Oui , Braudel est un monument , mais il faut se méfier quand même de l'influence très droitière du nationalisme français sur l'historien.
Là je viens enfin de trouver une carte de France du XIème siècle , mais pas terrible . Le domaine royal est en rouge et le grand territoire en jaune n'est que très abusivement appelé "fiefs mouvants de la couronne". C'est sans doute parce que des soudards de Charlemagne ou de Louis le Pieux ont pissé par là en passant pour marquer le territoire . Même la Bretagne apparaît dans ce jaune mouvant alors que Charles le Chauve alias Karl Glaber , ne s'en est approché deux fois que pour subir deux défaites sévères en 845 et 851. Il a même abandonné sur place ses insignes de la royauté en prenant la fuite au triple galop. Ses Francs de Francfort sur le Main , sa ville natale , étaient vite repérés avec leur style "danke schön - bitte schön" quand ils étaient polis ou "arbeit schnell " quand ils donnaient des ordres . Ils sont arrivés en 40 et ils ont pris la branlée en 45 . Je n'invente rien mais je devrais peut-être préciser 840 et 845 pour éviter certaines confusions chronologiques.
http://www.historel.net/moyenage/carte3.htmlL' Occitanie est bien sûr également dans ce jaune mouvant en raison des appétits territoriaux rétroactifs des nationalistes français et de leur influence sur les cartes virtuelles du web , mais on voit quand même que le royaume de France en rouge n'était pas bien gros au XIème siècle.
En fait ce que dit Braudel à propos de France du Nord ( au sens large) s'imposant de manière civilisationnelle à celle du sud est surtout quelque chose de récent et très approximatif . A notre époque , les responsables en tous genres qui prennent des décisions à Paris ont effectivement coutume de s'associer le concours de subordonnés des régions géographiquement proches de Paris et éventuellement d'un Lyonnais rapproché par le TGV. Ceux qui viennent de régions plus éloignées comme la Bretagne ou d'Occitanie , sont juste priés d'écouter si on leur demande de venir.
Autres remarques :
Non mon cher Wilhelm , le français n'a jamais été un dialecte de langue d'oïl . C'est avec regrets que les Francs établis à Paris ont fini par renoncer à leur langue germanique d'origine . Hugues Capet fut le premier roi de France à avoir besoin d'un interprète pour parler avec des Francs venus d'Austrasie . Lorsqu'ils se décidèrent à passer au latin , les rois Francs firent venir de Rôme leurs instructeurs pour la langue profane comme pour le latin . C'est la raison pour laquelle à ses débuts n'est rien d'autre que de l'italien voyellisé par l'accent germanique de ses nouveaux locuteurs francs et toutes les lettres se prononcent . C'est une novlangue qui s'étend vite et loin mais en milieux très restreint par la filiaire aristocratique . Les Francs d'Anjou , préfêts de Touraine , contribuent fortement à son implantation en Touraine où ils sont relayés par les clercs . Avec ces Foulques alias Plantagenêt , la cour de Londres , elle-même ne tarde pas à parler français et les bourgeois commencent à s'initier dans les villes de Bretagne pour baragouiner avec les ferrailleurs moyenâgeux de ces nouveaux conquérants . A Paris les Capet ne sont pas aussi entreprenant linguistiquement puisqu'au XIII ème siècle , les paysans d ' isle de France ne comprennent encore rien au français . C'est sa massification ultérieure au sein des populations de langues d'oïl qui va raboter l'accent italien et atténuer la voyellisation germanique sans transmettre pour autant au français ni l'accent ni la structure des langue d'oïl . Il s'imprègne seulement en partie de leur vocabulaire . Toutefois considérer le français comme une langue d'oïl est un abus coutumier qui sert à masquer les origines très particulières de la langue française . Elle contient aussi beaucoup de mot d'origine arabe mais on ne la considère pas pour autant comme une langue arabe .
Certains disent la langue d'oïl parce qu'il y a beaucoup de points communs entre les différents idiomes de langues d'oïl . On dit plutôt les langues d'oïl tout simplement parce que l'intercompréhension n'est pas possible . Le fait d'avoir été une langue beaucoup plus écrite au moyen-âge a sans doute contribué à une moindre différenciation dans la langue d'oc .
Le gallo est une langue d'oïl qui s'est partiellement formée sur un substrat partiel de langue d'oc . Cette particularité originelle concerne le Vannetais et le Nantais dont les campagnes sont essentiellement de langue gallèse mais avec une toponymie de langue d'oc avec des terminaisons en ac comme dans Muzillac , Avessac , Comblessac ( ille et vilaine) , Asserac ...etc . Lorsque les Vannetais et les Nantais attribuent très abusivement cette toponymie en ac à des Bretons insulaires , il est amusant de répondre que ces Bretons insulaires sont allés jusqu'à Cognac et Bergerac pour y boire de bons coups . Mais l'histoire donne l'explication . Le Vannetais et le Nantais faisaient partie de la grande Aquitaine avant la formation des deuxième et troisième lyonnaises par Dioclétien vers l'an 300 . La deuxième , c'était l' Armorique du Nord , la future Normandie ( capitale Rouen ) . La troisième Lyonnaise , c'était l'Armorique du sud ( capitale Rennes , la ville rouge ) . Dioclétien y a fait entrer les ex-Aquitains Vénètes ( vannetais ) et Namnètes ( Nantais ) sur l'Atlantique . La Touraine , l'Anjou et le Maine sont les démembrements ultérieurs par les Francs de cette troisième lyonnaise antique dont l'actuelle Bretagne est la partie résiduelle , le réduit celto-romain occidental déterminé à résister à travers les siècles à tous les envahisseurs germaniques : Saxons , Wisigoths , Francs et autres équipes . Le pays fut appelé Romania par ses légions d'irréductibles romains mais les Francs préféraient l'appeler Bretagne pour faire croire à la fable d'une invasion bretonne insulaire qui n'a jamais eu lieu . C'est dans l'autre sens que s'est faite la conquête , de l'Armorique vers la Bretagne insulaire , à l'époque romaine comme à l'époque celtique antérieure. Les saints Bretons venus de Bretagne insulaire étaient des disciples de Germain d'Auxerre rentrant au bercail dans leur bases armoricaines . Ils avaient d'ailleurs la romanité militante , mais la romanité ce n'était pas l'éradication de la langue celtique parlée par le grand nombre des paysan . Les grands aristocrates celto-romains étaient certes des latinistes distingués mais parfaitement bilingue . C'est vrai qu'au sud de la Loire la romanisation linguistique était plus avancée . D'ailleurs nous avons une bafouille du fameux Sidoine Apollinaire , évêque arverne de Clermons et gendre de l'empereur romain arverne Avitus , dans laquelle il nous apprend vers 470 , que la noblesse arverne vient de prendre la décision de renoncer à sa langue ancienne , ce dont il se félicite .
En Romanie ( Bretagne ) , il y a vers l'an mille une mosaïque linguistique . Dans la localité lambda les autorités sont favorables au maintien de la langue ancienne qui a accédé comme le latin aux honneurs de l'écriture alors elle se maintient et la messe se dit en langue celtique .
Dans la localité gamma voisine les autorités optent pour la messe en latin et les paysans de langue celtique en s'initiant à leur manière inventent la langue gallèse , langue romane d' oïl .
Il y a entre oc et oïl une différence majeure , qui s'explique très certainement par la différence de degré d'implantation du latin au moment ou s'opère sa massification à l'église . Les langues d'oïl sont assurément des langues romanes même si elle conservent un peu de vocabulaire celtique , mais leurs accents viennent de la langue celtique antérieure .
En Bretagne les deux langues sont bien sûrs très différentes même si parfois des Parisiens d'origine bretonne ont tendance à faire des mélanges entre la romane et la celtique , mais quand on écoute des enregistrements ont s'apperçoit que la rythmique et la musique des deux langues sont profondément apparentés .
Ce sont les évêques francs qui ont exigé le remplacement de l'appellation Romania par Britania pour désigner la péninsule en raison du maintien partiel de la langue celtique comme en Bretagne insulaire alors qu'ailleurs sur le continent la messe en latin et la volonté des Francs d'éradiquer cette langue paysanne que leurs clercs latinisés ne comprenaient pas , avaient quasiment éliminé la langue celtique . Le pouvoir religieux des Francs sur la Bretagne est une plaie du moyen-âge . En effet , l'Archevêché de Tours , c'est la troisième Lyonnaise dans son intégralité , mais c'est à Tours sous contrôle des comtes francs d'Anjou et
Préfêts de Touraine que réside la pouvoir religieux dominant .
L'appellation Romania était l' appellation politique du dernier bastion romain continental en occident affilié à Constantinople qui parlait surtout le grec et respectait la diversité linguistique . L' église de Rôme et de Tours ont faussement considéré l"'appellation Romania de la péninsule comme une appellation linguistique mensongère en exigeant impérativement son remplacement par Britannia
Le roi Salomon ( Salaün en celtique à prononcer "Salain" ) a bien envoyé au pape sa statue grandeur nature en or massif comme cadeau pour faire homologuer l' archevêché de Dol de Bretagne , mais sans succès . En 1096 , le duc Alain Fergeant ( Alan Fergant ) très malade a cédé au pape qui menaçait la population rennaise d'excomunication si elle continuait à refuser de recevoir l'évêque angevin Marbode . Cà durait depuis sa nomination à Rennes par l' archevêché de Tours trois ans plus tôt , en 1093 , à la mort de Sylvestre , le dernier évêque indigène déjà viré par le concile de Poitiers en 1078 mais demeuré néanmoins dans ses fonctions à Rennes jusqu'à sa mort en 1093. La montée en puissance des comte francs d'Anjou avait commencé et devint de plus en plus forte , d'abord au service du papisme contre l'orthodoxie armoricaine puis pour son propre compte . En 1173 , Henri II Plantagenêt s'empara militairement de la péninsule après l'avoir mis à feu et à sang dans une très sauvage guerre de conquête . Rennes fut quasiment détruite et Alet temporairement rayée de la carte . Imposant d'autorité son fils Geoffroy comme duc fantoche , Henri II Plantagenêt , le fit quand même sacrée à Rennes , la ville ducale . Toutefois le Geoffroy décida de crécher à Nantes , ville bretonne mais plus ou moins sous contrôle angevin depuis l'élimination du Breitland viking de 931 à 939. La seconde fois que le Geoffroy Plantagenêt vint à Rennes , en 1182 , il brûla la ville parce qu'elle lui résistait , bien sûr . Elle allait bien sûr renaître de ses cendres et ce jour là sans en avoir conscience , les Plantagenêt ont perdu la Bretagne armoricaine . Ils furent bientôt contraint de céder la place de duc de Bretagne à un capétien , Pierre Mauclerc , lequel vint comme duc tout-à-fait indépendant du roi de France Philippe Auguste , bien que natif de Dreux et de la famille Capet quand même . Forcément comme tous les Francs , il préféra s'installer à Nantes que de venir crécher à Rennes , la capitale bretonne . Il y avait à l'époque deux partis en Bretagne . Le partis angevin puis anglais était celui des "collabos" . Allié des Capet , parce qu'il fallait bien trouver des alliés , le parti français était celui de la résistance . M'enfin l'acceptation d'un duc de la famille Capet ne fut pas sans graves inconvénients comme l'envoi d'un contingent de Bretons dirigés par Juhel III de Mayenne dans l'équipée de Simon de Montfort contre le comté de Toulouse . Ils ont du voir des horreurs guerrières là -bas puisqu'à peine arrivés ils firent demi-tour et rentrèrent en Bretagne . Juhel III qui était baron de Mayenne et Sénéchal de Bretagne rentra bien sûr dans sa ville de Mayenne dans le Bas-Maine et l'actuel département Mayenne qui n'est pas en Bretagne . A l'époque ducale , c'était différent , le Bas-Maine avait certains liens avec le Maine Manceau ( Sarthe) et davantage avec la Bretagne à laquelle il était lié d'évidence par sa haute aristocratie , assurément bretonne . Le Bas-Maine a aussi des liens plus populaires avec la Bretagne , puisque sa langue des campagnes n'est pas celle de la Sarthe , mais la langue gallèse , la langue de Haute-Bretagne . Néanmoins les liens anciens avec la Bretagne se sont beaucoup atténués étant donné que depuis des siècles les habitants y apprennent qu'une frontière bien gardée les séparait des Bretons depuis la nuit des temps . En réalité cette supposée frontière n'a jamais existé contrairement à celle qui se creuse depuis quelques décennies , celle des Pays de Loire .