Principes directeurs de l’organisation
1. L’époque historique où les luttes de libération nationale pouvaient représenter un élément de progrès dans le monde capitaliste s’est terminée avec la Première Guerre impérialiste en 1914. Le caractère global du capitalisme à l’époque impérialiste signifiat que l’apparente diversité des formations sociales dans le monde n’était pas le reflet d’une variété de divers modes de production. Ainsi, il n’y a pas lieu que le prolétariat adopte des stratégies d’action révolutionnaire distinctes dans les différentes parties du globe. Le travail de Marx avait déjà établi la distinction entre le mode de production et les formations sociales qui lui correspondent plus ou moins. L’expérience historique de la société de classe confirme que différentes formations sociales, produits de différentes histoires, peuvent exister sous le mode de production capitaliste mais qu’elles sont néanmoins toutes dominées par l’impérialisme, qui profite des différences nationales, ethniques, et culturelles pour maintenir sa propre existence. Tout comme les couches sociales et les traditions varient dans diverses régions et pays, les formes de domination politique de la bourgeoisie varient aussi. Cependant, dans tous les cas, le vrai pouvoir qu’elles représentent est toujours le même: le capitalisme. L’idée que la question nationale reste ouverte dans certaines régions du monde, et qu’en conséquence le prolétariat peut reléguer sa propre stratégie et ses tactiques à l’arrière-plan au profit d’une alliance avec la bourgeoisie nationale (ou pire avec l’un des fronts impérialistes), doit être absolument rejetée. C’est seulement lorsque le prolétariat s’unira pour défendre ses propres intérêts de classe que la base de toute oppression nationale sera ébranlée. Les organisations révolutionnaires rejettent toutes les tentatives qui nuisent à la solidarité de classe provenant des idéologies de séparation raciale ou culturelle.
2. La nature universelle de la domination capitaliste exige une stratégie révolutionnaire universelle. La révolution prolétarienne et l’établissement de la dictature du prolétariat devront être les objectifs premiers du parti communiste dans chaque pays. Des différences dans des situations spécifiques, ou plus précisément la diversité des formes sociales et politiques de la domination bourgeoise à travers le monde, nécessitent diverses approches tactiques. Néanmoins, les tactiques de l’organisation internationale du prolétariat seront toujours définies sur la base de son programme révolutionnaire universel. Il y a longtemps que l’époque des luttes démocratiques a pris fin, et elles ne peuvent se répéter dans la présente époque impérialiste. Même si des revendications pour certaines libertés élémentaires peuvent être incluses dans l’agitation révolutionnaire, les tactiques du parti communiste visent le renversement de l’État et l’établissement de la dictature du prolétariat.
Les communistes n’entretiennent pas l’illusion sur le fait que la liberté des travailleurs et des travailleuses peut être gagnée par l’élection d’une majorité au Parlement. En premier lieu, c’est une illusion de “crétinisme parlementaire” (Marx) que de croire que la classe dominante nous observerait pacifiquement alors que nous légiférerions le socialisme. La démocratie parlementaire n’est que le camouflage qui masque la dictature de la bourgeoisie. Les vrais organes de pouvoir dans une société démocratique bourgeoise se retrouvent à l’extérieur du Parlement dans la bureaucratie d’État, les forces de sécurité et les détenteurs des moyens de production. Le Parlement est utile à la bourgeoisie parce qu’il donne l’illusion aux travailleurs et aux travailleuses de décider qui les gouvernera. C’est pourquoi les révolutionnaires s’opposent aux élections parlementaires et incitent les travailleurs et les travailleuses à se battre sur leur propre terrain de classe. C’est au parti révolutionnaire de démontrer que ce n’est que par la destruction du capitalisme, et de ses organes d’État, qu’il est possible à la classe ouvrière d’assurer l’entière liberté d’expression et d’organisation.
3. Les syndicats sont apparus en tant que négociateurs des termes de la vente de la force de travail des prolétaires. Ils sont les organes de médiation entre le capital et le travail. Ils ne sont pas, et n’ont jamais été, des instruments utiles pour le renversement de l’État bourgeois. À l’époque impérialiste, les syndicats, sans égard à leur composition sociale, sont des organisations qui travaillent à la préservation du capitalisme, tout particulièrement dans les moments cruciaux où celui-ci est menacé. Il découle de cela qu’il est impossible pour les révolutionnaires de conquérir les syndicats ou les transformer en organes de la révolution. Partout, la révolution prolétarienne devra combattre les syndicats car ils seront des bastions de la contre-révolution.
L’expérience de la dernière vague révolutionnaire, et de la contre-révolution qui l’a suivie, a rendu absolument clair aux marxistes révolutionnaires que le syndicat n’est pas, ni ne peut devenir, l’organe de lutte de masse dans lequel la minorité politique de la classe (le parti) travaille à transmettre son programme et ses slogans à la classe dans son ensemble. De tels organes de masse, que la théorie marxiste a traditionnellement vu comme étant à la fois des organes de lutte et de pouvoir, apparaissent dans des situations de développement de la lutte des classes. Historiquement, ils sont apparus sous la forme de communes ou de soviets (conseils). De la même façon dont les communistes ne peuvent atteindre une position de direction politique que lors de situations exceptionnelles, les organes de masse que crée la classe ouvrière, et qui rendent la direction communiste possible, n’apparaissent qu’au cours de périodes de montée des luttes. Cependant, hors de ces situations, le parti doit faire avancer son travail de direction politique et de développement de l’avant-garde de la classe. Le devoir permanent des communistes est de participer aux luttes ouvrières, de les stimuler et d’indiquer le chemin à suivre. La possibilité d’un développement favorable des luttes hors du niveau immédiat duquel elles ont surgi, jusqu’à l’arène plus large de la lutte politique contre le capital, dépend de la présence active des communistes sur les lieux de travail. C’est l’objectif de l’organisation communiste d’organiser les travailleurs conscients dans les lieux de travail, non pas en vue d’une activité syndicale, mais en tant que lien direct entre le parti et la grande masse de la classe ouvrière.
4. Le processus révolutionnaire qui commença en Russie par la victoire d’Octobre fut interrompu quand l’État russe se replia sur lui-même en défense de ses fondements économiques capitalistes. Ce fut le résultat de l’isolement de la Russie soviétique, et de la défaite des vagues de luttes prolétariennes dans les principaux pays européens. Cette expérience a démontré de façon définitive aux marxistes que le socialisme dans un seul pays est une impossibilité. Aucun État socialiste ou révolutionnaire ne peut exister à l’extérieur d’un processus révolutionnaire international réel. Cela ne veut pas dire que lorsqu’une insurrection prolétarienne a triomphé dans un pays en particulier, elle ne puisse pas exprimer un véritable pouvoir prolétarien. Cela veut dire cependant, qu’à moins que des mouvements révolutionnaires ne triomphent ailleurs, et ouvrent la possibilité concrète d’entreprendre la construction de nouvelles relations sociales, il sera impossible pour ce pouvoir naissant de se maintenir.
5. Dans la seconde moitié des années 20, l’Internationale Communiste était désormais complètement dominée par le Parti russe, et de ce fait n’était plus un outil utile pour la poursuite des besoins stratégiques et tactiques de la classe ouvrière internationale. Ce qui restait du potentiel de révolution en Europe et en Chine était miné par les politiques du Komintern, maintenant entièrement soumis aux besoins de survie de l’État russe. En URSS même, l’interruption du processus révolutionnaire mena à la consolidation d’une dictature anti-ouvrière sous Staline basée sur des rapports sociaux capitalistes. Le développement d’un tel régime dans un pays aussi vaste que l’URSS signifia sa réémergence en tant que puissance impérialiste. C’est avec cette caractéristique que l’État stalinien et les divers partis nationaux communistes participèrent d’abord à la guerre en Espagne, puis à la Seconde Guerre mondiale. Après la Seconde Guerre mondiale, l’impérialisme russe s’empara des pays d’Europe de l’Est qui adoptèrent alors le modèle stalinien du capitalisme d’État. La faillite de la perestroïka, et l’écroulement de ce bloc, ne furent pas le signal que l’ “État ouvrier” avait finalement complété sa dégénérescence, mais la preuve de la profondeur de la crise capitaliste dans la plus faible des “superpuissances”.
6. En Chine, à travers un parcours différent, on aboutit au même résultat, c’est-à-dire à un capitalisme d’État qui est encore aujourd’hui en train de chercher son rôle au sein du système impérialiste international. La différence essentielle dans l’histoire chinoise est qu’elle n’a jamais connu de révolution prolétarienne similaire à l’Octobre russe de 1917. L’histoire du présent régime chinois débute par la défaite tragique du mouvement prolétarien de Canton et de Shanghai en 1927. Elle fut suivie d’une guerre nationale conduite par un bloc de classes dans laquelle la paysannerie servit de troupes de choc. Elle se termina par l’établissement d’un régime sous les auspices staliniens, et fondé sur le même genre de rapports capitalistes d’État hautement centralisés. Ce régime, qui rompit avec la sphère d’influence russe dans les années 60, sous la bannière du néo-stalinisme, se retrouva orienté vers les États-Unis dans les années 70. Mais ces revirements, apparemment contradictoires, étaient le résultat de tentatives pour maintenir le contrôle de l’économie et pour encourager l’accumulation du capital. La Chine n’a jamais été une puissance prolétarienne, et l’idéologie du maoïsme n’était rien de plus qu’un moyen pour embrigader les masses afin qu’elles sacrifient leurs intérêts au bénéfice du capital national.
7. Les points précédents démontrent qu’il est grand temps de travailler activement à la construction du parti révolutionnaire international: le Parti International du Prolétariat. La tâche de combattre l’assujettissement politique du prolétariat aux forces de la réaction et de la guerre doit être développée aussi effectivement que les maigres forces des révolutionnaires le permettent, ce qui exige leur organisation et leur centralisation à l’échelle internationale. Le processus par lequel il y a passage des luttes fragmentaires actuelles des forces révolutionnaires éparpillées à travers le monde, aux affrontements politiques et militaires de demain du parti révolutionnaire international, exige le maximum d’efforts de la part des communistes pour assurer l’homogénéisation et l’organisation de nouveaux cadres. La formation du Parti International du Prolétariat passera par la dissolution des diverses organisations “nationales” qui ont œuvré ensemble et qui sont en accord avec la plateforme et le programme de la révolution. Le Bureau International Pour le Parti a comme objectif d’être le centre de coordination et d’unification de ces organisations. Ses statuts fourniront la base pour l’homogénéisation organisationnelle qui, éventuellement, résultera de la dissolution des organisations affiliées et leur centralisation dans une structure véritablement révolutionnaire. Alors, le Bureau aura accompli la tâche qu’il s’était fixée.