Auteur Sujet: Grèves des mineurs de 1948, Déroulement et enjeux...  (Lu 2898 fois)

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Grèves des mineurs de 1948, Déroulement et enjeux...
« le: 08 août 2010 à 19:37:13 »
Chers camarades,

De ce moment important de la lutte des classes en France, la grève des mineurs de fond de 1948...

Haut fait tragique, et immense, quand les corons se soulevaient... Qui montre la place de la CGT et du Parti Communiste chez les mineurs, et celle d'Auguste Lecoeur, avant son exclusion en 1954... Du PCF... Des mineurs de fond, dit "carbonièrs" à Carmaux, dans le Tarn...

De cette geste, du mouvement ouvrier, quand les vieux du "Parti Communiste", ma grand - mère, ceux du païs à Carmaux,  me racontaient cette Grève Homérique, misère et sacrifice d'après guerre, la Grève Générale des Houillères, qui poussait à la ruine les travailleurs, mais, qu'importe, c'était pour leurs droits, leur statut et la justice sociale.

 Alors, les mineurs de fond, ils allaient à la soupe populaire, au "Vox," le cinéma, à Carmaux, organisé par la CGT, en aide aux mineurs combattants, où on servait les repas chauds, pour survivre à la lutte, une solidarité pour travailleurs grévistes et leurs familles, sans rien, alimentés seulement par les jardins populaires, infaillible, mais de masse, à Carmaux et ailleurs, par les femmes de mineurs, qui en brigades préparaient les repas...

Ah ... Ces femmes de mineurs exemplaires, qui ne faillirent jamais, dans leur courage de classe, combat contre les flics, les militaires, les parachutistes...

Comment, les anciens FTPF avaient pris, dans la lutte, à Carmaux, les armes aux paras, de Jules Moch, le "Moche", de la SFIO, dit le "boche" excusez moi l'expression, elle est d'époque, dans ce combat acharné et incertain, où un ancien "des Brigades d'Espagne", un vieil ami, aujourd'hui mort,  me disait un soir, qu'il lui avait rendu à un para son flingue,  parce qu'il pleurait, dans la bagarre, au "flic de l'Etat bourgeois", parce que je lui avais pris son arme... Faut dire qu'ils leur avaient cassé la gueule les camarades.

Mais les policiers étaient là devant chaque porte, et au pas de la porte de mon grand père devant les siens pour l'arrêter et l'emprisonner lui le porion de la Tronquié de la fosse à Carmaux, c'était la force contre le droit des mineurs.
 
Mais comment en voilà une leçon, il avaient pris d'assaut les mineurs à Carmaux, la centrale électrique, organisé en commandos, en Partisans, comme en 1944, face à l'armée Nazi et avaient été victorieux... Ce jour là, du 25 octobre 1948...

L'Article dont je vous donne la source est sur le site de la CGT énergie et mines...

... Par Achille Blondeau, syndicaliste et témoin, acteur de cette lutte...
 
Déroulement et enjeux de la grève de 1948

Chers camarades, chers amis,

 
En abordant aujourd’hui la grève de 1948, nous ne sommes pas sur un terrain vierge.
 
En 1978, la F.N.S.S avait organisé un colloque qui a connu un éclatant succès, et dont les travaux ont fait l’objet d’un n° spécial du Droit minier, revue mensuelle de la Fédération.
 
En 1998, avec l’historienne Rolande Trempé, dont j’excuse l’absence pour des raisons de santé, nous avons réalisé un n°spécial de très haute tenue des Cahiers de l’I.H.S.M
 
Malgré l’importance des travaux d’étude réalisés, l’ampleur extraordinaire de ce mouvement fait qu’il en reste toujours des aspects à découvrir. En direction des jeunes générations, j’ajouterais l’importance du travail sur la mémoire des luttes ouvrières, et pour nous, sur tous ces mouvements qui ont agité la corporation minière dans la défense de ses acquis et pour l’obtention de droits nouveaux.
 
Le conflit de 1948 dura huit semaines, en octobre et novembre. Il constitue, à ma connaissance, un record de durée pour une grève engagée par une importante profession, importante car, il y avait à l’époque, plus de 300 000 salariés dans les mines de notre pays.
 
Ce conflit est également le plus réprimé dans cette période de l’immédiat après-guerre.
 
Dans quelle situation politique était-on à l’automne 1948 ?
 
Dès la libération, un gouvernement d’union nationale comprenant des représentants des forces de la Résistance mettait en œuvre le programme du Conseil National de la Résistance : un programme hardi tant du point de vue social, qu’économique et politique : il s’agit de reconstruire le pays, relancer l’économie en travaillant comme l’indique le titre du programme du CNR à des « jours heureux ».
 
En 1947, un brusque virage à droite visant à stopper cette politique de renouveau national, à accélérer l’implantation américaine dans notre pays avec la mise en œuvre du plan Marshall, permet l’exclusion du gouvernement des ministres communistes au mois de mai : c’est le début de la guerre froide !
 
Le mouvement syndical paie aussi cette politique. Ainsi, Léon Delfosse, dirigeant de la fédération, se retrouve exclu de son poste de Directeur Général aux Affaires Sociales du bassin du Nord-Pas de Calais.
 
Une sévère politique antisociale est alors menée, notamment par le blocage des salaires. Elle provoque le mécontentement populaire et de nombreux conflits.
 
Une grève générale, concernant toutes les corporations, lancée par la CGT fin 1947, connaît un relatif échec, même si une augmentation des salaires avait été obtenue.
 
Concernant la corporation minière, pour protester contre cette dégradation des conditions de vie des mineurs et contre les difficultés créées par le gouvernement dans le fonctionnement des Charbonnages nationalisés, Victorin Duguet, secrétaire général de la F.N.S.S, avait démissionné de son poste de président du C.A des Charbonnages de France.
 
La question du pain, elle-même, devient un sujet de mobilisation : l’on mangeait à l’époque un pain affreux, indigeste, à base de farine de maïs venue des USA. Une grève dans le bassin minier du Nord-Pas de Calais, en juin 1947, avait comme l’une de ses revendications, l’obtention de « pain blanc » !
 
La scission syndicale qui avait eu lieu début 1948, au moment de la création de FO avec force dollars américains, cette scission, donc, avait eu peu d’effets chez les mineurs.
 
La plus grande partie des militants socialistes ayant des responsabilités dans le mouvement syndical avait rallié Pétain et sa charte du travail. De ce fait, le parti socialiste avait perdu beaucoup d’influence dans les bassins miniers.
 
Mais ces mineurs, que l’on avait encensés dans les années 45-46, et qui constataient de nombreuses attaques contre le statut du mineur et les nationalisations, n’entendaient pas que l’on revienne en arrière.
 
Une des questions qui avait le plus préoccupé le 47e congrès fédéral tenu à Saint-Etienne, début juin 1948, était ce que l’on appelait le « rapport Wahl ». Celui-ci, préconisait, en fait, le démantèlement du statut du mineur.
 
Henri Martel, qui était à l’époque Secrétaire Général adjoint de la Fédération avait consacré, lors de ce congrès, son intervention à la dénonciation argumentée de ce rapport.
 
Aussi, La direction de la FNSS ne fut guère surprise lorsque, en septembre furent promulgués les décrets Lacoste. Elle ne le fut pas plus de la réaction combative des mineurs !
 
En effet, ces derniers ne pouvaient accepter la diminution des salaires de tâches et des primes, donc de leur salaire réel. Ils ne pouvaient approuver que les accidents du travail et les maladies professionnelles soient, dans les Charbonnages, gérés par les exploitants et non plus par la sécurité sociale minière. Ils ne pouvaient accepter le retour des amendes qui avaient pratiquement disparu.
 
S’ils avaient laissé faire, le gouvernement aurait immanquablement pris un nouveau train de mesures : la grève était donc inévitable !
 
Il faut le dire : dans l’hypothèse où la fédération n’aurait pas riposté aux décrets Lacoste, les mineurs s’y seraient opposés spontanément, comme ultérieurement, en 1951, ils l’ont fait victorieusement dans le bassin du Nord-Pas de Calais, lorsque le gouvernement décida d’imposer un ticket modérateur de 20 % sur les produits médicaux et pharmaceutiques.
 
Il est important de rappeler que ce sont les mineurs eux-mêmes qui décidèrent de la grève par un vote à bulletin secret ! Ils se mobilisèrent au-delà des clivages syndicaux : dans de nombreux puits, des militants CFTC, et parfois FO, avaient participé à l’organisation du vote et avaient pris place dans les comités de grève.
 
Sur 259 204 mineurs présents dans les puits et services de surface au moment du vote, il y eut 218 616 votants pour la grève, 25 086 contre, et 15 502 abstentions.
 
Les médias aux ordres ont aussitôt entamé leur couplet favori : « C’est Moscou qui a ordonné la grève ! », qui est donc une grève politique. Comme si c’était Staline qui avait rédigé les décrets Lacoste ! Bien évidemment, la Fédération du Sous-sol était la cible centrale de ces attaques qui avaient pour objectif de la briser.
 
Le Ministre de l’Intérieur, Jules Moch, qui avait personnellement contribué à la scission de la CGT, avait lancé l’idée que la grève des mineurs était dictée et financée par le Kominform.
 
Selon les périodes, l’argent de la CGT servait à financer le PC. Dans d’autres périodes, c’était au contraire le PC qui finançait les grèves avec de l’argent soviétique. Cette question vint même en débat à l’Assemblée Nationale. Jacques Duclos prononça un discours, un véritable réquisitoire sur le thème : « Mais qui reçoit vraiment de l’argent de l’étranger ? ». Ce discours fut rédigé en brochure et largement diffusé. Jacques Duclos l’avait terminé en proposant la nomination d’une commission parlementaire chargée de vérifier les comptes de tous les Partis. Seuls les députés communistes votèrent pour !
 
Les décrets Lacoste n’étaient pas seulement destinés à baisser le prix de revient de l’extraction du charbon.
 
Dans l’organe officiel du parti socialiste, le Populaire en date du 5 juin 1950, Robert Lacoste, deux ans après la grève, écrivait :
 
« De combien de millions de tonnes devra-t-on réduire notre extraction ? De combien faudra-t-il réduire les effectifs miniers ?
 
Je ne veux pas avancer de chiffres, je laisse le soin aux techniciens de le déterminer, en tout cas, nous en savons assez pour déclarer qu’il faut se résoudre à une réalisation progressive du Pool Charbon-Acier (appelé aussi plan Schuman) accompagné de mesures destinées à en amortir les incidences sociales dans les mines.
 
Voici longtemps que j’ai prévenu les mineurs de l’éventualité du renversement de la situation dans nos mines, par suite de la concurrence du fuel et de l’abaissement des prix des charbons importés.
 
Guy Mollet m’excusera de lui rappeler que je l’ai fait devant lui dans une réunion de mineurs du PdC. »
 
Les décrets Lacoste s’inscrivaient dans cette perspective. C’était donc bien la mise en place d’une politique européenne visant à faire du charbon et du fer de la Lorraine et de la Ruhr, l’aliment d’un gigantesque arsenal de guerre allant de pair avec le réarmement allemand et l’abandon des réparations de guerre dues à notre pays par l’Allemagne.
 
La grève commença le 4 octobre et ne prit fin que le 29 novembre. Elle fit l’objet d’une répression immédiate.
 
Dans la nuit du 3 au 4 octobre, le ministre socialiste Jules Moch fit occuper les mines de charbon de Lorraine où, dès le 4 octobre, la chasse aux grévistes fut organisée.
 
Le jeudi 7 octobre, le mineur Jansek, de Merlebach est assassiné, massacré pourrait-on dire, par les CRS. 25 000 personnes l’accompagneront à sa dernière demeure.
 
Le 12 octobre, les mineurs de fer de l’Est et les sidérurgistes qui avaient commencé la grève déjà depuis 22 jours, obtiennent 26 % d’augmentation de salaires. Les mineurs reprennent le travail avec l’accord de la Fédération nationale.
 
Le 14 octobre, le bureau de la FNSS décide la suspension pour 24 heures des équipes de sécurité afin d’obtenir le retrait des forces de police des bassins.
 
Cela s’est révélé être une erreur, car ce mot d’ordre fut présenté par les médias comme un abandon total de la sécurité et servit de prétexte à intensifier la répression.
 
Le 18 octobre, le bassin de la Loire est envahi par les forces de l’ordre.
 
Le 19, les CRS investissent les camps où sont logés les mineurs Nord-Africains travaillant en Lorraine. Ils cassent tout dans les baraquements et conduisent les ouvriers de force à la mine. Cela se reproduira dans plusieurs bassins.
 
Le 20 octobre, 20 000 mineurs manifestent à Béthune et obtiennent la libération de 8 emprisonnés dont le docteur Versquel.
 
Le 21 octobre, à Firminy, les CRS tirent et tuent le mineur Antonin Barbier. Le mineur Goïo, blessé par balle dans cette fusillade, décédera le 19 novembre 1951.
 
Le 22 octobre, les 7 puits de Montceau-les-Mines sont réoccupés par les grévistes qui font prisonnier une bonne centaine de CRS, dont un Colonel et un Commandant. Les prisonniers sont libérés le lendemain.
 
Le même jour, au puits Reumaux et Cuvelette, en Lorraine, ce sont des soldats qui sont faits prisonniers par des grévistes réoccupant leur puits.
 
Le conseil des ministres aggrave la répression en donnant l’autorisation aux forces de l’ordre de tirer, (ce qu’elles avaient déjà fait dans la Loire), en décidant également l’expulsion des travailleurs immigrés qui manifestaient et en rappelant des soldats et gendarmes réservistes.
 
Le 23 octobre, 24 correspondants et photographes de presse français et étrangers signent une déclaration contredisant l’affirmation du ministre F.Mitterrand, selon laquelle les grévistes auraient tiré les premiers sur les CRS dans la Loire, lors de l’assassinat de Barbier deux jours auparavant.
 
A Firminy, 30 000 personnes ont assisté aux funérailles d’Antonin Barbier.
 
Un mandat d’amener est lancé contre René Ribière, secrétaire de la FNSS. Arrêté en décembre, il sera condamné à 4 mois de prison.
 
26 octobre : les forces de répression envahissent le bassin du Gard. Le maçon Max Chaptal, qui manifestait avec les mineurs, est tué par une balle de mitrailleuse tirée par le Char Turenne. Il y a également 8 blessés graves.
 
Le lendemain, 27 octobre, 15 000 personnes assistent à ses obsèques. Un chiffre qui aurait été beaucoup plus élevé, s’il s’était écoulé plusieurs jours entre l’assassinat et les funérailles.
 
5 novembre : des CRS ivres blessent 12 mineurs à Auchel dans le Pas de Calais, et rossent un commissaire de police.
 
8 novembre : différentes manifestations dans le Nord-Pas de Calais regroupent 50 000 personnes, en dépit des interdictions.
 
9 novembre : tous les administrateurs CGT des CA des Houillères de Bassins sont révoqués. Ceux des Charbonnages de France l’avaient déjà été.
 
10 novembre : sur proposition de Daniel Mayer, ministre socialiste du Travail, le gouvernement décide de suspendre les allocations familiales aux mineurs en grève.
 
Cette décision provoque un tel tollé qu’elle est de suite abrogée. Mayer sera, quelques années plus tard, président de la Ligue des droits de l’Homme !
 
16 novembre : débat à l’A.N sur le financement des partis politiques.
 
18 novembre : une réunion publique à Arras dans le Pas de Calais, avec la participation d’Henri Martel est interrompue par le commissaire de police et les CRS qui envahissent la salle.
 
Le même jour, cinq mineurs polonais de Carmaux, dans le Tarn, sont expulsés vers la Pologne.
 
20 novembre : des mineurs se rendant aux lavabos de la Beraudière, dans la Loire, pour discuter avec des ouvriers ayant repris le travail, sont l’objet de coups de feu tirés par les gendarmes. Trois d’entre eux sont blessés.
 
Mais rien n’y fait : la détermination des mineurs est telle que le gouvernement doit céder au moins sur un point et le 25 novembre, les retraites minières sont augmentées de 25 %.
 
La solidarité, je vais en reparler, permet de comptabiliser, le 26 novembre, 300 millions de Francs de souscription en faveur des mineurs.
 
27 novembre : la Reine de Belgique adopte un enfant de mineur français.
 
Enfin, le lundi 29 novembre c’est la reprise du travail.
 
J’ai conscience que cette courte énumération ne peut donner une idée exacte de ce qui s’est précisément déroulé dans les bassins miniers.
 
C’était la guerre. Jules Moch, lui-même, a déclaré dans ses mémoires : « Il y a eu exactement 48 900 soldats dont 35 000 dans le Nord pas de Calais… En y ajoutant CRS, garde républicaine, gendarmes et police urbaine, on atteint pour toute la France un total de 60 000 hommes engagés dans ces opérations » (fin de citation).
 
Les bassins miniers étaient en état de siège. Réunions et manifestations étaient interdites ; des camarades qui faisaient le porte à porte pour distribuer des fonds de solidarité ont été arrêtés et l’argent confisqué.
 
Les CRS agissaient en règle générale, avec brutalité. Certains médias aux ordres du pouvoir appelaient au meurtre des dirigeants de la Fédération des mineurs.
 
Dans le journal l’Epoque du 21 octobre 1948, un article signé Frédéric Vauthier déclarait : « M. Queille, M.Moch : bombardez les quartiers généraux ! Atomisez-les ! »
 
Pour ne pas être trop long, j’ai passé sous silence, dans la chronologie que je viens de présenter, nombre d’événements importants. C’est dans tous les bassins que les mineurs, et aussi leurs épouses, ont affronté les forces de l’ordre, avec le même courage exemplaire que l’on a connu dans toutes les grandes grèves minières.
 
Face aux armes, ils avaient des pierres et des boulons mais leur grande force fut de bénéficier du soutien de la majorité du peuple français.
 
Des milliers et des milliers d’enfants de nos bassins ont été hébergés et logés dans la région parisienne et dans les villes proches des bassins miniers. Les agriculteurs manifestaient leur soutien en donnant des vivres. La Confédération impulsait la solidarité financière et encourageait à la solidarité active.
 
Ainsi, le 22 octobre les cheminots toulousains refusent de transporter les forces de répression à Carmaux et Decazeville et engagent une grève de 24H.
 
Le 26, la grève générale paralyse saint Etienne.
 
Le 27, les dockers bloquent l’arrivée de charbon étranger dans les ports. La Confédération appelle l’ensemble des marins et des cheminots à s’inspirer de ces actions.
 
Le 28 octobre, la Fédération des cheminots CGT appelle à bloquer les trains de charbon étranger.
 
Le 3 novembre, les dockers de Lorient et de Bordeaux sont remplacés par la Troupe pour décharger le charbon étranger.
 
Le 16 novembre, les dockers américains refusent de charger du charbon vers la France.
 
Le 17 novembre : la commission administrative de la CGT appelle à développer la solidarité aux mineurs. Ce même jour, les dockers sont en grève générale illimitée.
 
La solidarité internationale qui s’affirme avec les mineurs français va bien au-delà des organisations de la Fédération Syndicale Mondiale. Des messages et des dons proviennent du monde entier !
 
Le message de John Lewis, dirigeant des mineurs américains, à Léon Blum, dirigeant de la SFIO, a une grande résonance. A Léon Blum qui lui avait fait part de son étonnement devant ses commentaires sur la grève française, John Lewis eut cette réponse cinglante :
 
« Vous devriez mettre de la nourriture dans les estomacs rétrécis des mineurs français, plutôt que de tirer des balles américaines dans leurs corps mal nourris ! En payant des salaires aux mineurs français de 30 ou 40 dollars par mois, on commet un déni de justice ! »
 
Les chiffres concernant la répression donnent une idée de l’ampleur de celle-ci.
 
Aux décès de Jansek, Barbier, Goïo et Chaptal, il faut ajouter ceux de 2 mineurs du Nord, Bécard et Boucly, morts à la prison de Douai après leur arrestation dans des conditions qui n’ont jamais été élucidées.
 
Rolande Trempé a consacré un article à la répression dans le numéro spécial des Cahiers de l’IHSM de 1998.
 
(...) Suite
« Modifié: 02 décembre 2010 à 00:23:16 par W catharos »
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Re : Grèves des mineurs de 1948... Déroulement et enjeux...
« Réponse #1 le: 08 août 2010 à 19:37:48 »
(Suite à l'article...)

Il y eut, au total, plus de 3 000 arrestations et 2 783 condamnés. Parmi eux, 1 073 à des peines de prison ferme, 421 avec sursis, 244 autres furent condamnés à des peines de prison et une amende avec sursis, 375 à la prison et à l’amende ferme !
 
Cette répression déclencha l’indignation dans le pays. Un Comité d’amnistie, présidé par l’ancien ministre radical Justin Godard et composé d’éminentes personnalités eut une très grande activité. En vain.
 
Il aura fallu attendre trente-trois ans et l’année 1981, pour que les mineurs condamnés soient amnistiés !
 
Le pouvoir ne pouvait pardonner aux mineurs leur lutte exemplaire. Il y eut plus de 3 000 licenciements dont un certain nombre de quelques semaines ou de quelques mois.
 
Pendant des années, la fédération nationale remboursa à des camarades les retenues que l’on opérait sur leur fiche de paye pour le paiement de l’amende à laquelle ils avaient été condamnés. Aujourd’hui encore, une poignée de survivants – mineurs et veuves – attend que la justice les réintègre dans leurs droits.
 
Je n’ai pas abordé l’attitude des autres fédérations syndicales.
 
La CFTC avait appelé à 48 heures de grève contre les décrets Lacoste, et FO avait déclaré s’incliner devant le vote des mineurs. Reçus le 5 octobre par Lacoste qui leur accorda quelques broutilles, ces fédérations appelèrent sans succès à la reprise du travail.
 
Il est évident, qu’un des objectifs du pouvoir était de démanteler la FNSS, d’en faire une organisation minoritaire au profit des syndicats de collaboration de classe qu’étaient FO et la CFTC.
 
Les militants licenciés comptaient parmi les meilleurs, les plus actifs.
 
67 délégués mineurs titulaires et 25 suppléants du fond furent révoqués ainsi que 18 délégués titulaires de surface et 7 suppléants.
 
Une des lois les plus iniques votées par le Parlement a instauré, pour les élections de délégués mineurs, la proportionnelle au plus fort reste (ce qui favorise les petites listes) avec possibilité d’avoir 15 candidats sur une liste, ce qui permettait à des candidats FO ou CFTC d’être élus avec moins de 5 % des suffrages et des candidats de la CGT d’être déclarés battus avec plus de 80 % de suffrages !
 
Outre son caractère férocement antidémocratique, cette loi eut des conséquences jusque sur la vie des mineurs.
 
Ainsi, elle permit l’élection de délégués pourtant jugés incompétents par la grande masse des mineurs, comme, par exemple, à Liévin, où le camarade Claude Bouin avait été déclaré battu à la fosse 3 malgré plus de 72 % des suffrages et où un délégué CFTC, minoritaire, fut déclaré élu. Celui-ci ne signala pas, dans ses rapports, les graves entorses à la sécurité qui conduisirent à la catastrophe qui ôta la vie à 42 mineurs en 1974.
 
J’ai relaté, dans ma biographie, les difficultés que nous rencontrâmes pour avoir, lors des élections professionnelles de mars 1949, des listes complètes.
 
Les médias, eux, poursuivaient leur campagne de mensonges éhontés contre la CGT.
 
Avant le dépouillement du scrutin, personne n’aurait pu dire qui serait vainqueur.
 
Les résultats constituèrent une gifle magistrale à Jules Moch, à Lacoste, au pouvoir et à la Direction des Houillères.
 
75 % des mineurs du fond, et 60 % des ouvriers de surface, votèrent pour les candidats de la CGT : des pourcentages qui font aujourd’hui rêver !
 
Dans les années qui suivirent, de fin 1948 au début de 1963, malgré un climat général de guerre froide, malgré une répression qui n’épargna pas la profession, la lutte ne cessa pas !
 
J’ai déjà évoqué la grève des mineurs du N-PdC contre le ticket modérateur.
 
Il faut aussi rappeler celle des ouvriers et mineurs de Lorraine à la Noel 1951, évoquer la grève des mineurs du 9 de l’Escarpelle, à Roost-Warendin, dans le Nord, et celle du Gard, en 1952,
 
également souligner la participation des mineurs aux grandes grèves du printemps et de l’automne 1951 qui se traduisirent par d’importantes augmentations de salaires.
 
Il y eut également la participation à la grève générale d’août 1953 qui fit échouer l’application des décrets Laniel particulièrement rétrogrades.
 
Enfin, comment ne pas citer le grand mouvement victorieux de 1963 qui changea, en bien, beaucoup de choses dans la vie quotidienne des mineurs.
 
En n’ayant pas réussi à obtenir l’abrogation des décrets Lacoste, la corporation minière avait, en octobre et novembre 1948, perdu une importante bataille. Mais elle n’avait pas perdu la guerre et avait conservé suffisamment de forces pour poursuivre la lutte !
 
Quelles étaient les formations politiques qui dirigeaient alors le pays ?
 
Le PCF et le RPF, crée par De Gaulle, étaient dans l’opposition. L’on trouvait au gouvernement des socialistes, des démocrates-chrétiens, des radicaux, des indépendants (du moins, se proclamaient-ils comme tels !).
 
Ils ont encore gouverné pendant 10 ans pour le plus grand dommage du pays.
 
Politique antisociale, politique colonialiste avec les guerres d’Indochine et d’Algérie, politique étrangère dictée par les Américains : c’est leur bilan de faillite qui a conduit à sa perte la 4e République et permit à De Gaulle, appuyé par les militaires, de prendre le pouvoir en juin 1958.
 
Le parti socialiste-SFIO n’a pu survivre à ce désastre et un nouveau parti socialiste a été créé en juin 1971, au congrès d’Epinay.
 
J’ai encore clairement en mémoire ces années que l’on peut qualifier de sombres.
 
C’est pourquoi je suis un peu tombé des nues lorsque, au cours de la dernière campagne présidentielle, Ségolène Royal est allée jouer de la mandoline sous les fenêtres du démocrate-chrétien Bayrou.
 
Mais, comme nous l’a enseigné Karl Marx, dont la pensée est toujours actuelle, l’histoire ne se répète jamais de la même façon : la première fois c’est une tragédie, la seconde une farce.
 
Et c’était une véritable farce que d’envisager un gouvernement Royal-Bayrou.
 
C’est pourquoi, alors que la gauche unie avait gagné toutes les élections précédant la présidentielle, alors qu’il ya avait dans une partie du pays un rejet total de Sarkozy, ce dernier a cependant triomphé.
 
Je crois qu’il était nécessaire de rappeler cela, car il faut tenir compte des leçons de l’histoire.
 
La crise profonde que connaît actuellement le capitalisme est là pour démontrer que la solution est à gauche, mais vraiment à gauche ! De ce point de vue, les élections européennes de juin prochain s’annoncent particulièrement importantes.
 
J’ai pris connaissance, avec grand intérêt, de l’article consacré à la grève de 1948, écrit par notre ami Pierre Outteryck, paru dans les cahiers d’H.S de la CGT de décembre 2008.
 
Cet article m’a plu, mais je dois dire que je ne partage pas les idées développées dans sa conclusion.
 
Pierre y traite du refus de la CGT de s’engager dans la lutte. Il y voit un désaveu de la grève par Benoit Frachon.
 
En décembre 1947, la grève générale s’était terminée en débandade dans la plupart des professions, sauf chez les mineurs. Il était évident que, de surplus, affaiblies par la création de FO, certaines fédérations n’étaient pas prêtes à une nouvelle grève générale. Jamais notre stratégie n’a été basée sur cela.
 
J’ai relu les travaux du congrès confédéral qui débuta le 11 octobre 1948. Il s’est ouvert sous le signe de la solidarité avec les mineurs et Victorin Duguet, en tant que Secrétaire Général de la Fédération, en présida la séance d’ouverture.
 
Cela dit, dans son rapport, Benoît Frachon n’a pas appelé les autres professions à la grève en même temps que les mineurs, non par désaveu de la grève, mais parce que les conditions n’étaient pas réunies d’un mouvement général.
 
Il aurait été suicidaire d’avoir une autre position. N’empêche que Benoit a appelé à la solidarité, et que celle-ci s’est exercée comme je viens de le décrire.
 
De l’attitude confédérale, c’est ce que je retiens essentiellement. Et ce qu’a dit Pierre, avec la façon dont il le dit, risque d’être interprété, et mal interprété.
 
Il est d’ailleurs le seul, à ma connaissance, à avoir écrit cela. Et je pense que s’il y avait eu le moindre problème, les historiennes que sont Rolande Trempé et Annie Lacroix, en auraient fait état dans l’intervention érudite qu’elles firent, lors de notre colloque de 1978. Il en va de même dans l’étude de la grève à Montceau-les-Mines dans les cahiers de l’IHSM d’octobre 1999, par notre ami Jean William Deremez.
 
Quant au PCF, si son attitude fut de ne pas donner prise à la calomnie gouvernementale selon laquelle la grève était dictée par le Kominform, il contribua, de manière décisive à la solidarité.
 
L’intervention de ses députés à l’Assemblée Nationale, la publication de nombreux communiqués, tracts et affiches de soutien, les interventions orales de ses dirigeants, les actes concrets de solidarité organisés par les sections du PCF dans tout le pays, l’engagement de ses militants, furent à l’origine d’innombrables actions qui donnèrent corps à un mouvement de solidarité, rarement égalé - exception faite en 1963 - dans la France entière.
 
Pierre écrit encore :
 
« En 1948, les mineurs défendent certes leurs conditions de vie et de travail, mais ils ne parviennent pas à faire que leur combat soit perçu comme une lutte profitable à toute la communauté nationale, alors que, sur certains aspects, elle l’était ;
 
Peut-on être sur que les comportements et prises de position de chacun des principaux responsables de la FNSS (Auguste Lecoeur, Henri Martel, Victorin Duguet) s’inscrivent dans cette stratégie ?
 
Bien que secrétaire général, Victorin Duguet n’avait pas toute l’autorité nécessaire. Henri Martel, qui jouissait d’une aura considérable, avait émis, nous l’avons vu des réticences lors de la grève de 1947. Le comportement lucide et prudent de l’U.D CGT du Nord, dirigée par Marcel Tourbier et Martha Desrumeaux, avec lesquels Martel avait de nombreux contacts, témoigne au moins de différences d’appréciation avec la Fédération Régionale des mineurs. Nous avons également vu que Lecoeur avait exprimé des prises de positions qui détonnaient par rapport à celles prises par le PCF, voire la CGT. »
 
Je suis le dernier dirigeant national qui a vécu cette grève et à l’époque j’étais membre du Bureau de la Fédération Nationale et membre du secrétariat de la fédération régionale des mineurs du N-PdC dont Auguste Lecoeur était le Président et Henri Martel le secrétaire général.
 
Victorin Duguet n’aurait jamais rien tenté contre Lecoeur, ni lancé quelque grande initiative sans avis favorable de Lecoeur, qui était aussi membre du secrétariat national du PCF. J’en parle d’autant plus aisément que l’on m’avait confié la responsabilité de faire le lien entre le siège de la fédération, au 213 rue Lafayette et le siège du PCF, au 44 rue Lepelletier, à Paris, et qu’à ce titre, je côtoyais fréquemment Lecoeur.
 
Henri Martel avait une très forte personnalité, plus volontaire que celle de Victorin. Et c’est vrai qu’il y a eu parfois de l’eau dans le gaz dans les relations entre Martel et Lecoeur.
 
Permettez-moi d’en citer deux exemples.
 
Lecoeur avait désigné Duguet comme Président du Conseil d’Administration des Charbonnages de France, sans prendre l’avis de quiconque, ni au bureau confédéral de la CGT, ni à la fédération des mineurs.
 
En réaction, Henri Martel envoya une lettre de protestation à Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, lettre dont la copie a été retrouvée dans les archives personnelles de Martel après son décès, et que nous avons publiée dans les cahiers de l’I.H.S.M.
 
Benoit Frachon n’avait pas non plus digéré cela, car Victorin Duguet avait beaucoup manqué à la Fédération du Sous-sol dans cette période pas toujours facile, de 46 à la mi 47. Je suis convaincu que c’est là une des raisons de l’éviction de Victorin de son poste de S.G de la Fédé en 1956.
 
Henri Martel, avec lequel j’étais très lié, m’a un jour raconté, qu’alors qu’Amand Moché, secrétaire du syndicat des mineurs du Nord, avait été désigné par les syndicats pour occuper le poste de Directeur Général aux Affaires Sociales des Houillères du N-PdC, Lecoeur, qui agissait en véritable despote, avait choisi Delfosse, sur lequel il pourrait plus facilement faire pression.
 
Martel connaissait bien Moché avec lequel il avait milité avant la guerre. L’un, Martel, était devenu président du syndicat des mineurs du Nord, l’autre, Moché, en était devenu le secrétaire général. Et Martel savait que Moché était capable de dire NON s’il le jugeait nécessaire. Visiblement Lecoeur qui préféra Delfosse, le savait aussi et s’en méfiait.
 
Autre objet de rancœur d’Henri Martel : Lecoeur pour pouvoir apparaître à l’Assemblée Nationale comme le premier porte-parole des mineurs, avait réussi à ce que Martel ne soit plus député, mais devienne Conseiller de la République, c’est-à-dire, sénateur. Martel fut d’ailleurs premier vice-président du Conseil de la République, et après l’éviction de Lecoeur, il redevint député.
 
Tout n’était pas fluide entre Lecoeur et Martel, mais n’est-ce pas le cas dans toutes les directions politiques ou syndicales, où les différences d’approche et de caractère doivent s’accommoder, car il faut bien vivre ensemble puisqu’en principe l’on poursuit le même objectif.
 
Par contre, pendant la grève elle-même, je n’ai pas constaté de sérieuses oppositions entre les deux hommes.
 
Martel n’était pas présent dans la réunion de Lens où Lecoeur préconisait l’arrêt des fours à coke de Carbolux à Bruay en Artois, ce que les ouvriers, pleins de bon sens, refusèrent de faire.
 
Pour le reste, je ne me souviens que d’un seul désaccord. L’invasion du bassin minier du N-PdC par les forces de répression commença à l’une de ses extrémités, dans le Valenciennois, pour se terminer à l’autre extrémité, à Auchel.
 
La veille de cette invasion, le maire socialiste de Douai - je me rappelle qu’il s’appelait Phalempin - voulait discuter avec la Fédération Régionale. Delfosse et Martel y étaient favorables. Lecoeur a refusé, indiquant que si une discussion devait avoir lieu, ce serait avec le gouvernement alors que, justement, ce dernier refusait toute discussion. C’était aussi mon avis.
 
Longtemps après la grève, nous avons considéré que nous aurions du l’arrêter après 7 semaines. Mais il est toujours difficile de terminer une grève longue dans les mines, on s’en est encore aperçu en 1963.
 
Si cela est une erreur, alors la responsabilité en est collective. J’ajouterais que lors de la première réunion du C.N qui se tint après la grève, aucune critique de fond ne fut apportée et que le C.N, unanime, adopta un texte écrit par Lecoeur et intitulé : « Mineurs, vous êtes les vainqueurs de demain ! »
 
Je ne vous cacherais pas que la personnalité de Lecoeur reste pour moi une énigme.
 
Qui est Lecoeur ? L’organisateur de la grève de 1941 ? Le secrétaire du PCF qui ne manquait jamais de flageller les dirigeants socialistes et ceux de F.O, comme traîtres à la classe ouvrière ? Ou Lecoeur se promenant bras dessus-bras dessous avec Lacoste, lors du congrès de la SFIO qui a suivi son exclusion du PCF… Ou encore, qui félicite les dirigeants de FO d’avoir organisé la scission de la CGT dans son ouvrage « Croix de guerre pour une grève ».
 
Avec André Narristens, de l’Institut d’H.S de la CGT, nous avons essayé de percer ce mystère. Nous buttons hélas sur le manque d’archives.
 
Dans celles du PCF, que nous avons consultées, il y a quelques éléments, qui nous ont été utiles, mais il manque l’essentiel : le rapport intégral de François Billoux et le discours de Jacques Duclos devant le CC du PCF, lorsque celui-ci exclut Lecoeur, en avril 1954.
 
De même, le PCF, a demandé à sa fédération du Pas de Calais de lui transmettre toutes les archives qu’elle détenait concernant Lecoeur. On ne trouve trace nulle part de ces documents.
 

 Chers camarades et chers amis,

 
En conclusion, permettez-moi de réaffirmer que la corporation minière a mené, en 1948, un juste combat et que ceux qui ont provoqué cette grève ont desservi l’intérêt national et se sont déshonorés.
 
Comme le disait l’éditorial du n° spécial des cahiers de l’IHSM de septembre 1998 :
 
« Pour les nouvelles générations, les événements d’octobre-novembre 1948, peuvent présenter un caractère un peu irréel. Et pourtant, ils se sont bel et bien déroulés, semant sur leur passage deuils, misère, emprisonnements, licenciements. Mais aussi, illustrant la fierté, le courage indomptable de la corporation minière. »
« Modifié: 08 août 2010 à 20:34:41 par W catharos »
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Grèves des mineurs de 1948, justice tardive !
« Réponse #2 le: 11 mars 2011 à 20:03:17 »
Salut camarades,

Le journal L'Humanité du 11 mars 2011, nous apprend que 17 mineurs licenciés des grandes grèves des mines en France de 1948 ou ayant droits, obtiennent justice ce jour !

Ils avaient été licenciés pour fait de grève, les 17 familles ont obtenues 30.000 euros chacunes de dommages et intérêts ! Devant les 40 millions d'euros obtenus par Tapie pour préjudice moral !

Et bien,  les mineurs de fond survivants ou ayant droits qui ont souffert de la répression policière du pouvoir, et des charbonnages pour fait de grève doivent se dire, à chacun son dû, certains valent mieux que nous ?

A cette vitesse, 63 ans pour un peu de Justice Sociale...  :-\

Autant à l'avenir, être réservé sur cette justice de Classe, parfois fort lente quant il s'agit de l'intérêt des travailleurs...

Leurs réintégrations seraient impossible, les militants trop âgés ou morts, les mines toutes fermées !

Salutations communistes,
W catharos

Pour compléter, du Nouvel Observateur...

Victoire judiciaire de mineurs licenciés pour grève il y a plus de 60 ans

17 mineurs du Nord Pas-de-Calais ont été licenciés pour grève en 1948. 60 ans après, leur victoire ouvre "des possibilités juridiques extraordinaires", estime l'un des avocats des plaignants.

Plus de soixante ans après les faits, la cour d'appel de Versailles a donné raison à 17 anciens mineurs du Nord/Pas-de-Calais licenciés pour faits de grève en 1948, a indiqué vendredi 11 mars l'un des quatre avocats qui représentent les gueules noires et leurs familles.

Ce jugement est une première dans l'histoire du droit du travail, non ?

- A ma connaissance, il n'y a effectivement aucun plaignant qui ait obtenu reconnaissance du caractère discriminatoire de son licenciement soixante après les faits. Il y a deux aspects dans ce jugement. D'une part la cour d'appel de Versailles reconnaît que les 17 mineurs, ou plutôt leurs veuves et leurs descendants car ils ne sont plus que 7 à être vivants, ont été licenciés parce qu'ils avaient participé aux grèves de 1948 et donc pour un motif discriminatoire. D'autre part, la juge a fixé le délai de prescription, de trente ans, non par à la date du licenciement, mais au moment où a été révélée la discrimination.

Qu'est-ce que cela va changer en matière de discriminations ?

- Cela ouvre le champ des possibles. Les possibilités juridiques concernant les 18 critères de discrimination prévus par la loi sont désormais extraordinaires. Cela pourrait faire par exemple avancer les choses en matière de discrimination liée aux origines. Cela fait six ans que cette procédure a été engagée, d'abord auprès de la Halde en 2005, puis auprès des juridictions du travail à partir de 2007. Après un premier revers en première instance en mars 2010, la justice reconnaît enfin le préjudice subi par les mineurs licenciés il y a plus de 60 ans et surtout elle leur rend leur dignité.

Qu'entendez-vous par là ?

- Aujourd'hui, les mines du Nord de la France ont toutes disparues. Mais il faut se souvenir de ce qu'elles ont été par le passé. Les mineurs ont énormément travaillé pour la reconstruction de la France après la seconde guerre mondiale. Beaucoup ont été résistants en 39-45, certains ont été déportés suite à une grève dans les mines en 1941 contre l'occupant allemand. Et ce sont ces gens là, leurs cousins, leurs fils, leurs neveux qui ont été licenciés en 1948 et qui se sont retrouvés du jour au lendemain sans même un toit pour se loger. L'un des plaignants, Norbert Gilmez, a pratiquement fait une plaidoirie à l'audience sur ce sujet qui a beaucoup ému la cour. Il portait le casque d'un mineur qui a été torturé par l'armée française durant la grève de 1948.

Interview de Slim Ben Achour, un des quatre avocats des mineurs, par Nathalie Funè
le vendredi 11 mars 2011
« Modifié: 11 mars 2011 à 20:40:23 par W catharos »
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Re : Grèves des mineurs de 1948, Déroulement et enjeux...
« Réponse #3 le: 12 mars 2011 à 17:26:20 »
Non , non , non , W. Catharos !
Il y a d'inadmissibles malveillances falsificatrices de l'histoire , dans ton texte à propos de Jules Moch et de la SFIO .

Je ne défend pas Jules Moch . Sa dérive droitière et son autoritarisme jusqu'à la violence anti-ouvrière ont gravement nui à la SFIO de l'époque . Mais contrairement à ce que tu répètes , le petit-fils de rabbin Jules Moch , n'était certainement pas dit "le boche" , à l'époque.

Son père , Gaston Moch , ne fut pas seulement camarade de promotion d'Alfred Dreyfus à Polytechnique . Il était juif lui aussi.

Dès 1933 , Jules Moch réclama le boycott économique de l'Allemagne nazie et il fut bien sûr l'un des quatre-vingt députés qui votèrent contre l'attribution des pleins pouvoirs à Pétain.

Surveillé par Vichy, il fut arrêté dés septembre 1940 et incarcéré dans l'Indre en compagnie de Vincent Auriol et de Max Dormoy. Libéré début 1941, il entra dans la Résistance en créant le réseau  qui organisait des sabotages dans l'Aude et en Ardèche.

Il rejoignit Londres en 1942  et s'engagea en raison de sa formation d'ingénieur de la marine dans les forces navales de la France libre en 1943 . Il participa au débarquement de Provence en aout 1944.

Son fils André, ancien élève de Saint-Cyr, entré tôt dans la Résistance fut tué le 12 avril 1944 par des miliciens en uniforme à Bouquéron dans l'Isère.

J'insiste , il n'était pas dit "le boche" . Il ne faut pas colporter à la légère de pareilles malveillances de l ' extrême-droite antisémite.

Sionisme , atlantisme , anticommunisme , voilà ce qui nourrisait la dérive anti-sociale de Jules Moch .

Que le grand résistant Daniel Mayer , ministre du travail de Jules Moch , ait eu en tant que tel une idée déplacée , c'est possible , mais çà ne justifie pas une insinuation hostile à la Ligue des Droits de l'Homme . C'est lui , Daniel Mayer , qui de 42 à 44 , fut rédacteur en chef du journal socialiste clandestin Le Populaire , journal fondé en 1916 par Jean Longuet , petit-fils de Karl Marx . Certes , Daniel Mayer était lui aussi sioniste comme Jules Moch , mais pas pour autant disposer à suivre vraiment sa dérive droitière .

Daniel Mayer  entre dans la Résistance en juillet 1940. Convaincu par Blum, il reste en France. À Daniel Mayer et à son épouse Cletta qui lui faisait part de leur intention de partir pour Londres, Léon Blum dit : « Vous serez là-bas deux bouches de plus à nourrir et sans compétences militaires. Ici, il y aura du travail à faire. il faut poursuivre la guerre, reconstruire le Parti, l'orienter dans la lutte contre l'occupant et contre Vichy. Vous serez plus utiles ici. »
Daniel Mayer fonde dès mars 1941 le Comité d'Action Socialiste et anime les réseaux de résistants socialistes. Il fait reparaître clandestinement le Populaire en mai 1942 ; il en est rédacteur en chef de 1942 à 1944.
Il rencontre Léon Blum, alors détenu par Vichy, et l'informe d'activités socialistes, assurant ainsi un lien entre Blum, la SFIO et la Résistance de Londres. C'est lui qui transmet un document de Blum reconnaissant de Gaulle comme chef de la France libre.
Mayer s'installe à Marseille où son épouse l'aide dans son activité de Résistance ; elle-même organise des évasions.
Il est également secrétaire général du Parti socialiste SFIO de 1943 à 1946. Il représente la SFIO au Conseil national de la Résistance. Il participe à la libération de Paris en août 1944.

J'ajoute que contrairement à d'autres la SFIO n'est pas allé tenir auprès de l'occupant nazi des propos antisémites contre "le juif Mandel" pour tenter de faire reparaître légalement un journal. Note bien , W. Catharos que si je fais cette allusion , c'est à cause de ton commentaire anti-socialiste à propos d'on ne sait quels syndicalistes que tu supposes socialistes et qui auraient léché les bottes de Pétain.

A propos de division syndicale et création de FO , il convient de ne pas oublier le rôle majeur de Boussel-Lambert et de ses Lambertistes en association avec la CIA . Et là on se situe bien
terrain de collaboration avec Boussel Lambert exclu de la CGT pour collaboration. Apparemment les Lambertistes et leurs alliés Lepénistes sont en perte de vitesse à FO . Tant mieux , parce qu'au temps de Lambert , son numéro 2 , Alexandre Hébert alias "camarade Ernest" au comité central de l'OCI était dans les meilleurs termes avec le cyclope et son F-Haine . Bras droit de Hébert à FO , le lepéniste Bonnemaison fit d'ailleurs festoyer Hébert et Le Pen à son mariage , à Nantes . Et puis , Alexandre Hébert n'était jamais avare d'une interview accordée à ses amis de "Présent" et "Minute". Son fils , Patrick Hébert alias "cfamarade Krieg" au comité central du POÏ , dirige FO Loire-Atlantique comme son papa avant lui , mais plus discrètement . Bien que toujours d'extrême-droite raciste et xénophobe , son bras droit Bonnemaison  n'est plus au F-Haine mais chez de Villiers . C'est , de manière toute relative , plus discret, mais très semblable sur le fond .

La SFIO n'était pas suspecte de vert de gris en dépit de la présence temporaire du nationaliste français Marcel déat . En effet , Déat ayant dépassé la mesure , Léon Blum l'éjecta carrément de la SFIO . Le PS s'est montré plus timde vis-à-vis de Chevènement et Mélenchon qui sont partis tous seuls
« Modifié: 12 mars 2011 à 17:31:48 par Conan »

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Re : Grèves des mineurs de 1948, Déroulement et enjeux...
« Réponse #4 le: 12 mars 2011 à 18:40:26 »
Salut Conan,

Effectivement, personne ne pourrait redonner un lustre au flic Jules Moch, auprès des mineurs de fond, après les grèves de 1948, quelque soit le passé plus ou moins méritant de cet ex - ministre de l'intérieur détesté par les communistes et les mineurs de fond....

Tu sais dans les corons encore debouts, il est des haines tenaces, transmises de générations en générations ! Cette une forme de mémoire ouvrière, cette expression comparant Jules Moch à un boche, c'est triste mais je l'ai entendu, je ne relate que cela...

Maintenant attention Conan, si je peux critiquer les sociaux - démocrates, je crois toujours que devant la montée de l'extrême droite nationaliste et anti - ouvrière de fait, que l'Unité des organisations plus ou moins liées à la classe ouvrière est essencielle et déterminante...

Le Front Unique, tu comprends bien qu'il n'a pas beaucoup de rapport avec le Front de Gauche et le Front Populaire, marcher séparément, des plus "révolutionnaires" aux socialistes, chacun avec son programme, son drapeau, son organisation, son activité propre, mais frapper ensemble impitoyablement contre "le fascisme", et la bourgeoisie qui pourrait être tentée... Quitte à faire alliance pour l'occasion "avec le diable et même sa grand mère" !

Le syndicat Force Ouvrière, doit remercier dès le début l'équipe à Boussel - Lambert, appuyé sur un courant anarcho - syndicaliste de Hébert, s'est investi avec les franges les plus réformistes, voire conservatrices du syndicalisme de l'époque, avec les fonds des syndicats américains, donc les fonds aussi de la CIA...

Que le POI puisse avoir une influence dans Force Ouvrière, c'est certain, mais cela reste apparemment assez limité, dans des congrès, ils ont servi de forces supplétives pour les majorités, ils ont leurs fiefs, leurs permanents, et après ?

Pour revenir au sujet, en tout cas les grèves de 1948, dans les mines, à la lecture de la Vie Ouvrière de décembre 1948, que j'ai sous les yeux, page 6, il est écrit  :

"Jules Moch et ses semblables ont endossé la défroque sanglante du fascisme. Leurs noms désormais seront vomis, seront haïs avec la même force que ceux d'un Stulpnagel ou d'un Goebbels"...

Je ne dis pas que cela était juste, comme lorsque l'Humanité, à la Libération de Paris titrait à chacun son "boche", mais en tout cas, dans une partie de la mémoire collective, voilà aussi ce qu'il en était !

Salutations communistes,
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« Modifié: 04 août 2011 à 16:44:28 par W catharos »
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Re : Grèves des mineurs de 1948, Déroulement et enjeux...
« Réponse #5 le: 13 mars 2011 à 09:56:48 »
Mais non , mais non , Jules Moch n'a jamais été ce que tu dis dans la mémoire collective ,seulement un briseur de grève autoritariste et inflexible jusqu'à l'aveuglement . Ce n'est pas parce que tu trouves une feuille outrancière qui débordant de colère et de rage , ose le comparer à Goebbels qu'il faut la considérer comme représentative de ce qui se disait de Jules Moch à l'époque . Il a envoyé la SFIO dans le mur avec sa répression anti-ouvrière mais de là à le mettre dans le même sac que la barbarie nazie , il y a une marge qu'il est indécent de franchir . C'est possible que dans le feu de la colère , la vie ouvrière ait écrit des outrances inacceptables à propos de Jules Moch . Mais personne ne l'a jugé comparable à Goebbels même pas ceux qui ont écrit de telles insanités s'il les ont écrit.

La SFIO n'a toutefois pas suivi Jules Moch persistant dans son égarement et son autoritarisme anticommuniste , et il s'est retrouvé politiquement hors jeu , complètement seul.

Je ne vois pas pourquoi tu reproches à l'Humanité d'avoir titré "A chacun son b...." dans le contexte de la Libération . Démoraliser l'armée d'occupation et multiplier les actions de résistance pour la chasser , était tout-à-fait légitime . Ce qui ne l'est pas du tout , c'est qu'il arrive à notre époque à des fachos français , de qualifier de b..... nos voisins et amis allemands.Collabos sous l'occupation nazie et belliqueux patriotes en temps de paix , tels sont les nationalistes français , du moins les plus rances.

A propos d'Alexandre Hébert , ce n'était pas un anarcho-syndicaliste mais un Lambertiste se faisant passer pour un anarcho-syndicaliste afin de rouler les anarcho-syndicalistes dans la farine et s'imposer à FO - Loire Alantique . Concernant l'influence du POÏ - OCI-PT...etc à FO , j'espère bien qu'elle régresse actuellement , mais au passé tu la minimises . Si Bergeron puis Blondel puis Mailly ont été choisi pour diriger FO , c'est parce qu'Alexandre Hébert                 ( camarade Ernest ) et/ou son fils Patrick Hébert ( camarade Krieg ) les ont choisi pour diriger FO en tant que patrons de la grosse fédération FO. De plus , Blondel qui ne l'avouera jamais tout-à-fait , n'est pas seulement proche des Lambertistes , mais si semblable aux Lambertistes qu'on voit mal comment il pourrait ne pas en être un.

Le Front Populaire historique , je le situe au rayon des grandes victoires sociales à mille lieux bien sûr du pôle nationaliste  Front "de gauche"  du démagogue Mélenchon qui fait du débat national-populiste avec le F-Haine et nuit gravement à la gauche .



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Re : Grèves des mineurs de 1948, Déroulement et enjeux...
« Réponse #6 le: 22 juin 2011 à 16:49:57 »
Salut camarades,

Je viens de découvrir ce film documentaire en complément, de la Fédération Des Travailleurs du Sous - Sol, (CGT), sur les grèves de 1948...  ;D

Ce film intitulé " La grande lutte des mineurs", en 1948 donc, est interessant déjà pour ces images brutes, qui montrent bien le contexte, de cette époque...

http://www.youtube.com/watch?v=hVCoIGngNhA

Fraternellement,
W catharos

PS : La dernière minute de court film /documentaire d'un peu plus de 11 minutes, est des plus pertinente... A voir !  :)
« Modifié: 22 juin 2011 à 21:43:13 par W catharos »
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Re : Grèves des mineurs de 1948, Déroulement et enjeux...
« Réponse #7 le: 31 octobre 2011 à 11:51:53 »
Salut camarades,

Voilà un interessant article du camarade Romain Kosellek en complément, dans la thématique des grèves des mineurs de fond de 1948...

La grande grève des mineurs de 1948
31-10-2011



Depuis plus de 60 ans, des mineurs se battent pour faire reconnaître l’injustice de leur licenciement. En 1948, ils avaient été près de 3 000 à être licenciés en représailles à la grande grève de la même année. Mais encore une fois, la justice n’est pas la même pour tous. Alors que Bernard Tapie a reçu 220 millions d’euros d’« indemnités » pour lesquels l’Etat ne fait pas appel, le gouvernement vient de former le 23 mai dernier un pourvoi en cassation contre le versement d’indemnités à 17 familles, pour un montant total de 520 000 euros !

La grève des mineurs de l’automne 1948 est l’un des grands épisodes du mouvement ouvrier français. Mais ce sont bien les vainqueurs qui écrivent l’histoire, et cette lutte est très peu connue. A l’époque, la France comptait plus de 300 000 mineurs, dans les grands bassins du nord, mais aussi dans le sud. En 1941, les mineurs avaient déjà mené une grève contre l’occupant nazi.

En 1947, de grandes grèves éclatent pour protester contre le rationnement et la dégradation des conditions de vie. Partant de la régie Renault de Boulogne-Billancourt en avril, elles s’étendent fortement après l’exclusion du PCF du gouvernement, pour culminer à l’automne. Plus de 27 millions de journées de travail seront perdues en 1947 (contre 374 000 en 1946). Dans le climat de guerre froide naissante, les capitalistes font tout pour détruire le mouvement syndical. Le ministre de l’Intérieur, Jules Moch (SFIO), sera le bras armé de cette offensive. Les commissaires de la république (créés à la Libération) se voient dotés de pouvoirs civils et militaires. Des troupes d’occupation en Allemagne sont rappelées. Des membres de la CGT font scission et créent la CGT-Force Ouvrière. L’OSS, précurseur de la CIA, était impliquée dans cette scission, pour « créer en France [...] des syndicats non communistes afin d’affaiblir la CGT », comme l’expliquait Irving Brown, dirigeant du syndicat américain AFL-CIO et, parallèlement, agent de la CIA.

A l’époque, la Fédération nationale du sous-sol (FNSS) est l’une des plus importantes et influentes fédérations de la CGT. Jules Moch met tout en œuvre pour la réduire à néant. Dans ce climat tendu, où la vie quotidienne est de plus en plus dure, les décrets Lacoste de septembre 1948 mettent le feu aux poudres. Ils prévoient une baisse des rémunérations, le transfert de la gestion des accidents du travail et maladies des mains des sociétés de secours minières à la direction des houillères, et enfin la diminution de 10 % des effectifs de jour.

En 1950, Robert Lacoste, ministre de l’Industrie, expliquera très bien la situation : « De combien de millions de tonnes devra-t-on réduire notre extraction ? De combien faudra-t-il réduire les effectifs miniers ? Je ne veux pas avancer de chiffres. Je laisse le soin aux techniciens de le déterminer. En tout cas, nous en savons assez pour déclarer qu’il faut se résoudre à une réalisation progressive du Pool Charbon-Acier (appelé aussi plan Schuman) accompagné de mesures destinées à en amortir les incidences sociales dans les mines. Voici longtemps que j’ai prévenu les mineurs de l’éventualité du renversement de la situation dans nos mines, par suite de la concurrence du fuel et de l’abaissement des prix des charbons importés. »

Le 30 septembre, pour la première fois, la FNSS organise une consultation à bulletin secret dans tous les bassins miniers. Sur les 259 204 mineurs présents dans les puits et services de surface, au moment du vote, plus de 84,4 % des votants se prononcent pour la grève. 9,7 % se prononcent contre et 5,9 % s’abstiennent. Le 4 octobre, 340 000 mineurs sont en grève dans toute la France. C’est le début d’un mouvement qui va durer 56 jours.

Le 7 octobre, le mineur Jansek, de Merlebach, est assassiné à coups de crosse par les CRS, créés en 1944. Les forces de l’ordre occupent les bassins. Pour protester, la FNSS décide de suspendre pendant 24 heures les mesures de sécurité qui empêchaient les puits d’être noyés – et donc hors d’usage. Le gouvernement en profite pour intensifier la répression. Le 19 octobre, les CRS investissent les camps où sont logés les mineurs nord-africains travaillant en Lorraine. Ils saccagent les baraquements et conduisent les ouvriers de force à la mine. Des opérations similaires sont menées dans plusieurs bassins.

L’armée est envoyée dans les bassins. Les réunions sont interdites. Ce ne sont plus des images de grève, mais bien des images de guerre, d’une guerre de classes. En juin 1948, au congrès de la FNSS, Auguste Lecœur, président de la fédération régionale CGT des mineurs, déclare : « Si on considère tout cela, alors on comprendra que ce qui est à l’ordre du jour, ce n’est pas une lutte pour gérer les institutions du capitalisme d’Etat, mais que c’est la lutte contre ce capitalisme d’Etat […], c’est-à-dire contre l’exploitation capitaliste, conditions pour atteindre les objectifs tracés par notre congrès ».

Le 22 octobre, les 7 puits de Montceau-les-Mines sont réoccupés par les grévistes, qui font prisonnier une bonne centaine de CRS, dont un colonel et un commandant. Les prisonniers sont libérés dès le lendemain. Le conseil des ministres donne l’ordre aux forces de l’ordre de tirer. Il décide aussi l’expulsion des travailleurs immigrés qui manifestent – y compris des réfugiés espagnols antifascistes. Il rappelle des soldats et gendarmes réservistes. Le secrétaire de la FNSS, Victorin Duguet, est arrêté en décembre et condamné à 4 mois de prison. Le gouvernement ira même jusqu’à supprimer les allocations familiales aux mineurs en grève, avant de reculer face à la réaction de la population.

La presse capitaliste soutient la répression. Dans son édition du 21 octobre 1948, le journal conservateur L’époque déclare, sous la plume de Frédéric Vauthier : « M. Queille, M. Moch : bombardez les quartiers généraux ! Atomisez-les ! »

La grève est « limitée » aux mineurs, mais un mouvement de solidarité important se développe en France et à l’étranger. Les associations solidaires de la région parisienne vont chercher et accueillent les enfants des mineurs pendant la grève. Liberté, le journal du PCF du Nord-Pas-de-Calais, paye la moitié des amendes infligées aux mineurs grévistes. Les paysans apportent de la nourriture, les dockers bloquent l’arrivée de charbon étranger et les dockers américains refusent de charger le charbon. Des messages et dons de solidarité arrivent du monde entier. Au total, 300 millions de francs seront récoltés en soutien au mouvement ! L’industrie du film CGT réalise un film extraordinaire [1], tellement subversif et mobilisateur qu’il fut pratiquement impossible de le projeter, en 1948, sans que les gendarmes ne viennent saisir les bobines ! Les images d’enfants descendant vers la région parisienne pendant que les militaires montent au combat rappellent les heures sombres de la guerre. C’est dans ce contexte que naît le fameux slogan : « CRS = SS ». Aux yeux des mineurs, les CRS faisaient le même travail que les SS pendant la grève de 1941.

En tout, 60 000 hommes sont envoyés dans les bassins pour réprimer la grève. Ils feront 6 morts et des milliers de blessés. 3 000 mineurs sont arrêtés, dont 1 500 sont emprisonnés. 3 000 sont licenciés et une centaine de délégués syndicaux révoqués. Ces 3 000 licenciés ne retrouveront plus de travail dans la région. La vengeance et la répression iront jusqu’au bout. Le cas de Léon Léglise est parlant. Alors qu’il était passé de mineur à ouvrier de surface à cause d’une silicose, il est renvoyé dans les puits après la grève, en guise de punition. Il en mourra. Pour les mineurs, être licenciés n’était pas seulement perdre un salaire ; c’était aussi perdre son logement.

La grève prend fin le 28 novembre 1948. Les mineurs n’ont pas obtenu l’abrogation des décrets Lacoste. Mais comme le dit Achille Blondeau, membre du bureau national de la FNSS, « la corporation minière avait perdu une importante bataille, mais elle n’avait pas perdu la guerre et avait conservé suffisamment de force pour poursuivre la lutte ». En 1963, les grandes grèves des mineurs furent victorieuses ! Et c’est à 17 familles (7 mineurs et 10 veuves) de ces 3 000 mineurs licenciés que, 63 ans plus tard, le gouvernement refuse toujours de reconnaître qu’ils étaient dans leurs droits, et que la guerre que le gouvernement de l’époque a menée contre eux, en tirant à balles réelles, était bien une injustice.

Romain Kosellek (PCF Paris 18e)


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"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
Saint Just

"Il n y a pas cinquante manières de combattre, il n' en y a qu'une c'est d"être vainqueur"
Malraux