Extrait de CPFC n°12 (février 2008), bulletin du Comité Communiste Internationaliste (Trotskyste)
Bonne lecture
Editorial :
LA CRISE DU CAPITALISME
ET LE COMBAT DE LA CLASSE OUVRIERE
DE LA CRISE IMMOBILIERE AMERICAINE…
1005,37 €, c’est le montant du SMIC mensuel net.
340 milliards d’euros, c’est le montant des fonds mobilisés pour le seul mois de décembre 2007 par la Banque Centrale Européenne pour venir en aide aux banques européennes, et non des moindres, mouillées jusqu’au cou dans la crise des « subprimes » et leur éviter un brutal effondrement. La même Banque centrale qui par ailleurs exhorte les gouvernements européens à ne pas céder aux revendications salariales pour éviter l’inflation !
A l’origine de cette crise, des banques, des fonds spéculatifs et autres investisseurs, qui se sont enrichis pendant des années sur le dos des ménages américains, contraints de contracter des emprunts hypothécaires pour acheter leur logement. En clair la banque conservait la propriété du logement tant qu’ils n’avaient pas remboursé l’intégralité de l’emprunt et des intérêts. La hausse du marché immobilier semblait leur garantir de devenir propriétaire au bout du compte d’un bien qui aurait acquis une valeur bien supérieure aux sommes qu’ils auraient déboursées. Elle leur permettait même, sur cette valeur attendue, de contracter de nouveaux crédits et ainsi de suite…
Miracle de la bulle, tant qu’elle monte, pour le plus grand bien de la consommation intérieure, miracle de la croissance, miracle pour la Bourse où les actions s’envolent. D’autant que, par un autre miracle, les emprunts contractés par les ménages ont eux-même été transformés illico par les banques en instruments de placements spéculatifs qu’elles ont échangés, vendus et rachetés non seulement aux USA mais au plan international, dont les cours n’ont cessé eux aussi de grimper avec la bulle et qui leur ont servi de base pour souscrire d’autres placements toujours plus mirobolants.
Mais le conte de fées se termine en queue de poisson : une part croissante des ménages américains ne parvient plus à faire face aux échéances, la bulle immobilière se dégonfle, les banques se retrouvent avec des créances insolvables. Après avoir impitoyablement chassé les occupants, elles récupèrent maisons et logements. Mais leur valeur réelle s’est soudain effondrée. Et tout ce merveilleux système menace de s’écrouler comme un château de cartes. D’où l’empressement des banques centrales américaine, canadienne, anglaise, européenne, à injecter milliards sur milliards pour sauver les banques. Pas leurs victimes qui sont, au sens propre, sans valeur et sans intérêt.
… A LA CRISE DE TOUT LE SYSTEME CAPITALISTE,
La crise des subprimes qui s’est répandue comme une traînée de poudre dans le système bancaire mondial n’est qu’une des parties émergées de l’iceberg de la crise générale du mode de production capitaliste à son stade pourrissant.
Elle se combine avec d’autres contradictions tout aussi explosives comme l’ampleur des déficits commerciaux américains, la chute du dollar, la hausse du prix du pétrole, l’inflation etc... Fondamentalement, l’origine de cette crise générale réside dans l’incapacité du capitalisme à réinvestir l’essentiel des capitaux dans des investissements productifs qui lui garantissent un taux de profit satisfaisant, le marché n’étant pas extensible à l’infini et la concurrence entre les bourgeoisies toujours plus exacerbée. D’où cette fuite en avant d’une masse croissante de capitaux dans une spéculation effrénée, dans un parasitisme financier gigantesque fondé sur le développement du crédit à tout va, et qui n’est, n’en déplaise aux économistes bien pensants, ni un dérèglement passager ni l’excès d’un capitalisme financier opposé à un capitalisme vertueux.
C’est au contraire l’aboutissement inévitable de toute la logique inhérente au système. A nouveau se dresse le spectre d’un krach financier et boursier, d’une récession aux USA entraînant les autres économies capitalistes. Un signe ne trompe pas : l’or, comme dernière valeur refuge, monte en flèche !
... ET A LA GUERRE CONTRE TOUTES LES CATEGORIES EXPLOITEES,
S’il n’y avait dans cette perspective que la ruine attendue d’un certain nombre de capitalistes, banquiers et autres affairistes, celleci ne nous tirerait pas une larme. Mais c’est aux salariés, à la jeunesse, à la majorité de la population que le capitalisme entend faire payer d’abord les sacrifices pour tenter d’échapper à la crise et au final la note de la crise. Que les capitalistes et leurs gouvernements mettent toute leur énergie à baisser les salaires, à augmenter le temps de travail, à liquider les droits sociaux n’a donc rien d’étonnant.
Mais dans ces conditions d’évidence, que les dirigeants qui se réclament du mouvement ouvrier, de la défense des salariés, jurent leur foi éternelle dans l’économie de marché, euphémisme pour ne pas dire le capitalisme, et prétendent qu’il est possible que patrons et ouvriers, bras dessus bras dessous, puissent y trouver leur compte grâce à de « bons accords », grâce à des réformes visant à une meilleure répartition des richesses, c’est se moquer du monde.
Les capitalistes ne partageront rien et la crise qui s’annonce va décupler leur férocité. En fait cet alignement de plus en plus ouvert sur les vertus supposées du capitalisme que la réalité dément chaque jour un peu plus les conduit à accompagner toutes les attaques contre les salariés, quand ils ne les mettent pas en place eux-mêmes lorsqu’ils gouvernent.
… MENEE EN FRANCE PAR LE GOUVERNEMENT SARKOZY
Sarkozy, le Président autoproclamé du pouvoir d’achat n’en peut mais. Il avait bien déclaré que, s’il le fallait, il irait chercher la croissance, mais le commerce extérieur de la France en novembre fait un plongeon historique. Les projections de croissance pour 2008 se rétrécissent à mesure que tombent les mauvaises nouvelles de la crise économique mondiale. L’inflation a atteint, officiellement, 2,6% en 2007, beaucoup plus qu’attendu. « Sur le pouvoir d’achat, qu’est que vous voulez que je fasse ? Les caisses sont vides et je ne peux pas demander aux entreprises d’augmenter les salaires alors que je n’ai pas d’ordre à leur donner ».
Si les caisses de l’Etat ne sont pas vides au point d’interdire pour Sarkozy lui-même une substantielle augmentation de salaire, elles le sont effectivement pour rattraper les salaires des fonctionnaires, faire face aux dépenses nécessaires des services publics, créer les postes et bien d’autres choses. Car c’est dans la nature d’un état bourgeois que d’aider sa bourgeoisie et c’est par dizaines et dizaines de milliards que les exonérations de charges et les cadeaux fiscaux aux entreprises vident les caisses pour qu’elles puissent soutenir la concurrence.
Quant aux ordres, c’est évidemment les entreprises qui les donnent au gouvernement de la bourgeoisie et c’est Sarkozy et son gouvernement qui mettent en musique les exigences du patronat.
Mais sa force principale ne vient pas de sa détermination sans faille à servir les intérêts des capitalistes. Elle ne vient pas de son assise politique dans le pays, assise qui s’effrite au contraire chaque jour un peu plus. Elle ne vient ni d’une apathie ni d’une résignation des salariés et de la jeunesse, comme l’ont encore montré les mobilisations d’octobre et novembre 2007.
La force de Sarkozy n’a qu’une origine : le refus des dirigeants du PS, du PCF, des dirigeants syndicaux d’ouvrir une perspective gouvernementale, d’appeler à la mobilisation générale pour chasser Sarkozy, pour un gouvernement des travailleurs avec leurs organisations qui s’attaque au capitalisme, seul moyen de satisfaire toutes les revendications.
SEPTEMBRE-NOVEMBRE 2007 :
LA SOUMISSION SERVILE DES DIRIGEANTS DES ORGANISATIONS OUVRIERES
Quelle force irrésistible aurait eu en novembre dernier un appel uni de toutes les organisations ouvrières à la grève générale pour chasser Sarkozy ! Mais au contraire, PS et PCF, respectueux de la légitimité du gouvernement et au fond respectueux du capitalisme « indépassable » n’offrent d’autres perspectives, pour le PS que de préparer 2012 tout en approuvant par exemple dans son principe la liquidation des régimes spéciaux, et pour le PCF d’appeler aux luttes tous azimuts, mais sans centralisation contre le gouvernement et en évitant ainsi tout débouché politique.
La LCR, LO et bien d’autres groupes se réclamant de l’anticapitalisme, de la révolution, n’ont pas combattu davantage sur les mots d’ordre : « Pour chasser Sarkozy, Unité pour la grève générale, Pour un gouvernement des travailleurs et de leurs organisations », jugeant que, si les grévistes et les manifestants ne le disaient pas spontanément eux-mêmes, cette perspective ne pouvait pas être « imposée » à la conscience des travailleurs et des jeunes.
Sarkozy s’appuie tout autant sur les dirigeants syndicaux : négociez la liquidation des régimes spéciaux, négociez les attaques contre le CDI, négociez la rupture du contrat de travail à l’amiable, négociez la liquidation des statuts de la fonction publique, la privatisation du déchargement dans les ports, négociez toutes les attaques, et si vous ne parvenez pas à un accord avec le gouvernement ou le patronat, alors je légifèrerai. En quelque sorte: ou vous acceptez vous mêmes de faire le sale boulot, ou je le ferai moi-même. Rien n’oblige les dirigeants syndicaux à pareil choix, rien sinon leur refus obstiné de rompre avec le gouvernement et d’en appeler à le renverser, ce qui ouvrirait la voie à la révolution dont ils ne veulent pas. Ils s’en vont donc comme à Canossa négocier l’inacceptable, légitimant ainsi le « dialogue social » indispensable à Sarkozy en se prévalant d’avoir pu au moins arracher quelques misérables concessions présentées comme de grandes avancées, en contrepartie d’un épouvantable recul.
Peu importe d’ailleurs à Sarkozy que tous les dirigeants syndicaux ne signent pas au bout du compte. C’est précisément l’acceptation par tous de ce cadre pourri qui permet ensuite à certains de signer les accords à moindre risque, tandis que d’autres se refont une virginité à bon compte en s’y refusant. L’essentiel est que tous se prêtent à cette mascarade sans laquelle le lien entre eux et le gouvernement serait rompu et l’affrontement général créerait des conditions beaucoup plus difficiles pour celuici.
Il suffit de rappeler comment, faute d’un « dialogue social » dont le gouvernement avait cru alors imprudemment pouvoir se passer, l’unité syndicale et la mobilisation sur l’exigence du retrait pur et simple du CPE l’avaient emporté.
ET MAINTENANT ? DE NOUVEAUX AFFRONTEMENTS INEVITABLES
La classe ouvrière a encaissé une défaite sur les régimes spéciaux. La grève de la SNCF et de la RATP a été liquidée par l’accord donné par la direction de la CGT à des négociations séparées entreprises par entreprises sur les bases du gouvernement, en même temps la recherche de la convergence des grèves et des luttes dans le « Tous ensemble », dans la grève générale contre Sarkozy et ses réformes, a été contenu et bloqué par les appareils. Sarkozy a donc pu annoncer l’accélération et l’amplification des attaques contre les travailleurs et les jeunes.
La classe ouvrière et la jeunesse ont besoin de digérer cette défaite. Mais le soutien à peine déguisé des dirigeants du mouvement ouvrier à Sarkozy et sa politique a laissé des traces et entraîne une opposition grandissante des travailleurs et des jeunes, y compris dans les syndicats, opposition qui cherche à s’organiser.
De nouveaux affrontements sont inévitables.
Les préparer en rassemblant une avant-garde sur des mots d'ordre clairs avec la perspective nettement affichée de donner aux combats l’objectif d’abattre Sarkozy, de renverser son gouvernement et de le remplacer par un gouvernement des travailleurs avec leurs organisations, pour s’attaquer au capitalisme, voilà l’orientation que propose le CCI(T), voilà l’orientation pour construire un Parti Révolutionnaire.
Le 17 janvier 2008.
En complément à l’éditorial :
14 JANVIER : LA TOURMENTE S’AGGRAVE
DE L’AMERIQUE A L’EUROPE
Depuis que cet éditorial a été écrit, la crise boursière a connu une brutale accélération avec la chute des cours sur toutes les places financières mondiales à partir du lundi 14 janvier. Bush a immédiatement annoncé un plan de soutien à l’économie américaine de 140 milliards de dollars, mais la chute des cours s’est poursuivie. La Banque fédérale américaine a alors annoncé la baisse record de 0,75% de son taux directeur pour permettre aux banques de se refinancer à moindre coût. D’un commun accord entre républicains et démocrates, le plan de Bush a été porté à 150 milliards de dollars.
Bien que cela ait permis de stopper momentanément la dégringolade boursière, ce remède de cheval est pire que le mal : cette injection massive de liquidités supplémentaires aggrave inévitablement les déficits, pousse l’inflation, générera de nouvelles bulles et accentuera la baisse du dollar.
Contradictoirement, la Banque centrale européenne n’a pas baissé son taux directeur, ce qui ne peut que renforcer l’euro par rapport au dollar, au grand dam du gouvernement français et de tous les défenseurs, certes de sensibilités diverses, du capitalisme français. La raison en est simple. Le capitalisme allemand dominant les autres bourgeoisies européennes, c’est lui qui donne le la à la Banque centrale européenne soi-disant indépendante. Or, compte tenu de sa place sur le marché mondial, le capitalisme allemand redoute plus encore aujourd’hui la poussée de l’inflation qu’aurait générée la baisse des taux que la perte de compétitivité liée à la dépréciation du dollar par rapport à l’euro.
Mais pas plus que la nouvelle fuite en avant de la Banque centrale américaine, l’orthodoxie de la Banque centrale européenne ne constitue une solution durable. Sur la mer démontée, les bourgeoisies parent au plus pressé, ouvrant ici une nouvelle voie d’eau pour en boucher une autre là.
LE BIENHEUREUX SARKOZY RIDICULISE PAR LA SOCIETE GENERALE
Pourtant Sarkozy s’en va répétant que l’économie française sera moins touchée, que ses bases sont saines, que son système bancaire est solide, et à sa suite tous ses ministres récitent la même chose comme des ravis de la crèche.
En réalité, la bourgeoisie française n’a pas de vaccin contre la crise. Sa place d’impérialisme de troisième ordre la rend même plus fragile. De plus le capitalisme français est tout aussi gangrené que les autres. L’affaire de la Société Générale jette un démenti cinglant aux discours lénifiants du gouvernement. Derrière la version laissant croire à l’action incontrôlée d’un seul trader ayant pété les plombs, ce sont bien au total 5 milliards d’euros plus 2 autres milliards de pertes reconnues « officiellement » qui sont partis en fumée dans des opérations spéculatives qui ont explosé en vol dans la crise. Ce qui implique d’ailleurs, pour générer de telles pertes, que des dizaines et des dizaines de milliards d’euros aient été mobilisés, par des montages divers, dans ce genre de placements.
Après la Société Générale, qui d’autre ? Pour les salariés qui sont les clients obligés des banques et à qui celles-ci ne passent rien, voilà qui jette une lumière crue sur la réalité du capitalisme à son stade pourrissant où domine le capital financier. Et qui donne tout son sens à l’exigence de l’expropriation des banques et des fonds des capitalistes, à la création d’une seule banque publique sous le contrôle des travailleurs, qui soit au service des salariés comme des artisans ou petits paysans et non aux mains des exploiteurs et des spéculateurs.
Ce qui implique, répétonsle, de combattre pour un gouvernement des travailleurs et de leurs organisations, pour en finir avec le capitalisme.
Le 28 janvier 2008.