Photo intéressante , mon cher Wilhelm
Comme d'hab , Marcel Cachin a su se placer pour être au centre de la photo.
Le Zéphirin Camélinat n'a pas l'air fâché d'être peut-être le seul maçon qui n'a pas été viré du PCF . Hé , hé , il a le droit de franc-maçonner le Zéphirin , puisque sa présence présente l'avantage de faire un lien avec la Commune de Paris .
Comme tu le soulignes , Marcel Cachin eut apparemment un curieux parcours . Ses quatre candidatures à la présidentielle témoignent à la fois de sa ténacité et de son savoir faire pour défendre son fromage . Il était intelligent , roublard et tenace et si son parcours est curieux c'est parce qu'il savait prendre les virages au moment opportun , au service de sa carrière politique personnelle . Il n'aimait pas Tillon et le considéra carrément comme un intrus sur ses terres de Breiz Izel ( Basse Bretagne ) quand Charles vint animer les grèves sardinières à Douarnenez en 1924 . Chez les Breizh Atao , Marcel Cachin soutenait les durs du PNB , nationalistes et indépendantistes radicaux , mais en 1935 il a viré de bord du jour au lendemain , jacobin à fond la caisse , conformément aux nouvelles directives de Moscou.
Après on se dit qu'il a un curieux parcours mais il avait ses raisons , le Marcel . Lorsque Grigori Zinoviev lui a rappelé son passé de va-t-en guerre , il n'a rien dit , mais il s'est mis à pleurer des larmes de crocodile . Cà n'a pas forcément ému les bolcheviks mais ils l'ont adopté , sûrement en se disant qu'il serait obéïssant .
Marcel Cachin avait déjà pleuré juste un peu avant , en 1918 , lorsqu'il avait assisté à l'entrée des troupes françaises dans Strasbourg , en compagnie de Clémenceau et Poincaré.
Toutefois , tu fais erreur Wilhelm en pensant qu'il était un vieux routier de l' Humanité à l'époque de Jaurès . Ce n'est d'ailleurs pas le guesdiste Cachin mais le jauressiste Pierre Renaudel ( Il a mal tourné plus tard ) qui prit la succession de Jean Jaurès comme directeur de l'Humanité et ce n'est qu'en octobre 1918 que Marcel Cachin lui piqua sa place de directeur de l'Humanité . Toutefois c'est en 1912 que Marcel Cachin fit ses débuts de journaliste à l'Humanité en y succédant à Paul Lafargue comme représentant du courant guesdiste. Mais c'est vrai que le soir de l'assassinat de Jean Jaurès , Marcel Cachin profita de l'effet de stupeur et d'abattement chez les jauressistes , pour s'emparer d'autorité des commandes de l'Humanité afin d ' y appeler à la guerre et à l'Union Sacrée.
Babeuf , je veux bien que tu en fasses un précurseur de la social-démocratie mais pas du bolchevisme . N'en déplaise à l'histoire de France , le journaliste François - Noël Babeuf dit Gracchus Babeuf n'a jamais fait de conjuration même des égaux . D'ailleurs cet ami des Droits de l'Homme avait en aversion les comploteurs et les complots . Le grand comploteur jacobin Joseph Fouché , patron des mouchards , raconte lui-même dans ses mémoires qu'il faisait surveiller Babeuf et ses amis . Il y parle aussi de ses démarches auprès de Barras qu'il parvint à convaincre de la nécessité d'éliminer Babeuf . A son sujet Fouché n'écrit pas explicitement " Nous décidâmes de l'expédier à la guillotine" , mais " Nous décidâmes de couper le mal à sa racine" . C'est plus stylé mais très clair quand même. Il y eu bien complot contre Babeuf . Il n’en fut pas l’auteur mais la victime.
Toutefois la lecture des écrits de Babeuf peut donner une déplaisante impression de schizophrénie quand on passe du Babeuf radicalement anti-jacobin au Babeuf jacobin . Le Babeuf initial a du style , c’est un brillant journaliste mais on ne retrouve rien de son talent journalistique chez le Babeuf jacobin . Pour y comprendre quelque chose , il faut savoir qu’une trentaine d’année après la mort de Babeuf , Buonarroti a remis à la postérité un paquet de textes jaunis tappés à la machine en disant que c’étaient des écrits de Babeuf . Et la postérité les a pris comme tels sans sourciller . Babeuf avait rencontré ce Buonarroti en prison sans savoir que c’était un comploteur jacobin ami de Fouché . Une fois Babeuf guillotiné , ce Buonarroti protégé du ministre de la police Joseph Fouché s’est présenté comme continuateur de Babeuf selon lui mais à sa sauce jacobine et comploteuse . Bref , il a inventé un jacobinisme gauchi , rougi , dont Blanqui a pris ensuite la succession . Mais cet autoritarisme dictatorial est aux antipodes des idées de Babeuf. Comme il connaissait bien le monde paysan et ses besoins , il a inspiré ce que nous appelons aujourd’hui les Cuma et les Gaec et çà n’a rien à voir avec les kolkhozes.