Auteur Sujet: "Le Komintern ou le rêve déchu du parti mondial de la Révolution"  (Lu 444 fois)

Hors ligne W catharos

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Salut camarades,

Voilà un excellent bouquin de Serge Wolikow à lire, c'est "L'Internationale Communiste, le Komintern ou le rêve déchu du parti mondial de la Révolution", (1919 - 1943), aux éditions de l'Atelier, les Editions Ouvrières, avec la Fondation Gabriel Péri...



Cette étude exemplaire et remarquable, nous apprend bien des éléments, sur les kominterniens, les structures complexes de cette organisation internationale, les évolutions de ses organigrammes, ses différentes lignes politiques. La 4ème de couverture explique bien les objectifs de ce travail...

Créer un parti mondial de la révolution pour que les représentants du prolétariat prennent le pouvoir dans divers pays de la planète, tel est le dessein de la IIIe Internationale ouvrière qui se forma après le désastre meurtrier de la Première Guerre mondiale.

La révolution russe d'Octobre 1917 avait montré l'exemple, s'ouvrait alors, selon ses partisans, le chemin d'une possible révolution mondiale... Cet ouvrage retrace l'histoire de l'Internationale communiste de sa naissance à Moscou le 2 mars 1919 jusqu'à sa dissolution en 1943. Puissamment organisé, le Komintern marquera de son empreinte l'histoire du XXe siècle, il participera aux luttes libératrices de l'entre-deux-guerres, offrira aux classes populaires des voies d'accès à la vie politique en même temps qu'il justifiera les massacres de masse des purges staliniennes.

L'Internationale communiste permettra l'expression des aspirations anticolonialistes de nombreux militants asiatiques, arabes et africains tout en exerçant un contrôle étroit de l'activité des partis nationaux par le recours à la violence physique et symbolique. Funeste production de l'imaginaire pour certains, entreprise essentiellement criminogène pour d'autres, le communisme est ici appréhendé comme une réalité autrement plus complexe.

Ce livre contribue à décrypter le sens d'un mouvement mondial qui a porté les espoirs de centaines de millions de femmes et d'hommes tout en acceptant d'en sacrifier des millions parmi ses partisans et ses adversaires.


Les thèmes évoqués et plan de ce travail...
 
Partie I) L'ORGANISATION ET LA STRATEGIE

Chapitre 1. Fondation et organisation du parti mondial
Chapitre 2. A quand la révolution ?
Chapitre 3. La "bolchevisation" des partis communistes
Chapitre 4. Le temps du Front Populaire (1934 - 1936)
Chapitre 5. L'épreuve de la guerre et la dissolution (1936 - 1943)

Partie II) CULTURE ET DOCTRINE DU KOMINTERN

Chpitre 6. Les médias du Komintern : la presse et le livre
Chapitre 7. Théories et discours sur le capitalisme en crise
Chapitre 8. La crise de l'Etat de classe
Chapitre 9. La nation : entre la négation radicale et l'exaltation tactique

Partie III) LES HOMMES ET LES INTERPRETATIONS 

Chapitre 10. Formation et destin des kominterniens 
Chapitre 11. Les historiens et les archives du Komintern : la dialectique des sources et des interprétations.

Annexes

L'auteur en quelques mots...

Serge Wolikow enseigne l'histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne.

Codirecteur de l'ouvrage Le Siècle des communismes (Editions de l'Atelier, 2000 ; Points Seuil, 2004), il est un des experts français pour les programmes internationaux concernant les archives du communisme. L'ouvrage est complété par le Dictionnaire biographique de l'Internationale communiste qui, sous forme de cédérom, présente près de 800 biographies de kominterniens belges, français, luxembourgeois, suisses et de cadres de l'appareil central du Komintern.

Ce dictionnaire a été réalisé sous la direction de José Gotovitch (ULB Bruxelles) et Claude Pennetier (CNRS/Paris I, CHS), avec Sylvain Boulouque (France), Michel Dreyfus (France), Peter Huber (Suisse), Brigitte Studer (Suisse), Henri Wehenkel (Luxembourg), Serge Wolikow (France).


D'ailleurs le DVD inclut dans le livre, donne entre autre, les biographies des Kominterniens francophones...

Ci - joint un article sur cet ouvrage, qui a relevé des éléments intéressants...
 
« L’Internationale communiste, le rêve déchu du parti mondial de la révolution » de Serge Wolikow aux Editions de l’Atelier

http://gauche-unitaire.fr/2011/11/26/%c2%ab-linternationale-communiste-le-reve-dechu-du-parti-mondial-de-la-revolution-%c2%bb-de-serge-wolikow/

Une nouvelle histoire du Komintern (la « cominterne » pour Pierre Broué), augmentée d’un cederom biographique issu du centre Maitron, bénéficiant de l’ouverture (partielle) des archives moscovites. L’ouvrage est bien structuré, succédant aux travaux de Broué, plus loin de Pierre Franck. Pas de révélations fracassantes mais une démonstration bien étayée de la trajectoire de l’IC des premiers congrès (1919-1924) sous le signe de la révolution bolchévique et de « l’imminence de l’insurrection » en Europe à la dissolution de 1943 décidée par Staline seul et en catimini.

L’IC est née sous l’impulsion de Lénine et Trotsky, pour qui le prolongement naturel et impérieux d’octobre 17 sera la révolution en Allemagne (le coeur du prolétariat mondial!) : Liebknecht et Luxembourg viennent d’être assassinés par la soldatesque aux ordres des sociaux-démocrates, le spartakisme est écrasé mais déjà une république des conseils est proclamée à Münich, la Commune de Budapest la même année…La grande boucherie de 14-18 à peine achevée, tout semble annoncer un déferlement révolutionnaire : il est donc urgent de jeter les bases de la nouvelle internationale, purifiée de ses miasmes réformistes (les draconiennes 21 conditions d’adhésion rédigées notamment à l’intention du parti français soupçonné de mollesse) dont les sections nationales seront dénommées « communistes » afin de marquer la rupture du cordon ombilical avec la social-démocratie, héritière de la 2éme internationale sombrée dans l’union sacrée de la Grande Guerre.

Urgence de rompre l’isolement de la Russie soviétique, encore en guerre civile à l’orée de la décennie, saignée à blanc, dévastée, économiquement en ruine. Nulle notion plus étrangère à Lénine que celle du « socialisme dans un seul pays »! il s’agit de gagner du temps, la NEP est conçue dans cet esprit, et contribuer à l’essentiel : la propagation de la révolution en Europe, et singulièrement dans ses centres nerveux développés.

Les textes de ces 4 premiers congrès témoignent de cette fièvre utopiste, qui va être rapidement calmée par une suite de reculs souvent sanglants (Allemagne, Chine, Hongrie, Italie…), et une phase inattendue de relative stabilisation du capitalisme mondial. Du vivant de Lénine déjà un débat ardu sur le « front unique prolétarien » s’ouvre (Thèse sur la tactique), qui prend en compte la persistance d’une majorité réformiste dans la classe ouvrière occidentale, la faiblesse numérique et politique des jeunes PC, le poids des syndicats.

La conception qui prévaut (y-compris avant la rapide stalinisation) est celle d’une internationale « état-major » de la révolution mondiale et donc d’une discipline quasi-militaire calquée sur le modèle octobriste. Cet « internationalisme kominternien » rendra d’autant plus aisé le processus dit de « bolchévisation » qui débute dès 1925. De manière autoritaire, les différents partis sont sommés  de se mouler dans un « léninisme » inventé par Staline et ses adjoints et compris comme une sorte de doctrine omnisciente, incluant notamment le monolithisme idéologique et politique.

Pourtant,  jusqu’au début des années 30, Wolikow retrace la persistance des débats et des controverses, alimentés notamment par Boukharine ou l’économiste Varga. Puis c’est la glaciation totale, les procès de Moscou, la terrible répression de masse de 1936-1938. Celle-ci n’épargne pas le Kominitern et son appareil, qui est décimé, purgé notamment de ses cadres allemands, autrichiens, polonais, et bien sûr soviétiques. La génération d’Octobre, les contemporains de Lénine, est décapitée.  L’IC n’y survit pas, devenue dans les faits un pur et simple rouage de la diplomatie et de la politique d’Etat staliniennes. En 1943, Staline entend donner des gages à ses alliés anglo-américains, le Komintern est de ce point de vue un handicap, une survivance des « temps anciens ».

De fait, dès 1934 au moins, le tournant des « fronts populaires », testé grandeur nature par le PCF de Thorez, avait permis un relative mais réelle autonomisation nationale des PC (le national-communisme), encouragée par la direction de Moscou, dans la mesure où n’elle n’entrait pas en contradiction avec ses intérêts vitaux.

Pour autant, l’affaire du pacte germano-soviétique de 1939 montre a contrario la puissance des directives du « centre » (apaisement avec l’Allemagne nazie, définition du nouveau conflit mondial comme strictement inter-impérialiste) malgré l’impact dévastateur de ce Yalta avec Hitler sur le moral de milliers de militants communistes. De ce point de vue, l’attaque de l’URSS de juin 1941 constitue un soulagement providentiel pour les PC nationaux en Europe occupée, du reste bien des militants n’avaient pas  attendu pour entrer en résistance.

Wolikow s’attache à comprendre la mutation politique et idéologique des sections de l’IC et de ses dirigeants (tels Dimitrov, Togliatti…) autour du thème de la nation : on passe d’un internationalisme  quelque peu dogmatique à des épousailles avec le patriotisme, symbolisé par la conversion (étonnante à l’époque) au drapeau tricolore et à la Marseillaise en France.

DL
« Modifié: 27 février 2012 à 21:01:56 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
Saint Just

"Il n y a pas cinquante manières de combattre, il n' en y a qu'une c'est d"être vainqueur"
Malraux