joué ce rôle , également , dans une situation appropriée . Mais je ne sais pas ce que t'as répondu le directeur de la prison à propos du second acte . Peut-être devrais-je préciser que cette connaissance rencontrée à l'opéra n'était pas un quelconque directeur de prison mais celui de celle dont tu venais de t'évader.

J'aurais bien aimé assister à cette scène , lorsque déguisés en généraux et téléguidés par Lénine , toi et Krassine essayiez d'acheter des armes à Hambourg , soit-disant pour l'armée équatorienne . Tes innombrables aventures de bandit bolchevik seront peut-être un jour en bandes dessinnées , Semiono Archakovitch Ter Petrossian  dit "Kamo" . On peut dire Simon Camo , à la française , mais je ne sais pas ou pas encore d'où te venait le surnom Kamo.

Lorsqu'il a appris tes exploits de 1905 , à Erevan et à Tiflis , Lénine a tenu à te connaître personnellement . Tu es devenu spécialiste dans le financement du parti et l'achat d'armes . Dans les manifestations révolutionnaires de 1905  c'est toi qui donnais les mots d'ordre en lâchant des pigeons . Certains portant les mots d'ordre et d'autres , les drapeaux rouges. Il y avait  aussi , bien sûr , des ballons qui portaient les slogans.

Avec toi , l'argent et les armes , le nerf de la guerre , n'a plus jamais manqué au parti bolchevik et à ses chefs . Et , tu savais toujours trouver le matériel à la pointe de la technique pour l'imprimerie clandestine du parti.

A n'en point douter tu étais un personnage inventif , Kamo , mais çà n'excuse pas que tu aies fait le jaune , briseur de grève , à la demande de Lénine , il est vrai . Cà en surprendra peut-être plus d'un , qu'à la demande de Lénine les bolcheviks aient fait les jaunes à Bakou . C'était en  décembre 1904 dans une usine de pétrole dont les ouvriers avaient décidé eux-mêmes de se mettre en grève . Les frères Sendrikov qui un peu plus tôt avait quitté le parti bolchevik , animaient cette grève . Les bolchéviks avec Kamo à leur tête traitèrent de leur propre chef sans aucun mandat des ouvriers , avec les patrons , le 24 décembre 1904, et obtinrent à peu près ce que demandaient les grévistes . Puis il déclarèrent que la grève était terminée et qu'il fallait reprendre le travail . Pas de chance pour Kamo , dans cette opération à contre emploi téléguidé par Lénine , les ouvriers refusèrent de reprendre le travail.

L'été de 1919, Lénine a chargé Kamo d'organiser une armée de guérilla chargée de l'action derrière les lignes ennemies. En mai 1920, Kamo est venu à Moscou et a étudié à l'Académie militaire , mais c'est dans la guerilla qu'il était à son affaire , Kamo , pas dans la guerre conventionnelle . Ses évasions par corde ou souterrain sont toutefois , beaucoup plus digne d'intérêt que ses attaques à la bombe qui tuaient des gens .
« Modifié: 03 août 2011 à 18:14:31 par Conan »

Hors ligne W catharos

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Il faut rendre justice au camarade Kamo Petrossian
« Réponse #1 le: 03 août 2011 à 18:11:16 »
Salut Conan,


Semiono Archakovitch Ter Petrossian  dit "Kamo"

Aie ! aie ! aie !  Excuse-moi , camarade Kamo ! J'ai répété bêtement que tu étais un psychopate parce des plumes malveillantes t'ont taillé pour l'histoire , du moins jusqu'ici , un costume de cinglé.

Lénine qui te connaissait bien te qualifiait d ' homme tout à fait exceptionnel et donnait en exemple ton dévouement , ton courage et ton énergie. Au séminaire de Tiflis , ton aîné Staline a eu sur toi une certaine influence et par la suite tu lui as rendu beaucoup de service . Mais le connaissant , je le soupçonne d'avoir organisé ton accident fatal à Erevan en 1922.

Bel hommage mérité à Kamo, d'ailleurs sa fin est des plus curieuse, une petite main a pu faire beaucoup, un coup de volant trop brusque, Kamo, homme simple, épris de liberté, était un partisan, un aventurier, un des boïéviki, (expropriateurs au service du Parti Bolchevik), un militant hors norme, d'un grand courage, peut être l'image même du Kinto, le bandit de grand chemin !

Staline, une ombre en Géorgie à ses côtés et d'autres, il en savait beaucoup trop, il est mort avant les autres...

Qui conduisait et étaient les passagers de la voiture qui l'a tué et reversé, de jeunes apparatchiks, et lui anonyme dans les rues deTiflis (et non Erevan), en tout cas, lui, jamais de la clique des bureaucrates !

L. D dans sa biographie sur Staline donnnait un point de vu du rôle de Kamo :

Source :

http://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal07.htm

Dans une chronologie mise en appendice au douzième volume des Œuvres complètes de Lénine, à la date du 12 juin 1907, nous lisons : « Expropriation de Tiflis (341000 roubles), organisée par Kamo Pétrossian. » Et c'est tout. Dans un recueil consacré à Krassine, où l'on parle beaucoup de la fameuse imprimerie illégale du Caucase et de l'activité des boïéviki du parti, Staline n'est pas nommé une seule fois. Un vieux boïévik, bien au courant des affaires de cette période, écrit : « Les plans de toutes les expropriations organisées par ce dernier [Kamo) contre les trésoreries de Kvirili et de Douchet et sur la place d'Erivan avaient été préparés et décidés par lui ensemble avec Nikititch [Krassine]. » De Staline pas un mot. Un autre ancien boïévik affirme :
« Des expropriations telles que celles de Tiflis et d'autres furent exécutées sous la direction immédiate de Léonid Borissovitch [Krassine]. » Encore une foi rien sur Staline. Dans le livre de Bibinechvili, où sont rapportés tous les détails de la préparation et l'exécution de l'expropriation, le nom de Staline n'est pas mentionné une seule fois.

De ces omissions, il s'ensuit incontestablement que Koba n'est pas entré en rapports directs avec les membres du groupe de combat, ne leur a pas donné d'instructions, ne fût par conséquent pas l'organisateur de l'affaire dans le véritable sens du mot, sans même parler de participation directe. Le congrès de Londres se termina le 27 avril. L'expropriation de Tiflis eut lieu le 12 juin, un mois et demi plus tard. Staline avait trop peu de temps entre son retour de l'étranger et le jour de l'expropriation pour diriger la préparation d'une entreprise aussi compliquée.

Très certainement, les boïéviki avaient déjà eu l'occasion de se sélectionner et de se faire la main dans un certain nombre d'affaires dangereuses antérieures. Peut-être attendaient-ils la décision du congrès. Peut-être certains avaient-ils des doutes sur la façon dont Lénine allait maintenant regarder l'expropriation. Les boïéviki attendaient le signal. Peut-être Staline leur a-t-il apporté ce signal. Sa participation alla-t-elle plus loin ? Des relations entre Kamo et Koba, nous ne savons presque rien. Kamo savait se lier aux gens. Cependant rien n'indique son attachement à Koba. Le silence qui plane sur ces relations force à penser qu'il n'y avait pas d'attachement, qu'il y avait plutôt des conflits. La source pouvait en être les tentatives de Koba de donner des ordres ou de s'attribuer ce qui ne lui appartenait pas.

Dans son livre sur Kamo, Bibinechvili raconte le fait suivant. Déjà à l'époque soviétique, apparut en Géorgie un « inconnu mystérieux » qui, sous un faux prétexte, s'empara de la correspondance de Kamo et d'autres documents précieux. Qui en avait besoin et pour quoi ? Les documents, de même que l'inconnu, disparurent sans laisser de traces. Serait-il téméraire d'admettre que, par l'intermédiaire de son agent, Staline ait arraché des mains de Kamo des documents qui pour une raison ou une autre l'inquiétaient ? Cela ne signifie pas, pourtant, qu'entre ces deux personnes il n'y ait eu une étroite collaboration en juin 1907. Rien n'empêche d'admettre que les relations se soient gâtées après l'« affaire » de Tiflis et que Koba ait pu être le conseiller de Kamo lors de l'élaboration des derniers détails. Le conseiller put créer à l'étranger une idée exagérée de son rôle. Il est plus facile de s'attribuer la direction d'expropriations que la direction de la révolution d'Octobre. Pourtant, Staline ne s'est même pas arrêté devant cela.


Alors justice est rendue au camarade Kamo Petrossian...

Salutations communistes,
W catharos
« Modifié: 03 août 2011 à 19:10:44 par W catharos »
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Hors ligne Nicolas S

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Très intéressant.
Je ne connaissais pas l'histoire de ce monsieur.
Je savais juste que le Haut-Karabagh, région pourtant peuplée d’Arméniens fut cédée par Staline aux Azéris et que Trotsky avait su analyser très tôt le danger du nouveau nationalisme turc :
http://www.netarmenie.com/histoire/annexes/turc2.php

Hors ligne Conan

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C'est clair que Staline à piégé le Caucase pour l'empêcher de se libérer de l'empire russe . En Géorgie c'est lui qui a surdimensionné l' Abkhazie en découpant sous cette appellation un territoire qui ne contenait que 20 % d' Abkhazes . Cà a permis plus tard à l'armée russe de chasser la très large majorité géorgienne de la population à la demande d'Abkhazes pro-russes . Et l'armée russe demeure dans cette grande Abkhazie séparée pour dissuader les indigènes géorgiens d'y revenir.

L'Ossétie du sud inventée par l'Ossète Staline a elle aussi permis récemment aux Russes d'en chasser les Géorgiens et d'amputer la Georgie de cet autre morceau de son territoire .
En effet , l'Ossétie du sud est une création de Staline . Avant lui , il n'existait d'Ossétie qu'au nord du Caucase . Toutefois des Ossètes étaient bien venus à titre personnel s'installer de manière dispersée et pacifique sur le versant sud , en Géorgie parmi les Géorgiens . Staline qui était aussi surnommé l'Ossète au large poitrail , leur a fabriqué un territoire artificiel mais je ne sais pas pourquoi il a renoncé à mettre dedans Gori , sa ville natale . Sakhashvili qui a envoyé son armée défendre les Géorgiens dans cette Ossétie de Staline , n'a pas été très malin , étant donné que les Russes n'attendaient qu'un prétexte pour passer à l'offensive

Hors ligne W catharos

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Salut Conan,

Puisque tu t'interesse à Kamo, dans le Staline de Trotsky, ce passage le concernant, qui montre bien qui était ce militant hors norme et attachant.

http://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal06.htm

Il faut parler ici brièvement de ce chef, le boïévik arménien Pétrossian, connu sous le nom de Kamo.

Arrivé à Tiflis à la fin du siècle dernier, il tomba entre les mains de propagandistes, parmi lesquels Koba. Ne sachant presque pas le russe, Pétrossian demanda une fois à Koba : « Kamo [au lieu de Komou, signifiant : à qui] porter cela ? » Koba se mit à se moquer de lui : « Ah! toi, kamo, kamo ? ... » De cette plaisanterie de mauvais goût naquit un surnom révolutionnaire qui entra dans l'histoire. C'est ce que raconte Medvédiéva, la veuve de Kamo. Elle ne dit rien de plus sur les relations entre ces deux hommes. Par contre, elle parle de l'attachement touchant de Kamo pour Lénine, qu'il avait rencontré pour la première fois en Finlande, en 1906. « Cet intrépide boïévik d'une témérité sans pareille et d'une force de volonté inébranlable, écrit Kroupskaïa, était en même temps quelqu'un d'extrêmement ingénu, un camarade quelque peu naïf et tendre. Il était passionnément attaché à Ilitch, à Krassine et à Bogdanov... Il se lia d'amitié avec ma mère, il lui parlait de sa tante et de ses sœurs. Kamo allait souvent de Finlande à Pétersbourg. Il prenait toujours des armes avec lui et chaque fois ma mère lui attachait les revolvers dans le dos avec un soin tout particulier. » Notons que la mère de Kroupskaïa était la veuve d'un fonctionnaire tsariste et ne rompit avec la religion que dans sa vieillesse.

Peu de temps avant l'expropriation de Tiflis, Kamo rendit une nouvelle visite à l'état-major de Finlande. Medvédiéva écrit : « Déguisé en officier, Kamo alla en Finlande, rendit visite à Lénine et revint à Tiflis avec des armes et des matières explosives. » Le voyage eut lieu, soit à la veille du congrès de Londres, soit immédiatement après. Les bombes provenaient du laboratoire de Krassine. Chimiste de profession, Léonid rêvait déjà, étant encore étudiant, de bombes de la dimension d'une noix. 1905 lui donna la possibilité de développer ses recherches dans cette direction. Certes, il ne put atteindre les dimensions idéales d'une noix, mais, dans les laboratoires qui travaillaient sous sa direction, on préparait des bombes d'une grande force destructive. Sur la place de Tiflis, ce n'avait pas été la première fois que les boïéviki essayaient ces bombes.

Après l'expropriation, Kamo fit son apparition à Berlin. Il y fut arrêté sur la dénonciation du provocateur Jitomirsky, qui occupait une place en vue dans l'organisation des bolchéviks à l'étranger Lors de l'arrestation, la police prussienne saisit une valise dans laquelle, comme on le suppose, se trouvaient des bombes et des revolvers. Selon les informations des menchéviks (c'est le futur diplomate Tchitcherine qui mena l'enquête), la dynamite de Kamo aurait été destinée à une attaque contre la maison de banque Mendelssohn, à Berlin. « Il est inexact, affirme le bolchévik bien informé Piatnitsky, que la dynamite ait été préparée pour le Caucase. » Laissons la destination de la dynamite sous un point d'interrogation. Kamo resta dans la prison allemande plus d'un an et demi, simulant pendant tout temps-là, sur le conseil de Krassine, la folie furieuse. Comme malade incurable, il fut livré à la Russie et passa de nouveau un an et demi au château Métekh, de Tiflis, où il fut soumis aux épreuves les plus dures. Définitivement reconnu fou incurable, Kamo fut transféré à un hôpital psychopathique, d'où il s'échappa. « Puis, illégalement, se cachant dans la cale d'un bateau, il alla à Paris pour avoir une conversation avec Ilitch. » C'était déjà en 1911. Kamo souffrait terriblement de la scission qui s'était produite entre Lénine, d'une part, et Bogdanov et Krassine, de l'autre. « Il était ardemment attaché à tous les trois », répète Kroupskaïa. Puis vient une idylle : Kamo demanda qu'on lui achetât des amandes; il s'assît dans la cuisine qui tenait lieu de salon, se mit à manger les amandes comme dans son Caucase natal et raconta les terribles années, disant comment il avait simulé la folie, comment il avait apprivoisé un moineau en prison. « Ilitch écoutait et il était pris d'une vive pitié pour cet homme d'une audace sans bornes, naïf comme un enfant, au cœur ardent, prêt pour de grands exploits et ne sachant, après son évasion, à quel travail se mettre. »

Arrêté de nouveau en Russie, Kamo fut condamné à mort. Le manifeste à l'occasion du tricentenaire de la dynastie (1913) amena une commutation inattendue de la peine de mort par pendaison en travaux forcés à perpétuité. Quatre ans plus tard, la révolution de Février amena une libération inattendue. La révolution d'Octobre porta les bolchéviks au pouvoir, mais elle jeta Kamo hors de la vie qu'il s'était faite. C'était comme un grand poisson rejeté sur la rive. Durant la guerre civile, j'essayai de l'attirer dans la lutte des partisans, à l'arrière des lignes ennemies. Mais l'activité sur le champ de bataille n'était apparemment pas sa vocation. Kamo étouffait. Il n'avait pas risqué des dizaines de fois sa vie et celle des autres pour devenir un bon fonctionnaire. Koté Tsintsadzé, une autre figure légendaire, mourut de tuberculose en déportation, où Staline l'avait envoyé. Une fin semblable eût aussi été à coup sûr le sort de Kamo s'il n'avait pas été accidentellement tué par une automobile dans une rue de Tiflis, en été 1922. Dans l'automobile se trouvait, il faut croire, quelque membre de la nouvelle bureaucratie. Kamo allait, dans l'obscurité sur une modeste bicyclette : il n'avait pas fait carrière. Sa fin même a un caractère symbolique.

A propos de la figure de Kamo, Souvarine parle avec un dédain peu justifié de « mysticisme anachronique » incompatible avec le rationalisme des pays avancés. En réalité, certains des traits du type révolutionnaire, qui n'a encore nullement disparu de l'ordre du jour dans les pays de « civilisation occidentale », prirent chez Kamo seulement leur expression la plus marquée. Le manque d'esprit révolutionnaire dans le mouvement ouvrier de l'Europe a déjà abouti dans un certain nombre de pays au triomphe du fascisme, dans lequel le « mysticisme anachronique » - voilà où le mot est à sa place ! - trouve son expression la plus répugnante. La lutte contre la tyrannie de fer du fascisme grave infailliblement chez les lutteurs révolutionnaires de l'Occident tous les traits qui étonnent le philistin sceptique dans la figure de Kamo. Dans son Talon de fer, Jack London prédit toute une époque de Kamo américains au service du socialisme. Le procès historique est plus complexe que ne voudrait le penser un rationalisme superficiel.
« Modifié: 23 août 2011 à 04:39:51 par W catharos »
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