Pour information, ci-dessous l'interview d'une lycéenne lors des manifestations anti-cpe à toulouse.
Le texte suivant est l’interview d’une lycéenne Toulousaine engagé dans le mouvement contre la loi sur l’égalité des chances. Il ne s’agit pas d’une militante politique aguerrie mais d’une simple lycéenne qui s’est engagé dans le conflit quand celui-ci a pris une forme plus radicale avec le blocage des lycées.
A ce titre ce texte montre bien comment se produit la prise de conscience chez ces populations jeunes, ainsi que l’apprentissage de la lutte … et de ses dangers.
Afin de préserver son anonymat, nous l’appellerons « X ».
La Riposte :
Bonjour X, tu es lycéenne, dans quelle classe de quel lycée es-tu?
X :
Alors oui je suis lycéenne en classe de 1èreS au lycée St Sernin (à Toulouse).
Le lycée St Sernin est un lycée public du centre-ville toulousain, un lycée plutôt « privilégié ».
La Riposte :
Depuis quand êtes vous en lutte ?
X :
Alors le lycée St Sernin a vraiment commencer à se mobiliser quand on l’a bloqué le lundi 27 mars, il y a 2 semaines.
Je n'était pas vraiment au courant de la mobilisation depuis le début, c'est grâce au blocus que je me suis vraiment informé et donc mobilisé.
La Riposte :
Quelles étaient vos revendications à ce moment.
X :
Et bien dès le départ on voulait le retrait de la loi sur l’égalité des chances et non pas seulement du CPE.
La Riposte :
Quelles formes a pris votre action ?
X :
Bon alors l'action consistait en un blocage du lycée avec des assemblées générales tous les jours à 10h, où l’on débattait de certains points et où l’on votait la poursuite ou non du blocus ainsi que ses modalités, c'est à dire pour un blocus filtrant ou non pour les prof, les étudiants en prépa, etc.
On y discutait aussi des manifestations qui ont eut lieu pour les personnes mobilisées.
La Riposte :
Y'a t'il un mouvement des professeurs et du personnel parallèlement au votre, si oui êtes-vous en lien avec eux?
X :
Les professeur ont également des AG, certains nous soutiennent, d'autre non, comme cela se passe au niveau des élèves. Au niveau de l'administration je crois qu'elle ne nous soutient pas mais je n’ai pas de certitude !
En fait, je ne suis pas trop au courant en ce qui concerne le mouvement chez les professeur...
La Riposte :
Dans les AG auxquelles tu participent, y'a t'il prise de parole de syndicats ou de partis politique, lesquels et que disent-ils ?
X :
Bon alors les gens ne précisent pas s'ils font parti d'un syndicat, en général il y a des interventions principalement des élèves de St Sernin et quelques-unes de gens des autre lycées ou universités, il est possible que certaines personne soient syndiquées mais il n'y a pas de personnes se revendiquant d'un parti, pas à ce que je sache!
La Riposte :
Vous avez donc des liens avec le mouvement dans les autres lycées et universités, prenez-vous des décisions en commun ou vous informez-vous juste des décisions prisent en AG.
X :
Donc oui nous avons des liens avec les autres lycées et universités, des gens viennent aider au blocus ou inversement, on s'informe des décisions qu'ils ont prise et donc organisons des actions en commun comme jeudi a la gare par exemple !
La Riposte :
On y vient, hormis les blocus et barrage filtrant, quels autre types d'actions avez-vous engagé ?
X :
Quelques distributions de tracts pour informer de ce qu'il se passe ou de ce qui est prévu.
L'information sur ce qu'il se passe au niveau des décisions prisent par les syndicats, gouvernement... est transmise surtout aux AG pour les gens qui viennent au lycée du moins.
La Riposte :
A quelles autre types d'actions avez-vous participé, l'occupation de la gare Matabiau est-elle un cas unique ?
X :
Non, en effet nous avons participé à d'autres actions, comme pour le barrage d'Airbus, l'occupation de la gare Matabiau n'est donc pas un cas unique, et d'autres blocages économiques sont prévus.
La Riposte :
Tu peux m'en faire une petite liste ?
X :
L'occupation de la gare, l'occupation de l'inspection académique à la cité administrative, et le blocage d'Airbus sont les 3 actions où je suis sur que des lycéens de St Sernin ont participé, pour les autres comme le blocage de la Semvat et de la poste je ne sais pas si des lycéens étaient présent.
Un blocage économique a eut lieu ce matin mais je ne sais pas de quoi il s'agit.
La Semvat est l’entreprise privée qui gère le réseau de transport en commun (bus et métro) de l’agglomération Toulousaine.
La Riposte :
Je crois savoir que le blocage de la gare Matabiau ne s'est pas très bien passé, peux-tu nous raconter comment s'est décidé se blocage et comment il a commencé ?
X :
Bon alors en fait la décision de faire une action a été prise en AG, cependant comme il était question d’une action surprise, même nous participants ne savions pas tous ce que nous allions faire. On est donc parti en direction de la gare on s'est assis pendant 2min dans la rue et on est tous parti faubourg Bonnefoy, la police était déjà présente dans la rue puisqu'on était nombreux, ensuite nous sommes allés sur les rails!
La Riposte :
Il n'y avais que des lycéens de votre lycée ?
X :
Non d'autre lycées se sont joint a nous mais je ne sais pas lesquels, Lautrec sûrement, cependant des facs nous ont rejoint 20minutes après (toujours pareil je ne peut pas dire de nom).
La Riposte :
As-tu une idée du nombre que vous étiez ?
X :
Non pas exactement, 300 environ peut être plus, difficile a dire.
La Riposte :
Avez vous été soutenu par le personnel de la gare, de ce que tu en sais du moins ?
X :
Pas à ce que je saches non, je sais qu'on a appeler les cheminots mais je n’ai pas constaté de soutiens, non.
La Riposte :
Combien de temps cela a t'il duré et que s'est il passé ensuite ?
X :
Et bien nous sommes arrivés, pendant 20min nous sommes restés, ensuite des facs nous ont rejoint et peut être 1h après les CRS nous ont encerclé (ils étaient autour depuis le début), nous lancions des slogans pacifique mais pourtant très vite les CRS nous ont compressé, nous étions donc tous serrés les uns aux autres sans pouvoir pour autant partir vu la situation.
Donc après avoir presque atteint l'étouffement un espace s'est dégagé et nous avons pu tenter une sortie, il n'y a eut aucune violence de la part des étudiant, aucune résistance! Après 10min de balancement les uns aux autre on a pu plus ou moins évacuer sous les coups des CRS et de personnes armées de matraques mais pas en costume (je ne sais pas trop qui ils étaient).
La Riposte :
Il s’agit probablement de la BAC, Brigade Anti-Criminalité, qui n’ont à priori rien à faire sur des manifestations d’étudiants, mais que l’on retrouve souvent sur des actions musclés, des sortes de CRS en civil, beaucoup plus autonomes.
X :
Beaucoup de blessés quelques-uns gravement, et d'autre interpellés sans raison apparente! Ca criait de tous les côtés, les gens perdaient leurs chaussures aussi vu l'emplacement assez dangereux ... enfin jusqu'au dernier il non pas hésiter a taper a plusieurs c'était donc très choquant, dangereux , horrifiant, tous ce que tu veux ... et donc après avoir été évacué nous sommes restés peut-être une demi-heure sur le côté a retrouver nos esprits, et nous sommes aller au commissariat général, pour qu'ils libèrent les interpellés.
La Riposte :
As-tu toi-même été malmené ?
X :
Non je n'ai pas été malmené mais j'ai eu beaucoup de chance par rapport à certains et ce n'est pas passé bien loin d'ailleurs certaines amies non pas eu ma chance!
Enfin c'était la cohues et la confusion totale alors que nous étions vraiment pacifique jusqu'au bout les force de l'ordre n'ont pas hésité a battre les personnes.
La Riposte :
Connais tu des gens qui ont été blessé, quelle est la gravité de leur blessures ?
X :
Oui des amies de St Sernin ont pris des coups de matraque au tibia et dans les côtes, elles s'en sortent avec de gros bleus.
La Riposte :
Rien de pire à ta connaissance ?
X :
Et bien non mais les personnes emmener aux urgences sont passées sous nos yeux la figure en sang .
La Riposte :
Des lycéens et étudiants ?
X :
Je ne sais pas.
J'ai vu aux informations que la fille en question ne se souvient plus de ce qui s’est passé et a fait un traumatisme crânien, d'ailleurs elle a parlé de porter plainte.
La Riposte :
Tu confirmes que tu n'as vu aucun soutien d'adultes, du personnel de la SNCF ?
X :
Non je n'ai rien vu.
Mais je n'ai pas fait attention donc peut-être étaient-ils présent mais je n'ai pas remarqué.
La Riposte :
Avez vous obtenu la libération de vos camarades devant le commissariat ?
X :
Et bien je ne suis pas resté jusqu'à la fin, mais j’ai une connaissance qui a été interpellée et je ne l'ai revu que le lendemain matin.
Donc non elles n'ont pas été libéré sur le coup, pas à ce que je sache.
La Riposte :
Penses-tu que cette répression à amoindrie la motivation des lycéens ?
X :
Non je ne pense pas bien au contraire, après avoir vu l'agression des forces de l'ordre , je pense que nous voulons encore plus atteindre notre objectif.
Cependant nous sommes maintenant conscient de se qui nous attends, et prudent.
La Riposte :
Que penses-tu du "retrait" annoncé du CPE ?
X :
C'est en effet bien, cependant il est plus remplacé que retiré et ne sachant pas exactement ce que va être le nouveau contrat, ce n'est peut-être pas une si bonne nouvelle que certains le disent.
Donc même si le CPE a été "retiré", il reste encore de nombreuses revendications comme le retrait de la loi sur l'égalité des chances et du CNE, de plus beaucoup pensent que parce que le CPE a été retiré c'est fini ! Ce n'est pourtant pas le cas puisque dès le début nous parlions de la loi sur l’égalité des chances et les médias n’ont pas transmis tout le message. Puisque le CPE n'était qu'une partie la mobilisation continue donc !
Mais beaucoup ne comprennent pas pourquoi.
La Riposte :
De nouvelles actions sont d'ors et déjà prévues (inutile de les détailler, nous n'avons pas l'intention de faciliter la tache des "forces de l'ordre") ?
X :
Exactement de nouvelles actions sont prévu pour cette semaine encore.
La Riposte :
Cet "interrogatoire" touche à sa fin, vois-tu quelque chose à ajouter ?
X :
Heu non pas spécialement juste redire que ce n'est pas fini et que nous seront mobilisés jusqu'à ce qu'on nous entende, je l’espère, et ce n'est pas la reprise des cours et donc la fin des blocus des lycées et des facultés qui signifie la fin du mouvement, car les actions et les manifestations feront peut être bouger les choses !!
La Riposte :
L'idéal étant effectivement que les salariés du privé et du publique prennent le relais de l'action et que les lycéens et étudiants puissent finir une année de cour "normale" tout en continuant à manifester.
Je te remercie au nom du journal « La Riposte » (site web:
www.lariposte.com), et te souhaites bonne lutte !
X :
Au revoir.
Il faut ajouter à cela que cette jeune lycéenne était réellement choquée psychologiquement par la répression subie par ces jeunes, et qui était à l’évidence destinée à les démotivés.
Le rôle des médias apparaît également comme crucial dans la compréhension de ces luttes par le grand publique, notamment dans la manière dont les revendications ont sans cesse été ramenée au seul CPE.
Enfin, il apparaît que ces luttes peuvent encore être grandement renforcée par une meilleure coordination entre les jeunes et les syndicalistes plus « mûres ».
Difficile d’imaginer en effet que les évènements auraient pris la même tournure si ces jeunes avaient été accompagné du personnel de la SNCF et de syndicalistes rompus de la CGT Cheminot par exemple.
Notre rôle consiste aussi à être présent dans ces AG lycéenne et étudiante et à les faire bénéficier de nos relations au sein de la CGT et du PCF entre autre.