Auteur Sujet: une grève de 24 heures?  (Lu 5166 fois)

wolf

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une grève de 24 heures?
« le: 08 juillet 2004 à 23:21:27 »
Camarades, bonsoir

je prends tardivement connaissance sur votre site dela position suivante concernant la sécurité sociale
Citer

Nous devons défendre la sécurité sociale, faire obstacle à sa privatisation et, en général, à la destruction de tous nos acquis sociaux. Mais tous ceux qui veulent mener cette lutte doivent également comprendre que, dans le contexte actuel, le gouvernement Raffarin, malgré sa faiblesse, ne reculera pas facilement. Le mouvement de mai et juin dernier a prouvé que des journées de manifestations – mêmes massives – et de grèves partielles ne suffiront pas à le faire reculer.

Il est désormais indispensable que nos directions syndicales organisent la mobilisation la plus large des salariés du privé et du public dans un mouvement de grève, à commencer par exemple par une grève de 24 heures. Une grève générale de 24 heures, certes, ne suffirait sans doute pas à faire plier Raffarin et Douste Blazy. Mais elle constituerait une première étape dans la mise en place d’un front syndical massif contre la politique réactionnaire du gouvernement. Elle aurait un effet positif sur la conscience qu’ont les travailleurs de leur propre puissance sociale et de leur capacité à lutter.


Ce passage semble totalement contraditoire.

Comment revendiquer des directions syndicales "une grève de 24 heures" après avoir condamné les journées d'action de mai et juin dernier, qui furent précisément des journées ... d'appel à la grève de 24 heures (notamment la journée du 13 mai 2003) !

J'ajouterai que, puisqu'efectivement la responsabilité des directions syndicales sur la casse de l'assurance-maladie est totale, d'autres questions se posaient et se sont posées tout au long du premier semestre:
- que les directions syndicales rompent les "négociations", qui , depuis le "diagnostic partagé" de janvier dernier ontpavé la voie à la contre réforme du gouvernement
- et aussi qu'elles revendiquent le RETRAIT du projet de loi Douste, ce qu'elles se sont bien gardées de faire, et appellent au combat en dfense de l'assurance-maladie fondée sur le salaire différé, ce qui aurait pu se traduire par l'appel à manifester, centralement, nationalement, aucontraire de ce qui fut fait le 29 juin, à l'assemblée nationale pour le retrait du projet Douste Blazy.

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Hors ligne Greg Oxley

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une grève de 24 heures?
« Réponse #1 le: 09 juillet 2004 à 00:08:22 »
Bonjour,

Personnellement, je ne vois rien de contradictoire dans l'article en question. L'article appelle à l'organisation d'une grève générale de 24 heures, mais il ne "condamne" pas pour autant les journées d'action de mai et juin. Il dit tout simplement qu'elles n'étaient pas suffisantes.

Ces journées n'étaient pas des journées de grève générale, ni des journées "d'appel à la grève générale". Même si, effectivement, beaucoup de manifestants avaient repris ce mot d'ordre dans la rue, aucune confédération syndicale ne l'a accepté. Ces journées étaient précisément de journées de grèves partielles, lesquelles, comme le dit très justement Pierre Pillot, se sont avérées insuffisantes face à la détermination du patronat et du gouvernement.

Fraternellement,

Greg Oxley

wolf

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une grève de 24 heures?
« Réponse #2 le: 09 juillet 2004 à 11:51:25 »
Bonjour greg,

Précisément, ce que revendiquaient les manifestants en mai et juin deleurs directions syndicales, ce n'étaitpas qu'elles appellent à une grève de 24 heures. C'était qu'elles arrêtent d'appeler à des grèves de 24 heures et qu'ellers appellent dans l'unité à la grève générale, c'est à dire la grève jusqu'à satisfaction.

Par définition, une grève générale n'est pas une grève de 24 heures, dans laquelle on garantit au patron et au gouvernement que dès le lendemain on reprendra le travail.

Pour m'éclairer, parlons concret : quelle eût été la différence entre une "grève générale de 24 heures" et ce qui s'est passé le 13 mai 2003 dans ce pays?

Le mot de grève générale est devenu un mot d'ordre de masse au printemps 2003 parce que c'était un mot d'ordre politique demandant l'affrontement avec le gouvernement de Chirac, pour le vaincre et briser sa politique réactionnaire.  C'était un mot d'ordre s'opposant à la politique des journées d'action saute-mouton, dispersées, et aux "négociations" servant à fair passer la politique du gouvernement (dont vous ne parlez pas dans le texte que j'ai lu pourquoi?)

C'est une question importante. La destruction de la barrière des 37,5 annuités est une défaite considérable pour tous les travailleurs de ce pays. Comprendre pourquoi cela a été possible et comment cela aurait pu être évité est fondamental pour préparer les échéances futures.

Cordialement,

Hors ligne Greg Oxley

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une grève de 24 heures?
« Réponse #3 le: 10 juillet 2004 à 12:39:10 »
Bonjour,

Selon Wolf, "par définition, une grève générale n'est pas une grève de 24 heures, dans laquelle on garantit au patron et au gouvernement que dès le lendemain on reprendra le travail."

Ceci n'est pas exact. Une grève générale, comme une grève limitée à une seule entreprise, peut durer une journée, 48 heures, une semaine, un mois etc., selon les circonstances.

Ensuite, il demande :

"Pour m'éclairer, parlons concret : quelle eût été la différence entre une "grève générale de 24 heures" et ce qui s'est passé le 13 mai 2003 dans ce pays ?"

C'est tout simple : les manifestations du 13 mai 2003, malgré leur taille impressionnante, ne s'accompagnaient pas d'une grève générale. Les enseignants et plusieurs autres  branches du secteur public étaient, en effet, en grève. Mais les travailleurs du secteur privé ne l'étaient pas. On ne peut pas dire, en conséquence, qu'il s'agissait d'une journée de grève générale.

Fraternellement,

Greg Oxley

wolf

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une grève de 24 heures?
« Réponse #4 le: 11 juillet 2004 à 16:50:23 »
Je suis désolé, mais ces arguments ne sont guère convaincants.

1) Quant nous avons réclamé par centaines de milliers l'appel des directions à la grève générale en mai et juin dernier, nous ne réclamions pas une grève générale de 24 heures ! Camarade Oxley, je t'assure que si tu avais défendu ce point de vue dansles assemblées générales qui se prononçaient pour l'appel à la grève générale par les directions syndicales, tu ne te le serais pas fait dire deux fois!  

Une grève générale de 24 heures c'est la négation de la grève générale au nom de la grève générale. On appelle à paralyser le pays, mais on promet d'être sages et le lendemain de retourner pointer?

2) Le 13 mai, le privé aussi était appelé à la grève, et d'ailleurs de nombreuses entreprises privées ont défilé parce qu'elles étaient appelées à faire grève. Ill est tout à fait inexact de dire que le privé n'était pas appelé.

Par exemple à Paris, je me souviens fort bien dans la manifestation du 13 mai d'avoir vu des cortèges de Renault, Peugeot/Citroën, de certaines banques, d'alstom, de la snecma, bref de la plupart des grandes entreprises de la région parisienne. Ce n'était pas un appel à la grève pour le seul secteur public. Ce jour là il y a eu plusieurs millions de grévistes.


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Hors ligne Greg Oxley

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une grève de 24 heures?
« Réponse #5 le: 11 juillet 2004 à 17:58:30 »
Bonjour,

Wolf dit : "une grève générale de 24 heures c'est la négation de la grève générale au nom de la grève générale."

On dirait que pour lui, toute revendication de grève qui n'est pas celle d'une grève générale illimitée, constitue une sorte de capitulation, parce que, comme il  dit dans un message précédent, "on retournera au travail le lendemain".

L'impact positif d'une grève générale de 24 heures n'est pas tant dans ce qu'il obtient du patronat que dans son effet sur la conscience des travailleurs. A vrai dire, si on me pose la question de savoir si, dans le cas d'une grève générale d'un jour ou même de plusieurs jours, le gouvernement aurait cédé sur la question des retraites, je répondrais qu'en toute probabilité, non, il n'aurait pas cédé. Par ailleurs, même s'il cédait sous le coup de la grève, il serait revenu à la charge sur la même question quelques mois plus tard.

Cependant, nous pensons qu'une grève générale de 24 heures, si elle était bien préparée et menée, aurait un impact majeur sur la conscience de tous les travailleurs, parce qu'elle leur permettrait vivre dans la pratique et de voir concrètement l'immense puissance dont dispose leur propre classe. Elle aurait considérablement renforcé le moral et la combativité de l'ensemble du salariat. Ceci n'est peut-être pas assez pour des gauchistes surexcités. Mais c'est un bon début.

Wolf dit, "si Oxley avait osé demander une grève de seulement 24 heures dans les assemblées, il n'aurait pas été écouté etc".

Soit. Mais ceci n'est pas un argument. Les militants actifs qui vont dans les assemblées, même s'ils sont, eux, pour une grève générale illimitée, devraient tenir compte de ceux qui ne le sont pas encore, et de ceux, en dehors des assemblées, qui ne sont pas encore entrés en action, ne serait-ce que limitée !

Je dis ceci pour la simple raison que et sans cette majorité, aucune grève générale illimitée n'est possible. Sans eux, il s'agit d'une phrase creuse. Hurler "grève générale! grève générale!" sans prendre une attitude sérieuse envers ce problème-là, ne produira pas pour autant la grève générale dans les faits. Le problème n'est pas de se convaincre de sa propre radicalité en criant toujours plus fort et en proposant toujours les formes d'action les plus radicales, mais de trouver les arguments et les mots d'ordre justes pour chaque étape et qui permettront au mouvement dans son ensemble d'avancer.

Pour notre Wolf, on dirait que tout ce qui ressemble à une action partielle ou intermédiaire, tout ce qui tient compte du stade où se trouve le mouvement à un moment donné (et non pas la volonté subjective d'une petite minorité agissante) rime avec réformisme" ou "capitulation".

Fraternellement,

Greg Oxley

wolf

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une grève de 24 heures?
« Réponse #6 le: 12 juillet 2004 à 12:14:52 »
Camarade Oxley, et les autres

Parlons concret et pratique, effectivement.

Il y une chose essentielle qui reste ici dans l'ombre:

en quoi une "grève générale de 24 heures" diffère-t-elle de la journée de grève du 13 mai 2003?

La raison pour laquelle le camarade Oxley aurait été mal reçu dans les AGs massives de mai et juin dernier, c'est qu'il aurait tenu exactement, au mot près, le même discours que les représentants syndicaux sur la "non maturité" des autres travailleurs - en réalité qui s'alignaient sur l'arrière garde contre l'avant-garde.

Donc où est la différence, camarade Oxley ?

Qu'aurais-tu fait lors des votes des assemblées générales de centaines d'enseignants qui adoptaient des motions adressées à leurs fédérations et aux confédérations pour que celles-ci appellent à la grève générale, rompent avec le gouvernement? Les aurais-tu votées?

PS:  je te prierai au passage de t'épargner à toi-même les épithètes de type "gauchistes surexcités" qui ne sont que des obstacles à la discussion politique.

Hors ligne Greg Oxley

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une grève de 24 heures?
« Réponse #7 le: 12 juillet 2004 à 14:06:49 »
Bonjour,

Wolf demande :

"Il y une chose essentielle qui reste ici dans l'ombre: en quoi une "grève générale de 24 heures" diffère-t-elle de la journée de grève du 13 mai 2003?"

J'ai déjà répondu à cette question dans mon message précédant : le 13 mai 2003 n'était pas une grève générale, du secteur public comme du privé. Il n'y avait que très peu d'entreprises privées en grève ce jour-là.

"La raison pour laquelle le camarade Oxley aurait été mal reçu dans les AGs massives de mai et juin dernier, c'est qu'il aurait tenu exactement, au mot près, le même discours que les représentants syndicaux sur la "non maturité" des autres travailleurs - en réalité qui s'alignaient sur l'arrière garde contre l'avant-garde."

La question n'est pas de s'aligner sur une "avant-garde" ou sur une "arrière garde". Par la force des choses, une grève véritablement générale implique la participation de ce que tu appelles "l'arrière-garde".

Qu'aurais-tu fait lors des votes des assemblées générales de centaines d'enseignants qui adoptaient des motions adressées à leurs fédérations et aux confédérations pour que celles-ci appellent à la grève générale, rompent avec le gouvernement? Les aurais-tu votées?

Oui, naturellement. Parce qu'elles exprimaient la volonté de renforcer et de généraliser le mouvement.

Fraternellement,

Greg Oxley

wolf

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une grève de 24 heures?
« Réponse #8 le: 13 juillet 2004 à 12:24:37 »
Je me permets d'insister sur deux points :

- à propos de la grève du 13 mai.

Qu'elle n'ait pas été au final une "grève générale de 24 heures " est une chose.

Mais la discussion est de savoir si c'est bien ce à quoi ont appelé les directions syndicales!

Ce qui n'est pas sans importance puisque c'est ce que souhaitait "la riposte" si j'ai bien compris.

Alors je reformule:
où est la différence entre ce à quoi les directions syndicales ont appelé le 13 mai 2003 et ce à quoi,  selon "la riposte", elles auraient dû appeler?

- à propos des motions en Assemblée générale

N'y a-t-il pas quelque contradiction à voter des motions alors qu'on rejette dans le même temps le mot d'ordre de "grève générale" (au sens commun, c'est à dire jusqu'à satisfaction) ?

J'ai vu pour ma part dans les AGs des militants de Lutte Ouvrière, organisation qui comme on le sait a publiquement rejeté le mot d'ordre de grève générale au printemps 2003, voter de telles motions et expliquer autour d'eux qu'ils étaient contre, mais n'allaient pas le proclamer pour ne pas s'exposer à une réaction certaine de leurs collègues de travail.
Ce n'est pas flatteur pour eux, n'est-ce pas?

Hors ligne Greg Oxley

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une grève de 24 heures?
« Réponse #9 le: 13 juillet 2004 à 18:34:01 »
Cher Wolf,

Oui, c'est contradictoire, comme tout ce qui existe dans ce bas monde. Il arrive souvent que l'on doit faire des choix dans des circonstances difficiles, complexes. Nous comprenons aisément que les profs, qui avaient déjà été en grève depuis plusieurs semaines, ne soient pas trop impressionnés par un appel à une grève de 24 heures. On l'avait bien ressenti sur les manifestations. Cependant, nous pensons que, compte tenu de la situation globale dans le pays — et notamment du fait que la grande masse des salariés, qui était pourtant touchée de plein fouet par la réforme, ne s'était pas encore mobilisée — c'était le mot d'ordre le plus juste dans les circonstances. Tu n'es pas de cet d'avis, on le sait, et c'est ton droit le plus strict.

Voter non au type de motion dont tu parles (pour une grève générale illimitée), nous rangerait dans le camp des opposants à l'extension de la grève. Voter oui, par contre, n'exprimerait pas non plus de manière satisfaisante notre position. Voilà l'essence de la "contradiction" que tu nous signales.

Dans le "cas d'école" que tu nous proposes, on aurait voté oui, mais sans être entièrement d'accord.

C'est comme quand on appelle à voter Communiste ... cela ne veut pas dire que l'on approuve la politique du parti. Les ultra-gauchistes, qui veulent toujours que les choses de la vie soient "noir ou blanc", "oui ou non" relèvent là une nouvelle "contradiction" dans notre approche, et nous écrivent assez régulièrement pour nous le faire savoir. Mais ce n'est vraiment pas grave.

Leur opinion de notre politique n'est pas un facteur dans notre réflexion.

Sur un autre point :

Je répète : la CGT, au niveau confédéral, n'a jamais appelé à la grève générale pour le 13 mai, mais pour une "journée d'action nationale". En tout cas, appeler à une grève générale et l'organiser concrètement sur le terrain n'est pas la même chose. Après tout, FO était le plus "radical" de ce point de vue dans le ton, mais n'a rien fait pour organiser une grève générale sur le terrain.

Fraternellement,

Greg Oxley