Auteur Sujet: problématique : Occitanisme et socialisme  (Lu 3907 fois)

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Re : problématique : Occitanisme et socialisme
« Réponse #30 le: 11 août 2011 à 16:27:14 »
Oui , Braudel est un monument , mais il faut se méfier quand même de l'influence très droitière du nationalisme français sur l'historien.

Là je viens enfin de trouver une carte de France du XIème siècle , mais pas terrible  . Le domaine royal est en rouge et le grand territoire en jaune n'est que très abusivement appelé "fiefs mouvants de la couronne". C'est sans doute parce que des soudards de Charlemagne ou de Louis le Pieux ont pissé par là en passant pour marquer le territoire . Même la Bretagne apparaît dans ce jaune mouvant alors que Charles le Chauve alias Karl Glaber , ne s'en est approché deux fois que pour subir deux défaites sévères en 845 et 851. Il a même abandonné sur place ses insignes de la royauté en prenant la fuite au triple galop. Ses Francs de Francfort sur le Main , sa ville natale , étaient vite repérés avec leur style "danke schön - bitte schön" quand ils étaient polis ou "arbeit schnell " quand ils donnaient des ordres . Ils sont arrivés en 40 et ils ont pris la branlée en 45 . Je n'invente rien mais je devrais peut-être préciser 840 et 845 pour éviter certaines confusions chronologiques.

http://www.historel.net/moyenage/carte3.html

L' Occitanie est bien sûr également dans ce jaune mouvant en raison des appétits territoriaux rétroactifs des nationalistes français et de leur influence sur les cartes virtuelles du web , mais on voit quand même que le royaume de France en rouge n'était pas bien gros au XIème siècle.

En fait ce que dit Braudel à propos de France du Nord ( au sens large) s'imposant de manière civilisationnelle à celle du sud est surtout quelque chose de récent et très approximatif . A notre époque , les responsables en tous genres qui prennent des décisions à Paris ont effectivement coutume de s'associer le concours de subordonnés des régions géographiquement proches de Paris et éventuellement d'un Lyonnais rapproché par le TGV. Ceux qui viennent de régions plus éloignées comme la Bretagne ou d'Occitanie , sont juste priés d'écouter si on leur demande de venir.

Autres remarques :


Non mon cher Wilhelm  , le français n'a jamais été un dialecte de langue d'oïl . C'est avec regrets que les Francs établis à Paris ont fini par renoncer à leur langue germanique d'origine . Hugues Capet fut le premier roi de France à avoir besoin d'un interprète pour parler avec des Francs venus d'Austrasie . Lorsqu'ils se décidèrent à passer au latin , les rois Francs firent venir de Rôme leurs instructeurs pour la langue profane comme pour le latin . C'est la raison pour laquelle à ses débuts n'est rien d'autre que de l'italien voyellisé par l'accent germanique de ses nouveaux locuteurs francs et toutes les lettres se prononcent . C'est une novlangue qui s'étend vite et loin mais en milieux très restreint par la filiaire aristocratique . Les Francs d'Anjou , préfêts de Touraine , contribuent fortement à son implantation en Touraine où ils sont relayés par les clercs . Avec ces Foulques alias Plantagenêt , la cour de Londres , elle-même ne tarde pas à parler français et les bourgeois commencent à s'initier dans les villes de Bretagne pour baragouiner avec les ferrailleurs moyenâgeux de ces nouveaux conquérants . A Paris les Capet ne sont pas aussi entreprenant linguistiquement puisqu'au XIII ème siècle , les paysans d ' isle de France ne comprennent encore rien au français . C'est sa massification ultérieure au sein des populations de langues d'oïl qui va raboter l'accent italien et atténuer la voyellisation germanique sans transmettre pour autant au français ni l'accent ni la structure des langue d'oïl . Il s'imprègne seulement en partie de leur vocabulaire . Toutefois considérer le français comme une langue d'oïl est un abus coutumier qui sert à masquer les origines très particulières de la langue française . Elle contient aussi beaucoup de mot d'origine arabe mais on ne la considère pas pour autant comme une langue arabe .

Certains disent la langue d'oïl parce qu'il y a beaucoup de points communs entre les différents idiomes de langues d'oïl . On dit plutôt les langues d'oïl tout simplement parce que l'intercompréhension n'est pas possible . Le fait d'avoir été une langue beaucoup plus écrite au moyen-âge a sans doute contribué à une moindre différenciation dans la langue d'oc .
Le gallo est une langue d'oïl qui s'est partiellement  formée sur un substrat partiel de langue d'oc . Cette particularité originelle  concerne le Vannetais et le Nantais dont les campagnes sont essentiellement de langue gallèse  mais avec une toponymie de langue d'oc avec des terminaisons en ac comme dans Muzillac , Avessac , Comblessac ( ille et vilaine) , Asserac ...etc . Lorsque les Vannetais et les Nantais attribuent très abusivement cette toponymie en ac à des Bretons insulaires , il est amusant de répondre que ces Bretons insulaires sont allés jusqu'à Cognac et Bergerac pour y boire de bons coups . Mais l'histoire donne l'explication . Le Vannetais et le Nantais faisaient partie de la grande Aquitaine avant la formation des deuxième et troisième lyonnaises par Dioclétien vers l'an 300 . La deuxième , c'était                l' Armorique du Nord , la future Normandie ( capitale Rouen ) . La troisième Lyonnaise , c'était l'Armorique du sud ( capitale Rennes , la ville rouge  ) . Dioclétien y a fait entrer les ex-Aquitains Vénètes ( vannetais ) et Namnètes ( Nantais ) sur l'Atlantique . La Touraine , l'Anjou et le Maine sont les démembrements ultérieurs par les Francs de cette troisième lyonnaise antique dont l'actuelle Bretagne est la partie résiduelle , le réduit celto-romain occidental  déterminé à résister à travers les siècles à tous les envahisseurs germaniques : Saxons , Wisigoths , Francs et autres équipes . Le pays fut appelé Romania par ses légions d'irréductibles romains mais les Francs préféraient l'appeler Bretagne pour faire croire à la fable d'une invasion bretonne insulaire qui n'a jamais eu lieu . C'est dans l'autre sens que s'est faite la conquête , de l'Armorique vers la Bretagne insulaire , à l'époque romaine comme à l'époque celtique antérieure. Les saints Bretons  venus de Bretagne insulaire étaient des disciples de Germain d'Auxerre rentrant au bercail dans leur bases armoricaines . Ils avaient d'ailleurs la romanité militante , mais la romanité ce n'était pas l'éradication de la langue celtique parlée par le grand nombre des paysan . Les grands aristocrates celto-romains étaient certes des latinistes distingués mais parfaitement bilingue . C'est vrai qu'au sud de la Loire la romanisation linguistique était plus avancée . D'ailleurs nous avons une bafouille du fameux Sidoine Apollinaire , évêque arverne de Clermons et gendre de l'empereur romain arverne Avitus , dans laquelle il nous apprend vers 470 , que la noblesse arverne vient de prendre la décision de renoncer à sa langue ancienne , ce dont il se félicite .

En Romanie ( Bretagne ) , il y a vers l'an mille une mosaïque linguistique . Dans la localité lambda les autorités sont favorables au maintien de la langue ancienne qui a accédé comme le latin aux honneurs de l'écriture alors elle se maintient et la messe se dit en langue celtique .
Dans la localité gamma voisine les autorités optent pour la messe en latin et les paysans de langue celtique en s'initiant à leur manière inventent la  langue gallèse , langue romane  d' oïl .
Il y a entre oc et oïl une différence majeure , qui s'explique très certainement par la différence de degré d'implantation du latin au moment ou s'opère sa massification à l'église . Les langues d'oïl sont assurément des langues romanes même si elle conservent un peu de vocabulaire celtique , mais leurs accents viennent de la langue celtique antérieure .
En Bretagne les deux langues sont bien sûrs très différentes même si parfois des Parisiens d'origine bretonne ont tendance à faire des mélanges entre la romane et la celtique , mais quand on écoute des enregistrements ont s'apperçoit que la rythmique et la musique des deux langues sont profondément apparentés .

Ce sont les évêques francs qui ont exigé le remplacement  de l'appellation Romania par Britania pour désigner la péninsule en raison du maintien partiel de la langue celtique comme en Bretagne insulaire alors qu'ailleurs sur le continent la messe en latin et la volonté des Francs d'éradiquer cette langue paysanne que leurs clercs latinisés ne comprenaient pas , avaient quasiment éliminé la langue celtique . Le pouvoir religieux des Francs sur la Bretagne est une plaie du moyen-âge . En effet , l'Archevêché de Tours , c'est la troisième Lyonnaise dans son intégralité , mais c'est à Tours sous contrôle des comtes francs d'Anjou et
 Préfêts de Touraine que réside la pouvoir religieux dominant .

L'appellation Romania était  l' appellation politique du dernier bastion romain continental en occident affilié à Constantinople qui parlait surtout le grec et respectait la diversité linguistique . L' église de Rôme et de Tours ont faussement considéré l"'appellation Romania de la péninsule  comme une appellation linguistique mensongère en exigeant impérativement son remplacement par Britannia

Le roi Salomon ( Salaün en celtique à prononcer "Salain"  ) a bien envoyé au pape sa statue grandeur nature en or massif comme cadeau pour faire homologuer l' archevêché de Dol de Bretagne , mais sans succès . En 1096 , le duc Alain Fergeant ( Alan Fergant ) très malade a cédé au pape qui menaçait la population rennaise d'excomunication si elle continuait à refuser de recevoir l'évêque angevin Marbode . Cà durait depuis sa nomination à Rennes par l' archevêché de Tours trois ans plus tôt , en 1093 , à la mort de Sylvestre , le dernier évêque indigène déjà viré par le concile de Poitiers en 1078 mais demeuré néanmoins dans ses fonctions à Rennes jusqu'à sa mort en 1093. La montée en puissance des comte francs d'Anjou avait commencé et devint de plus en plus forte , d'abord au service du papisme contre l'orthodoxie armoricaine puis pour son propre compte . En 1173 , Henri II Plantagenêt s'empara militairement de la péninsule après l'avoir mis à feu et à sang dans une très sauvage guerre de conquête . Rennes fut quasiment détruite et Alet temporairement rayée de la carte . Imposant d'autorité son fils Geoffroy comme duc fantoche , Henri II Plantagenêt , le fit quand même sacrée à Rennes , la ville ducale . Toutefois le Geoffroy décida de crécher à Nantes , ville bretonne mais plus ou moins sous contrôle angevin depuis l'élimination du Breitland viking de 931 à 939. La seconde fois que le Geoffroy Plantagenêt vint à Rennes , en 1182 , il brûla la ville parce qu'elle  lui résistait , bien sûr . Elle allait bien sûr renaître de ses cendres et ce jour là  sans en avoir conscience , les Plantagenêt ont perdu la Bretagne armoricaine . Ils furent bientôt contraint  de céder la place de duc de Bretagne  à un capétien , Pierre Mauclerc , lequel vint comme duc tout-à-fait indépendant du roi de France Philippe Auguste , bien que natif de Dreux et de la famille Capet quand même . Forcément comme tous les Francs , il préféra s'installer à Nantes que de venir crécher à Rennes , la capitale bretonne . Il y avait à l'époque deux partis en Bretagne . Le partis angevin puis anglais était celui des "collabos" . Allié des Capet , parce qu'il fallait bien trouver des alliés , le parti français était celui de la résistance . M'enfin l'acceptation d'un duc de la famille Capet ne fut pas sans graves inconvénients comme l'envoi d'un contingent de Bretons dirigés par Juhel III de Mayenne dans l'équipée de Simon de Montfort contre le comté de Toulouse . Ils ont du voir des horreurs guerrières là -bas puisqu'à peine arrivés ils firent demi-tour et rentrèrent en Bretagne . Juhel III qui était baron de Mayenne et Sénéchal de Bretagne rentra bien sûr dans sa ville de Mayenne dans le Bas-Maine et l'actuel département Mayenne qui n'est pas en Bretagne . A l'époque ducale , c'était différent , le Bas-Maine avait certains liens avec le Maine Manceau ( Sarthe) et davantage avec la Bretagne à laquelle il était lié d'évidence par sa haute aristocratie , assurément bretonne . Le Bas-Maine a aussi des liens plus populaires avec la Bretagne , puisque sa langue des campagnes n'est pas celle de la Sarthe , mais la langue gallèse , la langue de Haute-Bretagne . Néanmoins les liens anciens avec la Bretagne se sont beaucoup atténués étant donné que depuis des siècles les habitants y apprennent qu'une frontière bien gardée les séparait des Bretons depuis la nuit des temps . En réalité cette supposée frontière n'a jamais existé  contrairement à celle qui se creuse depuis quelques décennies , celle des Pays de Loire .
« Modifié: 11 août 2011 à 17:05:50 par Conan »

Hors ligne W catharos

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Re : Re : problématique : Occitanisme et socialisme
« Réponse #31 le: 11 août 2011 à 17:08:25 »
Salut camarades,

Bonjour Nicolas

En tant que Breton je suis pour l'entente entre Belges Wallons et Flamands . La Bretagne a certes une histoire différente mais c'est aussi une région multilingue .

Puisque tu parles de la cause arménienne , c'est sûr qu'il y a eu génocide , mais pas un génocide semblable à la Shoah . C'est dans un contexte précis , la montée des nationalismes et la grande boucherie de 14-18 qui a broyé le peuple arménien . Avec les Arméniens  d'Erevan  alliés des Russes contre la Turquie , ceux d'Erzurum sont devenus des traîtres en puissances aux yeux du pouvoir jeune turc dont la paranoïa l'a conduit jusqu'à l'horreur génocidaire de décider leur élimination . Mustapha Kemal ne fut pas personnellement impliqué mais si on regardait de près tous ceux qui l'ont rallié on trouverait sûrement des coupables historiques du génocide . Il en est hélas résulté une haine tenace de la diapora arménienne vis-à-vis des Turcs , qui n'aide pas à leur faire accepter la responsabilité du pouvoir jeune turc dans ce génocide .

Les Turcs font la sourde oreille et continuent à opprimer le peuple kurde , pourtant ce sont des gens tout-à-fait fréquentables et absolument pas les barbares dont parlent des Arméniens vengeurs . Attention , il y a une paranoïa turque , justifiée hélas , puisqu'à l'issue de 14-18 , les alliés favorables aux Grecs décidèrent purement et simplement d'éliminer la nation turque en même temps que l'empire turc . S'ils ont changé d'avis , c'est parce que l'occident n'était pas prêt à mourir pour aller donner satisfaction à certains vengeurs , face à la résistance d'Atatürk . C'est vrai que sans elle , la Turquie n'existerait plus , c'est pourquoi les Turcs ne comprendront jamais certaines choses par la menace .

Puisqu'il était aussi question du génocide arménien, juste un petit rappel car sur le forum le sujet fut évoqué, je redonne le fil.

http://www.lariposte.com/forum/histoire/95-eme-anniversaire-du-genocide-armenien/msg6751/#msg6751

Nicolas tu dis :

"Par rapport au Catharisme, je me demande derrière toutes les inventions colportées contre lui par l'Eglise catholique et le roi de France, s'il n'était pas en fin de compte une forme de "Théologie de la libération" avant la lettre.
Je ne suis pas sûr en effet que les Cathares voulaient créer une nouvelle église mais juste réformer en profondeur la romaine".


Les cathares, qui s'appelaient eux - même les bonshommes, étaient très antipapistes, contre les superstitions, l'idôlatrerie des saints, le culte de la vierge Marie, les reliques, pour le retour aux premiers temps du christianisme, les évangiles, avec un dogme parfois très divergent du Catholicisme, mais ils ont aussi construit leur propre Eglise, avec des évêques, une contre - Eglise avec sa hiérarchie...

D'ailleurs la liquidation du clergé cathare était le début de la fin, car sans le consolamentum, (le seul sacrement) des parfait(e)s (les seuls autorisés à donner le sacrement) au croyants, c'était le refus de la vie éternelle...

Contre les dîmes, le pouvoir de l'Eglise et des Princes, il y a effectivement quelque chose de la théorie de la libération, sans vouloir faire d'anachronisme...

Le vrai problème des cathares à côté des problème sociaux qu'ils ont suscité, c'était surtout le salut de l'âme des chrétiens à une époque où l'Eglise Catholique descriditée ne semblait pas être digne de foi...

Le paradoxe chez les cathares, c'est qu'il existe des côtés totalement révolutionnaires mais aussi des aspects réactionnaires dans la doctrine, c'est assez étonnant...

Salutations communistes
W catharos

PS : merci Conan des informations ci - dessus, post 30 du fil...
« Modifié: 11 août 2011 à 20:34:12 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
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"Il n y a pas cinquante manières de combattre, il n' en y a qu'une c'est d"être vainqueur"
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Re : problématique : Occitanisme et socialisme
« Réponse #32 le: 13 août 2011 à 23:21:23 »
Salut camarades,

Je voulais rajouter que sur le bilingüisme, il y a un point et un argument majeur, il vaut pour l'occitan comme toutes les autres langues, apprises assez tôt, le bilingüisme est total, cela est une réussite intellectuelle, una capitada, à voir ce reportage sur les écoles bilingues, escolas bilingüas occitana - francésa...  ;)

J'apprends deux langues, apreni doas lengas...

http://vimeo.com/12093356

De còr e d'òc
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« Modifié: 13 août 2011 à 23:27:51 par W catharos »
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Re : Re : Re : problématique : Occitanisme et socialisme
« Réponse #33 le: 16 août 2011 à 15:57:32 »
Le paradoxe chez les cathares, c'est qu'il existe des côtés totalement révolutionnaires mais aussi des aspects réactionnaires dans la doctrine, c'est assez étonnant...

Salutations communistes
W catharos

Oui, notamment leur rejet de la chair, de la matière vues comme des incarnations du "Mal"...
Même s'il semble que l'Eglise romaine ait fortement exagéré leurs influences, c'est peut-être une des sources que le catharisme a eu du manichéisme.
J'ai lu aussi qu'il y avait eu des cathares...du Nord  :)

Hors ligne W catharos

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"Gardarèm lo Larzac" !
« Réponse #34 le: 23 novembre 2011 à 12:38:13 »
Salut camarades,

Des luttes du Larzac des années 70, contre l'expropriation par les militaires, des paysans, l'immense solidarité, beaucoup a été écrit, mais ce fut aussi une lutte occitane, dimension qu'il ne faudrait pas oublier, déjà dans le cri de guerre de l'époque "Gardarèm lo Larzac" ! nous garderons le Larzac.

De cette luttes plusieurs enseignements pourraient être tenus, et dans les discours certains orateurs qui s'exclamaient, "Qu'en gardant lo Larzac, gardarèm l'Occitània"...

En tous cas, ce documentaire, "Tous au Larzac", Film documentaire français de Christian Rouaud, va mériter que l'on y jette un coup d'oeil, parce que les luttes du Larzac, elles ne sont pas si éloignées que cela, des problématiques d'aujourd'hui, à voir celles des "indignés" qui émergent...


"Contre l'armée et l'état colonial, nous garderons le Larzac".

"Tous au Larzac" : le jour où les Causses devinrent terre de révolte
Le Monde, le 22.11.11

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/11/22/tous-au-larzac-le-jour-ou-les-causses-devinrent-terre-de-revolte_1607515_3476.html


Affiche du film documentaire "Tous au Larzac !


Une image du film documentaire français de Christian Rouaud, "Tous au Larzac".

Qu'évoque aujourd'hui le Larzac pour les moins de 30 ans ? Les forts en géographie diront un plateau calcaire datant de l'ère jurassique, situé dans l'Aveyron et constituant le parc naturel régional des Grands Causses. Les plus sensibles aux débats écologico-politiques évoqueront la polémique autour des gaz de schiste ou se souviendront qu'en 2003 le plateau accueillit quelque 300 000 visiteurs pour une vaste réunion altermondialiste destinée à débattre du libéralisme économique. Mais combien, parmi eux, pourraient citer l'une des plus longues, opiniâtres et enthousiasmantes batailles politiques menées en France dans le sillage de Mai 68, depuis ce bout de territoire transformé, durant onze ans, en bastion irrédentiste ?
Tous au Larzac, du documentariste Christian Rouaud, vient à point pour édifier les plus jeunes générations et rafraîchir la mémoire des anciennes, en commémorant comme il se doit ce sanctuaire de l'utopie réalisée, qu'on eut vite fait de réduire au pittoresque patoisant du slogan "Gardarem lo Larzac".

L'affaire se noue en octobre 1970, lorsque est divulgué le projet d'extension du camp militaire du Larzac, construit en 1902 et installé sur la commune de La Cavalerie sur une superficie confortable de 3 000 hectares. Cet agrandissement prévoit pourtant de porter sa surface à 17 000 hectares et d'empiéter sur douze communes environnantes. Le projet se heurte d'emblée à une levée de boucliers de la part des paysans de la région, qu'ils soient natifs de cette terre ou nouveaux arrivants débarqués du rêve alternatif.

Dépeuplé des deux tiers de sa population depuis un siècle, le Larzac recommence, en effet, à se densifier à partir de 1968. La première manifestation a lieu le 9 mai 1971 et rassemble 1 500 personnes qui partent de Millau à pied pour rejoindre La Cavalerie. C'est la première manche d'une titanesque guerre d'usure entre les citoyens et l'Etat.

La nature originale de cette lutte, qui préfigure le vaste mouvement des "indignés" contemporains, est arrêtée dès le début du mouvement et ne variera pas : elle est non violente, locale et solidaire. Ce dernier point n'est pas le moindre, eu égard à l'hétérogénéité des opposants, autochtones et "émigrés", grands et petits propriétaires, paysans et gauchistes, parvenant à maintenir l'unité démocratique du mouvement. Ce qui change, en revanche, avec le temps, c'est la dimension de la lutte.

A mesure que l'Etat démontre son intransigeance et fait monter la tension, la cause est rejointe à la fois par des activistes de tous bords et par un réel mouvement de sympathie nationale. Des comités Larzac sont créés partout en France, on renvoie ses bulletins militaires à tour de bras. Mais c'est une lutte serrée, où l'on se rend coup pour coup.

A la déclaration d'utilité publique de l'extension en 1972 répondent des convois de brebis et de tracteurs campant sous la tour Eiffel, ainsi que la construction d'une gigantesque bergerie sur un des sites visés par l'extension. Les paysans fondent aussi un Groupe foncier agricole destiné à acheter les terres convoitées par l'armée. Une ferme acquise par l'armée en 1974 est immédiatement reconquise, pacifiquement, par les paysans qui en délogent les troufions. Une autre ferme, "rebelle" celle-ci, est dynamitée un an plus tard, l'enquête concluant à un non-lieu.

En 1976, un commando de paysans organise un raid pour voler les plans d'expropriation au sein même du camp militaire : ils sont jetés en prison. En 1978, les ordonnances d'expropriation tombent : une marche sur Paris est aussitôt organisée, accueillie par 80 000 personnes. On pourrait continuer longtemps cette énumération, s'agissant d'une guérilla pacifique, mais non moins efficace, qui aura duré onze années et à laquelle seule l'élection de François Mitterrand en 1981 va mettre un terme définitif, avec l'abandon du projet d'extension. Mais il importe aussi de souligner la manière par laquelle ce récit nous est transmis. Celle-ci mêle la contemplation du rude paysage aveyronnais à diverses archives d'époque, tout en réservant la part belle au témoignage rétrospectif des seuls acteurs de la révolte. Ce canevas classique, deux éléments lui donnent une forte valeur ajoutée.

C'est d'abord la forte personnalité des témoins, qui allie la simplicité à la modestie, l'humour à la détermination, la générosité au courage. Des gens qu'on aimerait avoir comme voisins, en temps ordinaire comme en cas de pépin. Ils se nomment Léon Maille (autochtone au verbe fleuri, ex-militaire horrifié par les chevelus de Mai 68), Marizette Tarlier (femme de l'ex-leader du mouvement, un couple de colons reconverti à l'agriculture), Michel Courtin (un Provençal qui fait son service au Larzac et passe de l'autre côté), Pierre Bonnefous (un curé malicieux qui arrondit les angles de la lutte), José Bové (qui rejoint à l'époque la cause en tant que militant libertaire), entre autres.

Le second élément déterminant de la réussite du film est le talent de Christian Rouaud, d'abord pour faire parler ces gens, mais plus encore pour transformer au montage cette parole collective en un art du récit d'une fluidité et d'une tension captivantes.

Il démontre à ce titre la même qualité que dans son film précédent, Les Lip, l'imagination au pouvoir (2007), également consacré à une lutte exemplaire des années 1970. La joyeuse intelligence de ces deux films consiste à montrer en quoi consiste cette exemplarité.

Indignation populaire contre l'injustice plutôt que dogmatisme doctrinaire, spontanéité éruptive et enracinement social de la lutte plutôt qu'action militante. Victoire enfin, éphémère chez les Lip, durable au Larzac, du droit du peuple à disposer de lui-même lorsque l'Etat, favorisant les intérêts qui l'oppressent et le dépouillent, trahit sa légitimité. Est-il utile de préciser la retentissante actualité de ces luttes ?


Et oui, juste un petit point et bémole, lorsqu'on peut lire dans cet article :

(...) l'utopie réalisée, qu'on eut vite fait de réduire au pittoresque patoisant du slogan "Gardarem lo Larzac".

Evidemment, on fera pas ce genre de réduction, mais le fameux pittoresque et terme pâtoisant utilisé ici, et pourquoi pas le cliché touristique qui va avec, l'auteur de ce billet n'a pas tout compris, ni d'une culture, ni d'une langue occitane, qui vu de Paris semble si pittoresque avec ses paysans obstinés, ses tracteurs, ses brebis et ses cailloux du Causse !

Fraïralament,
W catharos
« Modifié: 23 novembre 2011 à 12:57:37 par W catharos »
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Re : problématique : Occitanisme et socialisme
« Réponse #35 le: 24 novembre 2011 à 00:27:18 »

Il faut écouter çà

I Ghjuvannali : 4 min 14"  par Canta i populu corsu

On dit que ce sont les Cathares Corses , mais c'est leur massacre qui les rend frères des Cathares . En fait , il s'agit de Franciscains dissidents.

C'est superbe .

http://www.musictory.fr/musique/Canta+U+Populu+Corsu/I+Ghjuvannali

Le chanteur s'est tué en bagnole il y a sept ou huit ans . Sa caisse a descendu la montagne sans se tenir et fini sa course dans un ravin.
« Modifié: 24 novembre 2011 à 00:29:38 par Conan »

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Re : problématique : Occitanisme et socialisme
« Réponse #36 le: 20 décembre 2011 à 13:25:47 »
Salut camarades,

Petit retour sur Gardarèm lo Larzac et le documentairte "Tous au Larzac", pour parler de Léon Maillé, l'indigné du Larzac, qui jamais n'a cessé de lutter...

Léon, l’indigné du Larzac, par Olivier Schlama
Le 20/12/2011, article publié par le Midi Libre...

http://www.midilibre.fr/2011/12/20/leon-l-indigne-du-plateau,433190.php


Léon, à l’arbre “V “de la victoire... Aujourd’hui, il sillonne la France pour transmettre son goût de la justice. (SYLVIE CAMBON)

Léon Maillé, agriculteur, fils de toutes les luttes qui animent le territoire, joue son propre rôle dans le documentaire “Tous au Larzac”, actuellement sur les écrans.

Le Larzac a eu mille et une vies. Léon Maillé, agriculteur touche-à-tout, aussi, dont évidemment celle de la guérilla pacifique contre l’extension du camp militaire, en 1971. Lui-même ancien sous-officier, le vivifiant Léon a paraphé le victorieux serment des 103 paysans contre leur expropriation. Des brebis contre des fusils. L’homme ordinaire renferme un ferment extraordinaire.


"Avant, je vivais en Normandie et j’étais de droite. Maintenant, je suis du Sud et de gauche", formule avec humour ce truculent gaillard de 67 ans aux airs de Jean-Pierre Marielle. "C’est un mec rare, curieux de tout", disent Florian et Marlène Orange qui ont repris une partie de son exploitation. Au café La Perle, à Millau, QG des militants de tous bords, le patron, Bernard Delon, ajoute : "Léon, c’est un gentil. Viscéralement. L’incarnation du bon sens, un militant festif qui a toujours un mot pour rire."

Paris en tracteur

"On est un peu les indignés de l’époque mais on ne s’en rendait pas compte", avoue Léon Maillé, devant un cliché, punaisé chez lui, à Potensac, où il est immortalisé avec Stéphane Hessel. "À chaque débat qui suit la projection, on nous demande si on a une recette. Eh bien non, on a fait ce qu’on a pu. Ce qu’on a cru juste. Pie XII disait : “Il ne faut pas avoir peur” ; Mitterrand : “Là où il y a la volonté, il y a le chemin”. C’est ce qu’on a fait", dit Léon, l’un des neuf “héros” du film Tous au Larzac, à l’affiche. Dans le sillage de l’enthousiasme utopique des années 60, de nombreux groupes - "du maoïste au défenseur d’orchidées sauvages" - ont rejoint la lutte.

Jusqu’aux altermondialistes et antigaz de schiste. Ce mouvement, il le filme y compris quand la révolte prend des allures d’un Woodstock générationnel, avec des rassemblements inimaginables de 70 000 personnes ! L’attachement de ces irréductibles à ce Causse les pousse même à rejoindre Paris en... tracteur.

Léon a gardé son Ford bleu de 1972. "C’est simple, dit-il gaiement, notre rythme était de 150 kilomètres en... 6 heures." Sa famille a souffert de son absence militante et "la vie de couple en a pris un coup", souffle Léon. Même si la lutte était exaltante et que tout le monde contribuait à faire bouillir la marmite et s’occupait du champ voisin, comme l’authentifie l’un de ses fils, Franck, 35 ans, qui a repris l’autre partie de la ferme.

"On est nature. On n’a pas peur de dire ce que l’on pense"

Suivront l’affaire du démontage du McDo de Millau, en 1999, de la lutte anti-OGM, etc. Léon Maillé est fils de toutes les luttes. Deux fois embastillé, toujours libre-penseur. "On est nature. On n’a pas peur de dire ce que l’on pense. On a même manifesté contre des flics trop cow-boys !" L’enseignement de cette époque ? L’idée que l’on peut prendre son avenir en main dans ce sanctuaire : "Le Larzac est bien vivant.

Le désert rural a reculé : la population agricole a doublé. Avant, tout le monde donnait son lait à Roquefort. Aujourd’hui, on varie les productions : chèvres, vaches, et même de la bière, sans oublier le pastis des Homs ou le whisky des Causses (presque d’Écosse) !" Sous la bannière du pittoresque Gardarem lo Larzac, sont nés la Confédération paysanne, les marchés de pays, etc. "Les utopies de l’époque sont devenues les réalités d’aujourd’hui : le bio, la médaille de l’Unesco..." Sans oublier la gestion collective du foncier.

Verbe rocailleux, Léon Maillé ajoute : "On ose affirmer des points de vue différents. Ce qui s’use si l’on ne s’en sert pas." Il regorge d’anecdotes : "Quand le corbillard de notre leader, Guy Tarlier, est passé, les gendarmes faisaient le garde à vous alors que, vivant, ils le détestaient !" "Faites labour, pas la guerre", proclame le film. Léon, l’érudit paysan, a d’autres idéaux.

"Un déplacement de Sarkozy coûte 300 000 €. Dans le même temps, on veut pister les mères seules pour voir si elles ne trichent pas sur leur statut de parent isolé..." Avec ses deux mallettes de granules, il défend, content de son effet, l’homéopathie pour animaux, médecine alternative. "Certains me rétorqueront : c’est un placebo. Pour les humains, c’est possible. Mais les brebis n’en savent rien et ça marche !"


Par contre, l'homéopathie pour animaux, médecine alternative, il n' a jamais eu peur de rien, Léon Maillé...

Fraïralament,
W catharos
« Modifié: 20 décembre 2011 à 13:32:17 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
Saint Just

"Il n y a pas cinquante manières de combattre, il n' en y a qu'une c'est d"être vainqueur"
Malraux