Salut camarades,
Cet article de "l'Humanité" du 01/11/2010, fait une synthèse sommaire des travaux du Colloque sur les 90 ans des JC.
Chercheurs et militants revisitent l’histoire des Jeunes communistes
Pour ses quatre-vingt-dix ans, une journée d’études était consacrée à l’histoire de la Jeunesse communiste de France, au Sénat, vendredi dernier. L’occasion de croiser les regards d’intellectuels, d’anciens et nouveaux adhérents sur le rôle de l’organisation.
Mieux populariser « l’histoire longue et mal connue » du Mouvement de la jeunesse communiste de France (MJCF) à l’occasion de ses quatre-vingt-dix ans. Telle était l’ambition de la journée d’études organisée, vendredi dernier, au Sénat, à l’initiative conjointe du Centre d’histoire sociale du XXe siècle (CHS) et du MJCF, en présence, entre autres, de l’historienne Danielle Tartakowsky (Paris-VIII). À la faveur du « renouveau de l’historiographie du communisme » et de celui des études sur « les jeunes et les jeunesses », ils ont voulu donner la mesure de l’intérêt que cette histoire mérite, en se penchant en particulier sur la période d’après-guerre.
Dans sa contribution, Guillaume Quashie-Vauclin (université Paris-I), qui a coordonné l’organisation de la journée, a abordé, au travers des écrits de deux grandes figures communistes, Maurice Thorez et André Marty, la tension entre deux conceptions de l’organisation au sortir de la guerre, et ses conséquences sur la perception de la jeunesse : unifiante chez Maurice Thorez, coupée socialement en deux catégories chez André Marty. Cette tension se prolonge dans les transformations ultérieures de la JC, a ensuite expliqué Matthieu Dubois (Paris-IV-Augsbourg). Au cœur des années 1960, la JC « se fait le relais de la culture jeune » de cette décennie. La volonté de rassembler largement se conjugue alors avec un « apolitisme » apparent. La mobilisation contre la guerre du Vietnam signe le retour et d’une ligne politique plus affirmée. Dans les années 1970, le MJCF est porté par des conditions politiques propices, avec la campagne pour le programme commun. Au point d’atteindre dans la seconde moitié de la décennie les cent mille membres, alors que le congrès de Saint-Denis opère une recentralisation du mouvement, avec la mise en place d’une direction nationale unique. C’est aussi la période où les différentes branches de la JC (jeunes femmes, ruraux) fusionnent, seule l’Union des étudiants communistes (UEC) gardant son appellation et son organisation propre.
L’UEC d’après 1968 était justement l’objet de la communication d’Étienne Bordes (université Toulouse-II). Le chercheur a montré comment, après les crises et les scissions des années 1960 résultant des débats internes au mouvement communiste international, l’UEC va se relancer au travers de la lutte syndicale pour le « renouveau » de l’Unef.
Une histoire abordée également par le prisme du parcours des anciens cadres de la JC jusqu’à la fin des années 1970, dont une partie se retrouvera à occuper des responsabilités importantes au PCF, à l’image de Raymond Guyot, mais sans qu’aucun n’accède à la fonction de secrétaire général du Parti, a relevé le chercheur Marc Giovaninetti (Paris-XIII). À l’appui de cette observation, les participants ont entendu le témoignage de Gaston Viens qui, de dirigeant de l’Ujaf (les jeunes agriculteurs de la JC), sera ensuite le maire d’Orly durant quarante ans.
Michel Pigenet (Paris-I), directeur du CHS, chargé de faire la synthèse des travaux, s’est refusé à tirer des conclusions d’une « historiographie émergente » sur la période de l’après-guerre, et notamment celle de 1966 à 1978 qui marque un apogée de l’influence du MJCF « souvent occultée par la relative percée des organisations gauchistes après 1968 et les déboires ultérieurs du PCF ». Pour le chercheur, qui a invité à « affiner » encore la chronologie, l’une des difficultés reste « d’appréhender le succès et les échecs des campagnes de la JC », qui « se confondent souvent avec ceux du PCF ». Posé autrement, cela renvoie le chercheur à la question de l’utilité de la JC : « Organisation de masse ou d’avant-garde ? La question demeure posée de nos jours. La JC est-elle une pépinière de cadres, et si oui pour qui ? » Enfin, reste la question de cerner « les usages que les jeunes ont fait de la JC ». Michel Pigenet pose l’hypothèse de trois éléments de politisation populaire offerts par la JC : la proximité, l’effectivité en actes de l’engagement, et la reconnaissance qu’y acquiert chacun.
Sébastien Crépel