Auteur Sujet: Allain Leprest est parti  (Lu 693 fois)

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Allain Leprest est parti
« le: 16 août 2011 à 08:00:53 »
Salut camarades, le poète communiste, l'artiste et l'ami est parti rejoindre hier son ami Ferrat, c'est une terrible nouvelle, un grand est parti, j' y reviendrais ce soir... Salut Allain ! http://www.allainleprest.com/. Il avait écrit sur son mur FB samedi : "Les statues tuent les gens de leur vivant mais le vent les garde."
 
« Modifié: 16 août 2011 à 09:29:44 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
Saint Just

"Il n y a pas cinquante manières de combattre, il n' en y a qu'une c'est d"être vainqueur"
Malraux

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Re : Allain Leprest est parti
« Réponse #1 le: 16 août 2011 à 15:45:00 »
Salut camarades,

Comme me l’écrivait un de mes amis qui le connaissait bien :

Allain s'est envolé avec ses deux ailes en nous laissant pantoits, malheureux mais en grogne contre les médias qui n'ont rien faits pour le soutenir et nous allons bouger en "Chantant :  Sacré COCO"

Voici les paroles ou lyrics de Sacré coco interprétées par Allain Leprest :

Déjà qu'à un an ses parents
Poussaient son landau en gueulant
Pour Vanzetti et pour Sacco
Il a grandi sous une banderole
Entre une affiche et un seau d' colle
La moindre manif, il y go
Sacré coco

Soixante-dix piges et des poussières
Qu'il balaie chaque anniversaire
Entre les miettes et les mégots
Comme il dit "J' suis un dinosaure"
On cherchait pas le même trésor
C'est là qu'on n'est pas ex-æquo
Sacré coco

Il dit aussi "Juré, craché !
J' boss'rai pas pour des haricots
Et si ça arrange leurs affaires
Demain pour la classe ouvrière
J' port'rai des godasses en croco"
Sacré coco

Il dit même "Pour les non-voyants
Il faudrait écrire les slogans
En braille sur les calicots"
En classe, il a pas été loin
Mais il connaît sur l' bout des poings
Cézanne, Beethov' et l' père Hugo
Sacré coco

On rentre chez lui sans frapper
Là où c'est écrit "J'aime la paix"
Au trente-six rue des coquelicots
On sirote un alcool de fruits
En rigolant, il dit qu' chez lui
C'est l' temps des cerises en bocaux
Sacré coco

On chante la jeune garde à tue-tête
Quand c'est qu' des fois sous sa casquette
Souffle un vieux coup de sirocco
Et le lendemain, sa geule de bois
Sûr c'est la faute à Paribas
C.I.A. monopole and co
Sacré coco

Pour la castagne, il crie "D'abord !"
Pour la fiesta, il crie "D'accord !"
Et pour le cul, il crie "Banco !"
Il dit encore "Si il fait froid
Lutte à l'envers, lutte à l'endroit
Se battre, c'est se faire son tricot"
Sacré coco

"Y a pas de sans-culotte au ciel"
Comme il dit "J'suis pas éternel
D'ailleurs, Dieu c'est du rococco
Quand j' s'rai mort, juste un bouquet rouge
Des chansons et des gens qui bougent
Pour qu' le vent reprenne en écho"
Sacré coco


Paroles: Allain Leprest. Musique: Gérard Pierron, 1989

Mais « Tout c'qu'est dégueulasse porte un joli nom » ! Salut l’artiste… le temps de finir une bouteille…

http://www.jukebo.fr/allain-leprest/clip,le-temps-de-finir-la-bouteille,qzqskr.html

En hommage d’Allain Leprest, la déclaration du camarade Pierre Laurent au nom des communistes :

" La poésie française orpheline", lundi 15/08/2011

http://www.pierrelaurent.org/?q=article/la-po%C3%A9sie-fran%C3%A7aise-orpheline

Allain Leprest n'est plus. Le poète grandiose s'est ôté la vie, une vie qu'il avait dévorée avec ardeur.
 
Être rare, Allain ne "faisait pas carrière" mais, sans cesse inspiré, il créait de tout bois ; il savait rendre avec beauté les laideurs du monde et de l'existence tout comme leurs merveilles éphémères.
 
Le cœur d'Allain battait pour la liberté, la fraternité, la justice. L'incandescence de ses mots et de ses notes a rendu leur honneur aux femmes et aux hommes auxquels la vie ne fait pas de cadeaux.
 
A chaque rencontre, la chaleur de sa voix profonde, une voix blessée, et la luminescence de ses yeux bleu océan vous saisissaient ; il venait simplement, capable de serrer dans ses bras l'inconnu de la veille.
 
Je veux garder ce souvenir d'Allain Leprest, notre camarade, l'homme discret mais si avenant, attentif à tous et qui, en dédicaçant ses albums, ajoutait toujours «merci » à l'adresse de ses admirateurs.
 
« Aimer... vivre... chanter, c'est quitter le solide » écrivit Allain ; sa disparition laisse la poésie française orpheline.
 
Au nom des communistes français, je tiens à adresser à la famille d'Allain, à tous ses proches et fidèles amis, mes plus sincères condoléances.
 
Pierre Laurent
Secrétaire national du PCF
« Modifié: 16 août 2011 à 18:22:17 par W catharos »
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Re : Allain Leprest est parti
« Réponse #2 le: 17 août 2011 à 14:56:00 »
Salut camarades,

Deux articles du 16 Août publiés sur le site du journal l'Humanité, que je poste, en hommage au militant et à l'artiste Allain Leprest, grand artiste et pôète trop méconnu et boudé par les grands médias...

Allain Leprest est parti

http://www.humanite.fr/culture/allain-leprest-est-parti-477775

Le chanteur et poète s’est donné la mort à Antraigues-sur-Volane dans les collines d’Ardèche. Il chantait le cœur des hommes, leurs espoirs et leurs fêlures.

Il a décidé de partir et d’écrire lui-même le mot fin. Allain Leprest, Allain, s’est donné la mort dans la nuit de dimanche à lundi, là-bas, dans les collines d’Ardèche à Antraigues-sur-Volane, oui, l’Antraigues de Jean Ferrat. On le savait bien qu’il y avait chez lui une souffrance, une croix d’athée portée dans les bistrots, avec l’alcool, puis le combat contre la maladie dont il semblait sorti vainqueur, plus fort, comme on dit un peu bêtement, que ce qui ne l’avait pas tué.

l’amour de la vie et la douleur de vivre

Il était né à Lestre (Manche), dans le Cotentin, il y a cinquante-sept ans, près de la mer dont ses yeux semblaient avoir pris la couleur, à quelques kilomètres de Barfleur, de Saint-Vaast-la-Hougue. Le Cotentin, ce bout du monde qu’il a chanté. « Janvier, le Cotentin/Toute la côte est blanche/Et sa tête de chien/Hurle contre la Manche. » Il avait grandi près de Rouen et de cette autre côte normande qu’il aimait. Comme on le comprenait quand il parlait de Dieppe, du cimetière de Varangeville sur la falaise, de la tombe de Georges Braque. On le savait bien qu’il y avait chez lui, indissociables, l’amour de la vie et la douleur de vivre, quand il semblait chuchoter, confier serait plus juste, des mots ciselés comme des pierres, comme des secrets. Ces mots qui avaient fait dire à Claude Nougaro, qui s’y connaissait, qu’il était « l’un des plus foudroyants auteurs de chansons qu’il ait entendus au ciel de la langue française ».

Poète de l’intime et chanteur engagé, ou l’inverse disait-on. Cela ne veut pas dire grand-chose. Allain Leprest était communiste, depuis sa jeunesse, après son CAP de peintre en bâtiment, mais ce n’est pas cela qu’il chantait. Non, comme les plus grands, comme Villon, comme Verlaine, comme ses grands aînés de la chanson française, il chantait le cœur des hommes comme en écho aux vers d’Aragon : « Rien n’est jamais acquis à l’homme. Ni sa force/Ni sa faiblesse ni son cœur. Et quand il croit/Ouvrir ses bras, son ombre est celle d’une croix. »

la profonde émotion de tous ses amis

Tous ceux qui le connaissaient, qui l’écoutaient, ne doutaient pas qu’il fût un artiste rare. Ses pairs l’avaient bien compris qui, pour son CD Chez Leprest en 2007, sur les arrangements de son complice et ami de longue date Romain Didier, avaient repris quinze de ses chansons. Daniel Lavoie, Jacques Higelin, Loïc Lantoine, Hervé Vilard, Enzo Enzo, Olivia Ruiz, Sanseverino, Michel Fugain, Jean Guidoni… Belle équipe. Il avait aussi accumulé les prix et les distinctions. Révélation du printemps de Bourges en 1985, trois fois primé par la Sacem, la dernière en 2009 pour le grand prix des poètes. Deux fois grand prix de l’académie Charles-Cros, dont la dernière, pour l’ensemble de son œuvre…

C’est avec une profonde émotion que ceux qui connaissaient l’homme et le poète ont appris sa disparition, comme Roland Leroy, l’ancien directeur de l’Humanité et son directeur actuel, Patrick Le Hyaric. Pour Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, « le cœur d’Allain battait pour la liberté, la fraternité, la justice… À chaque rencontre, la chaleur de sa voix profonde, une voix blessée, et la luminescence de ses yeux bleu océan vous saisissaient ». 

Allain Leprest avait chanté sur la grande scène de la Fête de l’Humanité qu’il ne manquait pas. Il y a un peu plus d’un an, il avait accepté d’être l’invité de la semaine du journal, dont il était un lecteur attentif. Il avait écrit avec rigueur sur la chanson, laissant selon ses mots « aux plumes pertinentes, le soin de traiter d’autres champs de joie, de colère et de raison ». Sauf que parlant de chanson, il parlait du monde et des hommes qu’il a choisi de quitter.

Maurice Ulrich


Allain Leprest. Sacré coco…
Patrick Apel-Muller, Directeur de la rédaction.

http://www.humanite.fr/culture/allain-leprest-sacre-coco%E2%80%A6-477774

Les souvenirs affluent. Ceux des années 
quatre-vingt-dix où Allain descendait de son appartement 
vers les locaux de l’Humanité Val-de-Marne, m’emmener au petit matin boire un verre de blanc au comptoir ; 
les bordées de Fête de l’Humanité qu’il avait même choisie comme lieu de mariage ; une soirée dans 
un cabaret parisien et le dîner d’après son concert avec Francesca Solleville, et l’engueulade qu’il m’avait passée : « Arrête de faire comme si j’étais mort et signe les appels du Parti et de l’Huma de mon nom. Si un jour 
je ne suis pas d’accord, ne t’inquiète pas, je te le dirai. » 
Il savait faire la nique à la camarde. Jusqu’à un certain point. Il avait tellement flirté avec elle, sachant pourtant lui résister avec panache quand elle se montrait 
trop pressante, semblant même ressusciter après qu’elle l’ait serré de si près.

Il savait la souffrance et il aimait la vie ; il avait redonné des lettres de noblesse à la chanson réaliste et il savait s’en évader au fil de ses mises en mots ; il pouvait chanter comme personne et bannissait pourtant 
la joliesse à coups de voix éraillée. Un diamant aux mille carats qui avait choisi de rester avec ses mineurs, ceux d’Ivry ou d’Antraigues, les copains aux fins de mois difficiles, les révoltés du jour le jour, ce menu peuple 
qui voit grand. Une fidélité d’airain à ses colères 
et à ses engagements communistes, lui qui se vantait d’être vétéran du PCF ! Allain ne rentrait pas dans les plans comptables des multinationales de la culture. Il avait pourtant cueilli tous les lauriers de l’académie Charles-Cros ou de la Sacem et ses pairs - de Fugain 
à Olivia Ruiz, d’Higelin à Enzo Enzo, de Nilda Fernandez 
à Hervé Vilard - communiaient autour de ses textes. 
Il faut relire ses textes, les boire même comme 
savent le faire les amis qui partageaient ses notes 
dans la bande d’Ivry-sur-Seine. Sans son Normand, 
la chanson française risque de connaître une longue marée basse.


Les obsèques d’Allain Leprest, qui s’est donné la mort, à l’âge de cinquante-sept ans, se dérouleront le Mardi 23 août 2011 à 16 heures au cimetière Monmousseau d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) en présence de nombreux représentants de la Sacem et du monde de la chanson, a annoncé son producteur, Didier Pascalis.

Allain Leprest devait sortir un nouvel album à la fin de l’année et donner une série de concerts à La Cigale, à Paris.

Salutations communistes,
W catharos

« Modifié: 18 août 2011 à 17:37:05 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
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"Sacré coco" : Allain Leprest est parti
« Réponse #3 le: 20 août 2011 à 00:04:07 »
Salut camarades,

"Sacré coco", ma préférée...

Allain Leprest accueille Francesca Solleville lors de son récital en clôture de Chansons de paroles, Barjac 2010 et chantent Sacré Coco...  ;)

http://www.youtube.com/watch?v=J0-5AfG-dDg&feature=share

Salutations communistes,
W catharos


« Modifié: 20 août 2011 à 00:14:50 par W catharos »
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Re : Allain Leprest est parti
« Réponse #4 le: 25 août 2011 à 23:34:58 »
Salut camarades,

Allain Leprest est parti entouré de centaines d'ami(e)s...
 
Le parisien, Christine Mateus | Publié le 24.08.2011

http://www.leparisien.fr/val-de-marne-94/1500-personnes-disent-adieu-a-allain-leprest-24-08-2011-1576642.php

1500 personnes disent adieu à Allain Leprest

Une foule d’anonymes s’est pressée hier à Ivry aux obsèques du chanteur et parolier Allain Leprest. Des artistes, comme Olivia Ruiz ou Juliette, étaient également présents.
   
Ivry-sur-Seine, cimetière Monmousseau, hier. Injustement méconnu, Allain Leprest avait conquis un public fervent. Les artistes pour qui il avait travaillé sont aussi venus lui rendre hommage, dont les chanteuses Francesca Solleville, Juliette et Enzo Enzo, présentes hier, tout comme Olivia Ruiz.
   
Des larmes acides ont coulé hier au cimetière Monmousseau d’Ivry. L’hommage public au chanteur, au poète et à l’ami Allain Leprest a rassemblé 1500 personnes sur les terres où l’artiste a choisi de reposer. Avant de mettre fin à ses jours, le 15 août à Antraigues (Ardèche), cet Ivryen de cœur de 57 ans avait laissé un message à son ami, le député-maire (PC) de la ville, Pierre Gosnat. Un message qu’il fallait remettre à l’élu « le moment venu ». Dans sa missive, l’interprète de « Sacré Coco » terminait par ces mots : « Pourrais-je solliciter de la part de ma ville, lorsque l’heure, sans glas, sans tristesse en sera venue, une petite maison dans le si beau et humble cimetière Monmousseau? »

Originaire de la région de Rouen, celui qui fut aussi le parolier de Juliette Gréco ou d’Enzo Enzo, présente hier lors des obsèques, est arrivé à Ivry dans les années 1980.

C’est Jean Ferrat, autre Ivryen d’adoption, « qui en 1985 avait suggéré que notre ville reçoive, disait-il, un jeune artiste chanteur-compositeur méconnu mais plein de talent… Et en galère avait-il ajouté. Bien sûr, nous t’avons reçu! » se remémore Pierre Gosnat.

Au fur et à mesure des allocutions, le portrait d’un poète maudit se dessine. Un artiste injustement méconnu du grand public, mais qui avait conquis un public fervent, et pourtant bardé de distinctions prestigieuses (ordre national du Mérite, lauréat des prix de la Sacem et de l’Académie Charles-Cros…). Claude Nougaro disait de lui qu’il était « l’auteur le plus flamboyant que j’ai rencontré sous le soleil de la chanson française ».

Nombreux militants communistes

Il était un anar généreux aussi, membre du Parti communiste dont les militants étaient venus nombreux saluer la mémoire. Le grand prêtre de la sainte trinité de la « clope, de la chope et du mot », selon l’expression de son producteur, Didier Pascalis, est également parti sous les regards embués et camouflés de lunettes noires de certains de ses descendants artistiques. Les chanteuses Juliette ou Olivia Ruiz les représentaient hier au cimetière. Les plus anciens n’ont pas non plus manqué à l’appel comme la chanteuse Francesca Solleville, dont l’album « Al Dente » de 1994 a été écrit par Allain Leprest.

Homme engagé, parfois révolté, ses funérailles ne pouvaient pas se passer sans à-coup. L’hommage de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, absent lors de la cérémonie, a été copieusement conspué au moment de sa lecture et camouflé par une « Internationale » tonitruante. Un épisode qui a fait dire dans les allées : « Ça, ça aurait plu à Allain. »


Allain Leprest. L'adieu à un "sacré coco", l'au-revoir à un ardent poète
L'Humanité, le 25 Août 2011

http://www.humanite.fr/culture/allain-leprest-ladieu-un-sacre-coco-lau-revoir-un-ardent-poete-478166



C'est dans sa ville d'Ivry-sur-Seine qu'on eu lieu mardi les obsèques du poète Allain Leprest, en présence d'une foule très émue.

Le ciel, ce mardi 23 août, était accablant. On ne pouvait pourtant lui renvoyer toutes les métaphores de la désolation qui hantait les cours rassemblés dans le modeste cimetière Monmousseau d'Ivry. Allain Leprest, qui s'est donné la mort la semaine dernière à Antraigues, avait choisi de reposer là, sollicitant en ce lieu « une petite maison » selon les termes du message qu'il avait adressé au député maire de la ville, Pierre Gosnat. Un message, précisait ce dernier, qui devait lui être remis « le moment venu ». C'est le moment et près de deux mille personnes, proches et lointains admirateurs d'Allain Leprest, ses enfants Fantine et Mathieu, tant d'autres prénoms, se frôlent de la démarche incertaine que confère le chagrin. Sur l'esplanade du cimetière, plusieurs livres d'or sont soutenus de dais bleus. Une même teinte d'horizon entoure une grande photo du poète. Á son pied des gerbes flamboient. Sur les rubans qui les lient s'inscrivent les dédicaces d'« Antraigues qui pense à toi », de la CGT d'Ivry, des communistes de Seine-Maritime, de l'Atelier d'écriture du Picardie . des dahlias trinquent en couleur avec un kil de rouge posé plus loin sur du granit, malpoli comme il faut. Á l'écart d'un cercueil que l'on aurait voulu ne pas voir.

C'est dans sa douloureuse proximité que de successifs hommages seront rendus au poète, en belles paroles, à hauteur de cette dignité qu'Allain Leprest promettait de témoigner lorsqu'il aurait rejoint « le parking des allongés ». C'était dans sa chanson Quand j'étais mort. C'était pour rire. Pierre Gosnat rappelait l'arrivée d'Allain Leprest à Ivry en 1985, sur la suggestion de Jean Ferrat qui souhaitait sortir de la galère le jeune chanteur et compositeur « inconnu mais plein de talent » qu'il avait découvert. Toute une vie s'ensuivit, au jour le jour de la poésie, d'amours et d'amitiés, de partages et d'engagements. Allain Leprest, né dans le voisinage ouvrier de Rouen, avait tôt adhéré au Parti communiste. Il savait, s'agissant de la vie des humbles, de quoi il en retournait. Plutôt que de l'abandonner, il l'ennoblissait des joyaux de ses vers qui ne négligeaient rien, lançant de sa voix rauque des perles vers les cieux depuis le comptoir du coin de la rue.

"Le président de la prestigieuse Académie Charles-Cros a, durant les obsèques, salué "la plus belle langue depuis Éluard et Aragon" "

Son verbe fut porté par Juliette Gréco, Isabelle Aubret, Francesca Soleville, Karim Kacel, Enzo Enzo, Jehan, Daniel Lavoie, Olivia Ruiz, Philippe Torreton, Jacques Higelin. la liste n'est pas exhaustive. Celui que Claude Nougaro qualifiait de « torche de talent » avait reçu au fil de son parcours que l'on se refuse à nommer « carrière » tant le terme lui convient peu, pléthore de prix. Ce fut en 2008 celui « in honorem » de l'Académie Charles-Cros pour l'ensemble de son ouvre. Le président de la prestigieuse institution a durant les obsèques salué « la plus belle langue depuis Éluard et Aragon », adressant de poignants adieux « à l'ami, à l'artiste, au camarade ». Non sans avoir dénoncé « l'injuste place » réservée à Allain Leprest dans le paysage médiatique.

Une semblable colère, combattant de son mieux l'amertume, se retrouvait dans les propos de Claude Lemesle, lui-même auteur et vice-président de la Sacem qui avait remis son grand prix de la poésie à Allain Leprest en 2009. L'inscrivant dans la lignée de Lautréamont, Rimbaud, Rostand ou encore Nerval, Claude Lemesle enjoignait à chacun « de ne pas en vouloir à ceux qui n'avaient pas accueilli Allain Leprest au sein de hit-parades dont il n'avait rien à foutre ». Claude Lemesle assurait leur en vouloir davantage d'avoir empêché le chauffeur de taxi qui l'avait conduit aux funérailles d'Allain Leprest de connaître l'artiste. « Ton destin commence, espérons que l'avenir saura te mériter », a-t-il lancé en ultime adresse. Francesca Soleville, Romain Didier, Didier Pascalis, producteur d'Allain Leprest, l'ont évoqué de toute la bravoure nécessaire à un aussi terrible exercice. Chaque hommage était applaudi, pratique inusitée dans ce type de circonstances. Mais il s'agissait de paroles d'artistes ou de ceux qui les aiment au plus profond. Le communiqué affichant la reconnaissance trop tardive de Frédéric Mitterrand, dernier en date d'indifférents ministres de la Culture, subit les foudres d'un couplet de l'Internationale. Gageons que la poésie d'Allain Leprest tracera ses fulgurances. Il repose aujourd'hui non loin du grand résistant Georges Marane, d'illustres inconnus aux patronymes du monde entier, près de tombes qui portent des croix et d'autres qui n'en portent pas. Nous portons celle de notre peine.

(On notait la présence de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, du sénateur PCF Jack Ralite, du député PCF Jean-Claude Lefort, et de Silvère Magnon, directeur de la Fête de l'Humanité.)
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