Salut camarades,
Deux articles du 16 Août publiés sur le site du journal l'Humanité, que je poste, en hommage au militant et à l'artiste Allain Leprest, grand artiste et pôète trop méconnu et boudé par les grands médias...
Allain Leprest est parti http://www.humanite.fr/culture/allain-leprest-est-parti-477775 Le chanteur et poète s’est donné la mort à Antraigues-sur-Volane dans les collines d’Ardèche. Il chantait le cœur des hommes, leurs espoirs et leurs fêlures.
Il a décidé de partir et d’écrire lui-même le mot fin. Allain Leprest, Allain, s’est donné la mort dans la nuit de dimanche à lundi, là-bas, dans les collines d’Ardèche à Antraigues-sur-Volane, oui, l’Antraigues de Jean Ferrat. On le savait bien qu’il y avait chez lui une souffrance, une croix d’athée portée dans les bistrots, avec l’alcool, puis le combat contre la maladie dont il semblait sorti vainqueur, plus fort, comme on dit un peu bêtement, que ce qui ne l’avait pas tué.
l’amour de la vie et la douleur de vivre
Il était né à Lestre (Manche), dans le Cotentin, il y a cinquante-sept ans, près de la mer dont ses yeux semblaient avoir pris la couleur, à quelques kilomètres de Barfleur, de Saint-Vaast-la-Hougue. Le Cotentin, ce bout du monde qu’il a chanté. « Janvier, le Cotentin/Toute la côte est blanche/Et sa tête de chien/Hurle contre la Manche. » Il avait grandi près de Rouen et de cette autre côte normande qu’il aimait. Comme on le comprenait quand il parlait de Dieppe, du cimetière de Varangeville sur la falaise, de la tombe de Georges Braque. On le savait bien qu’il y avait chez lui, indissociables, l’amour de la vie et la douleur de vivre, quand il semblait chuchoter, confier serait plus juste, des mots ciselés comme des pierres, comme des secrets. Ces mots qui avaient fait dire à Claude Nougaro, qui s’y connaissait, qu’il était « l’un des plus foudroyants auteurs de chansons qu’il ait entendus au ciel de la langue française ».
Poète de l’intime et chanteur engagé, ou l’inverse disait-on. Cela ne veut pas dire grand-chose. Allain Leprest était communiste, depuis sa jeunesse, après son CAP de peintre en bâtiment, mais ce n’est pas cela qu’il chantait. Non, comme les plus grands, comme Villon, comme Verlaine, comme ses grands aînés de la chanson française, il chantait le cœur des hommes comme en écho aux vers d’Aragon : « Rien n’est jamais acquis à l’homme. Ni sa force/Ni sa faiblesse ni son cœur. Et quand il croit/Ouvrir ses bras, son ombre est celle d’une croix. »
la profonde émotion de tous ses amis
Tous ceux qui le connaissaient, qui l’écoutaient, ne doutaient pas qu’il fût un artiste rare. Ses pairs l’avaient bien compris qui, pour son CD Chez Leprest en 2007, sur les arrangements de son complice et ami de longue date Romain Didier, avaient repris quinze de ses chansons. Daniel Lavoie, Jacques Higelin, Loïc Lantoine, Hervé Vilard, Enzo Enzo, Olivia Ruiz, Sanseverino, Michel Fugain, Jean Guidoni… Belle équipe. Il avait aussi accumulé les prix et les distinctions. Révélation du printemps de Bourges en 1985, trois fois primé par la Sacem, la dernière en 2009 pour le grand prix des poètes. Deux fois grand prix de l’académie Charles-Cros, dont la dernière, pour l’ensemble de son œuvre…
C’est avec une profonde émotion que ceux qui connaissaient l’homme et le poète ont appris sa disparition, comme Roland Leroy, l’ancien directeur de l’Humanité et son directeur actuel, Patrick Le Hyaric. Pour Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, « le cœur d’Allain battait pour la liberté, la fraternité, la justice… À chaque rencontre, la chaleur de sa voix profonde, une voix blessée, et la luminescence de ses yeux bleu océan vous saisissaient ».
Allain Leprest avait chanté sur la grande scène de la Fête de l’Humanité qu’il ne manquait pas. Il y a un peu plus d’un an, il avait accepté d’être l’invité de la semaine du journal, dont il était un lecteur attentif. Il avait écrit avec rigueur sur la chanson, laissant selon ses mots « aux plumes pertinentes, le soin de traiter d’autres champs de joie, de colère et de raison ». Sauf que parlant de chanson, il parlait du monde et des hommes qu’il a choisi de quitter.
Maurice UlrichAllain Leprest. Sacré coco… Patrick Apel-Muller, Directeur de la rédaction.
http://www.humanite.fr/culture/allain-leprest-sacre-coco%E2%80%A6-477774Les souvenirs affluent. Ceux des années
quatre-vingt-dix où Allain descendait de son appartement
vers les locaux de l’Humanité Val-de-Marne, m’emmener au petit matin boire un verre de blanc au comptoir ;
les bordées de Fête de l’Humanité qu’il avait même choisie comme lieu de mariage ; une soirée dans
un cabaret parisien et le dîner d’après son concert avec Francesca Solleville, et l’engueulade qu’il m’avait passée : « Arrête de faire comme si j’étais mort et signe les appels du Parti et de l’Huma de mon nom. Si un jour
je ne suis pas d’accord, ne t’inquiète pas, je te le dirai. »
Il savait faire la nique à la camarde. Jusqu’à un certain point. Il avait tellement flirté avec elle, sachant pourtant lui résister avec panache quand elle se montrait
trop pressante, semblant même ressusciter après qu’elle l’ait serré de si près.
Il savait la souffrance et il aimait la vie ; il avait redonné des lettres de noblesse à la chanson réaliste et il savait s’en évader au fil de ses mises en mots ; il pouvait chanter comme personne et bannissait pourtant
la joliesse à coups de voix éraillée. Un diamant aux mille carats qui avait choisi de rester avec ses mineurs, ceux d’Ivry ou d’Antraigues, les copains aux fins de mois difficiles, les révoltés du jour le jour, ce menu peuple
qui voit grand. Une fidélité d’airain à ses colères
et à ses engagements communistes, lui qui se vantait d’être vétéran du PCF ! Allain ne rentrait pas dans les plans comptables des multinationales de la culture. Il avait pourtant cueilli tous les lauriers de l’académie Charles-Cros ou de la Sacem et ses pairs - de Fugain
à Olivia Ruiz, d’Higelin à Enzo Enzo, de Nilda Fernandez
à Hervé Vilard - communiaient autour de ses textes.
Il faut relire ses textes, les boire même comme
savent le faire les amis qui partageaient ses notes
dans la bande d’Ivry-sur-Seine. Sans son Normand,
la chanson française risque de connaître une longue marée basse.Les obsèques d’Allain Leprest, qui s’est donné la mort, à l’âge de cinquante-sept ans, se dérouleront le Mardi 23 août 2011 à 16 heures au cimetière Monmousseau d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) en présence de nombreux représentants de la Sacem et du monde de la chanson, a annoncé son producteur, Didier Pascalis.
Allain Leprest devait sortir un nouvel album à la fin de l’année et donner une série de concerts à La Cigale, à Paris.
Salutations communistes,
W catharos