En espérant être toujours considéré comme communiste (puisque Delapaille a mis ce mot entre guillemets à mon sujet), je me permets de répondre.
D'abord, quand je dis que "nous ne sommes pas favorables à la planification, vous comme moi", je parle de moi-même et de La Riposte Valence, qui dénonce le capitalisme d'Etat (et j'y ai vu, peut-être à tort, une dénonciation de la planification). Mais j'ai toujours su que la rédaction de La Riposte était pour la planification.
nous sommes pour la planification, car c'est le seul moyen de s'assurer que l'ensemble de l'effort productif sera orienté dans l'intérêt commun (ce qui exclus bien sur, une pleïade d'entreprises autogérées agissant dans leur intérêt propre).
Désolé, mais je vais devoir représenter mes critiques contre la planification. Je cite un extrait dans un de mes messages radié par les incidents techniques récents:
Même si je sais quune planification démocratique serait très différente de celle de lURSS, il y a des problèmes qui ne me semblent pas résolus :
- :arrow: comment sassurer que les lois de plans pour la production à fournir, qui seront assurément très complexes, pourront être connues dans le détail par les populations, qui pourra vraiment en débattre ? Ne serait-on pas plutôt contraint de sen remettre à un régime de type présidentiel, ou une équipe de planificateur élabore et dirige le plan avec peu de contestation, et serait ensuite responsabilisé face au peuple lors des élections ?
- :arrow: Quelle serait la place de la « gestion démocratique » des travailleurs, alors quon sait quil peut toujours y avoir tension entre les rigidités du Plan qui a besoin que certains objectifs ne soient pas remis en cause, et le dialogue « avec la base », qui elle, suppose que lon puisse négocier les décisions ? Suffit-il vraiment de dire « démocratie » pour régler les problèmes, alors quon sait que débattre tout le temps, ça veut dire embrouiller les débats, et ne jamais décider vraiment ? On peut résumer la chose en disant quil y a deux moyens de tuer la démocratie : soit on ne fait plus délections, soit on fait des élections tous les quinze jours ; pareil pour les dialogues sociaux.
J'ai enlevé les critiques portant sur la possibilité pour les investisseurs étrangers d'investir en France, car j'ai suffisemment exposé ce problême dans le message précédent. Mais quand vous me dîtes que la planification aura lieu sur plusieurs niveaux, qu'elle suppose une démocratie complète, et même au final une Fédération Mondiale des Etats Socialistes (alors là, je ne suis pas d'accord), et bien ça ne répond à aucune de mes questions.
J'ai dit qu'il se pouvait que le Plan dans son ensemble soit trop complexe pour que tout le monde le connaisse. Donc, en plus du fait que le Plan sera difficile (mais pas impossible) à élaborer, il se peut très bien que les décisions démocratiques "à la base" contredisent celles au niveau national ou plus encore, global, prise de façon tout aussi démocratique. De plus, rappelons que dans le cas de l'URSS (bon je sais, l'exemple n'est pas terrible, mais là ce n'est pas le caractère bureaucratique de l'URSS qui est en cause), la planification, dès ses débuts, a rencontré le problème suivant: pour développer l'appareil productif et la production, on élabore des plans quinquennaux; puis, comme la réalité nous est toujours moins favorable et plus complexe qu'on l'attendait, on doit faire des réajustements annuels. Ce qui fait que des historiens ont dit que, en fait, l'URSS ne savait pas planifier puisu'il y avait une contradiction entre les Plans à long terme, et les plans annuels, les uns étant un remodelage de l'autre. Ce qui m'amène à répéter: que se passe-t-il si les décisions du niveau national sont remises en cause par les échelons locaux, ou l'inverse, et ce malgré la nature purement démocratique des deux procédures? Et encore, je redis que dire "démocratie (complète ou pas, à tous les niveaux ou non)" ne résout pas tout, voire pas grand-chose, en soi.
Une hypothèse qui ne fera plaisir à personne: que se passe-t-il si, dans une démocratie planifiée, les cadres, ingénieurs, professions intellectuelles, s'allient aux classes moyennes, ouvriers qualifiés, artisans-commerçants, formant ainsi une majorité, dans le but d'exploiter les précaires et les chômeurs? Il y a certainement des salariés qui refuseront le partage du travail (pourtant nécessaire à court terme pour faire progresser l'emploi) de peur que leurs revenus baissent (vous vous rappelez, les travailleurs privés d'heures sup' "à cause des 35H" sur lesquels la droite nous a tant fait pleurer?). Il y en aura certains qui préféreront laisser une partie de la population au chômage pour se garder pour eux (ceux qui ont un emploi) le partage des gains de productivité. Je ne crois pas en la solidarité innée et systématique des travailleurs, même si je ne nie pas qu'elle existe, mais pas systématiquement.
Je rappelle que les caisses salariales, elles, ont pour buts de soutenir l'emploi et les retraites, pas de répartir les dividendes entre les travailleurs, ce qui donnerait lieu à tous les conflits intersalariés évoqués ci-dessus.
Ensuite, pour l'anecdote, j'emploie le terme "soviétisme" par commodité pour désigner l'URSS et son système (c'est mieux que de dire "le communisme" pour désigner l'URSS). Je sais très bien qu'un soviet est originellement un conseil démocratique local.
Ensuite, sur la prise du pouvoir, je n'ai jamais nié qu'il fallait un gouvernement acquis à notre cause (sans quoi les caisses dont je parle ne verront jamais le jour) et donc un mouvement politique fort et structuré. Car je rappelle une chose: la seule prise du pouvoir qui me semblera acceptable sera celle qui passe par les urnes. Un mouvement "extraparlementaire" comme le dit parfois La Riposte, me semble très dangereux, et toute prise du pouvoir autre qu'électoral déchainera, de par le monde, une propagande anticomuniste sur le thème: "vous voyez! Les communistes ne peuvent prendre le pouvoir que par la force! Le communisme est bien un totalitarisme!" etc.
Et, que cela fasse plaisir ou non à certains, je dirait: 2 millions de personnes dans la rue, c'est 5% de l'électorat français. Et peut m'importe le nombre de gens qui diront qu'ils soutiennent le mouvement, les sondages n'ont aucune valeur légale. Voilà pourquoi je n'accepte jamais de dire: "le peuple est dans la rue!" alors que seule une minorité y est. C'est aussi pouruqoi je suis en désaccord avec La Riposte quand je lis LR parler du "Peuple" comme si il était une seule et même personne, avec un coeur et un esprit... Comment expliquer alors que plus de 10 millions de gens votent à droite? Ma conclusion, c'est que le Peuple n'existe pas vraiment en tant qu'entité, qu'à la place il y a une population, traversée par des courants contradictoires, et placer la démocratie dans la planification, certes cela a l'avantage de nous protéger du totalitarisme, mais cela ne résout pas les problèmes.
Bon comme je fais long une fois de plus, là je vais aller vite:
:arrow: Tu parles de la nationalisation comme seul moyen de priver les capitalistes français de leur pouvoir d'action. Or, mon programme n'a jamais supposé de demander gentiment aux capitaliste de bien céder leurs actions. Il s'agit bien d'une mise sous contrôle (comme il est dit dans mon 1er message exposant mon programme) décidée par l'Etat (qui n'est donc pas du tout absent du processus). Et les capitalistes, de fait, perdent la propriété de leurs actions mais pas en droit (et d'ailleurs il se peut qu'ils soient remboursés... sur plusieurs décennies). Pourquoi ce subterfuge, cet artifice diront certains (et alors?du moment que ça marche)? Et bien tout simplement parce qu'une nationalisation radicale, avec ou sans le système des caisses, est constitutionnellement impossible (il y a un passage dans la Constitution qui dit que l'Etat, s'il réquisitionne un bien, doit fournir une indemnité "juste", et surtout "préalable", et qu'il y a un Conseil Constitutionnel qui peut très bien bloquer les lois du gouvernement communiste). La Constitution, on peut bien la réécrire, se dira-t-on. Oui, mais pour cela, il faudrait une forte majorité, qu'il sera difficile d'avoir. Misons plutôt sur un scénario où le mouvement communiste regrouperaitentre 20 et 25% de l'électorat (comme l'UMP actuel).
:arrow: Tu évoque ensuite les capitalistes étrangers avec lesquels nous commettrions "l'erreur" de laisser du pouvoir. Désolé de paraître défaitiste, mais il faudra de toute façon s'entendre avec les capitalistes étrangers. C'est pour cela que mon programme s'appuie sur un système de caisses qui doivent posséder le plus d'actions, et non sur la possession du plus grand nombre d'usines ou d'entreprises, car désormais c'est l'action qui est l'unité de base de la propriété, et non l'usine. Et je ne vais pas refaire l'argumentation évoquée plus haut, dans mon message où je critique l'autogestion (qui n'est pas une mauvaise chose en soi, mais qui n'est pas le principal axe de ma démarche): refuser les capitaux étrangers, alors qu'on sait que la France ne sera jamais autosuffisante en termes de technonologies, c'est préparer la France à devenir une Corée du Nord, en plus riche. Peut-êter que par la force des fonds que seront les caisses salariales, nous pourront contrôler 100% du capital de certaines entreprises stratégiques, les alimenter en capitaux, et organiser un noyau qui sortira de l'économie de marché; mais pour l'ensemble de l'économie, cela me semble impossible. Et s'il vous semble utopique qu'un gouvernement d'une France communiste (car contrairement à vous, je voie bien la France devenir l'avant-garde de ce socialisme; sinon, il daudra me dire qui) s'entende avec des capitalistes étrangers, je vous dirai qu'au contraire, ce qui me semblerait bizarre, ce serait de voir les étrangers retirer leurs capitaux (alors que dans mon programme ils ne sont pas réquisitionnés!) ce qui signifie renoncer aux profits du juteux marché français. Les capitalistes ne sont pas tout-puissants, ils ont des objectifs et donc des contraintes.
Pour finir enfin, je dirai qu'il est démagogique d'opposer le socialisme d'en bas (celui de la lutte sociale), et le socialisme d'en haut (les "sphères" du gouvernement). Le premier ne pourra changer seul la société, le second sans le premier restera condamné à la démagogie (d'autant que mon système de caisses salariales régionales suppose justement une démocratie locale). Laissez donc "l'en-bas" et "l'en-haut" à Raffarin.