Il y a une chose qui me gène un peu dans vos articles: je pense que vous généralisez trop les relation salariés/patron:
tout les patrons ne sont pas des exploiteurs et tout les travailleurs ne sont pas forcément des exploités...
Ta réflexion m'intéresse, parce qu'elle est fondamentale dans la critique communiste du capitalisme.
Ce que nous entendons par exploitation, ce n'est pas le fait que les "patrons" seraient tous des salauds maltraitant leur salariés, cherchant à rogner sur leurs droits et leurs congés, à les sous-payer ou à ne pas les payer par exemple: si nous disions cela, alors nous autres communistes ne serions que des populistes et des démagogues.
Ce n'est pas de cela qu'il est question. N'importe quel économiste te dira qu'un employeur, dans une économie de marché, cherche à employer quelqu'un si l'employé peut fournir par son travail un revenu à l'entreprise, et qu'en échange l'entreprise lui verse un salaire inférieur à ce que le salarié lui procure.
Un petit exemple: un industriel prévoit la possibilité d'une hausse de la demande, et donc pense pouvoir augmenter sa production. Mais pour cela, son entreprise aurait besoin de 100 nouveaux salariés (nous prenons le cas d'entreprises de plus de 50 salariés, qui font plus de la moitié du salariat en France). Il se dit que si son plan de vente fonctionne, ces 100 nouveaux salariés vont ramener à l'entreprise 15.000 euros chacun, soit 1.500.000 euros au total (joilie somme!) une fois qu'on y aura soustrait les frais matériels de production. Le revenu net de l'entreprise, grâce à cette arrivée de salariés et donc la hausse de production, augmentera de 1.500.000 euros. L'industriel va donc décider, par exemple, pour prendre un taux réaliste de payer ces 100 nouveaux salariés 10.000 euros chacun, soit 1.000.000 d'euros pour ces 100 personnes. Et l'entreprise fait une marge de 500.000 euros. Pourquoi?
Parce que si l'entreprise avait gagné 1.500.000 euros de revenu net et qu'elle avait versé 1.500.000 euros aux 100 nouveaux salariés, alors elle ne gagnait rien et avait autant intérêt à n'embaucher personne et ne pas se compliquer la vie à produire plus.
Donc, dans une économie de marché, un employeur, fut-il l'homme ou la femme la plus affable du monde, et pas forcément un rustre terrorisant ses salariés, ne fait travailler autrui que si il peut tirer plus de son travail (ex: les 1.500.000 euros) que ce qu'il lui rendra (1.000.000 d'euros).
Qu'est-ce que l'entreprise fait de la marge (les 500.000 euros)? Pour l'essentiel, cete argent servira à investir dans de nouveaux équipements, des machines, ordinateurs, ou à remplacer les anciens équipements. Comme quoi cette marge est assez utile, elle permet à l'entreprise d'augmenter ses moyens de productions. Une partie va aussi à l'Etat sous forme d'impôts mais souvent ces impôts sur la production ne sont pas comptés dans la marge.
Mais ça serait trop beau si ça s'arrêtait là. Et surtout, les propriétaires de l'entreprise dont on parle, avec leurs 500.000 euros de marge, devaient tout dépenser soit en impôts soit en investissements: là encore, ils n'auraient aucun intérêt à produire. Donc, une partie de la marge va être utilisée pour verser des bénéfices aux propriétaires de l'entreprise, qui sont aujourd'hui souvent des actionnaires: les dividendes.
En France, les dividendes représentent 5 ou 6% aujourd'hui de la valeur ajoutée des entreprises (si on enlève les toutes petites entreprises). Soit, dans notre exemple, 5% des 1.500.000 euros de revenus de l'entreprise, soit 75.000 euros. Ridicule? Pas de quoi fouetter un chat? Pas tellement: en France, en 2002, plus de 350 milliards de francs de dividendes furent versées (53 Mds d'euros).
En quoi ces dividendes constituent-elles une exploitation? Parce que souvent, on se trompe quand on dit "les patrons" et que l'on veut dire les directeurs, c'est-à-dire ceux qui sont dans l'entreprise et la gèrent. Ceux-là sont de plus en plus souvent des salariés -très bien payés- des propriétaires de l'entreprise, les actionnaires. Le PDG peut être un actionnaire, mais pas forcément. Et surtout, l'actionnaire, lui, reçoit des dividendes simplement parce qu'il possède une part de l'entreprise, pas parce qu'il y travaille. Il s'agit donc d'un revenu sur la propriété, qui n'est pas un revenu du travail, mais qui est pris au dépens du revenu que lentreprise gagne sur le travail des salariés. Le travail est seul créateur de richesse : on entend de nombreuses pubs pour des services bancaires et financiers qui disent aux clients « votre argent va faire des petits ! ». Cest une fable : largent ne vous rapportera dautre argent que si lon prête cet argent à des gens qui vont lutiliser pour travailler et dégager un revenu du travail dont une partie vous reviendra, à vous, prêteur ; ou parce quon aura acheté une partie du capital dune entreprise, donc le travail des salariés créera un revenu dont vous toucherez une partie (faible, mais ça rapporte quand même).
Pour tout résumer, dans le capitalisme, et surtout dans le capitalisme actionnarial daujourdhui, il y a des gens qui senrichissent autrement que par le travail. Les actionnaires ont souvent un travail à côté, salarié même souvent ; mais ça nenlève que leurs dividendes ne sont pas des revenus du travail, il sagit dun revenu pris à dautres.
Voilà ce quest lexploitation. Il ne sagit pas de dire que les « patrons », qui ne sont souvent plus propriétaires de lentreprise, sont des salauds qui fouettent les prolos, mais que par définition, dans une entreprise capitaliste, il y a des propriétaires qui senrichissent par la propriété, pas par le travail. Certains actionnaires riches ne bossent même pas et sont donc des parasites sociaux complets (ils ne se retiennent cependant pas de traiter les rmistes de feignasses). Il ne sagit pas de dire : « actionnaires salauds, au bûcher ! », mais simplement de changer la propriété du capital, pour que cela soit lEtat ou une collectivité des travailleurs élue, donc plus légitime, qui récupère les dividendes et les utilise pour financer lemploi ou les retraites par exemple (350 Mds de Francs de dividendes, cest de quoi financer près de 2 millions demplois à 9000 francs nets par exemple !). Ou alors quitter léconomie de marché vers la planification, mais là je suis sceptique.
Dans loptique de la « lutte des classes », on peut dire que les salariés, aujourdhui, en viennent souvent à se battre pour maintenir la part des salaires dans le revenu de lentreprise (aux alentours de deux tiers aujourdhui, ce qui me semble la justice minimale car les salariés créent 100% ou presque de la richesse), contre les propriétaires qui défendent les dividendes et leur marge.
Bon, comme mon message est long, alors quil reste pas mal de points à aborder pour présenter une critique juste et actualisée du capitalisme, je vais marrêter là.
Cordialement, Aurélien