Auteur Sujet: "Reprise" : un voyage au coeur de la classe ouvrière.  (Lu 459 fois)

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"Reprise" : un voyage au coeur de la classe ouvrière.
« le: 02 août 2010 à 22:00:55 »
Chers camarades,

Je viens de voir ce film, documentaire ? non un vrai Film, mis en scène par Hervé Le Roux, "Reprise", "un voyage au coeur de la Classe ouvrière"...

Et cette femme qui crie... Elle dit "qu'elle y foutra plus les pieds dans cette taule"...

C'est une image : une jeune fille brune révoltée, qui crie. Nous sommes en Juin 1968, c'est la reprise du travail aux usines Wonder à Saint Ouen "Wonderland", les piles, après la grève de Mai. Des étudiants de l'IDHEC filment la scène. Et cette fille crie qu'elle ne retournera pas au travail, quelle ne veut plus retrouver la saleté, les cadences, le mépris de cette "taule". de l'usine où elle est exploitée...

Plus de trente ans après, hanté par le visage et la voix de cette femme, Hervé Le Roux est parti à sa recherche.

"Reprise" est le récit à suspense de cette quête, jalonnées de rencontres avec ceux qui furent les témoins de cette époque : ouvriers, contremaîtres, militants communistes, syndicalistes... Un voyage au coeur de la classe ouvrière.

L'auteur retrouvera le prénom de cette jeune femme, Joceline, en espérant qu'elle puisse voir un jour ce film, elle aurait un enfant, espérant que ce sera une fille, de ces femmes qui gueulent plus que les patrons,  de ces époques où naissent des militantes, des militants et l'espoir en des "Lendemains qui chantent"... Malgré tout...

Critique du Film de René Marx

On se souvient du talent que les auteurs du Chagrin et la Pitié avaient déployé pour montrer les témoins de la période de l'occupation à Clermont - Ferrand. Le nouveau film d'Hervé Le Roux est sans doute aussi important, pour l'histoire, et pour le cinéma. Ce n'est plus l'Auvergne, mais la banlieue de Paris, ce n'est plus la guerre mondiale mais la guerre économique. Ce ne sont plus des héros, mais des ouvriers de chez Wonder, qui ont croisé une femme fascinante que Le Roux a voulu retrouver. Dans un petit film, tourné en juin 68 par des étudiants en cinéma devant l'usine, elle refusait passionnément de reprendre le travail après la grève, de rentrer dans "cette boîte pourrie".

Patiemment, Le Roux a recherché toutes les "acteurs" de ce petit film, les militants, les étudiants "maos", les conseillers municipaux communistes, les ouvriers, les contremaîtres, et les a longuement interrogés. Le pari du film est de retenir l'attention du spectateur par ce suspense: retrouvera-t-on cette femme, saura-t-on si elle est "rentrée", si sa vie a changé ?

Cela dure plus de trois heures et c'est passionnant, parce qu'on découvre la puissance de la parole ouvrière, le témoignage d'une époque, d'un capitalisme paternaliste et sauvage (aujourd'hui il n'est plus que sauvage), d'un monde de 1968 semblant à la fois préhistorique et parfaitement immédiat. Et évidemment parce que, comme dans un thriller, on ne cesse d'espérer l'apparition de la mystérieuse pasionaria (je ne raconterai pas la fin, surtout pas).

(article publié en septembre 1997 dans Fenêtres sur Cours)

HERVÉ LE ROUX : "UN FILM EST UN FILM !"

" J'ai conçu ce projet en 1991, en même temps que Grand Bonheur. Le hasard de la production a voulu que je tourne cette fiction avec Benoît Régent avant de pouvoir réaliser Reprise. Mais les deux films me tiennent à coeur de la même façon. J'admire les cinéastes qui sont capables de changer de ton à chaque nouveau film (Jean Eustache, Louis Malle).

Un film est un film !

La fiction nécessitait une équipe complète, vingt acteurs, des décors très élaborés et nous avons tourné Reprise à trois, sans comédiens, avec des décors auxquels il fallait s'adapter immédiatement, les logements des personnes interviewées ou des cafés. Je ne voulais pas d'effet de caméra, de pirouettes, de joliesses, de changements d'axe, de plans de coupe. J'avais un souci lié à la morale du cinéma: il fallait laisser le temps à chacun de s'exprimer, la liberté de parler. Ma façon de filmer ces gens est le contraire de la manipulation. Si on coupait le militant communiste au moment où il va témoigner de son expérience de la guerre d'Algérie, en laissant seulement ses explications sur "il faut savoir terminer une grève", on ne lui laisserait aucune chance. C'est la même chose pour ceux qu'on pourrait faire apparaître comme des "jaunes" ou des ouvriers vendus aux patrons de Wonder.

Dans ce genre de film, on peut faire un montage qui oppose les témoignages les uns aux autres. J'ai voulu au contraire une accumulation, une sorte d'effet de tamis. Je n'avais pas de thèse à défendre, je voulais retrouver cette femme (ne racontez pas la fin, je vous le demande!).

Au fur et à mesure, on regarde différemment les dix petites minutes tournées en 1968, chaque témoignage est un éclairage nouveau. Aujourd'hui, avec la précarisation, la violence du chômage, on retrouve les conditions insupportables de travail que décrivent les ouvriers du film à propos des années 60. On pouvait croire après 1968 que le capitalisme s'aménagerait, que les choses allaient mieux. La ville de Saint-Ouen, où se trouvait Wonder, a perdu 20000 emplois à partir des années 70 !  On retombe douloureusement sur nos pattes. Mais certains militants CGT que j'avais filmés l'été 1995, désespérés, amers, je les ai retrouvés après les grèves de décembre, à nouveau prêts à tout ! "

Propos recueillis par René MARX

Et aujourd'hui alors, en 2010 ? Ce n'était qu'un début, continuons le combat...

Fraternellement Communiste,
Wilehlm catharos
« Modifié: 04 août 2010 à 23:52:10 par W catharos »
"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
Saint Just

"Il n y a pas cinquante manières de combattre, il n' en y a qu'une c'est d"être vainqueur"
Malraux